‹ Rivalité de François I. et de Charles-QuintChapitre 7 sur 35 · RECOUVREMENT DU MILANAIS · texte numérisé non relu

RECOUVREMENT DU MILANAIS

Un mariage fut en ra^me temps projeté entre le Dauphin de France, qui venait à peine de naître, et la princesse Marie d'Angleterre, qui n'avait pas encore deux ans, comme si l'on avait espéré, par celte lointaine alliance de famille, ajouter à la force e( contribuer à la durée de l'union entre les deux rois et les deux pays.

François I" avait ainsi mené à bien tout ce qu'il avait entrepris. Il avait mis non moins d'application que de persévérance dans la conduite de ses affaires. Après avoir recouvré le duché de Milan malg-ré les Suisses, et y avoir réuni Parme et Plaisance malgré le pape Léon X ; après avoir fait restituer à ses fidèles alliés les Vénitiens ce qui leur avait appartenu dans la liante Italie ; après s'être attaché de nouveau et par les liens d'une amitié perpétuelle les confédérés des treize cantons ; après avoir réglé ce qui pouvait devenir un sujet de différend avec le jeune roi catholique désigné pour être son gendre ; après avoir conclu la paix avec l'empereur Maximilien. en l'évinçant de l'Italie où l'avait introduit l'imprudenco de Louis XII, il achevait cette œuvre d'agrandissement et de pacification en désarmant les animosités du roi d'Angleterre et en retirant de ses mains les trois places que Henri VIII avait prises souslerègneprécédent et qui furent alors restituées à ta France. II avait été constamment heureux, parce qu'il avait été appliqué et hahile. Ces quatre minées de juste félicité semblaient fitre les débuts éclalanls d'un grand règne. Couvert de gloire et

parvenu à un haut deg^ré de puissance, François I** avait montré une ég^ale entente de la gruerre et de la politique. Aussi avait-il tourné vers lui les regards du monde et les espérances d'une partie de FAIlemag^ne qui, menacée d'être envahie par les Turcs, sembla prête à le prendre pour chef du saint-empire, à la mort de Maximilien. De là vint à François 1" la dang^ereuse ambition qui fit de lui le compétiteur de l'archiduc Charles à la couronne impériale et commença entre les deux princes, jusque-là appliqués à vivre en bon accord, la longue rivalité qui devait les transformer en ennemis durant plus d'un quart de siècle.

ÉLECTION A l'empire EN 1 5 1 9 ; PREMIÈRE RIVALITE

rCr

Traipire d'AIleinagne et les sept électeurs en 1518. — Prétention de FriDçois I*' à la couronne impériale. — Ses négociations et ses traités aTec les électeurs^ du Tiyant même de l'empereur Maximilien. — Quatre électeurs lui promettent et lui engagent leurs yoix. — Charles est instruit des brigues de François I*' au moment où il Ta quitter les côtes de la Zélande pour se rendre en Espagne. — Il eonfie, en partant^ les intérêts de sa future élection à l'empereur^ ton grand-père. — Moyens que Maximilien conseille de prendre pour déjouer les manœuTres de François I*'. — Arriyée de Charles en Espagne ; il se fait reconnaître^ et non sans peine^ comme roi de Castille par les Cortès de Valladolid^ et comme roi d'Aragon par les Cortès de Saragosse. — Pendant ce temps^ Maximilien conyoque une diète ûnpériale à Augsbourg. — Dans cette diète, dont l'objet ostensible est la formation d'une ligue contre les Turcs et dont le but secret est la future élection de Charles à l'empire, Maximilien ramène fort coûteusement à son petit-fils la majorité des électeurs. — Mort de Maximilien et yacance de l'empire. — La lutte électorale recommence ayec plus de yiyacité entre les deux compétiteurs à la couronne impériale. — Tentatiyes nouyelles et d'abord heureuses de François I*' pour regagner les Toix que Maximilien lui ayait enleyées à Augsbourg. — Ambassadeurs qu'il enyoie en Allemagne, argent qu'il y répand, troupes qu'il y lèye pour le succès de sa candidature, en faveur de laquelle se déclare et agit le pape Léon X. — Poursuites ardentes du roi Charles qui, de son côté, presse les électeurs par ses agents, les tente ou les séduit par ses offres, et obtient

flb CHAPITRE II. •^A •

«à sa cause le puissant appui de l'opiaion allemande et de la ligue armée de Souabe. — Aspect que présente l'Ailemagne deTenue comme un marché et comme un camp où, de part et d'autre^ s'achètent les suffrages et s'enrôlent des soldats. — Péripéties dis deux candidatures et^ jusqu'au dernier jour, efforts des deux compétiteurs. — Assemblée et délibérations du collège des électeurs à Francfort. — Élection de Charles-Quint.

L'empire g^ermanique, dont François P' chercha, de bonne heure, à s'assurer la possession lorsqu'il deviendrait vacant, et auquel devait natui-ellemcnl prétendre l'archiduc Charles à la mort de son aïeul Maximilien, était extrêmement divisé. Ce grand corps était composé d'une multitude de membres mal proportionnés et mal joints. Il renfermait des États héréditaires et des Étals électifs, un royaume, des électorals, des duchés, des margraviats, des landgraviats, des comtés, des seigneuries de dimensions variées, des villes libres de diverse importance , des principautés ecclésiastiques d'ordre différent, depuis les archevêchés jusqu'aux prieurés souverains. Ainsi composée, l'Allemagne, malgré les récentes tentatives de l'empereur Maximilien, qui avait voulu y fonder une justice commune par la création de la chambre impériale^ une milice régulière par l'établissement des cercles^ conservait un esprit d'insubordination que la force fédérale n'avait pu réduire à l'obéissance et une diversité

ÉLECTION A LEMPIRE EN laf». lîl

iléréts que rien n'était capable de ramener à l'accord.

Lorsqu'il fallait donner un chef à cette vaste et faible confédération, au milieu de laquelle se maînlirnaient toujours les lig-ues des villes, les associalions des nobles, les alliances particulières des priûces, le droit de le nommer appartenait aux sept électeurs. Les archevêques de Mayence, de Colog-ne, de Trêves, commearchichanceliers du saint-empire, pour les anciens royaumes de Germanie, d'Italie, d'Arles , le roi de Bohême, le duc de Saxe, le comte palatin de Bavière, le marg-rave de Brandebourg-, rvmtne archiéchanson , archimaréchal , archisénécbal et arcliîcliambellan de l'empire, élisaient seuls, au nom de tous les souverains allemands, dont ils étaient les premiers et les plus considérable», le roi des Romains, futur empereur. Ce haut pouvoir, qu'ilsexerçaient depuis le treizième siècle, avait été rég-lé, en 1356, par la bulle d'or de Qittries IV, qui prescrivait de faire l'élection dans la v-ille de Francfort et qui rendait cette élection valide à la majorité des suffrag-es.

