‹ Rivalité de François I. et de Charles-QuintChapitre 27 sur 35 · ÉVACUATION FOIICEE DU MILANAIS. 48S · texte numérisé non relu

ÉVACUATION FOIICEE DU MILANAIS. 48S

Italie, apprit presque en ni^me temps la position périlleuse où était son favori Bonnîvet et les avantagées que son ennemi Gharles-Quint venait de remporter sur la frontière des Pyrénées.

L'empereur, que le manque d'arg-entet de troupes avait empêché de pénétrer en France dans l'automne de 1523, n'avait rien nég-Iig'é pour remettre son armée sur pied. Afin de la renforcer et de s'en servir, il avait cherché partout de l'arg-ent. Outre celui qu'il avait obtenu des cortès de Palencia, qu'il avait réclamé des ordres militaires de chevalerie, qu'il avait tiré de la cruzade et de l'église, il avait pris toutes les sommes venues des Indes, el dont la plus g-rande partie était destinée à ses sujets, 11 avait écrit à l'archiduc Ferdinand, son vicaire g'énéral dans l'empire , pour qu'il en obtînt de la ligrue de Souabe et de l'opulent clergé d'AUemag-ne. Il lui disait qu'il ne pouvait song'er à repousser les entreprises des Turcs du côté du Danube qu'après avoir arrêté celles des Français en Italie, qu'il avait déjà dépenst- des quantités innombrables de deniers, qu'il en avait besoin encore, afin de lever de g:rosses armées de g-ens de pied et de cheval, el qu'il requérait les Allemands de l'y aider, comme ils y étaient tenus par intérêt et par devoir. Il recommandait en même temps à son frère de faire procéder par la chambre impériale contre le roi Franr-ois I" comme usurpateur du royaume d'Ai'Ies, n et de faire prononcer la confiscation du Dauphiné, de la Provence, du Lyonnais,

des comtés de Valence et de Die, etc. (1), qu'il av«t enlevés à l'empire. »

Lorsque son armée fut en état d'entrer en campag-ne, elle fi-anchit de nouveau les Pyrénées au cœur de l'hiver. L'empereur, qui s'était transporté lui-même de ValladoHd à Pampelune et de Pampelune à Viltoria, n'ayant ni le moyen ni l'espoir de s'emparer de la place forte de Bayonne , <iui ouvrait la France de ce côté, songea à reprendi-e la ville de Fonlarabie, que les Français occupaient depuis plusieurs années el qui leur donnait ao en Espag'ne. Vers le commencement de févrief^ son armée, commandée par le connétable de Castille, parut devant cette place, qui fut ég-alemenl investie par mer. Une artillerie des plus formidables , composée de soixante pièces de g-ros calibre, la foudi-oya , et fit bien vite taire ses canons el tomber ses défenses. Menacée d'être prise d'assaut, la g-arnison capitula; elle rendit la ville, d'où elle sortit librement, vie et bag-ues sauves, mais en laissant l'artillerie et les munitions au pouvoir Charles-Quint. Après avoir recouvré Fontaral l'empereur licencia la plus grande partie de ses dats, que les rigueurs du temps et la disette de vivres sur cette frontière Tempèchèrent de tenîj plus longtemps en campagne (2). Il les renv<

s e^^ sol^^

(I) Lettre lie Chnrlos-Quinl h rarrhiduc ferdïn.ind, ilu 46 janvier (SE dnDS ÏAnt, Correipondeni des Kaisen Karl V, 1. I, p, 80 ft S3.

{■î) Lettres de Cbarlea-Quint, c

S ISÏI.àl'ai'chidurrcnlîu

et on Tio»-roi de Nitples Cbnrlos de Lannov, aiuuiueU il racoale le» m

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comme s'il n'avait pas projeté de faire entrer l'armée d'Italie en Provence aussitôt qn'elle aurait rejeté les troupes de Bonnivet au-delà des Alpes, et de renouveler contre le royaume de François 1" l'attaque générale qui n'avait pas réussi l'année précédente.

Pendant que son armée était en danger et battait en retraite dans la haute Italie, pendant que l'extrémité méridionale de son royaume avait été ravag-ée parleslroupesdeCharles^uint,qui reprenait ensuite possession de Fonlarabie, François I" était à Blois, plus livré encore à ses passe-temps (1) et à ses plaisirs qu'occupé de ses affaires. Il songeait moins à aller, comme il en avait annoncé bien des fois le projet (2\ commander les troupes dont dépendaient

tement» dr son nrmie, le siège et la prise île FonlaraMe, cl les crusi-s lie In (TDlrée de ses troupes ta Eapagne. Dans l.ani, p. 9'j à W.

(1) Brion écriiut de Biais, le 1'^ février 1324, nu maréchal de Hoiitmmtacj : • l.e roy retint liiur de la chasse de Suiat-taurcns-des-Eaiu, Ik oùil a couru iecerf duui jours; du pasieteinpi je vous laisse ï penser quoi il a esté, rar pour deinourer juwjueti k dix heures du *oîr sans re- Tenir au logis, il u'y n gcus qui l'ayent niieut fait que noue et bien nouillei. V Mm. Oairembault, Mtianges, vol. 3t), f. 8789. —Le 19 jui- Ti«r,le secrétaire Roliortet écrivait au m^me : « Lerov fait bonne chtre.* lbid.,vol. 38, f. STSI.

(1) Il disait à l'amiral de Bonnivet et au maréchal de Montmorency duu H lettre du 17 ^pteiubre : " Si voua iray-je veoir le plus tost que je pourra;, car je ae serav jamais à mon aise que ne soye joint avec toiu et mon armie. d Mss. BaJuic, v. *-f^, f. 2 14. — Dans ta lettre du 18 janvier t:S24, il leur aononcail encore qu'il était diiiposé uon-«eulentent k leur envoyer des troupes, mais ■■ â ie« «erourir de sa propre personne ■. — Mïs. ilalu», ^', f. 140.

4SB CHAPITRE vr.

le recouvrement du Milanais ol la sûreté France qu'à poursuivre les complices du connéUi ble de Bourbon. II croyait que le complot avait c ramiflcalions étendues, et il voulait connaître I ceux qui y avaient adhéré, autant pour se i que pour les punir. Il lui importait de découvrir les soutiens cacliés de desseins auxquels n'avait pas renoncé l'implacable rebelle que l'empereur aval nommé son lieutenant g-énéral, et qui en ce momei était à la ttUedes armées ennemies. Aussi près il l'inslruction et le jugement des prisonniers arrêtés soit à Lyon, soit dans d'autres parties du royaume, comme ayant pris part à la conjuration. Les commissaires du parlement, qu'il avait désignés lui-nif^me d'après les indications du chancelier Du Pral , procédaient avec des lenteurs qu'3 prenait pour des ménagements. 11 s'irnlail de ] régularité des formes et se plaignait de la douceJ des interrogafoires. Aussi enjoignait-il aux métlu diques magistrats, qui répugnaient encore pluf l employer dans la justice la précipitation que la violence, d'agir vite et de recourir à la torture pour tirer la vérité de ceux qui s'obstinaient à la tain Interrogés à Loches et conduits ensuite à Paris, '. plus considérables des prisonniers n'avouaient riei L'évêque du Puy et l'évêque d'Aulun (!) déclaraient qu'ils ne pouvaient pas révéler ce qu'ils avaient appris sous le secret de la confession. A^

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(!) Hss. Dupuy, ï. 484, f. 220 t-.

