‹ Rivalité de François I. et de Charles-QuintChapitre 29 sur 35 · SIEGE DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

SIEGE DE MARSEILLE

quartiers sous des capitaines (1), durent veiller à la g^rde intérieure de la ville, seconder la garnison dans les sorties et la soutenir dans les assauts. François 1", comprenanlque de la conservation de Marseille dépendait la sûreté du royaume, avait pourvu la ville d'armes et de munitions, ainsi que de soldats. Renzo da Ceri, versé dans l'art des fortifications, aussi ing-énieux que brave, très-vig'ilant, el d'une constance inébranlable, avait reçu la principale autorité sur les troupes et devait dirig-er la défense de la place. Il avait employé le mois de juillet et la première moitié du mois d'août à tout préparer pour repousser l'ennemi (â). Plusieurs des portes de Marseille furent fermées el terrassées. En avant et en arrière de celles qui restèrent ouvertes, il fit construire des otivrag:e3 destinés à les rendre inabordables. A la porte de la Calade, aboutissant à la pointe orientale du port, et à la Porte-Royale, placée un peu au-dessus et faisant face à t'est, il éleva des bastions entourés de trancliées , garnis de canons et d'arquebuses à croc qui balayaient le terrain, de manière à interdire de ce côté l'appro-

(1} ■ Le seigneur Ranese de Serrei, homme fort eipèrimenlé, mildi- Uffenci.' k rempnrer les luurnilles, y faire plaies- formas, comme aussy Ht paracheier le )p-aail bolevuri] dîl la plate-foimit duquel lus aiuraillei ont sa gnuiil» pieiU i{'e«pe<Mtur que inconlinenl (ut lijen gsro; d'artillerie. ■ HiUcirt mémorable ma. d'aprÈ» TltierTy. — Journal ms«. do Valbelle.

(4} • Soubs quatre capitaines enDins de la dite ville estoîent de boit b*lieuf mille coiabaltantt bien armJt de euiraaseï, aequebutei, arbal«tM, piqiiM et autres arme» oécessairM à la dite défense, langÉt en fort bel et bon ordre qu'il fninoit bon Toir marcher par la ïille, etc. ■ — HMttirt nimorabli, olr-, d'aprèt Thierr; de l'Ëtoile.

che de la place. Tout le monde concourut avec zj et par quartier à creuser les fossés, à former les boulevards, à exécuter les travaux qui devaient affermir la sûreté commune. Outre les pièces d'artillerie placées sur les remparts, de gros canons en bronze, disposés sur un monticule intérieur que couronnaient des moulins, hissés sur le clocher de la Major, sur la grande tour construite au sommet du coteau que couvrait Marseille, sur la grande horloge près des Accoules, d'où l'on dominait tous les alentours, battaient principalement la plaine qui s'étendait vers le nord. L'un de ces canons, nommé le Basilic, était monstrueux. Il jetait des boulets du poids de cent livres, et il fallait soixante hi mes pour le remettre en place quand il avait Ayant la mer ouverte et le port libre, pouvant recevoir ainsi des vivres et des secours, protégé par la flotte française , qui , supérieure à la flotte espagnole, stationnait à l'île de Pomègue et devail ajouter ses feux aux feux de la place pour inquiéter l'ennemi, les Marseillais, qu'encourageaient cesi puissants préparatifs et qu'animaient les plus patriotiques sentiments, attendirent sans crainte l'attaque de l'armce impériale.

A son arrivée devant Marseille, !e duc de Bom^ bon occupa les hauteurs qui entouraient la ville l'est à l'ouest ; il y dressa son camp ; les lani nets furent placés non loin du rivage de la mer; les" Espagnols eurent leur quartier vers la plaine Saint- Michel et lo chemin d'Aubagne, et les Italiens