Quelle était la position des sept électeurs vis-à-vis des deux futurs compétiteurs à l'empire, et par suite de quels intérêts ou de quels sentiments devaient-ils se déclarer pour les prétentions de l'un lu de l'autre ? La maison de Hohenzollern possédait les deux électorats de Brandebourg- et de Mayence. Le margrave Joachim, chef de cette puissante falailJe, avait reçu héréditairement le premier de ces

électoratsen 1499, et son frère, Tarchevêque Albert, avait obtenu le second par élection depuis 1514. En toute rencontre, l'empereur Maximiiien s'était prêté à Tag^randissement de leur maison. Il avait fiuîcordé au margrave l'expectative du duché de Holstein, laissé réunir par l'archevêque^ à peine ftgfé de trente et un ans, les siég^es importants d'Haïberstadt, de Mag^debourg^ et de Mayence, et contribué à faire donner la g^rande maîtrise de l'ordre teutonique à leur cousin le margrave Frédéric. Il semblait donc pouvoir compter sur ces deux frères pour faciliter l'élévation de son petit-fils à l'empire; mais ils étaient ambitieux et fort cupides. D'ailleurs les HohenzoUern se dirig*eaient d'après l'utilité, non d'après la reconnaissance, et un avantagée présent leur faisait aisément oublier les bienfaits passés. ^

La maison de Saxe n'avait aucun motif d'affermir et de rendre héréditaire la puissance de l'Autriche en Âllemag*ne. Loin de là : elle était pour ainsi dire disg^raciée par Tempereur. Maximiiien avait refusé à rélecteur Jean-Frédéric les duchés de Bevg et de Juliers, dont il lui avait cependant promis l'expectative ; il avait contraint le duc Géorgie, son cousin, à rétrocéder la Frise aux Pays-Bas ; il avait désiré, après la mort du g^rand-maître Frédéric de Saxe, qu'un prince de Brandebourg* fût mis à la tête de l'ordre teutonique. La maison de Saxe nourrissait contre lui de lég^itimes ressentiments. Aussi l'électeur Jean-Frédéric, que recommandaient en Allema-

ELECTION A L'EMHIHE EN ISHl. 123

fne de nobles sentiments de justice et un véritable reprit de sagesse, s'élaît déjà opposé dans plusieurs (lit-les, bien qu'il fût tpès-mesuré et peu entreprenant, aux projets g-énéralemenl mal conçus de Maxitnilien. il était beau-frère du duc de Luneliourg, ie plus puissant des prïnoes de la vieille maison de Brunswick, et oncle du duc de Gueidre, alliés l'un et l'autre de François I",

L'électeur palatin, Louis V de Bavière, n'avait pas de moindres g-riefs. La succession de Bavière- Undsbut avait été refusée en 1303 à son père Philippe, qui, l'ayant alors revendiquée les armes à la main, avait été mis au ban de l'empire, battu et dépouillé même de Vatiouerie de Hag-uenau, dont i'enipei'eur s'était emparé et qu'il avait g-ardée. Le Romle palatin Louis n'avait pas encore reçu l'investiture impériale. Sa politique et ses ressentiments le poussaient du côté de la France, mais ses craintes et son avarice pouvaient le ramener à l'Autriche.

Richard de Greiffenclau deWolrath, archevéqueélecleiir de Trêves, était préoccupé des périls de l'Allemag-ne, et voyait avec alarme la g-randeur toujours croissante de la maison de liabsbourg*. La oonligruité des territoires avait amené entre elle et lui, ainsi que cela arrive ordinairement, l'opposition des inl<5rèls. Voisin des Pays-Bas comme le duc de Gueidre, le prince -évêque de Liég-e, le duc de Bouillon, seig-neur de Sedan, le duc de Lorraine, il était, comme eux, l'adversaire naturel de leur jeune souverain, et il ne se souciait pas que celui-ci, déjà

possesseur de tant de royaumes, devînt le chef de Terapire. Aussi penchait-il pour François I". Son appui était d'autant plus précieux, qu'il joignait à une rare prudence une fermeté habile.

L'archevéque-électeur de Colog-ne, Hermann de Wied, lui ressemblait peu. C'était un prince sans direction fixe. Timide par scrupule autant que par faiblesse, manquant à la fois de lumières et de volonté, il était livré à des influences qui entraînaient ou paralysaient ses résolutions, selon qu'elles s'accordaient ou se combattaient entre elles. Avec ce caractère, il était à croire qu'il attendrait le dernier moment pour se prononcer en faveur du prétendant qui lui semblerait avoir le plus de droits, parce qu'il aurait le plus de chances. Quant au jeune roi Louis, électeur de Bohême, il ne disposait pas encore de son suffrage. A peine âgé de treize ans, il était placé sous la double tutelle de son oncle, le roi Sigismond de Pologne, et de l'empereur Maximilien. Le pacte de succession qui unissait les maisons de Bohême et d'Autriche, les mariages projetés entre le roi Louis et Tarchiduchesse Marie, sœur du roi catholique, l'archiduc Ferdinand, frère de celuici, et Anne, sœur de* Louis, assuraient en quelque sorte d'avance le suffrage de cet électorat à un prince autrichien.

Plus de deux ans avant la mort de Maximilien,

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plusieurs électeurs, séduits par la valeur de François I*", frappés de sa puissance, qui lui aurait permis de protéger efficacement TAlleniag'ne, et attirés par son arg-ent, songèrent à lui assurer la future possession de la couronne impériale. L'archevêque de Trêves ouvrit à ce sujet des négociations. Dès le mois de novembre 1516, il envoya de son château d'Ehrenbreitstein le docteur Henri Dungin de Vuitlich, son chancelier, auprès de François I" (1), auquel il engagea son vote. Le margave Joachim de Brandebourg ne fit pas attendre le sien. Le docleur Bernard Zedwilz, le bourgmestre de Crossen Melehior PfuI , le gentilhomme brandebourgeois Joachim de Moitzan, ses conseillers et ses plénipolentîaires, se rendirent des bords de la Sprée sur feax de la Somme, et en traitèrent à Abbeville avec le cliancelier Du Prat, investi de la confiance et d(!positaire des pouvoirs particuliers de son maître. Une étroite confédération fui conclue, le 26 juin 1517, entre le roi et le margrave. Le roi devait donner la seconde (ille de Louis Xll, la princesse Renée, alors âgée de huit ans, en mariage au prince électoral de Brandebourg, avec une dot de 150,000

(i) Arcliii«>i natioiiîiiea du Fi'nncfi, section tiisloi'ii|Ue, carton J,, Ot)i>. Pito- du H noTembro 1516. L'original latin aieo les sceaui pendants en are ooife. — Plus Urd, le 23 octobre ISI8, lo roi le B( remercier de la Odclité qu'il lui avait f[aril6e à la diète d'Augabourg. » Et primuni nrrJiie|tucapo Ireiereiiii dicel quod cttrigtianiesimug rei iDgenlég ei gratins •fit, lum proptar (Irmam et conglantem Toluulatem quaiu illi servnvit... Uim quod r*t»ro» piincipas hortatua tsst et moauit ut idem fauerent. •< k I. de HolliaD. Ibid., union J., 952.

i26 CHAPITRE IL

écus d'or au soleil (8,300,000 francs au moins) (1) et une pension de 4,000 livres. Une autre pension de 8,000 livres était accordée au margrave, qui s'oblig^eait à fournir, en cas de g^uerre, des levées de reîtres et de lansquenets aux frais de François P% qu'il promettait de plus de porter à Tempire (2).