ÉVACrATION FORCÉE 01' MILANAIS. MO

mard de Prie, d'Escars et Popillon se disaient étrang-ers au complot. Le gros de la conspiration avait cependant été découvert par quelques-uns des 8g«nts du connétable. Saint-Bonnet, saisi dans sa fuite sur la frontière de la Franche-Comté, avait raconté tout ce qu'il savail (I); et Saint-Vallier lui-même, après de long-ues dénégations, s'était décidé à convenir des eng-ag-ements pris à Montbrison et à faire connaître le traité qui s'y était conclu entre le connétable et l'empereur (2).

Le procès étant instruit vers la fin de décembre, François I" l'avait renvoyé au parlerfient de Paris pour (îtrejug-é immédiatement. « L'affaire, disaitil, touche g-randement nous, notre royaume et la chose publique. Nous désirons qu'elle soit dépeschée en bonneet g-rosse conipag-nie, afin que telle punilion et démonstration en soit faite, qui soit exemple ù lous(3}. u Le parlement, le 16 janvier, condamna Saint-Vallier à ùlre décapité. Il décréta d'une vaine prise de corps tous ceux qui s'étaient évadés en même temps que le connétable ou à sa suite : René de Bretagne, comte de Penthièvre ; Jean de Vitry , seigneur de Lallière; Philibert de Saint- Koinain, soigneur de Lurcy; Ponipéi-ant, les deux d'Espinat, François de Tansannes, Jean de Bavent, François du Peloux, Bartbolomé de Guerre,

11) fléT<:-UlioD de Saiut-Gonnel, T. 310 a 313. (2) Aveux d«Sainl-Vallifr, du 23 octobre Iû33, t. 20«à2H. [3] Lettre de François 1", du 20 décembre. — Km, iU, (r, •13071*.

Beaumont, Guig*nard, Jean de L'Hôpital. Par des arrêts successifs du 23 et du 26 janvier, Desguières et Brion, instruits de la conspiration et ne l'ayant pas révélée, durent faire amende honorable et être relég'ués pendant trois ans dans un lieu qu'il plairait au roi de désigner, tandis que Aymard de Prie et Baudemanche furent élargis, sous la condition de rester dans Paris et de se présenter devant les juges toutes les fois qu'ils en seraient requis (1).

François I" trouva ces sentences entachées d'une indulgence presque factieuse. Elles lui avaient été communiquées à Blois. Il prescrivit d'y surseoir à Paris. « Chancelier, écrivit-il à Du Prat, dites à ceux de ma cour qu'ils n'aient à prononcer lesdits arrêts que je ne soye arrivé là et que je n'aye parlé à eux (2). » Il ordonna de dégrader Saint-Vallier, qui dut être mis à la torture et violemment questionné avant d'être envoyé au supplice. Le duc Charles de Luxembourg fut commis pour lui ôter le coUier de Tordre de Saint-Michel. Accompagné du président Leviste et de sept conseillers, il vint dans la tour de la Conciergerie exécuter les ordres du roi. Saint-Vallier y était gravement malade. En proie à la fièvre , il écouta du lit où il était étendu la sentence qui prescrivait sa dégradation avant son supplice. « Le roi, dit-il, ne peut m'enlever l'ordre de Saint-Michel qu'en présence de mes confrères

(1) Arrêts des 16 et 23 janvier «524, Mss. 484, f. 321 à 327.

(2) Lettre du 26 féTrier. — Mss. 484, f. 345 v».

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convoqués et assemblés. » Il protesia contre cette injure. Comme on lui demandait où était son collier, il répondit que le roi savait bien oii il l'avait perdu, et que c'était à son service. Il refusa deux fois de s'en laisser mettre au cou un autre qu'on n"y attacha que pour l'en arracher. On fit apporter ensuite dans sa chambre les instruments de torture, et on le pressa de faire des aveux plus étendus. Le malheureux dit qu'il s'abandonnait à la cour, rappela qu'il avait servi le roi à ses dépens, se plaig-nit que ses amis le délaissassent en son besoin, soutint qu'il n'avait rien à ajouter à ses précédentes déclarations, protesta vivement contre tout projet d'attenter à la personne du l'oi ou de ses enfants, et demanda à se confesser et à faire son testament. Après avoir passé une heure avec son confesseur, sommé de nouveau de désigner tous les complices de la conspiration, il permit au prêtre qui venait de l'entendre de révéler sa confession. La torture fut jug-ée dang-ereuse et inutile. On renonça à la lui donner et l'on disposa tout pour son supplice.

Saint-Vallier avait fait invoquer la miséricorde du roi par ceux qui pouvaient la lui concilier. Il s'était adressé avec de pathétiques supplications à son gendre, le grand sénéchal de Normandie, qui avait découvert au roi la conspiration, à l'évêque de Lisieux, qui l'avait le premier révélée, et à sa fille, la belle Diane de Poitiers. " Si vous ne pouvez venir jusqu'ici, avait dit Saint-ValIier au g-rand sénéchal, je vous requiers en l'honneur de Dieu

que VOUS me veuilliez envoyer votre femme... De vostre costé, écrivez au roi et à Madame tout ainsi que vous le saurez bien faire. J'ai le cœur si serré qu'il me crève. Ayez pitié de' moi, car le cas vous touche (1). » Il avait demandé aussi à Diane de Poitiers, qui devait passer par Blois et y retourner après s'être concertée avec lui, d'avoir assez pitié de son pauvre père pour venir le voir. La gprande sénéchale avait obtenu du roi la vie de son père.

Cependant Saint-Vallier, extrait de la tour de la Conciergerie, avait été mené sur le perron du Palais-de-Juslice, où lui avait été lue à haute voix la sentence qui le condamnait à avoir la tête tranchée. Il avait ensuite été placé sur une mule avec un archer monté en croupe derrière lui pour le soutenir. Il fut ainsi conduit à la place de Grève au milieu des arbalétriers, des serg*ents à verge et du guet. Il était sur Téchafaud tout prêt à y subir sa sentence, lorsqu'accourut , fendant la foule, un archer de la garde du roi qui apportait sa grâce (2). Cette grâce était accordée , disait le roi dans sa déclaration, aux prières du grand sénéchal, en récompense surtout du service éclatant qu'il en avait reçu (3) ; mais elle était loin d'être entière. Au lieu

(1) Mss. Dupuy, y. 484, f. {2i r«.