itets —

SIÉGt: DE HARSElIXt:. ^iST

postèrent entre les lansquenets et les Espag-nols. Le point d'attaque fut pris au nord. Depuis le couvent franciscain de l'Observance jusqu'à la porte d'Aix, sur un espace d'environ raille pas. la place jmraissait moins forte. Dans cet espace étaient compris la tour de Sainte-Paule, qui flanquait les remparts au dehors, l'évi^ché et la vieille ég-lise de Sainl-Cannat, qui y adhéraient au dedans. C'est par là que les Impériaux résolurent de canonner la ville et de l'assaillir. De la chapelle de Saint-Lazare, où s'établit Pescara, le duc de Bourbon en fit les approches avec prudence. Pendant la nuit, couverts par des gabions, log'és dans des tranchées, ses soldats se livrèrent aux travaux de cheminement, qu'on essaya de troubler soit de la ville, soit de la flotte, par des sorties et des descentes; mais ni les unes ni les autres ne réussirent. Les assiég-és durent regag-ner leurs murailles, et les marins remonter sur leurs navires, après avoir perdu du monde et laissé des prisonniers entre les mains des ennemis.

Le duc de Bourbon plaça sur une hauteur une batterie qui oblig-ea la flotte française, venue vers la plag'C d'Arenc pour inquiéter le flanc droit de l'armée impériale, à reprendre le larg-c (1). Il s'avança ensuite de plus en plus, et au bout de quatre jours il se crut assez près de la ville pour la battre en brèche (2). Le 23, ses canons tirèrent sur les

(1) Lellre '1» K. l'nco h Wol^ey, du 31 ouût. — Uiu. Brîl. Vitetlius, B. Vt, t. 1113.

(2) Journal mu. duttrytiU Maruilk, pir Volbello. —Histoire méniora6te, etc., d'apris Thierri de l'Étoile.

:i28 CHAPITRE VI,

murailles du côté où se trouvait le couvent sevance ; dans la journée même, ils les entamèrent et y firent une ouverture qui , à la partie supérieure, avait une IrenLaine de pieds d'étendue, mais n'en offrait pas au-delà de six à la base (-1). Les troupes, rendues confiantes par les succès qu'elles avaient obtfïnus sur les assiég-és, repoussés dans les tentatives qu'ils avaient laites pour troubler les opérations du siég-e, demandèrent à monter à Tassai On s'y attendait dans la ville. Benzo daCeri, Brii et les capitaines des Marseillais, à la tète des troupi et des habitants armés, étaient en bataille sur les remparts, dans les tranchées, au débouché des rues, prêts à recevoir vig'oureusement les impériaux, s'ils paraissaient ; mais ceux-ci trouvèrent la brèche insuffisante, et n'attaquèrent point. Peut-être, en montant à l'assaut avec une impétuosité hardie, eussent-ils brisé toute résistance et emporté la vîllc. Le lendemain, il n'était plus temps. Dans la nuit du 23 au 24, le vig-ilant Renzo da Ceri, sans perdre un moment et à force de bras, avait fermé la brèche à l'intérieur avec des tonneaux remplis de terre, des fascines, des pierres, des poutres, et élevé arrière-rempart à la place où l'ancienne mui avait été ouverte.

Bourbon et Pescara, croyant leurs canons petits ou leur poudre trop faible pour faire de une brèche à travers laquelle ils pussent pénél

()) 0 Ij> brèche demeura giaude po«r lors de cinq c(kDO«c (I«ei niesurail six piedt) et une canne par le bns. m Hiitnre n

SIKGE DE MARSEILLE. S59

dans Marseille, résolurent de s'en approcher davantag-e. Ils avaient d'ailleurs besoin de ménag-er leurs raunitions, qui n'étaient pas abondantes. Ils cessèrent presque de tirer, et par des tranchées obliques ils s'avancèrent vers la ville avec l'intention d'en saper les murailles et de les renverser par la mine (1 ). En même temps, Bourbon envoya Beaurain devant la tour de Toulon, où étaient des pièces d'un plus fort calibre et un grand amas de poudre et de boulets. Beaurain par terre et Ugo de Moncada par mer devaient assiég-er cette forteresse, que ne défendrait point la flotte française, chargée de protég-er Marseille à l'ouest et de maintenir libre l'accès du port.

