‹ Rivalité de François I. et de Charles-QuintChapitre 4 sur 35 · PASSAGE DE FRANÇOIS I" EN ITALIE · texte numérisé non relu

PASSAGE DE FRANÇOIS I" EN ITALIE

qu'ils en fissent, qu'ils lui baisassent la il les embrassa (1).

bassadeurs présentèrent alors leur lettre

nce, et s'éfant assis, selon la volonté du roi,

assistance s'assit ég'alement. Giustiniano,

,1 ensuite la parole, adressa, dans un discours

ïs-orné, les condoléances de la république

lort de Louis XII et aussi ses félicitations sur

lentde François I", auquel elle se déclarait

fectionnée, comme elle l'avait toujours été à

te maison de France. Après cette harang-ue

iponse du grand chancelier, faite aussi en

ti no m du roi , François I" se leva, et appelant

.' lui les ambassadeurs qu'il conduisit dans

usure d'une fenêtre, il leur demanda s'ils

jnt rien de seerel à lui communiquer. A cela

ilig-o répondit que la ferme intention de la

orie était de persévérer dans l'alliance avec

osté Irès-clirétienne, et il pressa le roi d'en-

lu plus lût des forces nouvelles en Italie.

lia I" dit aux ambassadeurs qu'avant d'être

irait eu pour leur république une affection

imaitplus grande aujourd'hui qu'il avait plu

lie l'élever à ce haut rang*, a Vous en don-

v ma part, ajouta-l-il, l'assurance à l'illus-

• Seigneurie. Je partirai bientôt pour l'Italie

Il armée, qu'il siérait mal à un roi jeune,

di SekistkQi) Giintiniano alla Marcinna, et dans Ttodoeumentala di Yenetia, t. V, p. 298, 299, 300, iii-8.

comme je le suis, d'y laisser conduire par d'autres. J'ai et loule la France a de grandes oblig^ations à la république de Venise, laquelle, pendant que les autres, après s'être servis de la France pour leur profit, l'ont ensuite abandonnée, lui est restée fidèle malg^ré beaucoup de périls et de perles. C'est ce que je dois reconnaître, et je lui serai meilleur ami que jamais roi de France l'ait été. J'ai résolu de l'aider, de la faire plus grande qu'elle n'a été par le passé, et je maintiendrai inviolablement avec elle une bonne alliance (Ij. >-

Assuré par cette alliance de l'appui mililaire de Venise, François 1" gag-na secrètement le dog^ de Gênes. La république de Gênes, aussi turbulente que divisée, ne savait ni se g-ouverner elle-même, ni rester soumise à autrui. Depuis quelque temps, elle était devenue comme une dépendance seigneuriale du ducbé de Milan. Louis XII, en s'emparanl du duché sur Ludovic Sforza, avait pris facilement possession de la seig'iieurle de Gênes, qui, révoltée un moment contre lui en 1507, avait été ramenée assez vile sous son obéissance. Mais, après la défaite de Novare, elle avait été soustraite à la domination françaiseparieseonfédérésvictorieux.qui lui avaient donné pour cbef Octavien Frég-ose, créé dog'e de la république affrancbie. L'autorité du nouveau dog« n'avait pas été long-temps respectée. Menacé par Maximilten Sforza qui voulait, à l'aide des Suisse)

(t; Ouvr, cIW,

PASSACK DE FRANÇOIS l" ES ITALIE, CD

reprendi-e la seig-oeurie de GOnes, qu'avait eue son père Ludovic Sforza ; assailli dans Gènes même par le parti des Fleschi et des Adorni, dont il avait repoussé avec peine les attaques, il élait exposé au péril conlinuel des conspirations et de la dépossession. C'est afin d'y échapper qu'il traita de la reddition de Gênes à François I", qui en acquerrait la seigrneurie et l'en ferait g-ouverneur perpétuel. FrégTtse prit toutes ses mesures pour se déclarer avec succès, et il fut prôL à recevoir les troupes franraises que le roi lui enverrait sur une flottille.