(2) « i7 tey, mercredi*. Ce jour le seigneur de Saint- Vallier estant en Grève sur l'cschaffault, prest à décoller, ont esté apportées lettres patentes du rov, etc. » — Mss. Claireiubault, v. 36, f. 8797, et Mss. Dupuy, V. 484, f. 339 ^° à 342.

(3) a Comme puis nagueres nostre cher et féal cousin conseiller et chambellan le comte de Mauleyriers, grand sénéchal de Normandie, et les parens et amis charnels de Jehan de Poitiers seigneur de Saint-Val-

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d'avoir la tête trancliée, Saint- Vallier était condamné à passer sa vie entre quatre murailles maçonnées y nai/ant qu'une petite fenêtre par laquelle on lui administrerait son boire et son marnjer. Ce supplice, que la perpétuité aurait rendu aussi cruel pour lui que la mort, ne commença pas nii^-me à lui Otre inflîg-é. François 1", ([ue les prières de Diane de Poitiers avaient touché autant que les instances et le dévouement du g-rand sénéclial, étendit la grâce du père. Peu de jours après avoir fait remise de la peine capitale à Saiiit-\'allier, il prescrivit de surseoir à son emprisonnement, et il envoya bientôt un capitaine de sa g-arde avec ordre au parlement de lui pemeltre le prisonnier pour le conduire où le voulait son bon plaisir (1). Mené dans un de ses châteaux sur les bords de l'Isère, Saint- Vallier y passa librement le reste de sa vie, qui ne se tehnîna que douze ans après (2).

lier, noiu ■fnnl en 1res grande humilité supplié et requis a<oir pitié et n>tii[MssioD (ludict de Poitiers et en fnseui' et cou lent plat ion d'eub et dM (cnicps pur eui faîcta aui rois nos prédérvsseurs, jï do ja et k uosire rojrRulme depui» nostre adTcnenient ii la courunue et raesuiMneut puis uguères le graud seneihal, lequel eu muuatraut U loynuté, fldélité qu'il DOUB a et ik nottredil ro}auline, nous a descoutert les mnchinatioD* et conspirations fiùcleE contre uoétrc personne, nus eufans et nostro- ■lit rojaulme, et en ce faisimt nous a pr^rré des ramii qui par ïeelles nous pouToieat eusuir, nostre plnisir soit commuer et rhanger la |i#ine de mûl, etc. n — Mis. Dupuy, p. 343.

(1) Lettre Je siirsénnce au parlement, quant il l'empi-isouDemeul, du M Téfrier, ibid., f. 343 ; — lettre du S3 mars portés nu parlement par la wigoeurde Vauti, capitaine de sa garde, ll)id., f. 411 r".

(Sj Etienne Posquior, oïdinaircuicut si bien instruit i-t si etuct, en {Miriànt de la ftfwt dt Saint-Vallier {Rechercher de la Fi-uiice, lu. vi», p. 823), dit que h ce dirlon ei<t venu de ce que Sainl-Vnllicr Tut saisi •ar l'eMbnttaut, au moment où il alloit estre déoipité et ob il reçut m

4'Ji CIIAi'lTKE VI.

François 1", qui avait accordé la g-ràce de Sainl< Bonnet à cause de. ses révélations, celle de Sainlj Vallier à cause des supplications de son g-endn et de sa fdie , trouva les jug-es trop indulgentl envers quelques - uns des accusés et pas prompts à Taire le procès de tous les autres, vint à Paris pour s'en plaindre. Il se rendit i Palais-de-Justice et reprocha au parlement de n'« voir condamné Desg-uièrea et Brion qu'à une détention de trois années, de n'avoir pas soumis à la question d'Escars, le chambellan du connétable, el^ Popiiion, son chancelier, et de n'avoir pas prononoi contre eux la confiscation. Il ajouta que Brion i Desg-uières s'attendaient à être pendus lorsqu'L Furent pris, et qu'il ne pouvait pas tolérer de leltel voies en des affaires qui concernaient de si près l personne et son royaume. 11 Dt, en sa préseno citeràbref délai le connétable de Bourbon. L'avoa général Lizet demanda que, transfug-e du royauil et notoirement criminel de lèse-majesté, messinj de Bourbon fût, sous le bon plaisir du roi, assisté de ses pairs, princes du sang- et membres de son conseil, condamné à être décapité, que ses fiefs fussent réunis à la couronne et ses autres biens confisqués. Les trois délais d'ajournement furent fixés à des termes assez rapprochés.

grAce, d'une ùt^re h laquelli- il Bucconilin pua de jours après. ■ leHiiiiiiMDl, fait le 26 aodl lii^9 au dii'ilenu ilc Piiniison, e»l dans l'Il toire '/cft comtes de Valmtînr/is el des ^tgnrurs de Sfûit-Voflùr, f Atidrii Uudiesnp, p. 103 cl 104 des picuvea h In suilti de VHÙtoire f tiéalogique des ducs de B(iiirg<mne, iu- 4, Paris, ( C28.

EVACUATION KOBCÉE DU MILANAIS. 4!>3

François I" fît entendre des paroles hautaines el impérieuses au parlement, qu'il trouvait trop disposé à l'indépendance, et qu'il accusait d'entraver les actes de l'administration royale el de ne pas pourvoir avec assez de zèle aux plus pressants intérêts de sa couronne et à sa propre sûreté. Le parlement avait résisté long-temps à l'exécution du concordat de 1516; il avait très-mal accueilli l'établissement des nouvelles chargées judiciaires que François I" n'avait instituées que pour les vendre et en tirer de l'arg-enl. Aussi le rai le réprimandat-il de la lenteur avec laquelle avait été enreg:istrée la création de quatre maîtres de requêtes, de deux présidents et de dix-huit conseillers, qui devaient lui rapporter, les premiers 60,000 livres, et les seconds 70,000. Il dit que. par suite de ces condamnables retards , et faute de pouvoir recouvrer ce» sommes à temps, Milan avait été perdu. » Je n'ai pas cause, ajoufa-t-il, de mécontenter de pareilles longueurs. Sachez bien que toute l'aulorité que vous avez n'est que de par moi, et que la cour de parlement n'est pas un sénat de Rome. » En même temps qu'il restreignait son contrôle politique, il voulut Ibrcer l'action de sa justice. Traitant pour ainsi dire eu suspect te parlement de Paris dans le jug-emenl de la conspiration du connétable, il annonça qu'il adjoindrait à ses membres d'autres eommissaii'es , tirés des divers parlements du royaume, afin qu'ils revisassent en commun les procès déjà vidés, et, en attendant, il

prescrivit que les prisonniers ne boug^eassent d'où ils étaient.

