‹ Rivalité de François I. et de Charles-QuintChapitre 5 sur 35 · PASSAGE DE FRANÇOIS I" EN ITALIE · texte numérisé non relu

PASSAGE DE FRANÇOIS I" EN ITALIE

s'élaîl emparé, sur la roule, de Tortone et d'Alexan-

Pendant que François 1" s'était avancé vers Marig^an, de nouvelles négMaciatïons avaient été en- ^gées, par renti-emise du duc de Savoie, avec les Suisses, qu^ sous l'influence des derniers événements, avaient consenti cette fois à écouter des propositions de paix. C'est à Gallerale, dans le voisinage de leurs cantonnements, que se réunirent leurs députés, et que François 1" envoya le bàtaftJ de Savoie son oncle, cliarg-é d'oflres tellement avantageuses que le traité fut bientôt conclu, il y fut sUpuIéque les Suisses retourneraient au service de la France moyennant les anciennes pensions accordées aux cantons ; qu'ils recevraient 300,000 écus pour les dépenses qu'ils avaient faites; 300,000 autres pour la restitution des vallées du duché de Milan qu'ils s'étaient appropriées et dont ils avaient formé les six bailliag'es de Mendrisio, de Balemo, de Lufrano, de Locarno, de la Mag-gia et do Domodossola, on leur laissant le comté de Bellinzonc; qu'il leur serait compté en outre les iOO,000 écus réalésa Dijon (1); enfln que le roi donnerait à Maximilien Sforza un établissement en France,

(1) 1^ Uvité n^e.r. toul<>s Bes ïlauBM osl dans VUisloin nlUw, toi. I7,S23, f. 61 ù 68.

avec une pension considérable et le commandement d'une compag'nie de cinquante lances (1). Par ce traité, convenu le 8 septembre, que le roi ratifia et qui fut soumis à l'acceptation des troupes suisses, un premier payement de 130,000 écus devait être fait sur-le-champ. En moins de dix heures, François I" trouva ces 130,000 écus, que prêtèrent en partie les princes et les seig'neurs de son camp et qu'il fît transporter à Gallerate par Lautrec et par son frère Lescun, sous l'escorte de 400 hommes d'armes (2).

Tout semblait terminé, et François I*' croyait avoir obtenu, avec l'alliance des Suisses, la possession inoontestée du duché de Milan, qu'il aimait ^ mieux acquérir par des concessions d'argent qu'au prix plus coûteux d'une bataille sang'lante. Néanmoins la paix avec tous les Suisses n'était pas définitivement faite. Ceux de Berne, de Fribour^ et de Soleure avaient bien souscrit au traité de Gallerate, et la plupart d'entre eux, sous Albert deStein, Diesbach et Supersac, allaient reprendre le chemin de leui^ montag^nes. Mais ceux de Zurich, d'Uri, de Schwilz,d'Unter\valden,deZug',deLucerne,restaient encore incertains sur Tacceptation d'un traité dont leur cupidité appréciait les avantages et dont leur

(i) (( Et Domniémcnt a esté accordé que le roy baillera à Maximilien Sforze le duché de Nemourst Tallaut yingt mille livres tournois par ao; douze mille livres de provision aussi par chacun an; cinquante hommes d'armes et le mariera hautement à quelque dame de sang roval. » — Ibid., f. «3 vo.

(2) Barillou, f. CSet 71.

PASSAGE DE FRAM.IOIS I" EN ITALIE. 83

oi^^ueil sentait la faiblesse. Ils venaient d'ôtre rejoints par une nouvelle armée levée dans les cantons, au moment même où l'on y avait sa que ProsperoColonna avait été pris, ([ue les Suisses qui gardaient les passap;"es des Alpes étaient en pleine irtraite et que le roi s'avanrait en maître dans la haute Italie (1). La diète avait décidé que chaque canton mettrait des troupes sur pied « selon son pouvoir et son honneur (2)». Ces troupes, composées, d'hommes valeureux parmi lesquels se trouvaient encore quelques-uns des anciens vainqueurs de Charles le Téméraire àMoratela Nancy, avaient été promptement levées et avaient accouru par le Simplon et le Saint-Gotbard au secours de leurs <'ompatrioles afTaiblis. Elles étaient arrivées non loin de Milan, après que s'était nég-ocié le traité de (ïallerate. S'accorderaient-elles avec les talailloflfe restant des Zuricliois et des Waldstetten pour adhérer au traité, ou bien rejelleraient-elles ce traité pour tenter fièrement le sort des armes? C'est à ce dernier parti que, par des discours passiounés et des manœuvres adroites, sut les entraîner le cardioatdeSion.