Le 17 août, l'électeur Joachim ratifia en ces termes, à Cologne sur la Sprée, et le traité de confédération, et la promesse de son suffrage : « Nous nous attachons, disait-il, au seigneur François P', roi des François, duc de Milan, seigneur de Gênes, dont la renommée et V humanité brillent dans tout l'empire, et, requis par ses ambassadeurs, nous avons promis pour la gloire du Dieu tout-puissant, de la foi chrétienne et de l'Eglise catholique, pour l'honneur, l'avantage et l'élévation de tout l'empire romain, et par ces présentes nous promettons de bonne foi qu'à la mort du sérénissime et très-invincible empereur notre maître, le seigneur Maximilien, que Dieu par sa grâce fasse vivre longtemps, lorsque Tempire romain vaquera , et qu'avec nos confrères amis et cousins les princes électeurs, nous nous réunirons dans le lieu ordinaire de notre libre

(1) L'écu d'or au soleil do François U^ de 1519 pesait 3 grammes 25 centigrammes à 3 fr 30 coût. le gramme, ce qui en portait la valeur métallique hi\ fr. o cent. Or, le pouvoir de Tor et de Targent étant à cette époque cinq fois plus fort au moins ({u'aujourd'hui, un écu d'or au soleil de 1519 avait la valeur relative de 55 fr. 25 cent, de notre monnaie actuelle.

(2) Minute origiuale.

ELECTION A L'EMPIRE EN Uiiy. 127

alsciion, et que nous pourrons comprendre que leur voix el Ib nôtre serviront à procurer i'empire au seigneur François, roi des François, non-seulement nous ne l'empêcherons "pas, mais nous y contribuerons de toutes nos forces et par notre vi>te(l). »

L'archevêque de Mayenee suivit assez promptemenl l'exemple de son frère le marg-rave. Ayant appris les arrang-ements convenus avec le chef et dans l'inléret de la maison de Brandebourg-, il avait donné le 1 2 octobre de pleins pouvoirs, pour traiter . de sa port en France, à l'un des hommes qui fai- j saienl l'ornement de sa petite cour spJetidide et lettrée, au célèbre Ulric de Hutten, qui représentait à la fois tes idées nouvelles et les mœui's anciennes de l'Allemagne érudile et g-uerrière. « Parées lettres patentes, disait-il, nous déclarons et faisons savoir ([ue nous députons le vaillant et parfaitement docte notre féal el notre conseiller Ulric de Hutten, chevalier à l'éperon d'or et docteur, auprès du séréniasiine el Irès-chrélien prince François 1", roi des Français, notre seigneur et notre ami, afin qu'il conclue avec sa sérénité et en notre nom un pacte dcsolidealliance, et qu'il y termine certaines autres

afTaires que nous lui avons commises Tout ce

qu'il aura conclu, nous le tiendrons pour ferme et inébranlable (2). d L' arche vt;{|ue vendit mystérieux

(1) AnduvM mlioiialtui di; Fiiutce, uartou J. S33, pièce 3, L'origioal •or p«rcli«aiiu, sifiné île l'éleclmir cl luuni de hou -tcel eii cin; jiuuu. (3) Ibid. I.'arigitiBl »ur parcbemiu.

sèment le sufirag^e (1) que le margrave avait venda éventuellement.

François 1*' n'avait plus qu'un vote à acquérir pour disposer de la majorité électorale. Il g«gna(2)

celui du comte palatin Louis, qui lui offrit de travailler au suQoès de F affaire si bien connue de Sa Majesté en répandant son arguent en AUemag^ne, et qui supplia toutefois de jeter sa lettre au feu (3). kvec les quatre voix de Trêves, de Brandebourg, de Mayence et du Palatinat, François I" put se croire assuré de Tempire et rêver, en sa faveur, le rétablissement de la puissance de Gharlemag*ne sur le continent. Se reg'ardant déjà comme le chef convenu de l'Ailemag^ne, il étendit dans cette vaste contrée ses rapports et son influence pour la mieux préparer à sa prochaine souveraineté. Outre les quatre électeurs dont il était devenu Tami et le candidat, il se fit d'utiles alliés et il entretint de puissants pensionnaires dans tout le corps germanique. Ainsi il eut dans son alliance ou il prit à son service : sur la frontière sud-est des Pays-Bas, le duc Antoine de Lorraine; Robert de la Marck, duc de Bouillon et

(1) L'original sur parcheniiu : a Ghristianissimus rex habet inscriptis fidem et proniissionem dicti archiepiscopi uiaguntini. » Instructions du 23 octobre 1318 à J. de Moltzan. Carton J. 032, p. 8.

(2) a Iceluy conte palatin a juré et promis que advenant icellc Tacation (de l'empire) eslira le dit S4>igneur et lui aideroit envers les autres jjour le faire eslire. » Instruction de février lolî) pour Cordier (conseiller du roi eu son grand conseil) et I^a Mothe au Groing (l'un de gentilshommes de la maison du roi), envoyés auprès do l'électeur. Bibl. uat. Mss. de l.a Mare, ^^—-^

(3) L'original a été conservé et se trouve dans le carton J. !)1»3.

seigpneur de Sedan, son frèi^ Eberhard de la Marek, prince-évêque de Liég'e ; sur la frontière nordouest, le belliqueux duc de Gueldre, auquel offrit de s'adjoindre cette année même le duc de Clèves, deJulierseldeBerg* (1) ; dans le voisinage du Rhin, le comte Gerlach d'Isenbourg» (2) et le comte Jean de Salm, seig^neur de Reiferscheid, de Dyk et d'Alsler, maréchal héréditaire de Télectorat de Cologne (3) ; vers TAUemagne septentrionale, le duc de Brunswick-Lunebourg*, gendre de Télectcur de Saxe, et le duc Frédéric de Holstein (4), souverain du Schleswig et héritier du royaume de Norvège, tandis que, du côté de TAUemagne méridionale, le duc de Wurtemberg, le margrave de Bade et Tévêque de Strasbourg n'étaient pas éloignés de se mettre à sa dévotion.

Il y avait alors dans le corps germanique un homme très-puissant quoiqu'il ne fût ni électeur, ni prince, ni comte, et François I" ne manqua point de se l'attacher : c'était le fameux Franz de Sickingen. Il appartenait à la plus ancienne noblesse possessionnée des enyirons du Rhin ; ses ancêtres avaient combattu en Italie pour les empereurs souabes, et son père avait été proscrit par l'empe-

(I) Pièce 48, carlon J. 952^ pension de 4,000 livres promise en ^danfe de ses services qu'il a offerts.

