SIÈGE UE MARSEILLE
et me semble que, si vous en voulez avoir voire part, vous ferez bien de vous hâter et nietlre dilipfeiice à faire marcher toute la gendarmerie que vous trouverez en chemin { 1 ). «
C'est dans ce camp que François I" rerut les députés de Mai-seitle. Il les accueillit avec g-rand honneur, loua leur courag-e comme leur fidélité, et les exhorta à défendre leurs murailles jusqu'à ce qu'il parût devant elles pour en chasser l'ennemi, Il promit de délivrer bientôt leur ville, où l'ut alors introduit un secours de quinze cents hommes, venus par mer du côté d'Arles et des Martigues avec toute une flottille de bateaux chargés de farine, de vins, de bestiaux (2). Il remit aux députés, pour leurs compatriotes, une lettre bien propre à les entretenir dans leur courageuse résistance, « Nous vous prions, y disait-il, cslre de bonne volonté et continuer à faire votre devoir comme très-bien et loyalement l'avez fait jusques ici, de quoi vous en sçavons très-bon gré, et croyez que nous reeonnoîtrans ci-après les services que nous aurez rendus. De votre loyale fidélité il sera mémoire perpétuelle, et elle servira d'exemple aux autres (3). » Au retour de Pierre Cépède et de Jean Bègue du camp royal, les principaux habitants de Marseille furent convoqués à son de trompe pour savoir te résultat de
(1) Msi. Bi-tbimu, », BM1I. f. 02.
(S) îoanuil (Al si^c, rlc., ptr VnllwUe. — Histoire mimonitle, etc., d'a|>tt* Tliierri il« l'El<iil<-.
(i) Cetla lettre h*1 Aur* KuRi , UUtoift ik la vilU tk tSaneUU, Uv.viii,t.3i:i.
leur
et
CHAPITRIi VI.
ntendre lire
lettre de Fri
■ mission f;ois V. Animés par les éloges et les remen menfs du roi, confiants dans ses assurances, Marseillais s'apprêtèrent à soutenir l'effort de l'e nemi et à repousser l'assaut dont ils étaient i nacés.
Bourbon s'était rapproché de la ville par ses tranchées, et il avait mis en batterie les grosses pièces venues de Toulon. Cette artillerie avait tipéf^g avec furie et sans interruption du côté de l'aniifli cienne brèche, entre le couvent de l'Observance et la porte d'Aix. Le 21 septembre, api-ès avoir essuyé plus de huit cents coups de canon {I), le rempart avait été abattu sur une étendue d'environ cîo quante pieds vers le haut, mais de beaucoup moin vers le bas. Dix Jiommes de front pouvaient pénétrer par cette larg-e ouverture et se précipiter dans la ville. Dourbon, l'ayant trouvée plus que suPBsante, Gt taire ses canons et mit son armée en bataille pour montera l'assaut. Les Marseillais étaient prêts à la bien recevoir. Ils occupaient en bon ordr^ les fortes positions et les ouvragées dél'ensifs <
(I) fl Et tiuit tirèrent les eiiucuiys que In lii'esch« nouvelle fui dessus Inrge de ilouxe cAunes (soitaiite-douie pieds). i> Biitoin rable, etc., d'apH<s Thierri de l'Estoile. — ViilbvUc, dans le Jounuli S<^e, la r«il moins grande. Il dil qu'npiès buil cent dii-wpl comptés tir^ cciutre le retnpiu-t, les canons ennemis a y feron uno benlM (le 6 canos el In (ÎEiiho bercliD que podin estrc de 2 canos que ero m lot 8 canos n fi In date du 24' Miptenilo'c. — Uu Espngnol qui servait dans le camp de liourbon, Juan de Oiuaîo, dit dons sa Relaclon, pu] ~" au t. IX de la Colecâun de doaumentos inéditot para la là»btria dei pana, que In br^he élnît moins grnnde. cl d'un ncri'» maUiB^ p. ils.