Cet opiniâtre ennemi de la France avait sur les confédérés suisses le crédit d'un compatriote, l'ascendant d'un évèque, l'autorité d'un légat. 11 avait cherché d'abord à les détourner d'entrer en nég-ocîalion. N'y étant point parvenu, ils'étaittransporté

[1) WsMredt la ConfMH-ation suisse, etc., l.JX, p. 430 S 437. (t) BÊûitt Zurich. — Ibid., p. 433.

auprès de Ranion de Cardona et de Laurent i Médicis, afin qu'ils vinssent dans le haut iMilanaia opérer la jonction des troupes espag-noles et pontiJ iîcales avec les Suisses, qu'un aussi puissant renforl aurait décidés à continuer la g'uerre. Mais làencon les efforts de sa haine avaient échoué. Ni le vice-roi de Naples, qui attendait les lansquenets et l'arguent que l'empereur Maximilien avait promis et qu'i était hors d'étal d'envoyer, ni Laurent de Médicù à qui le pape, son oncle, avait défendu de rien I sarder, ne voulurent se mettre en mouvementJ D'ailleurs ils se déliaient l'un de l'autre, Laurent à Médicis suspectait l'inaction des Espag'nols et n'é tait pas loin de penser qu'elle tenait à un arrangea ment secret conclu entre Ferdinand le Catholiques François 1°' ; à son tour don 'Ramon de Cardoi s#fepectait-avec plus de raison les projets de i alliés italiens, qu'il savait en pourparlers avec ] roi de France. Il avait appris en effet que Léon 3 qui nég^ociait avec tout le monde, voyant que FraOj çois 1" l'emportait en Italie, lui avait dépêché s secrétaire Cinlhio (1), afin de se ménager auprj de lui s'il était victorieux. Dans cet état de timid hésitation et de commune méfiance, les deux chel des deux armées étaient demeurés immobiles aurÈ lig^nc du Pu, et le cardinal de Sion était revenu ( toute hâte vers les confédérés suisses, avec le déa ardent de faire rejeter le traité <|n'il n'avait pas pQJ

(I] Pnul ioTC, lit. )

BATAILLE DK MARIGNAN. 83

empêcher de négocier et qu'on venait de conclure. De Varese et de Monza il fil descendre tous les confi^dérés à Milan. Il assembla dans le château, et en présence de Maximilien Sforza, leurs eliefs, dont la plupart étaient plus enclins à admettre la paix qu'à continuer la g-uerre. Il les exhorta à ne pas se laisser tromper par les promesses de François I", qui ne seraient pas mieux tenues que n'avaient été exécutés les eng-ag-ements pris à Dijon au nom de Louis XII. il ajouta qu'il serait honteux pour les Suisses de ne pas défendre Maximilien Sforza et d'abandonner le fils après avoir livré le père ; qu'ils auraient à céder de plus les six baïlUag'es détachés du duché de Milan, au g-rand profit des confédérés qui les grouvernaîent en commun et auxquels la possession de ces vallées ouvrait un accès commode dans la haute Italie. Ranimant leur haine en même temps que leur confiance, îl leur rappela les offenses qu'ils avaient nag-uère rerues, les victoires qu'ils araîent récemment remportées et leur annonça, s'ils voulaient comhallre, des succès aussi glorieux anus Milan que devant Novare. Ainsi l'astucieux et bouillant cardinal parvint à rendre incertaine de leur pari la ratification du traité de Gallcrate (I).

Après avoir cherché à détourner les chefs de souscrire à la paix, il fallait pousser la masse des confédérés à poursuivre la g'uerre par une attaque précipitée contre le camp des Français, placé à peu

(IJ OuTT. cité, p. 4;i8 et ^}i•.

m CHAPITRE PREMIEIl.