La suspension du feu et le cheminement des impériaux du côté des murailles menacées par la sape etia raine avertirent les Marseillais du nouveau danger auquel ils étaient exposés. On prit aussitôt les mesures les plus propres à y faire face. Deux édilices, l'un antique et vénéré, l'église de Saint- Gannat, l'autre vaste et agréable, la résidence de l'évêque, touchaient à la partie des murailles vers laquelle marchaient soulerrainement les impériaux (2). Ils furent démolis sans hésitation, comme

(I) Hichnril Pare ri Wolsev, du eamp ilefant JlKrsciUe, te 3t roAI. — Htu. Brit. Vitelliiu, B. VI, f. I»3.

(i) « Qiinï foyaut 1k cnpitiiiBP Rnnise «l que les euneaiys se prépnroieDt inmeilleiucuiciit pour batre et intsder li lillu et paiix) nubsI qu'il «ç«t(iil trèi bien qu'ili tratnjlloient aux niioes |ioiir fRii'c BVM lioudra choir Ira murailles, fit nbutre et riucr, ï I cmlroil desditu bnliv nnii et rempArti, U belle CgliK de Saint- CanDAt tout proche le* wu-

l'avaient été les faubourg-s et les maisons des chamf^ des Marseillais, de peur que l'ennemi n'y parvint et ne s'y logeât. Après avoir ainsi déblayé les remparts de tout ce qtii pouvait mettre obstacle à la défense, Renzo da Ceri pratiqua au dedans comme au dehors des tranchées longitudinales très-profondes qui devaient nm'ter les travaux des assiég-eants. En même temps il ouvrit dans celte direction des contre-mines. Tout le monde mit la main aux nouvelles tranchées. Les femmes elles-mêmes y travaillèrent avec une ardeur non moins patriotique qu'intéressée : elles se croyaient menacées des derniers outrages par Bourbon, aussi redouté qu'exécré daj Marseille, où on l'accusait de vouloir livrer les p sonnes à la brutalité comme les maisons au pill^ de ses soldats, si la ville était prise de vive force. Les plus riches d'entre elles et les plus délicates, ainsi que les plus pauvres et les mieux endurcies à la fi tigue, aidèrent à creuser, à déblayer, à fortifier g tranchées, qui furent achevéesen trois jours, et (] en leur honneur, reçurent le nom de Iranchées ti damex (i). Renzo da Ceri les rempara par de haulf levées de terre formant de larges parapets percés de ' meurtrières, et derrière lesquels étaient placés et abrités de nombreux el habiles tireurs. Ces moyeu»

milles, en outre lit uicIti'R k bas el démolir la grtintl uiaison île l'éta i|u'c«toil iine somptueuse mni-son île plnisancc. ■ — UUtoir* mAncj. ble, etc., il'nprÈs Thierrl Hp l'Ëtoile. — Jouma' du Sifgt, etc., [iw î belle, à ta ilntc <lu â» m.i\l. ^

(1) Cul emplacement coum'ivi- i^neore le uom <l

'S ou-

i. Les ainsi

SIEGK DE MARSEILLE. j31

de déFense s'élendaîenl du couvent de l'Observance et de la tour de Saînte-Paule à la porte d'Aix. Tout en se livrant à ces travaux, les assiégés, par de vives et Tréquentes sorties, troublaient les impériaux dans leurs manœuvres et allaient les inquiéter jusque dans leur camp. Jour el nuit, ils veillaient à la j^arde de ia ville, dont les rues étaient éclairées par des torches el des lanternes qu'on allumait aux fenêtres des maisons, de peur des surprises.