C'est lors de ce voyag^e à Paris qu'il apprit la position critique de l'amiral Bonnivet en Italie. Il le crut cerné à Abbiate-Grasso et g'ravement menacé sur ses flancs et sur ses derrières. Il ordonna une procession g'énérale (1), qu'il suivit à pied, pour demander à Dieu de dég'ag'er son armée de la situation dang'ereuse où elle se trouvait. Il remercia avec effusion rHôtel-de-Ville de Paris d'un prêt opportun de 300,000 écus qu'il lui avait fait, et qui permettait d'assister ses troupes en Lombardie autrement que par des prières. Il demanda par son ambassadeur auprès des cantons huit mille Suisses de plus, et il donna l'ordre à quatre cents hommes d'armes de se réunir sous le duc de Long^ueville pour aller recevoir ces huit mille Suisses à Ivrée, à la descente des Alpes, et les conduire jusqu'au camp de Bonnivet.

En attendant les secours qu'il avait demandés, l'amiral avait quitté la rive g^auche du Tessin. Il avait laissé une faible troupe de mille fantassins et de cent chevaux pour g-arder Abbiate-Grasso, et il s'était porté avec toule son armée à Vig^vano, aQn d'assurer ses communications et ses vivres dans la

(I) a Le jeudi dixième de mars, le roy, estant à Paris Tenu de BloySt eut uouvclles par la poste ({ue, le quatrième dudict moys^ l'armée qui estoit devant Mil;ui estoit enclose des' ennemis... Lors le rov, ovant ces nouvelles^ iist faire une belle piocession générale à Paris en grande solennité^ où il se trouva en personne à pied avec toute la noblesse^ etc.» — Journal d'un Bourgeois de Paris, p. 147, U8.

EVACUATION FORCÉE IUl MILANAIS. 407

Loraelline. Les conférlérés ne l'y laissèrent paslong-temps. Conduits par le duc de Bourbon, le marquis de Pescara et le due d'Urbin, ils le poursuivirent de leurs incessantes et heureuses attaques. Ils le menacèrent sur sa droite en assiég-eant Sartirana, qui fut prise d'assaut avant qu'il pût s'en approcher, bien qu'il se fût avancé jusqu'à Mortara pour la secourir. Tandis que les confédérés s'eniparaient de Sartinara, la g-arnison laissée dans Milan , suivie d'une foule d'Iiabitants armés , marcha sur Abbiate - Grasso, et l'enleva de vive force. Ne conservant rien à sa g:auche le long* du Tessin, et pressé de plus en plus par les impériaux, qui le débordèrent ver.s sa droite, en remontant jusqu'à Verceil , sur la Sesia, Bonnivet, de peur de manquer de vivres à Morlara et d'avoir ges derrières coupés, continua son mouvement de retraite et recula jusqu'à Novare. Il s'y établit, croyant qu'il y serait bientôt joint par les hommes de pied et les hommes d'armes qui descendaient des vallées des Grisons , des cantons suisses et du royaume de France. C'était sa dernière ressource : elle lui manqua. Les Grisons, conduits par Diclinfren de Salis, débouchèrent bien vers le Ik-rg-aniiisciue ; mais» arrivés à Chiavenna, où ils espéraient trouver de I'arg«nt pour les solder, de l'infanterie pour les soutenir, de la cavalerie pour les escorter, ils ne virent rien. Federico da Bozzolo n'avait pu sortir de Ludi avec sa g'arnison et aller à leur rencontre. Jean de Médicis occupait

et battait le pays. Les conl'ôdérés l'avaient envoyi jusqu'à l'ouverture des vallées des Grisons avec quatre mille fantassins italiens, une (roupe d'hommes d'armes et de cavalerie lég'ère, quejoig'nipent les forces vénitiennes, restées sur la rive g-aucbe de l'Adda. Jean de Médicis inquiéta les flancs Grisons, arrêta leur marche, les contraig^nit à brousser chemin et à rentrer dans leur pays. L'aï*^' mée impériale, n'ayant dès lors plus à craindre aucune attaque détournée contre Milan, se maintint tout entière à la droite du Tessin. Supérieure en force, encDurag-ée par des succès continus, elle s'avança contre l'armée française, que des échecs et des maladies avaient diminuée et abattue, se plaça à Cameriano, à moins de deux lieues Novare.

Bonnivet ne pouvait pas demeurer plus loi temps dans cette position. Il n'avait plus d'e: rance que dans les huit mille Suisses qui s'étaienl mis en route le 12 avril, et qui comptaient trouver au pied méridional des Alpes les quatre cents homi-i mes d'armes destinés à les escorter jusqu'à l'armi française, dont ils devaient renforcer les rang^ et sauver les débris. Il quitta Novare, d'où le maréchal de Montmorency, presque moribond, sortit le premier en litière, et il se dirigea vers le haut la Sesia pour effectuer sa jonction avec les trou] des cantons et les hommes d'armes de Fronce remonta jusqu'à Komag-nano, toujoui-a suivi par les impériaux, qui voulaient le jeter hors de l'Italie.

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FIX'ACLATION FORCÉE Dl' MILANAIS. 4H!>

Romag-nano est sur la g^auclie de la Sesia, à l'endroit même où celte rivière sort des monlag'nes et entre dans la plaine du Piémont. Un peu au-delà, sur la rive droite, se trouve Gattinara, où arrivaient les huit mille Suisses, sans avoir été joints à ivrée par la cavalerie du duc de Long-ueville, qui, demeuré en arrière , n'avait pas encore atteint les Alpes. Ils avaient continué leur marche, fort mécontents, dans l'intention non do s'unir à l'armée française pour (]u'elle reprît l'offensive, mais de ppotég-ersa retraite, de dég-ag'er leurs compatriotes el de les ramener dans les cantons. Ils étaient de l'autre côté de la Sesia, grossie par les pluies, qu'ils ne voulaient pas franchir (t). Ne pouvant décider ce corps auxiliaire à pas.ser la rivière, Bonnivet fut réduit à la traverser lui-même avec l'armée fugitive. Il le Dt de nuit avec assez de désordre et en perdant beaucoup de monde. La Sesia franchie, il se mit en pleine retraite, poursuivi par les corps les plus avancés des impériaux, sous Bourbon et Pescara. Blessé grièvement au brasd'un coup d'arquebuse, il abandonna le commandement de l'armée. Il lo laissa au comte de Saint-Paul et au chevalier Bayard, chargées de dirig-er cette difficile retraite.