de distance et où une fausse sécurité s'étan~déj& introduite. C'est ce qu'il fit habilement. Le vendredi 1 3 septembre, quelques coinpag'nies d'hommes d'armes s'étant avancées jusqu'aux portes de Milan, il s'engtig-ea avec elles une escarmouche dont iMatthieu Schinner profita pour entraîner toute l'armée suisse àla bataille. Le tocsin fut sonné; les tambours battirent ; tous tes Suisses se rang-èrent rapidement sousleurs enseig-nes elsous leurs chefs; le cardinal de Sion les harang-ua, exaltant au dernier point leur courag'C et les invitant à aller sur l'heure assaillir le camp des Français avec l'impétuosité qui leur avait jusque-là si bien réussi. Quoique la journée fût déjà avancée , ils sortirent aussitôt de Milan, se formèrent en trois corps de huit à dix mille biîmmes chacun, traînant avec eux cinq ou six petites pièces d'artillerie et suivis de quatre à cinq cents cavaliers milanais du parti de Sforza. Le cardinal de Sion, monté sur un genêt d'Espag-ne et précédé de la croix, était à leur tête. Ils marchèrent ainsi aux sons des cornets d'Uri et d'Unterwalden, vers le camp français, avec la plus confiante ardeur.

Dès que François I" apprit que les Suisses s*) vançaienl contre lui, il s'apprêta à les recevoir vigt)ureusemenl. Le duché de Milan, qui! avait

RATAILLE IW. MAIIIG.NAN. 87

espéré obtenir par une prudente nég'oeialion, ne pouvait plus ^tre g'ag'né que par une complète victoire. Son armée était échelonnée en trois lig-nes sur la route tle Marig-nan à Milan. L'avant -g-arde, quecommandail le connéUil>Ee de Bourbon, campait au villag^e de San-Giuliano, un peu au-dessous de SaD-Donalo. Le corps de bataille, dont le roi s'était réservé la conduite, se trouvait à Sainte-Brig'ide, à un grand jet d'arc du connétable. L'arrîère-gardc, placée sous les ordres du duc d'Alençon, était à peu près à la mêiue distance du corps de bataille du roi. L'armée aiusi disposée en échelons, tenant la chaussée de ÏVIilan sur sa g^auche et appuyant sa droite à la rivière du Lambro, occupait un terrain couvert pai- des fossés, entrecoupé de petits canaux d'irri^tion , où elle pouvait être prolég'ée contre des attaques trop impétueuses de l'infanterie suisse et aussi être quelquefois g-f née pour le déploiement cl les charg-es de sa propre cavalerie, dans laquelle résidait une partie principale de sa force.

Franeois 1" prit à la hâte ses dispositions pour Taire face au dang-er et résister au choc des masses suisses. Comme il le dit lui-même dans le récit animé qu'il fit de la bataille à la rég-ente sa mère, il mit ses lansquenets en ordre [i). Il en avait formé

(I) « Laquelle chose i-ul«u(1ue jetAnies nos lauequenets en ordre, c'est i «tmr en trois troupes, o Leltrc de François 1°' k la diichc«s« d'AniraalAiiii; lur la baUillc de Marignnn. (crite du cniup de Suinte- Brigîde, Ir HtrpL 131 S, le jour mf me de In vicloire. Dans leXVtl'vol. des laémoins dp la EûUcctioD PetilQt, p. 184 il 188. C'est dima cette lettre que, B>%r< quelques exagérations, sont le mieux présentés les amuigements

88 CHAPITRE PRESIIIllï.

deux corps de neuf mille hommes cfiacun, plai sur les côtés des avenues par lesquelles s'avançaient les Suisses, outre le corps d'élite des six mille lansquenets des bandes noires. Les arbalétriers gascons et les aventuriers français occupèrent non loin de là, sous Pierre de Navarre, une position très-furte près de la grosse artillerie, que dirigeait liabileraent le sénéchal d'Armagnac {!}.

Les Suisses arrivèrent alors. Ils avaient fait, sans s'arrêter, le chemin qui séparait Milan du camp français. « II n'est pas possible, dit le roi, de veni en plus grande fureur, ni plus hardiment (2). L'artillerie, qui tira sur eux, les força un moma à se mettre à couvert sous un pli de terrain. 1 fondirent ensuite sur l'armée française, les piqii baissées. Le connétable de Bourbon et le marécb de la Palice, à la ttïte des gens d'armes de l'avand garde, les cliargèrent sans pouvoir les entani

pris et les incideuU sur^eDUs dnns les deux joui'Diies de c«tte rude bl titille.

