DE LA PROVENCE
[et {!). Son armée était moins ^•oe l'avait annoncé à Henri VIII, '"^ oblig'é de laisser de l'autre troupes dont il n'avait pas Il devaient le rejoindre plus vue ; mais elle était fort ag-uer- I posait de vieux soldats espag:nols, italiens, qui n'avaient pas quitté le Jopuis long'lemps, et qui, sous une di- -i Ijabile, avaient été également victorieux, y»\ en reprenant le duché de Milan sur les Fran- "^s, Boit en le défendant contre eux. L'habitude du succès leur avait donné une grande confiance, et ils joignaient à la solidité que procure l'expérience g-uerrière l'élan qu'inspire une constante supériorité. De vaillants chefs étaient à leur l^te. Le duc de Bourbon s'était fait suivre du marquis dePescara (2;. Ce célèbre capitaine n'était d'abord pas disposé à prendre part à une expédition qu'il ne dirigerait point. Il était si propre à commander qu'il ne savait pas se plier à obéir. Le duc de Bourbon flatta son org-ueîl et le décida à accepter le litre de capitaine g-énéral de l'armée dont il con-
(<] Lettre ilii duc <le BmirboahCharles-QniDl, du 10 juillet, — AirA. (mp. et roy, de l'imwe.
(S) ■ HoDMigneiir, combien (jue tous n'ajet rien escrit au mnrquts de Pescaire de T«iir nvccqups moy en relte entreprise, lojtefTois, To;ant que pou»- *Mlre servie* h irenue Mtoil trËe-nAc«SMire, je l'en «y prié, Iny offrnnl l'eslat de capilninc géni^Til de l'armée soubi moy... C'e«t unt^persainiaigciiui in<!irite bien uDiçict estai, h l.ellra du duc do Bourbon fc Charles-Qaint, du 24 mai, teritc de Cbivasso. — ArcA. l'nq). et
servait lui-même la suprême direction. Afin de lui complaire encore plus, il donna le tilre de capitaine général des Ëspag'nols au marquis del Vasto (1), neveu de Pescara, cher à son affection, formé à son école, et l'héritier futur de sa renommée et de son habileté militaires. Les lansquenets étaient sous les ordres de deux hommes de g-uerre éprouvés, les comtes de Hohenzollern et de Lodron, avec lesquei se trouvait le fils du fameux Georg-e Frondsberj Des victoires récentes et successives avaient rem supérieurs aux bataillons suisses ces corps de lai quenels, dont l'obéissance était néanmoins suboi donnée à l'acquittement rég-uUer de leur solde.
Dès qu'il eut traversé le Var, le duc de Bourbon s' lablit au camp de Saint-Laurent, vers les bords la mer, pour y recevoir son artillerie, qu'il u^ fait transporter sur des navires espagnols et g-énoi» Il comptait y attendre aussi la portion de son armée qu'il avait laissée derrière les Alpes (2). Le château de Monaco, qui dominait un port favorable à des débarquements de vivres et de canons, et que position rendait imprenable, lui avait été ouvi par Aug-uslin Grimaldi, évèque de Grasse et tuteul du jeune Honoré Grimaldi, à qui en appartenait la seig-neurie. Ce port abrité devait lui être d'autant plus utile que ta llotte française tenait la mer. L'
(1) Lotira du duc do fiourbou à Cbarles-Quint, du ckmp ils Drap gnnn, le Sfl juillet.
(2) Lettres du duc de Bourbun et d'Adrien de Cro; h l'empereur, I cuap de SainH.nurenl, du 10 juillet 152i, — Anh. imp. et nny. I Vioffle.
des
Ireprenani Génois André Doria, dont les galères étaient la patrie depuis qu'il avail perdu la sienne, et qui devait conserver à François I" la supériorité dans la Méditerranée tant que François !" saurait le g-ardfr à son service, avait réuni sa petite (lotte à celle que commandait le seig-neur de Lafayette. Plus forte que la flotte impériale, placée sous les ordres de Ugo de Moncada,elle avait capturé quelques jours auparavant le prince d'Orange, parti d'Espag'ne sur un brig^antin pour se joindre au lieutenant de l'empereur. Elle attendait dans CCS parag-es les navires ennemis, qui longeaient la côte, el qui devaient porter à l'armée d'invasion des canons, des munitions et des vivres. L'expédition fut menacée à son début de perdre les moyens sans lesquels elle ne pouvait pas ôlre continuée. Au moment où la flotte espag-nole approcliait du lieu où Bourbon avait dressé son camp, la flotte française fondit sur elle, et y jeta le désordre el l'elTroi. La plupart des navires espag-nols prirent le larg-e et relournèrent vers Monaco, où ils débarquèrent l'artillerie; mais trois g-aières, dont les mouvements furent moins prompts ou les éqiiipag:es plus épouvantés, se jetèrent à la côte et furent abandonnées avec les pièces qu'elles portaient par ceux qui auraient dû les manœuvrer et les défendre, et qui s'enfuirent vers la montagne. Elles aiiaient être prises à la vue même de l'armée, ce qui lui aurait été à la fois un détriment et une honte. Le ducdc Bourbon, par une résolution sou-
Sia CHAPITRE M.
