RECOUVREMENT DU MILANAIS
loire, reprendre le duché louL entier en recouvrant les villes qui étaient outre les mains de Maximilien Sforza, comme Milan et Crémone, et celles qui aïTiienl été nagTière incorporées à l'État de l'Église, oamrae Parme el Plaisance. C'est à quoi s'appliqua François I". Les Suisses, en se retirant en bon ordre du champ de bataille de Marig'nan et plus irrités ((u'abatlus des pertes qu'ils y avaient faites, étaient rr-ntPt'S ilans Milan sans s'y arrêter. Ils avaient demandé leursolde arriérée au duc Maximilien hors d'état de la leur payer, et ils avaient repris le cliemin des Alpes, en annonçant qu'ils reviendraient bienlûleu force pourveng-er l'affront qu'ils avaient reçu et remettre Maximilien en possession de son duché. Ils avaient laissé environ quinze cents des leurs, qui s'étaient enfermés avec lui dans la forte citadelle de Milan.
La ville, abandonnée par ses défenseurs, ouvrit ses portes à François 1", qui lui imposa, en châtiment de sa rébellion, une taxe de 300,000 ducats, r envoya le connétable de Bourbon avec des troupes el en lit assiéger la citadelle par Pierre de Navarre. Vingt jours après, le i octobre, cette place capitula. Le duc Maximilien, dépourvu d'énergie comme d'ambition, fatigué d'une souveraineté dont le souci (rouillait son indolence, traita fort sincèrement avec François 1", heureux, disait-il, d'échapper aux inconstances de l'empereur, aux fourberies du roi ratholiquc, aux tergiversations du pape, aux assislances onéreuses el violentes des Suisses. Il renonça
100 CHAPITHE PREMIER,
à ses droits sur le duché de Milan et reçut du roî« avec la promesse de lui faire obtenir un chapeau de cardinal qui ne lui fut jamais donné, une pension annuelle de 36,000 ducats, qui lui fut payée en France où il se retira, et où il vécut sans aucun regret de ce qu'il avait perdu et sans avoir U moindre envie de le reprendre. m
Avant de faire, le 14 octobre, son entrée solen* nelle dans Milan, à la lÉte de l'armée victorieuse, François 1"' s'était établi à Pavie. Il avait fait jetur un pont sur le Pô, d'où s'était éloig'né précipitai ment don Banion de Cardona, qui avait opéré retraite vers Naples. Le roi projetait de se poi de là sur Plaisance et sur Parme et d'attaquer suite la république de Florence, que le parti Médicis avait entraînée dans les rang-s de ses ennemis. Celle attitude menaçante avait décidé le pape intimidé à entrer en sérieuse oégïiciation avec François l".
Léon X avait été atterré de la défaite des Suisses, à laquelle il ne s'attendait pas. Le premier jour, la bataille avait paru tourner à ravQnlag:e de ses alliés, et le bruit qu'ils étaient victorieux s'était répandu dans Rome, où des feux de joie avaient été allumés. Léon X avait annoncé lui-mi^me ùMarino Giorg-i, ambassadeur de la république de Venise auprès du Sainl-Siég^e, que l'armée (lu roi de France avait été mise en déroute pnr l'armée des cantons. Le lendemain l'ambassadeur, ayant ret-u des lettres de la Seigneurie qui lui apprenaient au contraire
etur andH
RECOUVHEMEST DL" MILANAIS. 101
ijucles ti-oupes françaises, secondées parles troupes véliiliennes, avaient baUu complètement les Suisses, M? rendit en toute liilte auprès de Léon X. Le pape sp levait lard, et il était encore au Ut. Surpris de coUe visite inusitée à une pareille heure, il sortit de sa chambre à moitié habillé (1). — » Saintpère, lui dit l'ambassadeur de Venise, hier votre Sainteté me Jonna une nouvelle mauvaise et fausse; aujourd'hui je vous en apporte une bonne et vraie. » 11 lui montra en même temps les lettres qu'il venait de recevoir, et Léon X, certain alors du g-rand revers essuyé par les Suisses, et en redoutant les suites pour tous les Ktats italiens, dit avec effroi : «Qu'adviendra-l-il de nous et de vous aussi (2) ? — Quant à nous, répondit Marino Giorgî, nous sommes avec le roi très-chrétien, et votre Sainteté n'a rien à craindre de lui, non plus que le Sainl-Siég'e; n'estit pas le fils aîné de l'Ég-lise? — Nous verrons, ajouta Léon X, ce que fera le roi de France ; nous nous mettrons entre ses mains en demandant miséricorde (3). »
Aussi, loin de s'opiniàtrer dans la lutte après Harignan, comme l'avait fait Jules II après Havenne, Léon X chargea Louis de Canossa, év(?que
(I) aEcofî ïieglialo et uoD vcsIitointieram(>nle,Jl papa vcnoe Tuorn.» SooMMirto délia reloiione di Roma di MariauGiorgi, (liiuBAII>ei'i,l-lll, de la •emmle si-ne, p. 43.