Outre cette lettre, il fnut lire ; Paul Jo*e, qui donno un récit l détaillé el en général einct de lu bataille, liv. xv, p. 416 à 4X1 l'UUtoire lie la Confédération suisse, etc., 1. IX, IÎt, vj, ch, 9, p. Jt 474, où se trouTB tout ce qui, dnns cette gronde mèl£e, coDcernc l'armée 8ui«ee; l'Histoire du bon rhevalier sans poaur el sans reproche,ch. lx, p. 98 à 105; les Mémoires de Pleurànge, rh. L, p,2R7 à 208; h Vie du ConnitabU de Bourbon, par son eccrêtaire Uarillnc, p. 36S t" à 370; Vlliit. nu. de Prançoiâ l", par leim Rarillon, fol. 80 à 83 ; le récit de Casquier le Moyne, contenant des partirularitét diverses sur les deux juuruéei de Hai-ignan, dans lesquelles Bajard et Fleurange ont eou' battu, et dont Marillacj Jean BariUon ot Pasquier le Mojne uiit t

(Ij (iiiliot de GenouJllac, ^eijtneur d'Acier. (X) Letlni de t'ran^is t'' ii sa mère.

BATAILLE DE MATlIGNAN. 8!)

Repousses eux-mêmes sur leurs g-ens de pied, ils furent suivis par les Suisses, qui attaquèrent les lansquenets avec acharnement et les mirent en désordre (l). On était presque au déclin du jour, et la bataille, qui avait commencé tard (cnlre quatre el cinq heures), prenait la même tournure qu'à Novarc. La plus grosse bande des Suisses,aprèsavoîr refoulé les hommes d'armes el culbuté les lansquenets, marchait sur l'artillerie pour s'en emparer, la loumerensuite contre l'armée française et achever ainsi sa défaite.

Mais elle rencontra dans ceux qui commandaient i Marig'nan des cœurs plus fermes et des volontés plus résolues qu'à Novare. Kranroîs 1", armé de [ùed en cap, monté sur un g-rand cheval de bataille dont le caparaçon était couvert de fleurs de lis et de ses F couronnés, s'était élancé à la léte de deux cents hommes d'armes (plus de huit cents chevaux) au-de%'ant des Suisses, en ce moment victorieux. Après avoir vaillamment charg'é une de leurs bandes, à laquelle il avait fait jeter ses piques, il avait attaqué une bande plus nombreuse qu'il n'avait pas pu rompre, mais (ju'il avait forcée de reculer (2). Se portant alors du côté de son artillerie

(1) " lU (1m SuJ^iWEi) IruuTëreDt U-s gêna «le chcTai de l'nvant-gnrde p«r lecAlé; et combien que lewlits homintts d'arnius diurgeaitsent bien tt fiillinli^nieiit, le cooDtUltle, le inaréchnl de Chitimnnes, Ymber- Murl, Tvllignv, Pont de Keiiiy et uutrcaqui étoient tii, si Turent-ila nbvuleziur leur» iiensde pied... Il j eut quelque peu de désordre, ii — Leltre àt KrSDi.'ois I", p. 163.

(3) " Oeiii ceos bommes d'armes que nous étions, en desDsmes bien qutrv miUe Suiues el les repoussimes asKi rudenienl leur Faisnnl jeter

menacée, il y avait rallié cinq à six mille lansquenets et plus de trois cents hommes d armes, avec lesquels il tint ferme contre la plus g*rosse bande des Suisses (i), qui ne put pas atteindre les pièces de canon et les enlever, comme elle en avait le dessein. Afin de mieux l'arrêter, il fit faire sur elle une déchargée d'artillerie qui l'ébranla; puis il la contraignit à repasser un fossé qu'elle avait franchi et à s'y mettre à couvert (2). Le connétable, de son côté, ayant rallié une forte troupe d'hommes d'armes et le plus g^rand nombre des hommes de pied, avait assailli avec beaucoup de vig*ueur cinq à six mille Suisses qu'il avait refoulés dans leurs quar^ tiers (3).

La nuit arriva pendant qu'on combattait ainsi des deux parts, les Suisses sans parvenir à enlever le camp français, les Français sans repousser complètement l'attaque des Suisses. On se battit encore

leurs piques... laquelle chose donna haleine à nos gens de la pluptrt de notre bande^ et ceux qui me purent suivre allâmes trouver une autre bande de huit mille hommes... qui nous jetèrent cinq à six cens piquet au nez... non obstant cela, si furent-ils chargés et remis au dedans de leurs tentes en telle sorte qu'ils laissèrent de suivre les lansquenets, » Lettre de François I®', p. 185.