daine et avec une rare intrépidité, s'y précipita, risque d'être tué ou pris. Suivi de quelques arqui busiers espag-nols, il monta dans la plus expo) des trois g-alères , et dit à Pescara et à Beaurai d'en faire autant pour les deux autres. « Sauvoi cria-t-il fort haut, l'honneur du camp et de l'em] reur! " Tous les trois s'y jetèrent et y combattirei vaillamment. Pendant le reste de la journée, essuyèrent le feu de la flotle française, que les quebusiers espagnols tinrent à distance, et i n'eut pas la hardiesse d'aborder les trois galères, l'habileté de les couler à fond (1).
Après avoir reçu son artillerie et quelques-uni des troupes qu'il avait laissées en arrière, Bourbon partit du camp de Saint-Laurent, oîi il s'était arrêté près de vingt jours, et s'avança dans l'intérieur de la Provence. 11 ne rencontra de résistance sérieuse nulle part. Vence, Antibes, Cannes, Grasse, Fréjus, Di-aguignan, se rendirent à lui, ce que firent é, lement Lorgnes, Hyères, Cotignac, Brignoles, Tn
(I) Dana SA lellre du 10 juillet, Bourbon racontail à l'empereuT ce qu'il nvnit fait tràs-simplemeot : « Nos ennemis, disait-il, ont contrajttt troii de vos galères de se séparer des autres et Tindrent geler en ti vers nous, et ne peurent tant fayre nos dits ennemis que loaugré e n'ayons sauvé tout ce qui esloit dnns les dites gnl>>res, combien qn*! nous snluassent h coups de cauon... > Arch. imp. et roy. de Viame. ^ Hais Beaurain, dans sa lettre \ CbarlesKJuint du même jour, £um récit que je lui ai emprunté et disait : a Si vous eus^iei vea moni Bourbon, vousl'eussiei estimé ung des hardis genliUlionimes qui «oifl sur la terre, et voyant toutes les gallercs de Fr&nce qui venoïeul JMN prendre les trois vostrcs, comntsnda au marquis et à moy d'en gwdts chacun une, et qu'il Rorderoit l'autre, et pour ce faire nom monstr» ït chemin, etc. » Ibid.
et Tourves. Lorsqu'il fut à deux lieues d'Aix, les consuls de la ville, qu'avait abandonnée le maréchal de La Palice en se repliant avec ce qu'il avait de troupes du côté d'Avignon, sommés de rendre leur ville, vinrent lui en porter les clefs et faire leur soumission. Bourbon entra dans cette capitale du pays le 9 août (1), y reçut le serment des mag-istrats, et prit dès ce moment le titre de comte de Provence.
Sur toute sa roule, il ne cessa de presser l'empereur, par les lettres qu'il lui écrivit ou les messagers qu'il lui dépêcha, de mettre en mouvement l'armée de Catalogne, qui devait se réunir à la sienne sur les bords du Rhône. Ce renfort lui était d'autant plus nécessaire pour gagner le centre de la France, qu'une partie de ses troupes n'avait pas encore franchi les Alpes. « Monseigneur, disait-il à Gharles-Quînt, hàlez-vous, je vous supplie, pendant que le roi de France n'est en gros équipage. Il fait lever avec grande diligence Suisses et Allemands. Si vos Allemands et Espagnols étoient joints avec nous, nous serions suffisants pour combattre toute la puissance du roi de France, quelque nombre qu'il sût avoir, et, avec l'aide de Dieu, qui maintient toujours les bonnes et justes querelles, nous aurions victoire (2). » Bourbon comptait éga-
(I] Lettre du duc de Bourbon n l'empereur, du 10 itodl. — Areh. imp. et ray. de Vienne.