.2; Ibid. Carton J. 005, pension de 4,000 livres lournois, du 4 avril 1518, et {HTOinesse originale du comte de servir François l<^', dans le carton J. )>o2, pièce 7.

(3) Ibid. Pension de 1,200 livres du 10 février 1518.

\ Ibid. Traité original du 10 mai la 18, a>ec pension de 4,000 liv.

reur Maximilien pour avoir soutenu, les armes à la main, les prétenlions de la maison palatine à Théritag*e de la Bavière-Landshut. Sicking^en avait acquis une importance extraordinaire en Allemag'ne (1). Il pouvait à toute heure mettre au service de ses alliés deux mille chevaux bien équipés, dix mille vaillants lansquenets, une nombreuse artillerie, et leur ouvrir les portes de plus de ving't-trois forteresses (2). D'une bravoure entreprenante, d'un caractère chevaleresque, d'un esprit cultivé, élève de Reuchlin, le chef des érudits allemands , ami d'Ulric de Hutten, qui fut son compagnon à la gpuerre, son lecteur pendant la paix, et se fit le chantre poétique de sa renommée de la Moselle à TElbe (3), Sicking^n aimait les armes et les lettres. Continuateur des vieilles mœurs de son pays, défenseur des idées nouvelles de son temps, il se plaisait dans les hasards des g'randes aventures et les entretiens élevés des savants, et avait dans le principal de ses châteaux une imprimerie à côté de ses canons (4).

A cette époque d'impuissance publique et de

(1) Vie de Franz de Sickingeti, par M. Mûnch; 2 toI. iii-8. Stu(tp:art et TubiugcD, 1827.

(2) Mémoires du maréchal de Fleuranges, daiw la collection Petitot, vol. XVI, p. 316.

(3) Voir les vol. Il, III cl IV de riricde Hiittcii, et une dédicace dans le vol. V, p. i:i7 — Vlrichi ah Hultcn equitis germaiii Ojiera, édition de J.-H. Munch, iu-8. Berlin, 1822.

(4) Lu pluprt des Icttivs véhémentes et «les forini«laLles pamphletA d'I Iric de H»ttt?n contre l'Kplise nunaine et pi>ur la liberté gerniani(|iie sont datés en ï'MiHli'Zi do la citiidelle d'Ebernhourg. Opéra l'Irichi ab Uutteti, \ol. III, IV.

ÉLECTION A L'EMPIRE EN loil). 131

giierres privées, où il n'était guère possible d'obtenir justice qu'en se la rendant à soi-même, Franz de Siekingeri s'était fait comme le justicier général et armé de la vaste contrée qu'arrosent la Moselle, le Rhin, le Necker, le Mein et la Lahn. La noblesse, accoutumée aux confédérations particulières, s'enrôlait avec empressement sous sa victorieuse bannière. Sickingen, à la tête d'armées de plus de douze mille hommes, se chargeant des querelles des faibles et des droits des impuissants, avait tour à tour marché contre le comte Reinhard des Deux- Ponts, la ville impériale de Metz, le duc Antoine de Lorraine, le landgrave Philippe de Hesse, qu'il avait contraints à accorder des réparations ou réduits à souscrire des arrangements. Mis au ban de l'empire pour avoir pillé les marchands de Worms et fait le siég^ de leur ville, il avait bravé la colère de Maximilien dans sa citadelle d'Ebernbourg, près de Creuznach , qui devint bientôt l'asile des lettres effrayées ou de la piété en péril, et que ses protégés reconnaissants appelèrent Y Hôtellerie de la Justice (1 ). Celle forteresse s'élevait sur un rocher vaste et escarpé au pied duquel coulaient les eaux de l' Alseuz; ses abords étaient protégés par de nombreuses

(\) Ebemburg, ubi pretiumest equis et armis, ubi Dei cultus, homiûam cura et charitas, ubi Tirtutibus honor, ubi Hberaliter liberi suiit ▼iri, ubi pecuniam coDteninunt homines et magui fiiint;... ubi inuowilia propngDatur, Tiget probitas, fœdei-a \alent, hoc illuil est .Tquitatis T^i pUniUim. Uti-ichiab I/ntten Opcra, etc., vol. IV, p. 8k — Ganle- Mo-4 »Iil : o Arx Kl>erbnrgeiisis portus et asyluin \eritatis testiuni, eiu- •litioui:» et depre^sa; iibertatis viuilicuoi. » Monumenia, t. I'', p. iOI.

batteries de canons, et les voûtes intérieures en avaient été mises à Tépreuve de la bombe. Le puissant possesseur d'Ebernbourgp, le chef valeureux de la noblesse secondaire de TAllemag'ne, entra alors au service de François I". Le seigneur, plus tard maréchal de Fleurang*es, de la maison de La Marck, avec laquelle Sicking'en était en étroite alliance, le conduisit au château d'Amboise, où ce prince lui fît le plus g'rand accueil. François I** donna à Sicking-en et aux douze gentilshommes de sa suite de magnifiques chaînes d'or, et il accorda une pension considérable de 3,000 livres(l) au précieux auxiliaire qui pourrait plus tard, s'il en était besoin, lever une armée à l'appui de ses desseins.

Cependant le jeune roi catholique ne devait pas se laisser enlever ainsi la couronne impériale qu'avaient portée dans le treizième et dans le quatorzième siècle Rodolphe de Habsbourg et Albert P', ses ancêtres paternels, et qui, depuis quatre-vingt-un ans que s'était éteinte la maison de Luxembourg, en 1438, semblait être fixée dans sa maison. Ses vastes États auraient été compromis si Franrois I", qu'il avait pour voisin en Flandre, en Franche-Comté, en Espagne, en Italie, s'établissait aussi en Allemagne. Le descendant des maisons de Bourgogne, de Castille, d'Aragon, trAutriche, voulait d'ailleurs recueillir tout leur héritage et ne rien laisser peixli'c de

(i) Mmoives deFleuramjefi, vol XVI, p. .'H 9.

ELECTION A l/EMPIRE EN ISIO. 133

leur autorité. Sa position l'avait préparé aux affaires compliquées et lui rendait naturelles toutes les ambitions. Sans atmoncer entièrement ce qu'il fut depuis, il le laissait pressentir. Cliièvres, qui l'avait élevé et qui le dirig'eait encore, aimait sa (grandeur et tenait à ce qu'il devînt capable de la conserver et de l'accroître. Ill'avait formé de bonne lieure à la connaissance et à la conduite de ses intérêts divers. Dès l'àg-e de quinze ans, Cbarles préadait lous les jours son conseil. Il y exposait luimême le contenu des dépêches qui lui étaient remises aussitôt qu'elles arrivaient, fût-ce au milieu du mmmcil delà nuit (1). Son conseil était devenu son école, et la politique, où il devait se rendre si habile, avait été son principal enseig'nement. Réfléchi comme celui qui est appelé à décider, patient comme celui à qui il appartient de commander, il avait acquis une dig'iiilé précoce. Ayant -beaucoup de sens naturel, unefinesse d'esprit pénétrante, une rare vîg-ueur d'âme, il apprenait à jug-er, dans chaque situation et surchaque chose, eequ'il yavait k faire et comment il fallait le faire. Il s'apprêtait ainsi à*trele plus délié et le plus ferme politique de son temps, à regarder la fortune en face, sans s'enivrer de ses faveurs, sans se troubler de ses disgrâces, à ne s'étonner d'aucun événement, à se résoudre dans tous les périls.