{2] ■ Pulro «into, im Voslrn Sniililà mi ilieile unn caltiva nuova c UIm; (0 ^\ieae liatb oggi unn tiuona e tern ; iiil Suim'ri «ono rotli. AUmil[nipa, lctli;lelellere,diHfte:Uuid eril de Dot>ist^t<|ui(l devol>ig?< Ibid., p. 13 et H.
(3)UMtl.
10s CHAPITRE PREMIER.
de Tricarîco, de nég-ocier sa paix avec François Cette paix ne put se faire qu'au prix de la restitutïoi de Plaisance el de Parme, dont Léon X dut subir dure contrainte (1). Le roi prit, en retour, ta répi blique de Florence sous sa protection, et promît soutenir le frère et le neveu du pape, Julien et Laurent de Médicis, qui la g-ouvernaient. La conclusion de la paix fut bientôt suivie d'une entrevue que désiraient également le pape et le roi, et qui ei lieu, vers les commencements de décembre, dans ville de Bolog-ne, oli Léon X se transporta de Roi avec la cour ponlitlcale, el François \" se rendit Pavie avec une partie de son armée.
Pendant plusieurs jours le pape et le roi, qui bitaicnt le mCme palais, eurent de fréquentes col férences et y traitèrent des affaires d'Italie. Le roi, dans son ardeur, s'efforça de gagner entièrement le pape, el le pape mit toute son habileté à donner le chang-e au roi. François 1" demanda que Modène et Reg-g-io fussent rendues au duc de Ferrare, à qui les avait fait perdre son fidèle attachement à la cause de la France. Léon X parut y consentir moyennant certaines conditions auxquelles se soifc, mit plus tard, mais inutilement, le duc de Ferrai
Animé de toutes les ambitions qu'avait Louis XII et disposant d'une armée vicloriei François I" song'eait à revendiquer et à
(t) « El nune eiilem diriitintiissimo refj fnrinam et Plaeentiam ci tatei relnumus et dimiltimiis. u Tmité du 13 octobre 1515, duit h n»Tà, t. Il, p. 137 et 138, et dJias Du Mont, t. IV, p. i, p. 214,
ion :iue
RECOUVREMENT fiV MILANAIS. 103
le royaume de Naples. Léon X, dont l'assentiment, comme suzerain de ce royaume, était nécessaire à l'exéculion d'une pareille entreprise, sut l'en détourner adroitement. Il allégua les traités qui le liaient ou roi Ferdinand d'Aragon, et il persuada à Franf.'ois I" d'attendre le moment, peu éloigné, où mourraîL ce prince, dont la santé déclinait chaque jour davantage. Du reste, en faisant ajourner ce dangereux projet, Léon X épargnait à François 1" une Tante qui l'aurait aFTaibJi au commencement m^me de son règne, en môme temps qu'il évitait au Saînl-Siége et à la république de Florence le double voisinage de la puissance française dans le tiAul el dans le bas de la péninsule.