(2) Lettre du duc <ie Etourbon n Charles-Ouiui, du 3lt Juillet, to-itc an uUDp de Drnguîgnan.
lement sur la diversion du roi d'Ang^Ieterre (! Wolsey lui avait annoncé,' par le chevalier Grej rio Casale, la Irès-prochaine arrivée de sîr Jol Russell avec l'arg-enl que devait lui foun Henri Vlll (2). Il avait en même temps eharj Richard Pace de lui dire qu'une armée était pn à descendre sur la côte de France. « Le roi, assi rait-il , envoie un g-rand nombre de chevaux d'hommes de pied à Douvres pour être transport* à Calais, se réunir avec la cavalerie bourguig^n et les lansquenets des Pays-Bas. Suivi de son raée, il pénétrera en peu de temps, si le cas le quierl, jusqu'au cœur du pays, comme l'emperei doit y entrer du côté de l'Espag-ne, ce qui fera que, de son côté, le duc de Bourbon trouvera peu de résistance en marchant en avant. » Bourbon s'était avancé sur la foi de la double promesse de Charles-Quint et de Henri VIII; maïs, parvenu à Aix, n'eut aucune nouvelle ni de l'armée espag^nole, de l'armée anglaise. Sans avoir reçu le renfort l'une et appris la descente de l'autre, il eût éié méraire de se diriger vers Lyon.
Dans un conseil oij le connétable appela Richai Pace avec le marquisde Pescara, il fut décidéquel© chevalier Greg-orio Casale serait renvoyé en Angleterre pour demander que les troupes de Henr ~
ar-
(1) Il écrivait le <fl ftodt à IVmpereur : • Les Auglois dojTent a desceodus, car aultrenieat il ferait fuulle en notre aflïire. s
(3) Il arriva lu S6 août. Lellre de Richard Pace, éci-ile le 3( k camp deviat UarKUle. —Mu*. Biit. Vilellius, B. VI, f. 193.
INVASION nE \A PROVKNCE.
opérassent sansdélaiau nord-ouest de la Krance(i Il fut décidé de plus qu'on irait mettre le siég-e devant Marseille. Plusieurs raisons poussèrent à entreprendre ce siég-e hasardeux : la nécessité de ne pas rester dans l'inaction en attendant que les Espag'nols franchissent les Pyrénées et que les Anglais parussent en Picardie; l'utilité dont serait pour l'empereur la possession d'une ville qui le i-endrait maître de ce golfe de la Méditerranée et lui ouvrirait le passag-e de Barcelone à Gènes; l'affermissement, par l'occupation d'une place aussi importante, de toutes les conquêtes faites en Provence ; la certitude de laisser soumis les derrières de l'arméed'invasion et d'assurer ses subsistances lorsqu'elle s'avancerait du côté de Lyon et marcherait sur Paris; l'intimidation que la prise d'une ville bien fortifiée inspirerait à toutes les autres, qui ouvriraient leurs portes afin d'éviter les périls d'un siég-e et les calamités d'une prise d'assaut; enfin l'obligation où serait François!", s'il voulait secourir Marseille, d'olTrir la bataille, fjui serait acceptée, et l'impossibilité, s'il était vaincu comme Bourbon l'espérait, de couvrir son royaume sans défense (2).
(I) Longue lettre de nichiinl Puce à Wolsey, (?critB le 31 ftolll, du camp detDDt Hnrseille. — Mu». Brit. Vitdlttu, B. VI, r. iVJ. — Le miitif jour 31 aodt, le duc de Bourboa écrirait k TIeDri VIII : « Mon- ■ieor, je lous supplie trés-huuiblcniGiit ttûre atanrer vostre Brmi<e pnrde<^ et je mvllrn]' peiuc de cerosli- Miiiaat le coDUncurriui'iil (le »ouf ■lier veoir un tiraal de Ljon à Paris, d — Mut. Brit Vilellius, B. VI, r. ISS.
IS] Letirrs de Richard Paee à WoImt, des 26 et 31 noAI. — Vitetliui, B. VI, f, 193.
Dans la nuit du 14 août, le duc de Bourbon, avec le marquis de Pescara ef deux mille Espagnols, alla reconnaître lui-même l'assiette et les défenses de Marseille, qu'il avait fait examiner par deux capitaines expérimentés, qui les avaient trouvées extrêmement fortes. Il en parcourut et visita les dehors avec le plus grand soin, et, malgré les évidentes difûcultés de l'entreprise, il n'hésita point à s'y engager (1). Le 19 août, il parut devant la place^ que cerna l'armée impériale (2).