(IJ Jfi^ioffY'i de Martin du Bellay, qui l'nvnil nppris ilv Cliiovies Brnif, <Uiii «>D yùynge nui Pay^^B.is en VàVi, I. XVII, |i, 33S-23!t do U collÂctiau Pctitot. •

I3i ' CHAPITRE II.

Après les pacifiques transactions de Noyon et de Cambrai, Charles, ayant contracté une alliance étroite avec François I" et* se trouvant en accord parfait avec Maximilien, se disposait à partir pour TEspag'ne afin d'y consolider sa puissance, qu'il avait mise à l'abri de toute atteinte du côté des Pays- Bas, qu'il comptait avoir assurée en Italie et qu'il espérait étendre plus tard à l'AUemag-ne. C'est dans ce moment qu'il fut instruit des dangpereuses menées de François I". Il ne voulait pas enfreindre la paix, qui lui était nécessaire, et qu'il avait contribué à rétablir avec tant de peine dans l'occident de l'Europe; mais il n'entendait pas non plus que le roi de France se servît de la paix pour lui enlever d'avance la couronne impériale. Des côtes de la. Zélande, où il allait s'embarquer, il chargea le trésorier Villing'er d'informer l'empereur de toutes les pratiques françaises auprès des électeurs. Plusieurs de ceux-ci s'offraient à soutenir ses propres prétentions, qu'il était résolu à faire prévaloir par tous les moyens, s'il obtenait Tëissentiment et le concours de son aïeul (1). Il monta ensuite sur la flotte qui devait le conduire en Espag'nef et, le 7 septembre 1517, il partit de Middlebourg", et fît voile vers les côtes des Asturies, s'éloig'nant des lieux où s'était déjà ouvert le marché électoral.

Mais Fempereur son g'rand-père y restait pour lui.

(t) lustructiou (iounée à Villiiiger parle roi de Castille en août 1517, dans Buchoitz, Geschichte der Reykruwj Ferdinand des Ersten, iu-8; Viciiuc, 1831, vol. I", p. 84. . «

ÉLECTIOiN A L'EMPIRE EN 1519. 135

Attaché à la grandeur de sa maison, qu'il avait sin- ^ gulièrement accrue, Maximilien sentait la nécessité j de ne pas la laisser déchoir, et d'en unir les États dSspersés par le lien puissant de Fautorité impériale. Il entra donc, et avec son ardeur accoutumée, dans les vues de son petit-fils. Avant tout, il lui fit eoanattre ce qu'il devait accorder de faveurs, dépenser d'arg'ent, offrir de pensions, s'il ne voulait pas échouer dans une pareille entreprise, C'est ce que lui écrivirent de sa partie trésorier Villing'er et lesecrétaire Renner (1), instruits à fond de la positioD, du caractère et des intérêts des princes allemands.

Charles était aux prises avec les difficultés d'un

règne nouveau, lorsqu'il reçut en Espag^ne les ins-

tnictions qui lui étaient transmises et les demandes

qui lui étaient adressées par les deux conseillers de

Fempereur. Il venait de prendre possession de la

louveraine autorité dans la Castille. Ce n'était pas

sans quelque peine qu'il avait été reconnu roi du

rivant de sa mère, Jeanne la Folle, enfermée à

Tordesillas, que sa maladie empêchait de g-ouver-

ner, mais à laquelle seule apgfirtenait le droit de

régner. Les cortès de Valladolid, en consentant à

te que Charles fût à la fois l'adtninistrateur unique

6t le oo-souverain du royaume, avaient déclaré que

m mère, dont le nom précéderait le sien sur tous

(1) Le contenu de cette lettre est iiieutionné dans In lettre de M.ixi- ■Sfeo au roi de Castille du \S mai 1518, extraite des archives de l.ille il pabliée dans les Négociations diplomatiqties entre la France et l'Au^ •Mf par le M?ant archiviste M. I^ Glay, iu-4, vol. Il, p. I2(i.

les actes publics, reprendrait le gouvernement de rÉtat, si Dieu lui rendait la santé et la raison. Les g'randset les villes lui avaient ensuite prêté serment d'obéissance, après qu'il eut juré lui-même d'observer leurs lois et de garder leurs privilèges. Les cortès lui accordèrent en même temps un servicio de 600,000 ducats, à lever en trois années dans les royaumes de Léon, de Castille et de Grenade.

Malgré tout cela, Tentente était très-faible entre le jeune roi et ses nouveaux sujets. Les Flamands qui l'entouraient avaient excité l'an imad version et la jalousie des Castillans par l'excès de leur pouvoir et de leur cupidité. Le gouverneur Chîèvres et le chancelier Jean Le Sauvai ge dirigeaient tout et vendaient tout autour de lui. Les Flamands traitaient l'Espagne comme les Espagnols avaient traité l'Amérique, et, dans leur avidité cynique et offensante, ils allaientjusqu'à appeler ceux-ci leurs lîidiens (1). Aussi préparaient-ils le terrible soulèvement des communerosy et ils rejetaient même du côté de* la France les grands, indignés de l'abandon où on les laissait, j^es personnages les plus considérables des deux Castilles visitaient assidûment la Roche-BeaucourP, et, aussi nombreux à la table de l'ambassadeur de François Y* qu'à la cour du roi Charles, ils lui disaient : « Quand il le vouldra, votre maistre trouvera autant de serviteurs en ce

(f ) Sandoval, Uistoria de Carlos Qutnto,i. I, iib. x, § ii.

ÉLECTION A L'EMPIRE EN m\). 137

pays qu'en lieu qu'il sauroit souhaiter (1). » La présence de Tinfant Ferdinand dans la péninsule, Tambition qu'il avait déjà montrée, rattachement que lui portaient les Espag^nols, au milieu desquels il avait été élevé, dont il parlait la lang'ue et suivait les mœurs, n'inspiraient pas moins d'inquiétude au roi son frère. Aussi, malg'ré le vœu formel des eortès, se décida-t-il à ne pas le laisser dans un pays où les mécontents pourraient un jour le prendre pour chef. Dans son trajet de Valladolid à Saragfosse, il Téloig^na sans bruit de l'Espagne et renvoya en Flandre. Fort soucieux des dispositions des Castillans, encore incertain sur l'obéissance des Aragonais, par lesquels il allait se faire reconnaître comme roi, il se trouvait de plus tellement pauvre, qu'il fut réduit, peu de temps après, à emprunter 70,000 ducats du duc de Verajas, du duc d'Arcos et du comte de Benavente pour l'entretien de sa maison (2). Il en était là quand lui parvint le message de son grand-père Maxi milieu.