Le duc de Bourbon, malg-ré son peu de progrès devant Marseille, qu'il n'avait pu ni intimider ni forcer, ne se décourag'ea point; mais la confiance qu'il avait d'abord inspirée autour de lui commençait à fléctiir, et les chefs de ses troupes doutaient beaucoup de la reddition ou de la prise d'une ville qui opposait une résistance aussi opiniâtre, Bourbon, dans l'org-ueilleuse opinion où il était de son irrésistible ascendant, avait annoncé que Marseille ne tarderait pas à lui ouvrir ses portes, ainsi que l'avaient fait les autres villes de Provence. Pescara le lui rappela avec un ironique à-propos. Le 10 du mois de septembre, ving't-deux jours depuis l'ouverture du siég^, un coup de canon tiré de la tour de l'Horlog-e tua, non loin de lui, dans le quartier de Saint-I^^zare. un prêtre qui disait la messe et deux gentilshommes. .\u mouvement qui se fit, Bourbon, alors dans le voisinage, s'approcha de Pescara et lui demanda ce que sig-nifiail ce bruit, a Sans doute, répondit l'Espag^noi en raillant, ce

B32 UIIAIMTRK VI.

sont les consuls de Marseille qui vous apportent les clefs de la ville (1). »

Le duc ne chercha pas moins à s'en rendre maître. H la serra de plus près. Il avait reçu pour la solde de son armée cent mille ducats que lui avait apportés sir John Russell de la part d'Henri VII] Il fut rejoint par une partie des troupes qu'il avâi laissées en Piémont. Trois fortes pièces d'artilleri et six canons moyens lui furent amenés, ave» une grande quantité de munitions, de la Tour Toulon, qu'avaient prise le 2 septembre Beauraî^ et Ug-o de Moncada. Les nouvelles les plus i tîeniment attendues lui arrivèrent coup sur coo] d'Espagne et d'Angleterre, et l'entretinrent daQI toutes ses espérances. L'empereur lui avait envoyi le comte de Montfort pour lui annoncer la venu prochaine de l'armée de Catalogne, à laquelle j avait prescrit de pénétrer en France, et GregorioCasale, arrivé de Londres, lui donna, au nom de Henri Vlll etdeWolsey, l'assurance que les troupes anglaises étaient prêtes à descendre en Picardie (2). Bourbon avait déjà dépêché deux jours avant vers l'empereur le capitaine Loquinghan (3), en le conjurant de hâter la marche du corps auxiliaire, sans

(1) Journal du Siège de Mayseille, pxii' Vnlbelle, à la <iiit« du 10 tt lemhre.

(3) K Honscipieur..., esl Teiin ]e cheinlivr Grégoire, qui ■ «pq iiûiivelles (|iic tes Anglois sont [irès à dessauiii'e ajiuit su tuoo naki (Lussyj? itespesche nujaiii-d'huy lioiume exprâi pour suplyiv l«rajd*U glelerro dp Tnirc ilesannilra son nritiùu, etc.. n I.ellr» Ju iloc do Bttiutd Il ChArl<<a-QuiDt, du 15 aepicmbi-e. — Aroft. imp. et roy. de Vioutt. J

(3J Lettres du même ati mJme ilc« 13 et ii septutabru.

SIÈGE liK MARSEILLE. S33

lequel il ne pouvait rien entreprendre de décisif, et de fortifier sa flotte pour ia rendre maîtresse de la mer. Il lui écrivit de nouveau en insistant de plus en plus; a Votre affaire, disait-ii, n'en peut que bien aller, et serons suffisants pour donner la bataille au roi de France. Si nous la gagnons, ce que j'espère Dieu aidant, %oub vous en allez le plus grand homme qui oncques fut, et pourrez donner la loi à toute la chrétienté (I). »

Lorsqu'il avait touché l'argent apporté par sir John Uussell, il en avait remercié Henri VUI et lui avait écrit : « Monsieur, je vous supplie Irês-humblement faire avancer votre armée par-deçà, et je mettrai peine de ce côté de vous aller voir en tirant de Lyon à Paris (2). » Croyant alors à la diversion de l'armée anglaise et désirant pour la sienne un nouvel envoi d'argent, il écrivit ù Wolsev que dans huit ou dix jours il aurait pris Marseille, et que, dans quinze au plus tard, il comptait f-lre joint par les troupes de Catalogne. « Noire délibération, ajoula-t-il, est d'aller trouver le roi François, qui est par-deçà le Rosne avec son armée. S'il ne se renforce plus qu'il n'est à présent, j'espère que nous ferons un très-bon service à l'empereur et au roi (3). «

[TOI t

Page 1