La ville de Marseille se dressait alors sur un coteau assez spacieux et d'un accès difficile. Au sud, elle descendait jusqu'au port, dont elle couvrait tout le bord septentrional, sans s'être jetée encore vers le bord méridional, où s'élevait l'antique abbaye de Saint-Victor. A l'ouest, elle longeait le rivage de la mer, dont les flots la baignaient en plusieurs endroits. Au nord, elle remontait en amphithéâtre au sommet de la colline, que couron-
(\) Dépêche de Pace, du 31 août. — Ibid.
(2) Dépêche de R. Pace du 31 août. — Dans un journal manuscrit du siège do Mareeille par Honorât de Valbelle, qui prit part à la défense de la Tille, et dont M. Rouard, bibliothécaire de la ville d*Aix, possède une belle copie qu'il a eu l'obligeance de me communiquer, il est dit à la date du 1 9 août : « Lo camp del dich Borbon ambe (avec) lo dich de Pescairo torneron devant Marseilla, los quais foron festegas (furent festoyés) de nostro artillerie et de los galleros que leu tueron plusors de leu gens. »
SIEGE DE HAHSEILLE. 523
naient ses tours et ses murailles, à douze ou quinze cents pieds desquelles étaient construites la cha- Ijclle et la léproserie de Saint-Lazare. Elle formait du côté de l'est une lig-ne sinueuse qui, de la porto d'Aix, aboutissait en se courbant à l'extrémité intérieure du porl. Ni le Cours, extension de cette lig-ne, ni la Cannebière, suite du port, n'existaient encore. Ainsi resserrée, se déployant en étag-essur un terrain montueux que la mer protégeait des deux côtés et qu'entouraient des deux autres des murailles ilanquées de bastions, g-arnies de tours, précédées de fossés, la ville de Marseille pouvait soutenir un lon^ siég-e, pour peu qu'on lui donnât le moyen et qu'elle eût la volonté de résister.
Or rien ne manquait à la défense; tous les préparatifs en avaient été faits de bonne heure. Dès le mois de juin, avant que les impériaux francliissent les Alpes, François I" avait envoyé à Marseille le commissaire Mirandel*pour la fortifier encore davantag'C et la mettre à l'abri du dang:er qui la menaçait. Mirandel fît abattre les deux couvents des dominicains et des frères mineurs , les trois églises de Saint-Pierre, de Sainte-Catherine et de Notre-Dame-de-Bon-Voyag'e (t), dont les édifices.
(I) loumal lia Valbelte et Uistoire >n^mrabU des choses odrcnues au pays de proverue à l'arrivée de Moiisiew Charles de Montjiatsier, ou- |Mnnian( connélable de France, en l'an 1 524, avec h discours véritable dt tout ce qui se fassa durant le siège mis devant la famcusr cité de MaiteîUe. — Ce récjl a été ccrit ea fniiii;ais nu comiueuceuient du dit-ieptiiine *ièle, Hurlout U'aprës lee Mrmotret de Jean Tbierrj, djt rKtoila; il etU U bibliothèque d'Aii.
rapprochés de la ville, auraient secondé l'attaque et gêné la défense. Il fît raser et niveler, dans la même intention, les faubourgs, les maisons de plaisance et les jardins qui s'élevaient à un tir d'arquebuse des deux côtés de l'est et du nord, par où seulement la place pouvait être abordée et assaillie. Les Marseillais, avec un patriotique attachement à la couronne de France, à laquelle le pays de Provence n'était réuni que depuis quarante ans, travaillèrent de leurs propres mains à ces démolitions. Ils déterrèrent les morts ensevelis dans les églises et les portèrent processionncUement avec les imag-es de leurs saints et les objets de leur culte dans l'enceinte de la ville et sous la protection de ses murailles. « Il n'y avait ni petit ni grand, dît un témoin de ce triste spectacle, qui ne pleurât (1 Vers la fin de juin et le commencement de ji let, la g-arnison sortie de Lodi et beaucoup d*( seïgnes de gens de pied étaient entrées dans Marseille sous le commandement de Renzo da Ceri, et Chabot de Brion y avait été dépêché par François I" avec deux ou trois cents hommes d'armes. Outre cette troupe régulière, qui s'éleva à environ quatre mille (2) soldats d'infanterie et de cavalerie, les habitants de Marseille furent organisés en milices parleurs viguier et consuls. Huit mille d'entre eux, remplis d'une généreuse ardeur, et enrôlés par
(I) Jaamat du Siège, elc.
{2} Le I" noùt, jour où tut failK lu reviie de* troupes. — Jounal de Valbelle.