En même temps qu'il avait mis son royaume à l'abri des ag-ressions et qu'il s'était assuré des ajipuis en Italie, François I" réunissait entre la Saône, 1« Hhdnc et les Alpes une armée très-considérable. Elle devait comprendre 3,000 hommes d'armes (I), plus de 30,000 hommes de pied et avoir 72 pièces de grosse artillerie. Le due de Lorraine, le duc de Gueidre et Robert delà Marck, seigneur de Sedan et de Bouillon, amenaient à François I" 20,000 lans- ()ueneU des plus ag-uerris, armés et combattant comme les Suisses. Le comte Pedro 'Navarro, fait prisonnier à la bataille de Kavenne où il commandoil l'infanterie espagnoleelg-énéreusementdélivré

(1) Au moins dix mille che^aui.

70 CHAPITRE PREMIEH.

par François I", avait quitté le service du roi catholique (|iii avait refusé de payer sa rançon, et il apportait au service de la France, outre sa rare habileté, une troupe de quatre à six mille Gascons, levés vers la frontière d'Espa^^ne et la plupart trèsbons arbalétriers. Le reste de l'infanterie se compBÉJ sait d'aventuriers français armés diversement M plus hardis que disciplinés. Cette armée, où étaienf appelés tous les princes du sang- et tous les capitaines disting"ués dans les g-uerres précédentes, devait trouver de g-randes difficultés pour franchir les Alpes. Les passag^os ordinaires du mont Cenis et du mont Genèvre, aboutissant à Suze et à Pig^nerol, étaient g-ardés par les troupes suisses qui s'y étaient postées en force pour empêcher les Français de déboucher en Italie.

Sentant de quelle importance il était, pou: succès de son dessein, de se réconcilier avec ti Suisses, François I" avait tenté à plusieurs reprises de renouer les relations amicales qui avaient si utilement existé entre les rois de France et 1( cantons helvétiques. Le 2janvier 1 5 1 3, le lendemi même de son avènement au trône, il avait écrit cantons que, le roi son seig-neur et beau-père é\ mort, le Dieu tout-puissant l'avait élevé à la coi ronne de France ; qu'en l'annonçant à ses chers et g-rûndsamis les confédérés, il leur déclarait qu'il avait extrêmement regretté la mésintellig-ence survenue entre eux et son prédécesseur, à qui la mort n'avait pas permis de conclure avec les cantons

le-

PASSAr.E DE FRANÇOIS 1'' EN ITALIE. 71

traité conforme n l'honneur et à t'ïnlûrèt îles deux l>arlics ; qu'il di'sirait nrdemment reprendre ce Iraitô et demandait un sauf-conduit pour les ambassadeurs qu'il charfreroit de présenter ses propositions à la diète helvétique (1). Le messag-er qui ^(ail allé faire de sa part ces pacifiques ouvertures avttilété fort mal reçu, et la diète de Zurieh avait répondu que le traité entre la couronne de France el les confédérés avait été conclu à Dijon; que, si le roi voulait l'observer, c'était bien : sinon, que toute négociation était superflue (2). On lui sig-nifla en même temps que ses envoyés ne seraient pas en sûreté s'ils mettaient le pied sur le territoire helvétique.

Ce rcftis de s'entendre avec lui, à moins qu'il n'accoropUt le traité de Dijon par la renonciation absolue uu duché de Milan et par le payement Jnlél»Tal des sommes alors stipulées, avait déterminé François I" h hàtei- et à multiplier ses préparatifs de g-uerre. Tout en so disposant à lutter contre cette nation belliqueuse et violente , que se» victoires rendaient opiniâtre dans ses animosîtés et arrog-ante dans ses exig-ences, François I" n'avait pas désespéré de la ramener avec des

(I) Otte l«tlru, i-n dnlu dit SJaJiTier 1^13 elGonlrG-si^néc Robcrtel, «1 Ml français Jans h colU-ction Aes Choses taémm-ables, l. XXXII, et a aBsiDitid iliiiis Igï (loriimenU iIq Tsctauili VI, 6i\i ; Histoire de la dmfédfratwm tuinr, pnr Jenn de MûUer, toiilinuée par Robert Cloutt- Blntbeini, t. IX, p. t2o, traduite de ralleninud par Ch. Uononrd, m-8, G«D»iH, chM Chcrbuliei. ISW.