part jiiUW
SIKUK IIK MAIlStlI-LE. 641
s'élevaient aux abords et sur les derrières de la brèche. Près de six mille soldats de toutes armes avaient été distribués dans ces divers postes. Les arquebusiers et les escopettiers, du fond des tranchées et du haut des bastions, devaient par leurs décharg-es jeter le désordre parmi les assaillants, tandis que les piquiers et les hommes d'armes, tout resplendissants sous leur armure impénétrable, devaient les repousser avec le trancbant des hallebardes et la pointe des lances, si le feu ne les arrêtait pas. Le fossé profond qui avait été creusé entre la brèche et la ville était rempli dépendre, de matières inflammables, de machines à explosion, et le bord intérieur de ce fossé était flanqué d'un rempart larg-e et haut, aussi aisé à défendre que rude à escalader. Outre les nombreuses troupes de la gparnison, les habitants de Morseille en armes g-ai"daient les ouvertures des rues barricadées et en occupaient les principales places {IJ.
C'est contre cette ville protégée par des tranchées qu'il fallait franchir, couverte d'ouvrag'es qu'il fallait enlever, hérissée de défenseurs qu'il fallait vaincre, que s'avança hardiment le duc de Boui'bon avec les impériaux, moins résolus ijue lui. Le feu qu'ils essuyèrent, à leurapproclie, les arrêta. Ayant su que derrière la brèche étaient des fossés remplis de poudre, de résine, de pétards, de pointes de fer, et par-delà les fossés un nouveau rempart, ils ne
(1) D'npiis k Joiirwil du Siège, etc., {uir Vallmlk. i'Uistotrv mtmorable, etc., e( U tUlacùm de Juan de Oxhivq, t. tX, p. 418-4)11.
voulurent pas poursuivre l'altaque. L'dPlïiée tôiî entière recula devant le dang-er d'un assaut qui serait aussi sang-lant, et qu'on jugeait devoir être inutile. Les lansquenets, désignés les premM pour tenter l'escalade de la brèche, s'y refusèi Les Espagnols, pressés par Bourbon, n'y consen' tirent pas davantage. Pescara, qui croyait l'entreprise plus que téméraire, les en détourna lui-même avec sa verve familière. — <i Les Marseillais, leur ditil, ont apprêté une table bien couverte pour traiter ceux qui les iront visiter. Si vous avez envie d'aller souper aujourd'hui en paradis, courez-y. Si vous n'y songez nullement, ainsi que je le crois et que je le fais, suivez-moi en Italie, qui est dépourv'ue de gens de guerre et va être menacée (1). » Sollicités à leur tour, les Italiens refusèrent comme les Espagnols et les Allemands. Bourbon, désespéré et désobéi, dut ramener l'armée dans ses quartiers ai. renonçant à emporter la ville de vive force ce joui S'obstinerait-il à camper devant Marseille, si fîcile à prendre? marc lierai (-il contre l'armée française, qui approchait sous le commandement du roi, et dont l'avant-garde, conduite par le maréchal de La Palice, n'était pas éloignée? II n'était plus maître de ses troupes découragées , qui ne se croyaient ni en mesure d'enlever une place aii défendue, ni en état de résister à une armée noi breuse et enhardie. Rien de ce qu'il avait demi
(!) Pnuli Jotii Vila Pescani. - Ika, tegiuida pnrte, p. tii.
rsm
lllesrna, htoria pontifkal g c
SIliliK l'B MARSEIIXIC. !i*:i
Tivéc tant il'insislance et de ce qui lui avait été plusieurs fois annoncé n'avait été fait par le vicepoî de Naples, par l'empereur, par le roi d'Ang'lelerre. 11 était presque abandonné en pays ennemi sans avoir les forces suffisantes pour s'y avancer et même pour s'y soutenir. Laiinoy, soit mauvaise volonté comme on l'en accusait, soit impossibilité comme il le mandait plus tard à Charles-Quint, ne lui avait pas envoyé tous les liommes de pied (1) et tous les hommes d'armes qui devaient le rejoindre. C'est ainsi qu'une portion de l'infanterie et de la cavalerie qu'attendait Bourbon lui man(|ua pendant toute la campag"ne.