(1) Tdui lei ilolniU (II! vctk lin âe. rampafinn sddI tirci des lollreé inédites du ituc île Itourbou, <li: Chark's de Lunnov et de iloaiirRia à l'empereur, de» 1", 20 fiWriiT, n, la, t(t, 18, 27, 28 mars, 17, 18, 20, 23 avril, i, 3, S, 94, 20 iiini, nui Ank. fmp. et ny. de Vieitnei — de lUrtln Du RpIIh;, toI. XVII, |>. 441 \ kf.^; — de Guiccianliiii, lil>. i; ^ de Galenxio Cnpella, lili. m; — de Hottinger. tlhtoiri: de la Canffàératvm suiae, etc., lol. X, lit. vu, chnp. v, p. Ta k 62, de la tradaction d> M. Vultigmin.

Le vaillant chevalier était aussi un expérimenté capitaine. Il se mita Tarrière-g^arde avec quelques compagnies d'hommes d'armes et quelques bandes suisses que commandait Jean de Diesbach. Il couvrait la marche de l'armée française, qui se retirait à g*rands pas. Lorsque les plus hardis des confédérés s'approchaient trop, il les chargeait à la tête de ses hommes et les faisait reculer. C'est à la suite d'une de ces charges que l'un de ses plus valeureux compagnons, le seigneur de Vandenesse, frère du maréchal de La Palice, reçut une blessure à laquelle il succomba peu de temps après, et que lui-même fut mortellement atteint d'un coup d'arquebuse. La balle lui fracassa les reins. Il se fit descendre de cheval et placer sous un arbre en face de l'ennemi. Il supplia tous ceux qui étaient autour de lui de pourvoir à leur sûreté ; puis, baisant la croix de son épée, après avoir adressé au connétable de Bourbon, qui le consolait, les plus nobles paroles (1), à Dieu les plus touchantes prières, il mourut en humble chrétien, après avoir combattu toute sa vie en héros. La perte du chevalier sans peur et sans reproche, qui avait fait les diverses guerres de Charles VIII, de Louis XII, de François I", qui^ aussi avisé qu'intrépide et non moins réfléchi qu'entreprenant, était entré le premier dans

(1) Voyez Symphorieii Champier, les Gestes dn noble chevalier Bat/arâ, dans les Archives curieuses de l'histoire de France, par Ciml^er et Dinjou, i" série, t. Il, p. 175 ù 177; — Du Bellay, t. XVII, p. 44i;et V Histoire du chevalier sans peur et sans reprouche, par Le loyal Sertitcur; — collection Petitol, t. XVI, p. 124, in.

ÉVACUATION FOnCEE DU MILANAIS. 301

Gènes, avait décidé par sa bravoure la prise d'assaut de Brescia, avait été l'un des vainqueui-s d'Ag^nadel, de Ravenne et de Marig'nan ; la mort de l'incomparable preux par lequel François 1" avait voulu être armé chevalier sur le champ de bataille à ia suite de sa première victoire, jeta la consternation dans l'armée et répandit le deuil parmi ses ennemis mêmes (1). Dès ce moment la retraite ne fut plus conduite que par le comte de Saint-Paul ; elle s'opéra rapidement sans être beaucoup inquiétée, les confédérés cherchant encore plus à pousser hors de l'Italie les débris de l'armée fug'ilive qu'à l'anéantir. Les Suisses se retirèrent par le val d' Aoste, et les F'rantais renlrèrenl dans leur pays par Suze et Briançoa, où ils trouvèrent, mais trop tard, les quatre cents hommes d'armes qu'amenait le duc de Lonffueville.

C'était pour la seconde fois que François I" perdait le Milanois ou se trouvait impuissant à le reprendre. Bonnivet n'avait élé ni plus heureux ni

(I) Voici ce que BMurniii écrivait j( Cbi<rle«-Quiiil : a Le (-«piUiiie Btjikrl relouj ua avec nuciius cheiauclieuis fi'antoî* cl quatro ou tiai\ eueignM des gvua de giieil, ti reboula nos gcm et rmcouit Im |iièr4'ï (Tuiillerie que niîeuU luj eut vallu lai«ser perdre, car ainai qu'il te caidoit retourner, il eut ung cop de hncquebute duquel il mourut le Jour nwiiuie. .... Sire, cuml)ieu que ledïcl S' Bayart fU8t Knil(<ur di'. votn enneuiv, ti a en esté duniiDnige de m niort, car c'jloil uu gentil clwTslier l)ieu aviu^ d'uug chacuug, ut qui aïoit nuïsi bieo tr«ru que fit jamais homme de «ou esUl, ri k In vi-ritâ il a bieu uiun«tr«- il an nn, car re a «»Ib 1b plut belle duiil Je aay» oueque» parler. I.n [H-rtc n'p«t point petifi' piiui- le* Pmnfois. et nuwi »ea Irouvtreut-llt bien estonnct, de tant plua que loui ou la plus part de leurs cnpitiiine» »oul malades on blnwét. ■ Lettre du T> mai IM4. — Arrh. imp, et roy, de Vifnne.

plus habile que Lautrec. Les dernières places que le roi tenait encore en Italie se rendirent. Bussy d'Amboise et Federico da Bozzolo capitulèrent dans Alexandrie et dans Lodi, où ils ne pouvaient plus être secourus, et le château de Crémone, qui avait résisté plus de deux ans, ouvrit ses portes. Les g'arnisons de ces places prirent le chemin de la France, qui allait être exposée à une invasion.

Dans le moment où les deux armées française et impériale étaient à peu de distance Tune de l'autre occupant le Milanais, la première à la droite, la seconde à la g'auche du Tessin, des négociations s'étaient engagées par Tentremise de Clément VIL Le nouveau pape, à l'élection duquel l'empereur avait travaillé avec tant de confiance et le roi de France s'était opposé si vivement, n'avait pas tardé à montrer à Charles-Quint qu'il avait peu à espérer, et à François I" qu'il ne devait rien craindre de lui. Il chang'ea de sentiments en chang^eant de position ; mais il le fît sans résolution comme sans franchise. Sa politique eût été habile, s'il avait su la rendre forte. Elle était tout à la fois d'un souverain pontife et d'un prince italien. Pape, il aurait voulu pacifîer les rois chrétiens pour arrêter les Turcs, qui, s'avançant vers l'Europe orientale , envahissaient la Hong^rie, et pour comprimer l'hérésie de Luther,

INVASION DE I.A PROVENCE. :i03

I répandait sans obstacle en Allemag:ne. Chef lerrilopial de l'Italie centrale, il redoutait dans la péninsule la prépondépance d"un des dang-erenx oonlendants qui se la disputaient. II aurait désiré les y contenir tous deux sous la médiation pontificale et sous la surveillance des Étals italiens confédérés, et empt'^cher que l'entière défaite de l'un n'y établit la domination absolue de l'autre. La paix «n Europe et l'équilibre de l'Italie furent les grands desseins qu'il tenta par de petites manœuvres. S'il avait été plus hardi et moins artificieux, s'il s'était servi de la puissance dont il disposait, en sa double qualité de pape et de prince, avec la résolution entreprenante d'un Jules II, il aurait pu atteindre le but qui se déroba constamment à ses tortueuses recherches.