(âj niecA, ZuneA, Ifl janvier (Sl.l, dans la collection des llecûs de H. r. de Uflllioioi.— Ibid., t. IX, p. 42».

offres de paîx et d'arg'ent. Quatre mois après, et par rentremise de son oncle le duc de Savoie, il avait adressé de nouvelles propositions à la diète, assemblée cette fois à Berne, dont le canton était moins contraire à la France que ne Tétait le canton de Zurich. La diète allait délibérer sur ces propositions lorsqu'elle apprit le chang*ement inopiné qui venait de s'opérer dans Gênes, où Octavien Frég*ose s'était déclaré pour le roi de France et lui en avait rendu la seigneurie. A cette nouvelle, l'irritation et l'alalrme avaient été extrêmes, et la diète avait ordonné la levée soudaine dequatorze mille hommes pour renforcer les Suisses qui, à la solde de Maximilien Sforza, étaient déjà chargées de la défense du Milanais. Ces quatorze mille hommes, promptement levés, étaient partis vers le milieu du mois de juin (1), avec l'ordre d'occuper fortement les passag'es des Alpes et de rendre l'entrée de l'Italie inaccessible aux Français. Tous les cantons, malg'ré les divisions qui commençaient parmi eux et les désaccords qui s'étaient déjà manifestés au sujet de Talliance avec François P', s'entendirent encore pour s'opposer à l'invasion du duché de Milan.

C'est dans les mêmes vues que fut conclu, le 17 juillet, un traité de confédération armée entre le pape Léon X, l'empereur Maximilien, le roi Ferdinand et le duc Maximilien Sforza. Par ce traité, les

(i) OuTF.cité, t. IX, p. 429 cl 130.

PASSAGK OE FRANÇOIS 1"' EN ITALIK. 7J

confédérés s'unissaient « pour la défpnse et la iiberléde l'Italie». Les villes de Parme et de Plaisance èlaîent définitivement cédées au Saint-Siég-epar le iJuc de Milan, qui, en compensation, recevrait le •.■omléd'Asli appartenant au roi de France, lesvilles de Crème el de Berg-arae appartenant aux Vénitiens (1). Léon X et Maximliien Sforza devaient f^orlout pourvoir à la solde des Suisses et leur proftirer l'utile renfort d'une bonne ti'oupe de cavalerie, à la léte de laquelle s'avança bientôt Prospero Colonna, l'un des meilleurs capitaines de l'Italie. L'empereur Maximilïen , qui possédait encore Brescia, \éi'one el leurs dépendances, s'eng'ag-ea à envoyer de l'arg'ent et des lansquenets dans la J>imbardie vénitienne, où le vice-roi de Naples, don Ramon de Cardona, qui avait commande l'armée cspa^ole à la bataille de Ravenne, se trouvait avec bail ou dix mille bons soldats de Ferdinand le Catholique.

Léon X, que la conservation de Parme el de Plaisance intéressait aux succès militaires de la lig'ue, fit partir pour les bords du Pô son neveu Laurent de Médicîs, qui, commandant à la fois les troupes pontificales el les troupes de la république (le Florence, eut sous ses ordres une armée un peu plus forte que celle de Ramon de Cardona. Le pape avait nommé comme son lég-at auprès de la confé~ dêration, dont les forces se réunissaient dans la

(1) nUtcirt de la Conféderatiim suiKC, etc., t. IX, lit. vi, cli. i, y, Ul. — Guicmrdiui, lib. xii. — Puul Joto, Ih. xv, p, 39i.

haute Italie, Je fameux cardinal Schinner, évêque de Sion en Valais, qui, par son éloquence passionnée et ses perpétuelles intrig'ues, avait entretenu dans les cantons une haine opiniâtre contre la France.