De son ctlté, Cliarles-Quint, qui avait donné l'ordre de faire marcher par la frontière de Roussillon les Espag'nols et les Allemands (3) qu'il avait en
(I) I.iiDQciy tcrlv.iit il'Asli, Ir SS seplcinlii'e, fk Chai-lcS'Quinl que les piton» 1^ \e» compagnies de gf<us d'iLnues <]iie dentAndoit le duc de Bvurbou ■ o'aToient peu pns^i' 1a moDUigne dppuin la fin d' nouai à cause qun ceuU de la uonUigiie avoidot pris le pnssn^^e de Tende v. Il ■nnonçaïl qu'il nllnit toiivr le juisKage, mai» cV'toit trop tard. — Arch. ÙKp. e( roj/. de Vienne.
(9) II rëorifail Ic^ IS aoOt au due dir Bourlmn : * Muii bon frère,... J*ij pur suTvaut loslre ndvis fntet ninrclici' au ijunrlier de Perpignan let Allcainnils i|u'eslolenl par dei;â, lesquels poui-root aucuDemeiil ayder k diterlir In pui^snoce dt- iioatre cnaemy. Je suis aprN pour faire retenir navires pour l'nihnrfjuer eult oti nultres piétons et lot ento\or par ileiUi. ïij aussi fnict .rnscnihlcr pitrlement en Aragon et Cathclolgne par deiaot DOS Ticcroys (mur se siirvir d'euU et tirer c« qu'ils pourront lircr ■oit en arirenl ou ^eus. ■ Papiers de Simancas, thie D, liuce 3, n" Si. Il écriiail la miÏDie clinsti i Lumoy et lui HiiAÎt de rtaforcer l'armâc de Boorbon et do faire argent do Inut p<iur lui envoyer 100,000 ducats. Smanraf. D. 6i:>, ^'. Il «rrimit le 12 août A I.. de Prart pour qv'W preisit le nii d'Angleterre afin qu'il en^oyM tout au moins 300,000 ducat* au due de Bourliua, couiiue il le fiiwiil lui-même, pour soutcuir l'annËe impériale. — Iliid.
54* i;ilAI'lTHE M.
Catalogne, ne pourvut pas avec assez de prompi lude et de précision à leur passag-e; il le promit de bonne heure, le commanda tard et ne le fit pas exécuter du tout. La lenteur espag'nole s'élant ajoutée à la lenteur impériale, ces troupes, tant de fois réclamées et si absolument nécessaires, ne s'étaient pas encore mises en mouvement vere l'automne. Charles-Quint les contremanda, et crut que leur assistance serait utilement remplacée par oM envoi d'arg-ent (I}. Après avoir tenu les cortès jH Castille afin de se procurer une somme conside^ rabie, il avait le projet de se faire accorder aussi des subsides par les Arag-onais, les Catalans et les Valenciens. Les Espag^nols des divers royaumess'inléressaient peu à ses entreprises extérieures, mais ils cédaient à ses volontés. La défaite des commierot avait disposés à la soumission. Bien qu'ils ne c* prissent point l'impoi-tance politique etqu'il: bitionnassenl pas la g-loire onéreuse d'ag-randïssements lointains, inutiles à leur sûreté et funestes à leurs droits, ils ne se refusaient pas à y concourir de leurs deniers et de leurs soldats.
Quant à Cliarles-Qiiint, il visait moins à déposséder François I" de son royaume qu'à l'abattre sous des revers assez g^rands pour le contraindre à faire la paix en renonçant à l'Italie et en cédant, Bourg^og-ne. C'était en ce moment le but où
(■} UttredeClutrles-UuLDt au duc <te S«ssi, <lu 7 octobre rSld IXrrespondance de Charles-Quint avrc Adrien VI et le due dt 8 p. SOU.