Très-peu de temps après être monté sur le trône pontifical, Clément VII se détacha de ceux qui l'y avaient élevé et se rapprocha de ceux qui l'en avaient repoussé. II le fit en usant d'artifice, sans rompre avec les uns et sans s'unir aux autres. !1 ne sortit pas brusquement de la lig-ue (|ue son prédécesseur Adrien VI avait conclue avec l'empereur, et dans laquelle étaient entrés les Vénitiens, les Florentins, les Siennois et les Lucquois ; mais it ne s'y maintint point. Le premier conting-ent pécuniaire envoyé, il se refusa à en fournir d'autres, prétendant (|ue le trésor pontifical était vide, et que les États confédérés se trouvaient épuisés. Il ne consentit pas à renouveler la lig'ue, comme l'en

304 OllAPITRE VI.

pressait Beauraïn, qui, du camp impérial, s'étl rendu à Rome, par l'ordre de son maître, afin < l'y décider, il aFfecla la plus vive rt'connaissatMïl envers Cliarles-Quint, avoua que c'était avec son appui qu'il était arrivé à la dig-nité pontiïicale, et dit « que, si étant cardinal il avait été son serviteur, à cette heure comme pape il tenait les affaires de l'empereurpourles siennes (1). » En même temps qu'il assurait à l'envoyé de Charles-Quinl et au du de Sessa, son ambassadeur, que les intérêts de i'ç pereur étaient les siens et qu'il n'avait pas de mei^ leurami que lui, comme il le verrait bientôt à i'c vre, il faisait des promesses formelles d'amitié | François I". Les représentants de ce prince à Rome, le comte de Cai'py et l'ambassadeur Saint-Marsault, lui écrivaient ; « Le saint-père assura, avec paroles encore plus formelles qu'auparavant, ne vouloir en sorte que ce soit favoriser vos ennemis, mais estre bon père universel , et rien moins votre ami atlM d'eux, et entendre travailler au bien de la paix (2)J| II prétendit avoir refusé aux impériaux et aux Angolais l'arg-ent qu'ils lui demandaient pour la continuation de la g^uerre en Italie, et d'un autre côté il fil savoir à Cliarlcs-Uuinl qu'il avait rejeté la pw

(t) Lettre d' Adrien de Crov (Benuiain] à Chnrle»-IJuint, du Trier 152i. — Arch. imji. et roi/, de Vienne. ,

(2) Dépêche du conile de TiirpT et de SRint-HBiMiilt ii Francoù | du 3 msra IS24. — Uss. Raliixe, ~, f. B2: » Et num; de^uy, r Curp; ay este deTers an gaiutetii ijui id'q ilici et répliqué le «embUL et qu'elle tiendm «n pnrole en celn tniil autaut que a'îI s'en fetlfll cinquante coDtrats. » — Ibid.

position du roi de France, qui lui olTrail de marier son second fils le duc d'Oi-léans, depuis Henri 11, avec sa nièce Catherine de Mi-dicis, en donnant aux deux époux le duché de Milan pour dot. Il affirmait qu'il tiendrait les eng-ag'eraenls pris avec l'empereur (1).

Au fond, Clément VII ne voulait se joindre à aucun des deux adversaires : il désirait mettre un terme à la g-uerre, et il s'établit bientôt en médiateur pacifique entre les bellig-éranls. Il fit partir de Home, pour se rendre d'abord en France, puis eu Espng'ne el en Angflcterre, Nicolas Schomberg;, archevt^que de Capoue, avec la mission d'y négocier une trêve qui serait un acheminement à la paix. L'archevéqne de Capoue et le dataire Giovan-Malleo tjiberto se partageaient la confiance du pape, qui se servit tour à tour de l'un et de l'autre suivant qu'il voulait concilier à ses desseins l'empereur, du cdlé duquel le premier penchait davantag-e, ou le roi de France, auquel le second était plus favorable. Nicolas Scbomberg" arriva à Blois le 27 mars. Il resta dix jours à la cour de François I", et lui proposa une trêve d'une année. Pendant la durée de la trêve, chacun devait garder ce qu'il possédait en Italie (2). Celui qui sortirait de ses limites, quî occuperait sur l'autre un territoire fortifié et ne le

(1) lettre d(- Charles-Quinl ati iliic Ji- Sntta, rrrilc àv Qatfot, te 16 mftra (52*. — Cr/rrapondanef tU Churtn-Quint aitc Adrien VI tt h due dt fiata, p. 901 . tM.

ttj ■ I1l quJJHJue lie prvMUtJ i)u»iii]el. iU iutt^rim pouiilMt. ■ — L«tlndo »>*rî1,cUiH lesHu. Bmiuifny, «. 90, t. lU.

restituerait pas sans délai, serait Tinfracteur de la trêve , et le pape se déclarerait contre lui avec les Florentins et les autres États d'Italie qu'il pourrait rallier. On devait évacuer TÉtat de Milan après la trêve, dans laquelle seraient compris les adhérents et confédérés des princes qui Tauraient conclue; elle se prolong'erait au-delà d'un an, si elle n'était point dénoncée trois mois avant l'expiration. On lèverait Targuent pour la défense de la Hong^rie dès l'admission de cette trêve, dont le pape serait le protecteur et le conservateur (1).

Tout temporaire qu'il était, l'arrang'ement proposé au nom du pape avait rencontré des objections des deux côtés. François I" en acceptait à peu près tous les articles, mais il n'avait pas voulu admettre celui qui permettait de comprendre le duc de Bourbon dans la trêve. Charles-Quint à son tour en rejetait d'autres. 11 exig*eait que le terme de la trêve fût irrévocablement fixé à la fin d'avril 1525, et qu'on supprimât les expressions d'après lesquelles elle semblait devoir être perpétuelle; que des réserves fussent faites en faveur du roi d'Angleterre, surtout en ce qui touchait la question de l'indemnité ; qu'on revisât Tarticle qui obligeait à l'évacuation du duché de Milan, de peur qu'à l'expiration de la trêve, les Espagnols ayant quitté les positions qu'ils y occupaient et s'en étant éloignés, les Français, qui étaient dans le voisinage, n'eus-

(i) Papiers de Simancas^ Leg. D ^.

sent le temps d'envahir cette partie de la Lombardie; qu'on ne pratiquât pas plus les Suisses et les Écossais du côté des Français qu'on ne pratiquerait les sujets de François I" du côté des Angolais et des £spag*nols (1).