Telles étaient les dispositions prises par les nouveaux confédérés. Les obstacles qu'avait à surmonter François V' pour se rendre maître du Milanais s'accumulaient devant lui. Il fallait d'abord franchir les Alpes avec Tarmée la plus considérable qu'on eût encore vue, et que suivaient de lourds équipag^es d'artillerie et un immense attirail de munitions. Vers la mi-juillet François I" arriva à Lyon, au milieu de ses troupes. Quelques jours auparavant, lareine Claude lui avait fait une donation rég^ulière (1) du duché de Milan, qu'elle tenait de son père Louis XII, à qui l'empereur Maximilien lui-môme en avait donné l'investiture en 1504 et en 1509, qu'il avait étendue à ses descendants (2). Aussi, dans les lettres patentes qu'il publia à Lyon, le 15 juillet, pour conférer pendant son absence la rég^ence du royaume a sa mère Louise de Savoie, François I" disait-il avec confiance : « Gomme nous avons juste droit et titre au duché de Milan notre héritag'e, lequel duché à présent est détenu et usurpé par Maximilien Sforza, notre ennemi et adversaire, avons par mûre et g'rande délibération fait dresser et mettre sus une g»rosse et puissante

(1) Elle est du 28 juin lolj. Corps diplomatique, t. IV, part, i, p. 2H.

(2) Dans le Corps diplomatique, t. IV, part, i, p. GO et H H.

PASSAGE DE FRANÇOIS ï*-^ EN ITALIE. 75

armée, afin de le réduire en notre obéissance, moyennant l'aide de Dieu notre créateur et de nos bons et loyaux serviteurs, amis et confédérés. Tous les princes etseig'neurs de notre sang» nous suivent et accompag*nent en notre entreprise. A cette con^ sidération avons avisé de bailler la chargée et pouvoir de gpouverner le royaume à notre très-chère et très-amée dame et mère, la duchesse d'Ang^oulême et d'Anjou', comme à celle en qui avons entière et parfaite confidence et qui, par sa prudence, saura sagement et vertueusement s'en acquitter (1). »

Il partit ensuite de Lyon pour se frayer une route à travers les Alpes. Mais par où franchir ces montagnes, dont les ouvertures principales sur l'Italie étaient occupées par un ennemi nombreux et vigilant? Le maréchal J.-J. Trivulzi avait été envoyé dans les Alpes pour y chercher un autre passage que les chemins interceptés du mont Genèvre et du mont Genis (2). Il en avait découvert un, âpre,

(i) Cette déclaration est dans le tome second^ p. io3^ du Recueil des iràuét de paix, de trêve ^ etc.^ par Frédéric Léonard.

(2) « Et pour ce que le seigneur Jean-Jacques de Trévolze, mareschal de France, cstoit souvent adverty des nouvelles de Milan, ledict seigneur (François I") l'envoya en Daupbiné pour mettre peine de trouver quelque passage par les montagnes par où ledict seigneur et l'armée (ju'il entendoit mener avec luy peust passer sans aller par le mont Genesre et le mont Cenys. » Fol. 28, v* du vol. ras. d 7,523 de la Bibliothèque nationale. C'est une histoire inédite, détaillée et curieuse, des

dinicile, périlleux, placé plus au sud que les autres et qui, par le col étroit et abrupt de TArg^ntière, pouvait conduire des Alpes du Dauphiné dans la plaine du Piémont, des bords de la Durance aux sources de la Stura. Ce chemin, que suivaient les pâtres et que n'avait jamais pris un homme à cheval, était presque entièrement barré sur deux points, du côté de la France par le rocher de Saint-Paul entre Embrun et Barcelonelte, et du côté de ritalie par le rocher de Pié di Porco, entre Sambuco et Rocca Esparvero. C'est néanmoins ce chemin que J.-J. Trivulzi proposa de suivre afin de tourner l'ennemi, et dans lequel on s'eng'agea avec un grand entrain et le plus industrieux courage.