(i) <c Et m'en allai jeter dans Tartillerie, et là rallier cinq à six mille lansquenets et quelques trois cens hommes d'armes^ de telle sorte que je tins ferme à la grosse bande des Suisses. » — Ibid.^ p. i86.

(2) « Leur fismes jeter une volée d'artillerie^ et quand et quand les chargeâmes^ de sorte que les emportâmes, leur fismes passer un gué qu'ils avaient passé sur nous. » — Ibid.

(3) « Et cependant mon frère le connétable rallia tous les piétons françois et quelque nombre de gendarmerie^ leur fit une charge si rude qu'il en tailla cinq ou six mille en pièces^ et jeta cette bande dehors. » -Ibid.

BATAILLE DE MARIGKAN. !M

[•enclant plusieurs Iieures avec opinitUrelé et non sans un peu de désordre, aux faibles lueurs de la lune, que voilaient encore des nuag-es de poussière. Lps troupes ennemies avaient peine à se reconnaître (Uds cette mêlée vaste et confuse. Vers onze heures do îioir, la lune ayant fait défaut, l'obscurité empêcha de continuer celte lutte acharnée. Le combat avait été à l'avantage des Suisses au commencement de l'action, puisqu'ils avaient forcé les lig^nes des Français, maïs il leur avait été moins favorable à la fin, puisqu'ils avaient été en partie ramenés dans les leurs. Malgré leurs efforts, ayant attaqué ce jour-là sans vaincre, ils attendirent le lendemain pour recommencer la bataille.

De part et d'autre on passa la nuit sous les armes, dans les positions qu'on occupait au moment où l'on cessa de combattre, faute d'y voir, et assez rapprochés les uns des autres. François I", û la suite de nombreuses charges, était l'ctourné à l'artillerie qui, tirant à propos sur les bataillons suisses, les «rail plusieurs fois entamés, et qui devait ôtre bieniAt d'une assistance encore plus puissante. Montrant la prévoyance d'un chef après avoir eu ! intrépidité d'un soldat, il fît écrire par le chancelier Du Prat, qui l'avait suivi dans cette campag-ne, el porter par des messag-ers sûrs trois lettres trèsimportantes. La première était adressée au général rénitien Barthélémy d'Alviano, qu'il pressa de se mettre sur le champ en marche et de venir de Lodi grec sa rapidité accoutumée, afin de joindre les

92 chapithe I'Remier.

forces qu'il commandait aux siennes, dans [ajournée du lendemain (I). La seconde enjoig-nait à Louis d'Ars, qui occupait Pavîe, de g-arder avec soin cette forte place, qui pourrait servir de point de retraite, en cas de malheur. Par la troisième, il prévenait Laulrec de l'attaque des Suisses et l'invitait à ne pas remellre elà ne pas laisser surprendre l'argent qu'il portait, en exécution du traité viole de Gallerate. Ces soins pris, il demeura fe reste de la }tuif, ainsi qu'il l'écrivit après la bataille, /e cul sur la selfe, la lance au poing, tarmet à la (ôte{'2), et ne se reposa que quelques instants, appuyé sur l'afrùl d'un canon. Une heure avant l'aube, il prépara tout pour la bataille qui allait se livrer. Il prit^ un peu en arrière, une position plus favorable que celle qu'il occupait le jour précédent(3). Au lieu de laisserson armée échelonnée sur trois lig-ties, il la mit de front ^ en une seule. Bestant au centre avec sa bataille, il appela le connétable de Bourbon à former son aile droite avec l'avant-g^arde, et son beau-frère le duc d'Alençon à former son aile çauche avec l'arrièreg^rde (4). L'artillerie, bien placée et bien défendue,

Cl) Uistoin manuscT. de Bju-illon, (. 80 t', el 81 i*.— Paul lo-re le dit nussi : « Subito poi ritornato a^li ufTicii dj c«pitaDO, nmtidb meui «1 LifiaDo [k Bsi'thvleiu; d'Aliiano), aiUandolo cti' cgii tcoûso con l'cs- •ercito. B Ltb. xv, p. 421.

(2) Lfltre de François I" à la duchesse d'Armmtléme, p. iBG.