Les inlérêts des deux princes en Italie ne furent pas le seul objet de leur entrevue. Le roi et le pape s'entendirent pour détruire, l'un au profit de sa couronne, l'autre au profit du pouvoir pontifical, la «ïostjlution, trop indépendante à leurs yeux, de l'Église de France, La célèbre pragmatique sanction de Bourges, qu'une docte et religieuse assemblée, d'accord avec le roi Charles VII, avait établie en H38 conformément aux décrets des conciles réformateurs de Constance etde Bàle, élaîtatlaquée depuis plus d'un demi-siècle par la cour de Rome et venait d'être condamnée par le concile de Latran. E3le consacrait d'anciens droîtsetde libresélcctions dans l'Église gallicane, qui restait cependant unie à Rome par la communauté de la foi, et dont les ^•vfque» se rattachaient au souverain pontife par
iO\ CIIAPITRK PHEMIEIl.
les liens de In liiérarcliie eatliolii(ue, Entrée dan/ les mœurs du pays, conforme à ses idées, favorable à ses intérêts, elle devait être opiniàtpément réclamée par l'Université de Paris et soutenue par parlement, liien après que la politique du roi l'i sacrifiée à l 'an imad version du pape.
A la place de la libérale constitution qui rég-issait l'Eg-lise de France, le nouveau concordat, alors concerté entre François I" et Léon X (1), assujettit cette Ég-lise au roi et au pape. Le roi eut désormais la nomination directe aux évêchés et aux abbayes; le pape institua les évêques et confirma les abbés noramés par le roi en leur accordant les provisions apostoliques, qu'ils durent payer du revenu réel de Jeur bénéfice pendant la première année. Ainsi substitué aux pouvoirs des cbapitres de chanoines et dos communautés monastiques, le roi devint le dispensateur des évécliés et des abbayes, qu'il accumuler sur la même léte, et donner même commende. Il acquit par là une autorité croissai sur le clerg-é de son royaume, qui d'une indf (lance presque républicaine passa bientôt à la mission monarchique.
Après ces divers arrang:ements, François quitta Bologne et se sépara de Léon X, dont
(I) Achevé do négocier dnns ses clauses diverMa nvec li pur le chancelier Du PruI, le cuacurdat fui puMié par le pape h i Pierre, le <S dei kalendes de septembre ISie (l" sepleiuhi'e). J etmcordalonim, etc., et confimié par iine lulle dnns le coiicile de I. le M des kalund» (le janvier (17 diic. ISI6). \.n Bulla concordat U Buila con/irmalimû «mt data Du Uont, t. IV, p. i, p. S29-
REi:orviiEMi;.M' w milanais. io:;
croyait avoir g:ag"né l'amilié. Il partît ensuite pour la France, en laissant le connétable de Bourbon oooimoson lieutenant g-énéral dans le Milanais. !l y laissa aussi sept cents lances, six mille lansquenets et quatre mille aventuriers français, dont la plus grande partie devait s'unir à l'armée vénilienoc pour aider la république son alliée à reprendre les possessions de terre ferme que l'empereur Maxitiitlien lui avait enlevées dans la Lombartli? orientale. Ces forces combinées des Français et des Vénitiens se portèrent en effet dans le Vérooais, prirent Lonalo, Sirmione, Pescbiera, Asola, el se disposèrent à attaquer l'importante place de Brescia.
Mais, vers le temps m»^me où François I" était pp%-onu dans son royaume, le Milanais, dont il considérait la possession comme solidement affermît*, était bien près d'être envabi. Une dang-ereuse coalition pour le lui enlever s'était formée entre le roi Ferdinand d'Arag'on, qui ne se croyait pas assuré du royaumede Naples si le roi de France conservait la liaute Italie, leroid'Ang-leterre Henri VIII, ofrusf)ué des succès militaires de François I" (1)
(l)Loltr«dufî noteiubre tSI.S de l'nmbnssadeur île France Bnpuumeï i» tî^tnte iMoift lie Savoie. Henri VIII nvnil apprin la m-toiredc Maiifnaa aTOc un tif cfaigi'ia qu'il D'avriil po^s pu métier, " leltciucnl i[u'il
m CHAPITRK PREMIER.
non moins qu'irrité de son intervention dans lea affaires d'Ecosse (i), et l'empereur Maximilien, dont l'inimitié s'était accrue par- la crainte d'ùtre dépossédé de ce qui lui restait en Lombardie. Ferdinand d'Arag-on et Henri VIIl (2) avaient mis de l'arg-ent il la disposition de Maximilien pour Iev( une forte armée en Alleniag-ne et en Suisse.