Pendant que se nég*ociait cette trêve, au sujet de laquelle il était si difficile de tomber d'accord, les événements avaient marché. Loin de réussir dans sa mission, l'archevêque de Capoue écrivait au pape qu'aucune de ses propositions destinées à réconcilier les parties contendantes n'avait été acceptée par elles, et qu'il semblait devoir en sortir de nouvelles guerres. Charles-Quint songeait moins à traiter avec le roi dé France qu'à réaliser l'ancien projet d'envahir ses Etats. Les succès obtenus en Italie lui en suggéraient la pensée, et l'armée victorieuse lui en offrait le moyen. « Je vous tiens averty, écrivait-il à son allié Henri VIII , de la bonne opportunité qu'il plaît à Dieu nous donner de pouvoir avoyr l'entière raison de notre commun ennemi... Je vous prie de mettre à effet de vostre costé ce que vous et moi avons dès longtemps désiré, en quoi de ma part je m'efforceray de tout mon pouvoir (2). »

(1) Simancas, Leg. D ^, 7^^.

(2) Lettre olographe du 21 mai 1524. — Mus. Brit. Vespas., c. u, f. 320. Charles-Quint excitait aussi, en le flattant, Wolsey ; il lui écrivait de sa propre main : a Monsieur le légat, mon bon amy, j'ay par Tévesque de Badajoz entendu toutes les bonnes choses que le roy mon bon frère et vous lui avez dites touchant le bien de nos communes affaires, desquelles estes le principal conducteur et en qui en avons l'entière confidence, et de ma part me tiens bien votre tenu de la continuelle peine que pour icelles prenez. » — Lettre du 6 mai. Mus. Brit. Titus, B. I, f. 328.

Si Charles-Quint était lent, il était opiniâtre. 11 exécutait ses projets moins bien qu'il ne les concevait, mais il les faisait réussir en y persistant. Dans sa persévérance était une grande partie de son habileté. Comprenant combien il lui importait de ne pas laisser le roi François I" reprendre possession du Milanais, il avait entretenu résolument, quoique avec beaucoup de difficulté, l'armée d'Italie, jusqu'à ce qu'elle eût contraint les Français à repasser les Alpes. « Cette entreprise, avait-il écrit en Angleterre, est la principale. Notre ennemi y emploie toutes ses forces et en fait plus d'estime que de tout son royaume. D'elle dépend Tentière conservation de nos États de Naples et Sicile et de Tempire; c'est pourquoi nous sommes contraints d'appliquer à cette entreprise tout autant que nous avons (1). » Les derniers succès obtenus par ses généraux en Lombardie le décidèrent à poursuivre son rival en France. Henri VIII fut du même avis; son ambition s'était réveillée avec ses espérances. L'inutilité des efforts qu'il avait tentés l'année précédente et rénormité des dépenses qu'il avait faites l'avaient un moment découragé. Il revint alors aux anciens projets d'invasion du royaume de France, dont il rev^endiqua formellement la possession.

Non-seulement les deux souverains alliés rejetèrent toutes les propositions de paix ou de trêve

(1) Instruction de Charles-Quint à son ambassadeur à Londres, mars i524. — Mus. Brit. Vespas., c. ii, f. 305.

INVASION nE I.A l'ROVENCE. SOO

avec François I". mais ils conclurent If 25 mai un nouveau traité (l) contre lui. II fut convenu par ce traité que le duc de Bourbon franchirail les Alpes à la tête de l'armée victorieuse, dont l'empereur et le roi d'Ang-lelerre fourniraient la solde, que le roi d'Ang-leterre conduirait ou enverrait en Picardie des troupes auxquelles se joindraient trois mille chevaux et mille hommes (Je pied des Pays-Bas; que l'empereur de son côté pénétrerait en France par le Roussillon (2). Kn même temps le premier secrétaire d'État de Henri VllI, sir Hiehard Pace, que son habileté, éprouvée en plusieurs rencontres, avait fait envoyer récemment encore à Venise, lorsqu'il fallait détacher cette république de l'alliance française, reçut l'ordre do se rendre auprès du duc de Bourbon. II était chargée d'une mission au succès de laquelle Henri VMI subordonnait sa coopération à ratta({ue contre François I". Ce que le duc de Bourbon avait refusé à Montbrison et près de La Palice, en traitant avec Beaurain et avec sir John Russell, devait lui être cette fois demandé péremptoirement (3). Henri VIH exig-eait qu'il le reconnût pour roi, et qu'il s'eng-ag-eàt à lui procurer la couronne de France, dont il s'ag-issait de déposséder François I".

(1) Voyez les Mbs. <le Itt-iqui^at, vol. IHI, t. tr>3ft (SU.

(2) Ibid. Le uiaiutien du tmitÉ de WindMr y i'tnil ïlîpiilé.

(3) L'un iJ»i arlirleH du Iraitâ spéciflail que le due lerut sbaDdonné, ■It ne prftail p«s «itriiient deui jour* aprèï eu aruir étâ requis, — Stale iVfMn.vDi. Vl,i>.291.

Richard Pace arriva Je 16 juin à Tarmée impériale, qui était encore à Montecalieri , près de Turin (1). Il pressa Bourbon de jurer fidélité au roi d'Ang^leterre et de lui prêter hommage comme roi de France. Bourbon hésitait toujours. Il objectait la crainte, s'il prêtait un pareil serment, qu'on ne le sût bientôt ; que le pape Clément VII, en l'apprenant, ne se détachât de l'empereur ainsi que du roi d'An g'ie terre et ne se déclarât contre eux; que plusieurs de ses amis de France, et particulièrement ceux qui le supposaient enclin à se faire roi, n'en fussent indisposés, et n'interrompissent les pratiques qu'ils entretenaient avec lui. Il demandait donc que ce serment, auquel il refusait de joindre Thommag^e féodal, fût différé dans l'intérêt de la cause commune. L'envoyé de Henri VIII ne cessa point de requérir de lui l'eng'agpement formel que réclamait son maître. Il Tinterrog^ea de la part de ce prince sur les forces avec lesquelles il entrerait en France, sur les intellig-ences qu'il y avait, sur la route qu'il y suivrait et le but qu'il se proposait d'atteindre (2). Bourbon lui fil

{{) A la date du 1 G juin, il écrivait à Henri VIII, de concert avec Lannoy et Beaurain, pour lui annoncer que l'empereur avait envove 200,000 ducats, et qu'il en attendait 100,000 de lui. Il ajoutait : « Avon> jà équipe nostro armée à l'avenant de nos finances. » Enfin il achevait en disant : « Depuis ces lettres escriptes est arrivé mous'" vostre ambassadeur maistre llichart, par lequel avons entendu le bon vouloir qu'avez envers nous et de nous ayder en l'affaire de pardeçà de quoy, sire, vous mercvonstrès huuibleuient. » — Mus. Hrit. Vilellius, B. VI.