(3) 0 Une heure ■tboI jour, priï pince auti'e que In uAlrc, l«qucll« MPjbla bonne aui eapilniiies dvi laDM|UtiQe(ii. u lliid, — Pnul Jove le dit égnlement. u lo rnl«Ddi poi del r» medeiiiuo, » Ub.xv, p, 4|8.« Retiro nliquanto i suoi ullogînuiauti, n 1'. >121.

(4) « Et l'ai Diandé à mon triti'e le cunnétable, pour «oi tenir h l'autn) «Teaae, et pnreillemenl t'ai mandi ii mon frËrc d'Alentos, qui wi wir

BATAir.LE DE MARICNAN. 03

fut en mesure d'ébranler, par des coups bien diri- 3«s, Tennemi dans sa niarclie, et put difficilement rtre abordée par lui. C'est dans ces dispositions que Krançois I" attendit l'attaque des Suisses.

Les chePs des conrédérés avaient tenu conseil dans la nuit, pour s'entendre sur le combat du lendemain et le rendre plus décisif. Di'-s le point du jour, ils l'éiinironl leurs épais bataillons, qui se mirent assez pesamment en marche. Ils parurent d'aburtl se porter en masse contre le centre de l'arfflèe française. Mais des décharg-es d'artillerie, qui percèrent leurs rang's, les firent reculer vers les poâtlioiis qu'ils avaient occupées la nuit. Là ils se (bnnèrent en trois bandes qui se dirig-èrent sur le corps (le bataille et sur les deux ailes des Français. La première bande, que soutenaient les six petites pièces de canon des Suisses, s'avança contre Fran- (oïs I", dont la ferme altitude et la puissante artil- ^ lerie la contint à une certaine dislance. Pendant (]ue cette bande de buil mille hommes faisait face tu roi et l'attaquait, les deux autres bandes, d'une force à peu près ég'ale, s'étaient jetées sur les deux ailes, que commandaient le connétable et le duc d'.\lcuçon, poui' les rompre {i), afin d'envelopper en-

■ (iMt pH tenir, ■ tAltre de François l" mr la bataille de Marignan, f. IM. — "Et aTiaci Borlione etLnDsone che di quA. et di Ifi con egunio «ntiiM ofcmlaiseru la priiua et la tcrza ordiannia fiauoi ûnnchi." Pniil lm,Eib. XI, p. 421.

|l) • Ik mr laiMimat h uiud nez buit mille hommes et toute leur utiUnir, «I lu autres Ueux liandes led cnToytreDt nui deux coins du nmp, l'ooe ii mon frère le connélalilc, et l'autre h uion frËre d'Aleu-

&i CHAPITRE t'HEMIER.

suite le corps de bataille et 1p battre alors aisémenlT Soit que les Suisses eussent moins de confiance que la veille, soit quils rencontrassent encore plus de courage et de solidité, ils virent leurs ennemis affronter leurs piques comme ils ne l'avaient jamais fait encore. Le connétable avec ses lansquenets et ses hommes d'armes, et Pierre de Navarre avec les arbalétriers gascons et les aventuriers, résistèrent à la bande qui attaqua l'aile droite, et après une rude mêlée larejetèrenlen arrière {!). A l'aile gauche, le duc d'Alençon fut d'abord moins heureux. Pendant que le roi nrrrtait sur place la colonne centrale des Suisses, et que le connétable de Bourbon repoussait victorieusement leur colonne de gauche, leur colonne de droite avait tourné et assailli les troupes du duc d'Alençon, qui avaient été ébranlées et avaient reculé en désordre. Malgré l'épouvante des fuyards, qui avaient quitté précipitamment le champ de bataille et qui répandaient sur la route de Pavie la nouvelle de la victoire des Suisses, la lutte continua sur ce point. D'Aubigny et Aymar de Prie, ayant rallié les troupes, réparaient de leur mieux l'échec du duc d'Alençon, et chargeaient intrépidement les Suisses. Ils étaient aux prises avec eux, lorsque Barthélémy d'Alviano, parti de grand matin de Lodi , arriva vera

çon. n lellre de Frfinçois t" ù sn tif^-c sur la kitailk lU Marign Petitot, t. XVII, p. I8T, et Pfiiil Jove, lit. xv, p. 121'.

[I] letlndefrait(:oîsl", iliid.

(3) Pnul Jote, Ut. xv, p. 433 et 4S4.