Malgré la pénurie de ses finances, Charles, en engageant le produit du servicio voté par les eortès de Valladolid, se procura 100,000 ducats, qu'il fit porter à l'empereur par son chambellan Jean de Courte ville. Il obtint en outre de trois banquiers de Gênes et d'Augsbourg qu'ils en mettraient bientôt à

i\) Lettre de La Roche-Beaucourt de mars 1518. Mss. Béthune, n<»8487, f. 128et8uW.

(2) Dépêche de \jà Roche-Beaucourt, de Saragosse, 1518. Mss. Béthune, o« 8485^ f. 26 et suit.

sa disposition 200,000 autres; mais il n'offrit que des pensions de 4,000 florins aux électeurs, et il défendit à Courteville de rien débourser sans être certain que Terapire lui serait accordé. Majcimilien, mécontent de cette parcimonie et de ces précautions, ég'alement contraires au succès d'un dessein qui exig'eait beaucoup de libéralité et de confiance, écrivit à son pelit-fils pour lui en exprimer sa surprise. Il lui dit que les pensions offertes étaient trop petites, que la somme envoyée était insuffisante, et que d'ailleurs il fallait pouvoir s'en servir tout de suite, parce que sans cela les princes allemands croiraient plus à l'argent comptant des Français qu'à ses bonnes paroles. Il insista fortement sur la nécessité de dépenser sans hésitation et d'agâr sans retard. « Pour gpag'ner les gens, ajouta-t-il, il faut mettre beaucoup en aventure. VouîUez donc bien penser à notre conseil et le suivre, autrement il n'y a pas d'apparence de conduire notre affaire au désir et à l'honneur de nous deux. Il nous déplairoit fort d'avoir eu tant de peine et labeur pour faire grande et exalter toute notre maison et toute notre postérité, et de voir tout mis au hasard par une faute ou une négligence (I). ■ Il convoqua en même temps les électeurs à Augsbourg pour le mois d'août.

(1) Lettres «le Maxiinilien au roi Charles, du 18 et du 24 mai 1518 (archives de Lille;, iui])rimces, la première, daus les Négociations dtpioinatiques» t. Il, p. 12.*), la secoude, dans Anzviijer fur Kuntic der Teuts» cheu Vorzeity par F.-J. Moue, Karlsruhe, I83<i, in-4, p. 14.

La diète se réunit à Tépoque fixée. EUle avait deux grands objets : l'un public, la défense de la chrétienté contre l'invasion imminente des Turcs ; lautre secret, la succession à l'empire d'Allemag^ne. Le premier n'était cependant pas étranger au second, car le pape devait se déclarer ouvertement en faveur de celui des deux compétiteurs qui, par son âge, sa gloire, sa puissance militaire, lui semblait le plus capable d'arrêter les progrès de l'invasion musulmane. Léon X ne semblait occupé dans le moment que de cet immense péril. Sélim 1", continuant l'œuvre de ses plus heureux et de ses plus terribles prédécesseurs, s'apprêtait à attaquer l'Occident. En trois années, de 1514 à 1517, il avait vaincu le sophi de Perse Ismaïl à Tschaldiran, et lui avait enlevé le Diarbekir, Orfaet Mossoul, entre l'Euphrate et le Tigre ; il avait battu complètement le Soudan d'Egypte à Alep et au Caire, détruit l'empire des Mamelucks, occupé la Syrie, la Palestine, l'Egypte, reçu la soumission du chérif delà Mecque et de beaucoup de tribus arabes. Après avoir consolidé ses conquêtes et créé une puissante flotte de plus de deux cents voiles, il était rentre à Constanlinople, plus menaçant que jamais pour l'Europe, dont ses armes n'avaient été détournées que par la guerre si vite achevée d'Orient.

L'approche du dang-er avait ému le chef spirituel de la république chrétienne. Il craig'nait que les Turcs, établis sur le Bosphore, maîtres de la Bessarabie, de la Bulg'arie, de la Boumélie, de la Servie, de la Bosnie, déjà parvenus dans la Croatie et sur les côtes de la Dalmatie, n'attaquassent en m'ême temps le boulevard le plus avancé et le centre même du christianisme par une invasion en Hongrie et une descente en Italie. Il poussa de bonne heure le cri d'alarme, et s'efforça d'unir les rois et les peuples de l'Occident, alors en paix les uns avec les autres, dans une nouvelle gpuerre contre Tennemî de leur foi et de leur indépendance. Il fit décréter la croisade dans la douzième et dernière * session du concile de Latran , autorisa les souverains confédérés à Cambrai à tirer du clerg-é, par des décimes, l'arg'ent qu'exigerait la levée des troupes, et leur adressa un longp mémoire pour concerter avec eux la conduite de l'expédition sacrée.

Chacun d'eux proposa un emploi différent des forces chrétiennes. François I" déclara qu'il consacrerait armes, hommes, chevaux, canons, vaisseaux, arg-ent, sa vie même, à une si sainte et si nécessaire entreprise. 11 s'eng'ag'ea, pourvu qu'on préparât les fonds nécessaires, à réunir quatre mille hommes d'armes, huit mille chevau-lég'ers, cinquante mille hommes de pied, et, suivi des Ecossais, des Suisses, des Lorrains, des Savoisiens, des Vénitiens, des Florentins, desSiennois, à attaquer les Turcs parle Frioul et l'IUyrie, tandis que l'empereur, les roisde

ÉLECTION A L'EMPIRE EN 1519. 14i

Hong^rie et de Pologpne, les princes d'Allemag'ne, marcheraient contre eux du côlé de la Hongrie, et que les rois d'Espagne, de Portugal, d'Angleterre, leur feraient face dans la Méditerranée.

L'empereur Maximilien, à Timagination duquel rien ne coûtait, avait conçu un plan gigantesque et chimérique, dont Texécution aurait exigé plusieurs années, et qui, faisant remonter les nouveaux croisés d'occident en orient par T Afrique, l'Europe et TAsie, aurait conduit leurs bandes victorieuses jusqu'à Jérusalem, où elles se seraient rejointes, après avoir chassé devant elles les Turcs dépossédés de leurs anciennes et de leurs récentes conquêtes. Moins intempérant et plus judicieux que lui, son petit-fils demanda que l'expédition fût ajournée à Tannée suivante, les princes chrétiens n'étant pas encore en mesure de l'entreprendre, et qu'en attendant la France, l'Espagne, le Saint-Siège, Venise, Florence, etc., défendissent l'Italie contre les Turcs. Les forces de l'Allemagne, de la Pologne, de la Bohême et de la Hongrie serviraient à les repousser, s'ils attaquaient la chrétienté du côté du Danube (4).