(2) La pièce contenant les questions au nombre de douze et les réponses du duc de Bourbon, datée de juin lo2i, est au Mus. Brit. Vilellius, B. VI, f. 82.

connaître IV-tat do son armtV, ne consentit point à découvrir ses relations, qu'il s'était eng-ag-é à tenir secrètes, et affirma ([u'il recouvrerait avant peu tout ce qui appartenait au roi Henri, à l'empereur Charles et à lui-m<}nie. Lannoy, se rendant l'inierprrle des intentions que Bourbon laissait enveloppées de quelque obscurité et qui n'étaient pas assez claires pour rassurer l'ambassadeur de Henri VHI, ajouta « que le duc entrerait en France pour y couronner la grâce du roi » . Quant à la direction qu'il prendrait, le connétable dit que deux chemins s'ouvraient devant lui, l'un par le Lyonnais, l'autre par la Provence. La ville de Lyon, à ce qu'il assurait, D'était fortiiiée que d'un côté, et il ne lui semblait pas plus long; d'y aller par la Provence que par le Daupbiné. Tout en comptant sur le duc de Savoie, avec lequel il s'était entendu , qui lui oITrait des vivres et un libre passag-e par ses États, il préférait la voie de Pi*ovence. En cinq ou six jours, il pouvait passer les montagnes, cl, long-eant ensuite la mer avec son armée, que seconderait la flotte impériale, il recevrait des secours et des renforts d'Espag-ne, Iravei-serait un pays fertile, couvert de villes hors d'état de lui résister et n'en ayant pas la volonté, où il ne rencontrerait que deux places fortes, !e cliAtcau de Monaco, dont les portes lui seraient ouvertes, et la villo de Mirseille, qu'il prendrait en l'assiégeant. Si le roi François, qui dans le moment n'avait plus d'armée, en refaisait une et lui offrait la

312 CHAPITRE YI.

bataille, il l'accepterait, et, après l'avoir vaincu, il s'avancerait vers Lyon du côté où cette ville était sans défense. Soutenant qu'il restait quatre mois pour faire de g^randes choses, il dit avec résolution et confiance : « Si le roi veut sans délai entrer en France, je permets à sa g^râce de m'arracher les deux yeux si je ne suis pas maître de Paris avant la Toussaint. Paris pris, tout le royaume de France est en ma puissance (1). » Il demandaitque Henri Vlll opérât immédiatement sa descente en Picardie, qu'il prît le chemin suivi l'année précédente par le duc de Suffolk, sans s'inquiéter des hommes d'armes qu'il trouverait devant lui et qui seraient trop faibles pour arrêter sa marche, ou le chemin de la Normandie, moins bien défendue encore, et qu'il s'avançât en droite ligne* vers Paris, faible et facile à prendre. Insistant de nouveau sur l'importance qu'avait la possession de cette ville, il ajoutait: « Paris en France est comme Milan en Lombardie. De même que si Milan est pris on perd tout le duché, de même, Paris pris, on perd toute la France. »

Ce fut quelques jours après que, pressé de plus en plus par l'ambassadeur anglais, le duc dé Bourbon consentità prêter serment de fîdélitéàHenri Vlll. Cette grande trahison envers son pays, qu'il allait envahir, comme envers son prince, qu'il voulait renverser du trône, ne le troubla pas un seul ins-

(1) Mus. Bi'it. Vitellius, B. VI.

tNVASrON DE LA PROVENCE. 313

tant. Dévot et vindicatif, il se confessa sans ag-itation , communia avec ferveur avant de passer la frontière, et il dit à Richard Pace, en présence de quatre de ses g-enliishomnies : " Je vous promets, sur ma foi, de mettre, avec l'aide de mes amis, la couronne sur la tête de notre commun maître (1). »

Le besoin d'argent l'avait retenu près de deux mois au pied des Alpes avec l'armée victorieuse. Avant de toucher deux traites, de 100,000 ducata chacune, que l'empereur lui avait envoyées sur Gânes pour payer la solde arriérée de ses troupes, et de pouvoir mettre celles-ci en mouvement, Bourbon avait demandé que l'invasion de la France s'exécutât en même temps par la Provence, le Languedoc et la Picardie, afin que François I", oblige de diviser le peu de forces qui lui restaient, fût si faible partout qu'il se trouvât dans l'impossibilité de résister nulle part (2). » Je suis sur le point, écrivait-il à Gharles-Quint , de passer outre en France, suivant ce qu'il vous a plu me mander, ayant espoir que, de votre côté, vous ferez diligence et gros effort (3). » De concert avec Lannoy, qui devait, du Piémont, pourvoir aux nécessités de l'expédition, et avec Beaurain, qui devait en faire par-

(t) D«n« une lettre i Heari VIII, du So juin, R. Psce lui dit que te duc de Bourbon a prêté le eermeol de Bdélité, DiaÎB n'a p«s coosenti it l'bommaite. — Mus. Bril. Vilellias, B. VI, t. 107 k i 10.

(3) Lettre du duc de Bourbon à Charlei-Quintj itu 31 m&i Itiif. — ArcA. t'mp. et roj/. de Vienite.

(3) lettre du duc de Bourbon il Chnrlet-Quint, ilu 2i miû». — Ibid. T. 1. 33

l)ataille, il laccepterait, et, après V es avoir

s'avancerait vers Lyon du côté plug que

sans défense. Soutenant qu'il * • ^s sommes

pour faire de g^randes chosep / x-neuf mille

et confiance : « Si le roi v //; ..^e cents che-

France, je permets à sa .= f ^ ^e munitions à deux yeux si je ne suîf . / ^ ^ide de Dieu, faire la Toussaint. Paris pr. . ' ^^^ j^ Tempereur et de estenmapuissancer / .Unés à y employer corps, opérât imraédiater ^^ ^ly ^ La^noy écrivait peu prît le chemin p ordinal Wolsey que le roi d'Ande Suffolk, sr ^^jj ^^^ ^^^^^ ^^ France avec une qu 1 trouver ^^i^^^le, et ne manquerait pas une aussi es poup^^jj jg recouvrer ce qu'il appelait son Normanr^JJ^ Enfin Richard Pace suppliait avec înss ûv*ï*^J|P^J^i||igti.e tout-puissant de Henri VIII d'agir ^^ ^ résolument dans l'intérêt et pour la renom- ^" ^de leur maître. Il faisait dépendre de lui le ^^8 de l'entreprise, et en mettait le revers sous ^ responsabilité dans le cas où il ne prendrait pas les mesures propres à la faire réussir. Il avait la hardiesse de lui dire : « Si vous n'avez point ég^ard a ces choses, j'imputerai à votre grâce la perte de la couronne de France (3). »

Le duc de Bourbon traversa les Alpes dans les derniers jours de juin, et pénétra sur le territoire

(1) Lettre du iO juin^ écrite par le duc de Bourbon, Lannoy et Beaurain à Henri VIH. — Mus. Brit. Vitellius, B. VI, f. 89.

(2) Lettre du 24 juin. — Mus. Brit. Vitellius, B. Vï, f. 99.

(3) Lettre de Pace à Wolsey, du 25 juin. — State papers, t. VI, p. 3i4.

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