TIATAILLE DE MARIGNAN. Ha

beores de ce côté du champ de balaille. A la l^te de ses hommes d'armes et de sa cavalerie légère (I), il fondit aussitôt sur les Suisses au cri de Saint-Marc ! Cette attaque inattendue les troubla, Ils craignirent d'avoir sur les bras toute l'armée vénitienne cl ils recult'rent. Pom'suivis la lance dans les reins, ils se replièrent vers le centre, où les bataillons de confédérés placés en face de François I" n'avaient pu faire aucun prog'rès. Lis tiraient et recevaient des coups de canon depuis plusieurs heures, attendant peut-être l'issue victorieuse des deux attaques de l'aîle droite et de l'aile gauche pour essayer plus sûrement d'enfoncer le corps de balaille. Ils tentèrent alors un dernier et vig-oureux elTori. Une bande de cinq mille hommes s'en détacha el marcha avec une résolution désespérée jusqu'aux lignes Crançaises. Mais, prise en écharpe par l'artillerie, charg-ée par Fran(;oi3 I" et ses honnues d'armes, atteinte à coups de haches et de piques par les vaillants lansquenets de la bande noire placés au centre avec le roi, percée par les arbalétriers gascons qui étaient accourus delà droite où

(i) P«ul Joïtf, liv. XV. p. Mi, cl Lettru de François l",h la p. 187. ÏM Vénitien* s« consiilérërcul comuie nvnnt déterminé la victoire. La pmMileur ^éni-ral Domeuieo Conlarini <;criTnît au doge de Venisu, b U teplrailirv du Marigaan, Irrjoiirmâmude Imictoirn: <> Principe sereùMiino, intor neam ehc un Cesare non ebbe mni tanlo valore de nuguanimità (|iianto il suo illustrlasimocBpilanoadeuoiiilrntnet de pioprlo II » pouo hr ampin r<'dc appi'csso chc clinm queuta christianisai ma maeslù » tatti ipjMti «iiniiiri ftiiipl,im>'iilo parlino In Tilloria esser cnuSBla dnilfl raltrotiUi di ma Ectcloura e •lutin iciiicain avuta pei- Stii:wn >isto sùpruMLwrle floriJe pciiti ili Vu^int Serenith.» Dans Sanuto, Diariiixi, ^ M, el dan» Roio.imu, Utofia doeumentata di Vene:iia, t. V, p, 300.

96 CHAPITRE PREMIfcIR.

ils étaient vainqueurs, elle fut taillée en pièces et personne n'en échappa (!)•

Le roi, par un mouvement décisif, fondit alors avec sa cavalerie sur les autres confédérés, qui abandonnèrent leur position et leurs canons (2). Les Suisses, repoussés ou battus sur tous les points, donnèrent le sig*nal de la retraite et quittèrent le champ de bataille, sur lequel ils laissèrent sept à huit mille morts (3). Ils reprirent, en assez bon ordre et sans être poursuivis, le chemin de Milan, emportant leurs blessés, et ils rentrèrent dans cette ville avec une contenance fière, et non comme des vaincus. Ils l'étaient cependant, et le prestigpe qui, depuis Sempach, Granson et Morat jusqu'à Novare, les avait rendus invincibles, ils venaient de le perdre à Marigpnan, aux yeux du monde et aux leurs propres. La bataille avait duré deux jours (4).

(i) «A la fin de cette grosse bande qui estoit Tis-à-vis de inoî> envoyèrent cinq mille hommes, lesquels renversèrent quelque peu de nos gendarmes... Vinrent jusques aux lansquenets, qui furent si bien recueillis de coups de haches^ butes, de lance et de canon qu'il n'en acchappa la queue d'un, car tout le camp \int à la huée sur ceux là. » Lettre de François l*^'.

(2) Ibid.

(3] D'après Y Histoire manuscr, de Barillon, ils en auraient laissé davantage. « Après disner, le dit seigneur commanda qu'on fist de grandes fosses pour mettre les corps des morts, et ceux qui les mirent dedans les dites fosses rapportèrent y avoir mis seize mil cinq cents corps. On estimoit qu'il y avoit de treize à quatorze mille Suisses. » Vol. i 7,523^ fol. 83 T».

(4) a La bataille a été longue et dura depuis hier... jusques aujourd'hui, sans savoir qui l'avoit perdue ou gagnée, sans cesser de combattre ou de tirer l'artillerie jour et nuit... Ce sont les gens d'armes qui ont fait l'exécution et ne penserois point mentir que par cinq cents et par cinq cents, il n'ait été fait trente belles charges avant que la bataille

BATAll-l.i; DE MARIGNAN. 97

G'élail la plus sanglante el la plus acharnée qui eût encore été livrée. Elle couvrait de g-loire le jeune roi, qui l'avait valeureusement g-ag'née, après l'avoir habilement préparée.