Don Pedro de Urrea et sir Richard Pace, envo; vers l'empereur à Inspruck, étaient intervenus à cet effet auprès des diètes helvétiques. Secondés par l'implacable cardinal de Sîon, Ils avaient excîlé les animosités des Suisses contre la France et les avaient détournés de l'union que François I" cherchait à conclure avec eux, depuis même qu'il les avait vaincus. Tenant à les renietlre dans son alliance, le roi liclorieux leur avait fait offrir à Genève, par le duc de Savoie el par ses nég-ociateurs le bailli de Mâcon, le président le Viste et le seigTieur de Fresnes, les mêmes sommes et les mêmes avantages qu'il leur avait accordés par le traité de
semblnît A le Toir que des Inraies deussiuil lui tomber des jei Archîi. nalion., J. SSS, tinsse i, n° l2.
(1) Par le «lue d'AlboiiJu. — IbiM.
(2) fleori V[[I ocrait 100,1)00 couronnes. Haiimiliea icrÎTuli; )" déc. 15)5 i sa lille l'airhiducheise Marguerite : ■< Le roj d'Ai terre Tait mener el conduire prniicqjes pour diverlir U ligue île* ches contre les Franchai*, et k ceste reuse il a nngairei cnToyé par deft un sien scrvileur nommé Richard Laccus (Pace], lequel dit et aeMure que le dil roi son maistre tient pour le présent prest, un noitra tîHo d'AOTers, In somme de cent mil esr.us d'or pour vouloir bnilipr aui dits Suychcs, affin de roiilinuer leur assistance h la 8ancti3sinia ligbe, »l résister aux injustes empri oses que font les dits François. " Le GUt, CoimpondanoB de Maximilien /", etc., I. Il, p. 30*.
REnoUVRKMENT DU MILANAIS. 107
tjallerate. Dix cantons avaient d'aboi-d accepté ces propositions (1), et une diète avait é lé convoquée à Zurich pour y faire adhérer les trois cantons de Sehwilz, d'Uri, d'Unterwalden, qui voulaient ven- S*r leurs morts et réparer l'affront qu'avaient reçu kups armes. Mais, loin de faire cesser les divisions parmi les Suisses, la diète de Zurich les avait acenies. Les menées du cardinal de Sîon et les excitations des ambassadeurs de Maximîlion, de Ferdinand et de Henri VIII avaient rendu plus grand le <lé$ac(^)i-d entre les cantons, dont huit s'étaient prononcés pour l'alliance du roi très-chrélien, et cinq s'y étaient montrés contraires (2). Les huit rantons. au nombre desquels étaient Berne, Frî- Itoup^, Lucerne, devaient envoyer environ dixmille hammes, sous Albert de Slein et François de Supersax, dans le Milanais au secours au roi, qui leur avait déjà fait tenir 200,000 francs. Les cinq cantons de Schwitz, d'Uri, de Zug',d'Untervi'aiden et de Zurich, décidés par l'argent des souverains coalisés rt entraînés par leurs propres ressentiments, levèrent une arméede douze à quinze mille hommes qui, MUS les ordres d'un chef renommé, Jacques Stapfer de Zurich (3), alla se joindre aux dix mille lansquenets ou Espagnols et aux cinq mille chevaux que l'eiapereur Maximilien réunissait dans le Tyrol.
(Il Hùfoin dt la Cmfé.dérathn naisse, etc., t. iX, p. 4H3. Le Irnilé «I liui* Da Mont, t. IV, p. i, p. ilS. (!] fïùtorrr dt h Confi-dàntùm. p. iHH et 490.
108 CilAPITDt: l>HËMIb:R.
C'est à la lèle de celte année, forte de près de trente mille hommes, que l'empereur Maximilien descendit, au mois demarslS16,dansIaLombardie vénitienne. Il lui importait de se servir au plus vite de ces troupes que, faute d'arg-ent, il ne pourrait pas tenir long'temps sur pied, et il aurait dû se porter sans retard de Vérone sur Milan, afin d'y attaquer les Français avant qu'ils reçussent le renfort des Suisses levés dans les huit cantons. Mais ce prince bizarre, toujours plus disposé à entreprendre qu'hahile à exéculer, au lieu de s'avancer à marches forcées sur Milan, comme le conseillaient le chef des Suisses impériaux, Jacques Stapfer, et le g:énéral des troupes pontilîcales, Marc-Antoine Colonna, qui s'étailjoint à lui, s'arrêta devant Asola pour en faire le siég-e.