Dès le commencement d'août, une troupe de plus de douze cents pionniers avait travaillé à le rendre moins impraticable. Le 7 août l'armée, après avoir pris plusieurs jours de vivres, partit d'Embrun et s'avança résolument à travers ce long* et rude défilé qu'elle devait franchir en plusieurs étapes. Il fallut en bien des endroits élargir la roule ou l'aplanir, élever des galeries sur les flancs de la montagne, faire môme sauter les rocs qui interceptaient ou gônaient le passage. Les chevaux ne pouvaient descendre qu'un à un, tenus par la bride, et le

80|)t proiiii(>rc8 années du rogne île François !•', écrite par Jean fiarillon, secrétaire du cliancelier Du Prat. Elle est intitulée : Hegistre en forme dejoumai faut jxir nn domestique de monsieur le chancelier Du Prat, contenant ce qui s'est passé depuis Vadvenement du roy François !•' à la couronne qui fut le premier janvier 1514 (\ieux style), jusgu'eii l'anni^ 1521 includ.

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moindre faux pas les exposait à tomber dans des ravins où roulaient des torrents d'eau neig^euse. Il semblait surtout impossible de traîner la g*rosse artillerie jusqu'au haut de ces rudes montées, le long» de ces rampes étroites, dans ces descentes presque à pic (1). Aussi proposait-on delà laisser de ce côté ci des Alpes. Mais François P', qui était au milieu des troupes dont il partag*eait les fatig*ues, insista avec une volonté prévoyante pour qu'elle fût transportée au-delà des Alpes. Les soixante et douze gros canons, tantôt traînés à bras, tantôt descendus avec des cordes, suivirent l'armée qu'ils devaient contribuer à rendre victorieuse à Marig*nan. François I*', alors non moins avisé qu'entreprenant, l'annonçait lui-même à la rég^ente sa mère, presque au moment où il pénétrait en Italie. « Madame, lui écrivit-il, nous sommes dans le plus étrangle pays où jamais fût homme de cette compag^nie. Mais demain j'espère eslre en la plaine du Piémontavec la bande que je mène, ce qui nous sera g»rand plaisir, car il nous fâche fort de porter le harnois parmi ces montagnes, parce que la plupart du temps nous faut eslre à pied et mener nos chevaux par la bride. A qui n'auroit vu ce que voyons, seroit im-

(t) Pour frayer et exécuter ce passage des Alpes, voir Thistoire do J. Barillon, qui accompagna le chancelier Du Prat dans cette expédition d'Italie. Ms. n,o23, p. 35 et suiv. Voir aussi Voyatje et conquête du dwrhi d^ Milan en l.ilo, par François I", rèdi(jè en vers et en prose par Fasquier le Moyne, dit le Moync sans Froc, portier ordinaire du roi, — Paris. Couteau, 1520, in-4. Pasquier le Moyne a suivi larméc comme BariUoD, et comme lui il était à Marignan. — Paul JoYe,lîv.xv, p. 400 et 401.

possible de croire qu'on pût mener g»ens de cheval et g^rosse artillerie, comme faisons, Croyez, Madame, que ce n'est pas sans peine, car si je ne fusse arrivé, notre artillerie g^rosse fût demeurée. Mais, Dieu merci, je la mène avec moi ; vous avisant que nous faisons bon g*uet, car nous ne sommes qu'à cinq ou six lieues des Suisses. Et sur ce point va vous dire bonsoir votre très-humble et très-obéissant fils, François (1). n Le lendemain en effet, Tarmée déboucha en Piémont, dans la partie la plus méridionale du marquisat de Saluées. Elle se porta tout entière sur les derrières des Suisses, qui venaient de perdre la cavalerie que leur avaient envoyée le pape et le duc de Milan, sous le commandement de Prospero Colonna.

Le maréchal de la Palice, qu'accompagnaient le chevalier Bayard, les seigneurs d'Imbercourt et d'Aubigny, était descendu des premiers et en force dans le marquisat de Saluées. 11 avait diligemment et secrètement marché contre Prospero Colonna, qui allait joindre les Suisses du côté de Pignerol et de Suze, l'avait atteint dans Villafranca pendant qu'il faisait reposer et manger sa troupe, et l'avait pris avec les sept à huit cents chevaux qu'il conduisait aux confédérés, sans qu'il pût se défendre ou fuir (2).