Le jour mémo où il avait obtenu cette grande ri<;toirt> el sur le champ de bataille où il l'avait remportée, François I" voulut se faipc recevoir flievalier. Le roi, qui ne jurait que sur laFoideffeniiikomme dont il aimait à prendre le titre (I), désira tenir du plus preux des g'entils hommes l'ordre de djevalerie. II appela Bayard, dont l'intrépidité s'é- (oil sig'nalée à Marig-nan comme partout, et lui dit : • Bayard, mon ami, je veux être fait aujourd'hui chevalier par vos mains, parce que le chevalierqui, comme vous, a combattu cti tant de batailles et

ie — MAdnme... Le sénérh.il d'Arnmgnac (itm «on artillerie ose l'il a Été C;iasc en partie du gain de la bataille, car jamais □ servit mieui. Et Dieu merci, tout fnil bonne chËre, Je j par moi cl par mon frËrc lo connétable, par M. de VealUinc, p«r H. de Sainl-Pol, M. de Guise, le mnréchal de Chabannes, Is grand maître, U. de LoogueTille. Il n''est mort de gens (le renom qaTmbercQurl el Buse;... et est grand dommage de ces deui pei-soniu- )W... Le prince de Talmond est fort blessé, et vous veux encore assurer fM mon frire le connélablo et M. de Saint-Pol ont aussi bien rompa Uhi que geulilahummes de la compa^ie quels qu'ils soient; et de ce j'en p*rle cimnie celui qui l'a tu, car ils ne s'épargnaient non plus qM «anglicrs echaurés. i> Lettre de François I", p. 187 et iSS. (I ) ■ J*ai lu parmi les papiers de noslre maison les serments de quatre Il : Quand U pjjytw-Xhfu di'céda (Louis XI) par le Jour-Dieu lui "^ '~ «ries Vlll), le Diable m'emporte s'en tint près (I.uuis XII), Foy tme Tint aprSs (François I*').» Brjntûme, Vie des grands catf 1b gnnil ro; François.

ij Fnn^isditioit souvent : • Nous sommes quatre getitiUbommes it U RiiTnnne qui combattrons en lice el courrons In bagne contre tous «IUm et lenana eu Fruicc ; uioy, Suuoc, d'EssË et Chastaigneray. • RrutAcne, Fû de» \jTKid» capitaines, H. d'Essé.

m CHAPITRE PREMIER.

contre tant de nations est tenu et réputé le pli dig-ne chevalier. — Sire, répondît Bayard, celui qui est couronné et sacré, et qui est roi d'un si noble royaume et fils aîné de l'Église, est chevalier sur tous autres chevaliers. — Allons, Bayard, dit le roi, il ne faut allcg-uer ici ni lois ni canons ; faites mon commandement si vous voulez fitre du nombre de mes bons serviteurs. — Puisqu'il vous plaît, répliqua Bayard en tirant son épée, et autant vaille. Sire, que si j'étais Roland ou Olivier, Godefroy ou Baudoin son frère. Gorles vous êtes le premier prince que oncques fis chevalier. Dieu veuille que eu g-uerre ne preniez la fuite. » S'adressant ensuite à son épée, dont il avait louché l'épaule du roi : » Tu est bien heureuse, lui dit-il, d'avoir aujourd'hui à un si beau et si puissant prince donné l'ordre de chevalerie. Certes, ma bonne épée, vous serez g-ardée comme relique et sur toutes autres honorée (1).» Le roi, devenu chevalier, conféra à son tour l'ordre de chevalerie à plusieurs de ceux qui s'étaient le mieux montrés dans ces deux rudes et gloriei journées.

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U fallait cependant recueillir les fruils de la vîo-

(I) Les Geôles enâernlAe la vie du prnix chevalnv Bayard, <>tc., par Sjm^horicu ainui]>iâr, outrage (tubliù en liiSS, el itiuipriiuâ dauit 1m Archiva curieuses de l'histoire de Prauce, {'• série, t. Il, p. 161, et VHIitoin du bon tJtevaHer ions paour et «nu rejmxiie, rh. tx, p. 103 du t. XVI (le la collection PeUtol.

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