Asola était une petite place, située un peu audessous de rOg-lio, entre le lac de Garda et le Pô. Ellle faisait partie du Véronais, et l'empereur voulut la reprendre aux Vénitiens, afin de ne pas en laisser la p^rnison sur ses derrières. Il en fit donc les approches, et, après l'avoir battue en brèche, il y donna l'assaut, qui fut bravement repoussé. Sans s'obstiner à la prise de cette place, devant laquelle il avait perdu plusieurs jours, le mobile empereur leva le siég-e d'Asola et se dirig-ea sur Milan. 11 passa le Mincio, l'Og-lio et l'Adda, qu'abandonnèrent successivement les Français et les Vénitiens en se retirant devant lui. Arrivé près de .Milan, il campa avec son armée dans le voisinag^e de la ville, qu'il
KECOUVIIEMENT DU MILANAIS, sutiima de se rendre en menaçant, si elle se laissait forcer, de la traiter plus durement que ne l'avait I fait quatre siècles auparavant l'empereur Frédério Barberousse. Mais le peuple milanais, qu'il espérait soulever par là, ne houg-ea point, maintenu qu'il fut dans Tobéissance par la ferme attitude (lu connétable de Bourbon. Le connétable avait pris des mesures extrêmes. Il avait fait brûler les faubourgs qui auraient pu faciliter aux ennemis l'accès de la ville, qu'il mit en état de défense et où, deux jours après, entraient les bataillons suisses qu'amenaient Albert de Stein et François de \ Supersax.
L'empereur Maximilien, n'ayant pas enlevé Milan par une attaque soudaine, se voyait réduit à en l'aire le siég^. Mais il n'avait pas le moyen ni le temps de prendre de vive force une ville alors si bien défeodue. Il manquait d'argent, comme toujours, et ses troupes demandaient leur solde. Préoccupé dQ 1 leurs exigences, qu'il ne pouvait satisfaire, il craignil mime une trabison. Par un stratagème qu*iuiagîna J .-J . Trivulzi, une lettre fut écrite au nom j des Suisses du pai'ti français aux Suisses du parti | impt'rial, et tomba entre les mains du défiant Maximilien, qui crut à un complot ouidi contre lui. Son J imagination se troubla, et, dans les rêves de la« nuit, il vit l'archiduc Léopold d'Autricbe, son j Lisaïeiil, et le due Cbarles de Bourgogne, son beaupère, tués par les Suisses à Sempacb et à Nancy, qui lui apparurent tout sanglants et le pressèrent
no CHAPITRE PREMIER.
d'échapper au péril qui le menaçait (1). Ces vision: alarmantes et le souvenir de Ludovic Sforza, que la perfidie des Suisses avait livré au roi de France Louis Xn, à la sortie'de Novare, le décidèrent à quitter brusquement le camp impérial.
Après son départ, l'armée, restée sans commandement et sans paye, fut hors d'état de continuer une entreprise qu'il n'aurait pas pu achever luimême. Elle rebroussa chemin, franchit de nouveau l'Adda, pilla Lodi, marqua partout son passag-epar ses dévastations et finit par se débander. Les Suisses retournèrent dans leurs pays. Les Français et les Vénitiens reprirent aussitôt l'offensive et ils attaquèrent de concert les villes que Maximilien conservait encore dans la Lombardie orientale. Ils enlevèrent ainsi Brescia à l'empereur, qui n'eut bientôt plus que Vérone dans la haute Italie.