Afin de poursuivre ce projet et d'y faire entrer FAllemagne, Léon X avait envoyé à Aug*sbourg, comme son légat auprès de l'empereur et de la

(1) Toutes les pièces relatives à ce projet de croisade, la plupart extraites des cartons des. archives et des nianuscrits de la Bibliothèque nat., sont imprimées dans le vol. \", p. 10 à 82^ des Négociations delà France (lan9 le Levant, publiées par M. Charrière, in-4, collection des Documents inédita sur l'Histoire de France,

U2 CHAPiniE 11.

diète, le dominicain Thomas de Vio, cardinal de Saint-Sixte. Le légat apporta à Maximilien Tépée et le chapeau bénits par le souverain pontife, et conjura la diète germanique de fournir son contingent dans la grande croisade qui servirait à délivrer l'Europe, à reprendre Gonstantinople, à conquérir même Jérusalem. 11 fut donc proposé de lever un homme par cinquante propriétaires de maison, et d'appliquer à l'entretien de cette armée le dixième du revenu des gens d'église et le vingtième du revenu des laïques ; mais la diète refusa cet impôt comme trop écrasant pour l'Allemagne, déjà épuisée par toutes les exactions ecclésiastiques. Mêlant le cri public à la parole depuis quelque temps tonnante de Luther, elle fit entendre ses plaintes sur les abus du pouvoir pontifical, l'extension des annales, le mépris des concordats, et elle prétendit que l'argent demandé ne serait pas plus employé à la guerre contre les Turcs que celui des indulgences ne Tétait à la construction de l'église de Saint-Pierre. Agitée par un esprit nouveau de résistance, elle fit au nom des intérêts ce que Luther entreprenait au nom des croyances. Elle ne céda pas plus aux invitations du souverain pontife que Luther n'obéit aux injonctions du légat, devant lequel il comparut à Augsbourg, et la diète, défiante et indocile, renonçait aux croisades au moment même où le moine convaincu et désobéissant commentait les révolutions. Elle se borna en effet a prescrire que,

ELECTION A L'EMPIRE EN tSI'J. UJ

litiranl (rois nnnées, chaque personne admise à la roininunion payât au moins le dixième d'un florin, elijun le produit de cette contribution pieuse fùl cotiservé par les gouvernements jusqu'au moment de la g:ucrre. Accorder si peu et si tard, c'était tout ajourner et tout interdire.

Tandis que se discutait cet objet ostensible de la diète, lus négociations secrètes pour la future possession de l'empire se poursuivaient avec les i-U'Cleurs. Maxirailien, arrêté un instant par la déûance parcimonieuse de son pelit-fils, avait emprunté à la banque des Fug-g'er 30,000 florins d'or pour défrayer les princes venus surtout à Aug^bourg- dans un intérêt qui lui était particulier (i). Enfin arrivèrent les nouvelles instructions du roi catholique, qui envoyait une assig-nalion de l'tO.OOO ducats de plus sur le royaume de Naplos, (l^ji]ui autorisait à se servir immédiatement de nt porté par Courleville. Maximilien se mit I à l'œuvre vivement. Il obtint sans peine la VOIX du jeune roi de Bohème en distribuant 11,000 florins d'or aux ambassadeurs du roi de Pologne, qui était avec lui cotuteur de ce prince. Le suffrage de rélecleur de Cologne n'avait pas été eag&gû encore ; il l'acquit au prix peu élevé de 20,000 florins d'or et d'une pension de 6,000. Aiin

(I] Ettat de l'argent eumptant que â cetk journée impériale d'Avgs- Umrji a. pour et au nom du roy, esté desboursé. Doiis Houe, p. 407 â tu. t^ flnrin il'nr tnlnit iiii p«ii nioiiu i|uc Vér.n dur niiMilvîl. UiH-iail 3".Z:5, ce (|iii Ini donimit mit) valrur tiuStnlIiqiii- di- (il tr. U4 iM^ut,, <I*'i( but ■lulliplirr par :> pour avoir sn nb>\u- relutivir.

de raffermir dans ses volontés, qu'il savait n'être pas invariables, il gratifia, de sommes et de pensions proporfionnées à l'influence qu'ils exerçaient sur lui, ses deux frères, les comtes Guillaume et Jean de Wied, son chancelier, ses divers conseillers, et Guillaume de Newenar, l'un des comtes les plus puissants de l'électorat,

Il semblait beaucoup moins facile de g*a^ner l'archevêque de Mayence et le margrave de Brandebourg. Ce dernier, en partant pour la diète d'Aug'sbourg', avait fait assurer François I" de la fidélité persévérante qu'il g'arderait envers lui, et le prince électoral son fils avait envoyé une bague montée d'un beau diamant à M"** Renée de France, qu'il considérait comme sa fiancée (1). Il n'avait su cependant résister ni aux instances ni aux offres de Maximilien. Défaisant un mariage par un autre, l'empereur avait promis la plus jeune de ses petites-filles, l'infante Catherine, au fils du •margrave, auquel elle serait remise l'année suivante avec une dot de 70,000 florins d'or payables le jour de l'élection, outre 30,000 en don gratuit. L'archevêque de Mayence, qui reçut le chapeau de cardinal à Augsbourg, dut avoir pour sa part 52,000 florins d'or comptant, une crédence et un service d'argent à sa discrétion, et le prix d'une belle tapisserie ([u'il avait commandée en Flandre. Deux pensions de 8,000 florins d'or étaientassurées

(I) Instructions latines donniM's à Moltzau par François I«' le 23 ocloh\v lois. Arrhiv., rarlon J. îKi2, jnèicH.

KLtLTIU.\ A L'KMPlHt liN ISI'J. 14H

aux deux frères sur les villos d'Anvers et de Malines, dont ils exigeaient la garantie formelle. Maximi- Uen s'applaudissait d'avoir détaché de François 1" l't'-lecteur de Brandebourg-, tout en trouvant qu'il Taisait payer cher son infidélité à la P'rance et soit retour à l'Autriche. » Le marquis, disait-il, nouste lit^ttucoup à gagner ; toutefois son avarice est avanlageuse au seigneur i-oi (mon pelitfiis), car par p|le il parvient à son désir (1). » Il récompensa d'une somme de 12,000 florins d'or et d'une pensioa le zèle ardent que déployait pour la maison impériale le margrave Casimir de Brandebourg de la branehe de Franconie.

I^e comte [)alalin nr^ s'était pas rendu à la diète. Il avait envoyé un messager à François I" pour rassurer de .nés bonnes dispositions (2), et il chassail à Uilsherg (3) pendant que Maximilien pratiquait les électeurs à .\ugsbourg. Son éloignement inquiéta le vieil empereur, qui en connaissait les causes trop fondées. Il se servit, pour l'amener et le séduire, de son frère le comte Frédéric, qui o'avait pas moins à se plaindre de la maison d'Au- Irîcbe, dont il avait reçu naguère un aU'ront public, itiaiif à laquelle il portait un long et inébranlable

(I) HteMÙvda 27 Miohre, drtes6 par l'enipereiir HMtmilicp pour li' iM odMtlùitie. Le Glny, Négociations, utc., t. Il, p, 172.