(i) Ms. de la Bibliothèque nationale; Collection Bcthune, toI. 8546, fol. 2.

(2) Histoire du bon chevalier sans paour et sans reprouche, l. XVI de la collection Pctitot^ p. 02 à 07, Qi Mémoires de Robert de la Marck^ sei'

PASSAGE IK KIIA.M.IUIS 1" EN ITALIt:. "'J

La défaite et la capture du célèbre capilaîne italien, le passag-e inattendu des Alpes exécuté avec tant de hardiesse et de succès, la présence au-delà des monts d'une armée puissante que conduisait un roi jeune et hardi, Iroublèient les Suisses et cbang^èi-ent ieui's desseins. La division qui existait déjà parmi eux s'y mit de plus en plus. Le parti des Bernois, à la tète duquel étaient Albert de Slein, J. de Diesbach et Supersax, inclinait à la paix, tandis que le parti des Zurichois, qu'appuyaient de leurs animosités toujours ardentes les cantons forestiers d'Uri, de Scbwitz et d'L'nterwaldeti, voulait la continuation de la g'uerre. Compromis dans leur position et par leur désaccord, ils abandonnèrent les lieux qu'ils occupaient au pied des Alpes et rétro g'radèrent en se dirigeant vers le liaut Milanais. Ils passèrent par Rivoli près de Turin, pillèrent Septima, saccagèrent Chivasso qui leur avait fermé ses portes, traversèrent Verceil, laissèrent à Novare leurs g-ros canons comme trop lourds à traîner, et, après s'être formés en deux grandes colonnes, ils marcbèrent, ceux de Berne, de Fribourg d de Soleure sur Ai-ona à la pointe du lac Majeur, ceax de Zurich, d'Uri, de Schwitz et des autres cantons à Varese, non loindeComo,ct àMouza, un peu au-dessus de Milan.

François I*' avait suivi à. peu près la même

gnvHrde Flamnge, depuis laaTixhai de Finnco. — Chap. xi, ix, p. 2S1, liH\ k 385 du Tol. 3iVI, de lncoUeclion Pelilot. Kleurange dil que Pnqwro CoIoddii ftTRÎt doute ceaU Iioididcs d'nrraes, p. S83.

marche avec son armée. De Coni sur la Stura, il s élail porté à Carmagriola, de Carmagpnola à Moncalieri, où il avait passé le Pô et d'où le duc de Savoie son oncle, qui était venu à sa rencontre, l'avait conduit et reçu avec mag'nifîcence à Turin. Traversant ensuite Chivasso, Verceil, Novare, il avait franchi le Tessin à Turbigx), s*était avancé par Mag'enta et Binasco vers le cœur du Milanais et avait pris position à Marig^nan. Situé au-dessus de Pavie, qu'occupait Louis d'Ars avec une troupe sufllsante, Marigpnan était à une petite distance de Milan, dont François I" espérait se rendre bien vite maître, et de Lodi, où avait pénétré sur sa droite Târmée vénitienne, que commandait Barthélémy d'Alviano, et par laquelle il pouvait être secouru au besoin. Ainsi placé entre les Suisses échelonnés audessus de Milan, les Espag'nols de Bamon de Cardona et les Italiens de Laurent de Médicis établis sur le Pô assez près les uns des autres, il rendait la jonction des confédérés aussi périlleuse à tenter que difficile à exécuter. Cesl dans cette position si bien prise que vint le rojoindie Aymar de Prie, qu'il avait envoyé nag'uère dans Gênes (1) recouvrée et qui, sorti de cette ville li la tcle de trois cents hommes d'armes et de cinq mille hommes de pied,

(I) »^ Aussi envoya mo>siro Einardtle Prie avec trois cents lances mon* téos sur nuv i\ Marseille, |K)ur aller se joiiuire a\ec quelque amit'C que les (ieiie\uis ,(ii'noi> iiiettuieut sus pour aiiler audict sei^rneur. » Uist. manuscr, de Fniwyis i*', par le secrétaire ilu chancelier Du Prat. —>lb., f. 35 \*; Paul Jo\e, liv. xv, p. 107.

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