Celte place, aussi forte que bien défendue, n'était pas facile à prendre. Les troupes combinées de la république de Venise et du roi de France, commandées par le maréchal de Lautrec, qui venait de succéder au connétable de Bourbon dans le g-ouvernement du Milanais, l'assiégèrent long-temps vainement. L'empereur Maximilien, encore
(I) a Bl aiTennd poi cbc quclln notteegli hnTevn redulo inso^noL polilo arciiiiicha d'Austrin, siio bistiTolo, et Carlo dui-n iji Bouri;o);[]a, suo «ocrr», roii quclb horribil vollo et cod quel MoguiaoBO habilo j'arnialura,.. I quiili od pnrole terriliili gli commendaTiao che suliilo si ile- Tesïo levar di qw\ perit»\o. o paolo Gioiio, cMle Islorie dul èuo tempo. tîb. Tvi, p. iiH, io-4. In Vioegifl, 1573, Trnilurlion Je l.odovicn ïto-
RECOLVHEMtKT DU MILAjNAIS. ill
par les subsides de Henri VIII, que la politique el h jalousie rendaient l'adversaire persévérant de Fram;ois I", la secourut à la tt'te de nouvelles troupes. 11 tenait beaucoup à g-arder Vérone, qui était pourlui une source de revenus (1), couvrait le Tyrol, et demeurait comme un pied à terre impérial d'où il pouvait pénétrer aisément dans le reste de rilalieet se mêler avec avantag-e de ses affaires. Comment le Taire renoncer à cette possession précieuse, que les Vénitiens désiraient ardemment remettre sous leor domination et qu'il était si difficile de lui prendre de vive force? Cominent surtout l'amener a conclure avec François I" une paix à laquelle il s'Olail jusqu'alors obstinément refusé?
Ce fut son petit-fils, l'archiduc Charles, qui l'y! décida. Le jeune souverain des Pays-Bas était dfr- j venu, par la mort de son aïeul maternel, Ferdinand J le Catholique, survenue le 23 janvier 1316, l'IiéritieP | ofTectif des royaumes de Castillc, d'Arag-on, des 1 Deux-SIciles, sur lesquels sa mère. Jeanne la Folle,
(1} 1^3 H^rmbre tSIIt, il écmail h s.t liile l'archiduchesse Mnrgue- I litm qat »i le* Fmni'^ et les VËnitiens lui euirvaient Grescia el VÉniiu»^ .1 1 ik porteraient g-rnod ilauininiçe à nostrc maison d'Âustricc, c«r ce sonl *l ta ilnit mi'illeiires rilcx de rente el revenus que nvons eu toute iiasti4<f ■(iMn ifAnslTic» el Doiir^o^e, el se peuTeut bien eitinier bouoet pirti»; car elles Miilleut bvnucoup de millioDS d'or, n Correspondance il f'nqwvur Maximilien I" et de Marguerite d'Autriche, publiée par U Qmj. d'ufT^ lia tnanuRcriU orifilnaui, t. Il, p. 307. Paris, 1839.
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112 CHAPITIIE l'REMIEfl.
se trouvait par son infirmité liors d'étal de rég'nei Il avait besoin, pour la plus grande sécurité de ses hérîtttg'es, d'être en accord avec le prince redoutable qui, voisin de tous ses États, pouvait, s'il devenait son ennemi, envahir les Pays-Bas parle nord de la France, attaquer l'Espagfne par la frontîèn des Pyrénées, et descendre par la Lombardie dai le royaume de Naples . Il lui importait en effet, noi| seulement de se maintenir en paix avec François I mais de nouer avec lui une étroite alliance, alin de n'être pas troublé d'abord dans la prise de posst sion, ensuite dans le gouvernement de ses noi breux royaumes.
C'est ce que comprit l'habile seigneurdeChièvres, qui dirigeait avec sag-esse la conduite do ce jeune monarque, ù peine âgé de seize ans, et aduiinistraîl prudemment toutes ses afTaires. Il s'entendit avec le grand maître de France, Arthus de Boisy, qui jouissait d'une semblable autorité auprès de François I", et les deux avisés négociateurs travaillèrenl de concert à établir la plus étroite union entre les deux princes. Par le ti-aité de Noyon, qu'ils conclurent le 43 août 13)6 (1), au nom de leurs maîtres, ils réglèrent du mieux qu'ils purent leurs intérêts, s'attachèrent à pi'évenir leurs différends, et crurent i-esserrer leur amitié par un mariage qui les rapprocherait encore davantage. Au lieu de la princesse llenée, fdie de Louis XII, que devait
(1) Dnns Du Mon), t. IV, i>. r, p. Ï'H.
IlECOUVREMEM IIU MILANAIS.
l'pouscr l'arcliiduo Charles d'après le traité de Paris lois, ce fut la princesse Louise, fille de François I", qui fut désignée dans le traité de Noyon comme la future femme du roi d'Espag'ne. La partie du roraume de Naples à laquelle prétendait P'rançoisl" (lui servir de dot à sa fille. II fut convenu seulement (joe, jusqu'à l'accomplissement du mariag-e, (jui m pouvait être que fort tardif, vu l'àg^e très-tendre il« la princesse, le roi catholique payerait annuellement an i-oi très-chrétien cent mille écus d'or. Il l'ut aussi convenu qu'un dédommagement serait accoi-dé par le roi d'Espag-ne à la reine Catherine, veuve du roi de Navarre, dépouillé de son royaume m 1512, à causedu dévouement qu'il avait montré à la France.
Gendre éventuel et en ce moment ami déclarédu roïlrés-chrétien, le nouveau roi catholique voulut réconcilier son aïeul Maximilien avec François I"(l). Par une clause particulière du traité de Noyon, l'emiwreur fut invité à donner son adhésion à cet utile accord et à céder, pour une somme d'arg-ent, la ville de Vérone aux Vénitiens. Le politique archidoc pressa vivement son aïeul de faire ce sacrifice
{)) JUIfrti l(t trRÎIëiui avnit été conclu k Londrus le lO nctabre 1316. ' Iiç« intcr Leooeiii papom romanum, Haiiniitianuiu I, Romnoorutn ■mpmioreiD.Caroluia 1, ÛispnaÎDiuro principem, et Henricum VIII regem Andiv pro defeosioDe Ecclesiie eJlta et sUIuum eoruiu ciiju«libet. » Du MoDl, t. IV, p. liO. Cette ligue STail êlé sam doute conclue pnr rfUrmiiK liu dangereux rarUinal de SioD, qui l'était rendu de Briitel- >» t Uiiuires en habit déguise, ainsi que le signalait a ramiml In FiTtHe une ietlre de Francis 1", à ta liite du 13 octobre, lia. Bc- A«Be, 8382, r. 201.
ii4 CHAPITRE PREMIER.
à la paix, dans l'intérêt de lear maison. Il eut quelque peine à l'y déterminer, mais il y parvint. L'empereur consentit, par le traité de Bruxelles du 3 décembre 1516 (1), à se dessaisir de Vérone moyennant 200,000 ducats. Trois jours après, le 6 décembre, Charles annonça lui-même cet heureux résultat à François !•'. — « Monsieur, lui écrivit-il, après plusieurs long^ues poursuites, intercessions et dilig^ences par moi faites avec l'empe* reur monseig*neuret père, j'ai tellement besongné que l'empereur s'est condescendu à prendre appointement et amytié avec vous, et que vos ambassadeurs étant icy et moy, avons présentement conclu cet appointement à votre désir. Monsieur, je vous assure qu'il a esté bien dur à l'empereur d'abandonner Vérone, et que sans g^rand'peine et grande despense je n'en fusse venu à bout, et vous prie de considérer que je l'ai fait pour mieux assurer notre alliance, la rendre plus ferme, espérant et connoissant aussi que ce sera le bien de toute la chrétienté (2). »
Cet arrang^ement fit rentrer Vérone sous le pouvoir des Vénitiens, au prix de 200,000 ducats qui furent comptés au besoigpneux empereur, confiné de nouveau dans le comté héréditaire du Tyrol et rejeté hors de la haute Italie, que possédèrent, en
(I) Léonard^ t. II, p. 158 et ms. Dupuy^ toI. 174.
(*2) Cette lettre se terminait ainsi : « Escript à Bruxelles le ;> de décembre, de mein (de la main) de votre bon fils. » Ms. Bcthune, Toi. 848!>, f. 3.
RECOU^TIEMENT Dl! MIU.NAIS. (la
bon accord, le roi de France et la république de Venise. Après s'être alliés pour la recouvrer ensemble, ils restèrent unis pour la défendre au besoin en commun (1). La domination de François I" sur le Milanais fut, du reste, d'autant mieux affermie ({n'il venait de renouer complètement la vieille tmilié «le la France et de la Suisse. Une alliance perpétuelle, conclue le 29 novembre 1516à Fribourg avec les treize cantons (2), rétablit cette amitié aux conditions que François I" avait proposées ei que les Suisses acceptèrent alors irrévocablement.
La paix fut rendue plus stable encore entre l'emreur Maxîmilien, le roi Charles et François 1*', par letraité de Cambrai du 11 mars (517 (3}. Les trois
(I) Ligue (In 3 octobre Iâl7, entre le roi François 1" et U seigneurie 4tTniM, pur lAijuelle il démit Stre fourni, pour la défeuM de leurs Ebb, ie t« pAH du roi ik lu seigneurie, 800 lances (more Gnlliie), (MO bomme» de pied, une bande d'nrtillerie sufTisante ; de la part de la KJ^neurio au n)i, 8'XI b>Dr«s [moi'e llaHir), 300 chevaux légers [équités Inii ■niuluwt, 0,000 fanUusin» ot une bonne bande d'artillerie. » — Ltatvd, I. Il, p. lU et (35.
(S) Le» Suitsu devaient recevoir 700,000 écus d'or au soleil, dont
panr In engagenieaU du traitiï de Dijon, 300,000 pour les frais d'Italie, avec 2,000 francs de pension annuelle pour chacun Atoiu, 2,000 fr. BU pajs de Valai,;, 2,000 fr. départis ft
Siint-Gall, «a Mmtè de Togenlraurg, il la ville de Mulhouse,
I du comti de Crn^ëre». Du Mont, I. IV, p. i, p. 349.
VodI, t. IV, p. I, p, 228. Avec ce traité public fut conclu, le Il sur* 1.117, un traité secret destiné bmieu): çagner l^mpereur Maiiraiben, en contentant son imagiuation entreprenante et ehtisÉrique. Par n tnit^ lecret, le haut et ane jjartie du centre de la péninsule italienne itvuMt être divisés en deui royaumes, dont l'un s'appellerait le -ijumut d'Italie, l'autre le royaume de Lombardie, érigés, le premier, par l'un do petiU-nis de Maxiniilien, ie second, pour François I"'. Le tVpWDS d'Italie, qui sérail donné u l'nrohidiic Charles ou h hOn frtre
princes s'y garantissaient leurs Etats, promettaient de s'assister mutuellement, et s'engageaient à dresser une forte armée pour résister en commun aux Turcs, dont les invasions dans l'Europe orientale devenaient de plus en plus menaçantes. Quelque temps après, François I" s'accorda même avec Henri VIII, son ennemi couvert mais opiniâtre. Par les stipulations du traité de Londres en 1518 (1), le roi d'Angleterre rendit à la France Tournay, Mortagne, Saint-Amand, dont François I*' dut payer la cession à Henri VIII en lui comptant, à diverses échéances, la somme de 600,000 écusd'or.
Ferdinand, comprendrait Padoue, TréTise, RoTeredo, le Friotil, Florence, Pise et Sienne ; le royaume de Lombardie, dont le roi de Frinoe recevrait l'inTestiture, comprendrait Vérone, Vicence, Lignago, Valese, Brescia et Crémone, qui seraient ajoutés au duché de Milan, aTec les marquisats de Mantoue et de Montferrat, Malespine, Ancise, la seigneurie de Gènes, le comté d'Asti et la principauté de Piémont. Ce traité, dont les pièces sont aux ArcMves de Simancas, Leg. D* 1 " 27 , n'avait au fond rien de sérieux. François 1'^ avait paru entrer par là dans les rêves de Maximilien, toujours avide de puissance et intempérant dans ses projets, qui aspira toute sa vie à se faire couronner empereur dans Rome sans y parvenir, et visa même un moment à devenir pape. Mais il avait fait insérer une clause expresse qui le dégageait : « Toutefois, était-il dit, comme le roi de France n'a pour le moment ni matière ni occasion pour rompre avec les Vénitiens, avec lesquels il a fait des traités d'alliance, et que son hoiyicur, qui est la chose qu'il a U plus chère en ce monde, seroit blessé en le faisant, il jurera solennellement à l'empereur et au roi catholique d'exécuter incontinent le partage dans le cas où les Yéuitien^eroient quelque chose pour laquelle il sauroit honnestement et sans enfreindre sa foi rompre avec eux. • — Ibid. Il était de plus convenu que, si dans le délai de deux ans, le roi de France n'avait eu occasion de se déclarer contre les Vénitiens, le traité serait annulé quant au fait des partages. — Ibid. Ce qui prouve bien les intentions réelles de François 1*' à cet égard, c'est le traité de défense mutuelle qu'il lit sept mois après (le 8 octobre) avec les Vénitieni. (1) Léonard, t. Il, p. 156 à 167.