(1] Lrttr? de TcmerttiiidDt de Frnnçois I" à l'ëlecteur pnliilin, <lu 13 mAU Mioate tur parchiMuin. An-bivea, CHrtan 1. 942, pière 24.

{-1j * Auunliiim de tiU el rébus gtslit, du., FriMkrici 11, eloctoi'is pikliai, Ithri .YIV, i Aiithare Hiiberto Thomn Leodiu. ln-4. Frnucubnti, 1034. Itb. IV, p. US.

attachement. Ce cadet de la maison palatine, élevé auprès de Tarchiduc Philippe le Beau, demeuré à la cour du roi Charles, avait conçu une passion romanesque pour rinfante Eléonore, qui le payait de retour ; il avait même obtenu de cette princesse, alors âg*ée de vingl ans, qui épousa en 1518 le roi de Portug'al Emmanuel le Fortuné, et en 1530 François P', une promesse de mariag^. Le roi Charles surprit entre les mains de sa sœur une lettre d'amour du comte Frédéric, qui l'appelait sa mie (1) et lui disait : « Je suis prest de ne demander aultre chose, synon que je soye à vous et vous à moy. » L'altier descendant des empereurs et des rois, courroucé de ce lang*ag*e et d'une semblable prétention de la part d'un petit prince sans territoire et sans souveraineté, fit rompre devant un notaire apostolique, en présence du seig'neur de Chièvres, du seig'neur de Rœulx, du baron de Montigny, du chambellan Courteville, tous chevaliers de la Toison-d'Or, et par la déclaration des deux parties, Teng^ag^ement qu'elles avaient pris l'une à Fég'ard de l'autre (2) ; puis il éloigna durement le comte Frédéric sans consentir à le voir, malg'ré ses suppli* cations (3), et il conduisit sa sœur en Espag*ne f)our la marier avec le roi de Porlug'al.

Après cette expulsion ofTensante, qui avait eu

(i) Cette Lettre est parmi les papiers de Siinancas aux Arch. uat., sér. B., lia. 2. n« 79.

(2) Cet acte est dans les papiers de Simancas. Ibid., u? 79'.

(3) I.ettres du comte Frédéric. Ibid., n® 79^.

ELECTION A L'EMPIRE EN loin. IV7

lieu l'année d'auparavant, vers la fin d'août, le comte Frédéric s'était retiré à Ambcrg', dans le haut Palatinat. Son alTeclion pour le roi Charles survivait ù sa disgrâce. Il lui avait écrit, en le quittant, (ja'il continuerait à !e servir en quelque lieu qu'il se trouvât et qu'il ferait avec bonheur toutce qu'il lui commanderait (I). Mandé alors à Aug-sbourg, il se rendit en toute hâte auprès de l'empereur, qui oublia les hardiesses qu'il s'était permises et lui tit oublier les afTronfs qu'il avait reçus. Maximilien le rombla de sesbonnesg-ràceset lui accorda20, 000 florin» d'or avec une pension, s'il entraînait l'électeur »n frère à Aug'shoui-g et le décidait à conclure avec lui un accord politique et électoral. Afin de faciliter sa venue, il mit ses Etats sous lasauveg-arde de l'empire, et tl interdit à la lig'ue de Souabe d'exercer contre lui aucune espèce de représailles à cao.se des déprédations dont avaient souffert les marchands de Worms de la part de Franz de Sickingren, l'un des châtelains du Palatinat. Il promit de faire la paix de l'électeur avec cette redoutaiile lig-ue et de le dédoinmag-er de ce que la maison d'Autriche avait enlevé à la maison palatine. Le comte Frédéric partit pour Dilsherg' et persuada si bien ie faible et chang-eant électeur par la double L-onsidération de la crainte et de l'intérêt, qu'il le oonduisil à la diète prestpic vaincu. Maximilien aclieva sa défaite assez facilement. 11 acquit son

(I) Papiers il« Simiuii;a9 uux Areh. oui., u" 75*.

suffrage en lui accordant Tinvestiture de ses fiefs, en renouvelant l'alliance héréditaire entre TAu* triche et le Palatinat, en lui assurant 80,000 flo* rins comme compensation de Vûvouerie d'Hagpue* nau qu'il ne pouvait pas lui rendre parce qu'elle couvrait les possessions autrichiennes du côté de l'Alsace (4), enfin en offrant de donner 20,000 florins d'or à la ville de Worms pour réparer les dommages commis envers elle par Sickingen. L'empereur voulait réconcilier avec les confédérés de la ligue de Souabe, — dont faisaient partie vingt-deux villes impériales, les nobles de la compagnie de Saint-George, les ducs de Bavière et les archiducs d'Autriche, — cet indomptable jchef de bande qui devait jouer un grand rôle dans l'élection. Sickingen venait de se brouiller avec François P' fort peu de temps après être entré à son service. Un marchand allemand, en contestation avec des marchands milanais qui ne voulaient pas le payer, s'adressa à lui comme au justicier national. Sickingen acheta sa créance, qu'il fit acquitter les armes à la main par les Milanais qui trafiquaient en Allemagne. Ceux-ci portèrent leurs plaintes à leur souverain François I", qui suspendit la pension de Sickingen (2). L'aventurier alle-

(1) Lettres de Maxiuiilien au roi de Castille, du 24 mai. I^ Glay, Né* godations, etc., t. Il, p. 127. — Estât de l'argent comptant, Mone, p. 407 à 41 1 .

(2) Mémoires de Fhuranges, édil. Petitot, vol. XVI. p. 324-325. «Lequel Fraucisque, dit-il, [ïorUi depuis au roi grand dommage et spécialemcut pour le faict de l'empire. »

ELECTION A l.RHPIRE EN KitlK Un

mand fui par là poussa du parti de la France dans celui de l'Autriche. Maximilien s'empressa de l'attaclier aux intérêts de son petit-fils, auquel il écrivit : !• Touchant Francisque de Sicking-he, il nous semble bien fait de le bien enlretenlr avec pension et aultrement. Nous l'avons aussi actrait (attiré) à non», car nous savons qu'il peut faire grand service « nous deux (i). u

Maximilien avait réussi auprès de cinq électeurs, maie il échoua auprès des deux autres. L'archevêqae de Trêves demeura fidèle à François 1". Il refusa d'eng-ag-er d'avance au roi catholique sa voix, que la bulle d'or lui prescrivait de conserver libre jusqu'au jour de l'élection. Ce qui ne fut pour lui qu'un prétexte, dont il couvrit sa politique et a loyauté, servit de fondement à la conduite du duc Frédéric de Saxe. Cet électeur, dont la probité et la fermeté étaient inaccessibles à la corrnption et à la crainte , se déclara ouvertement contre les arrang-enients proposés. Son opposition M la résistance de l'archevêque de Ti-èves con- Irariérent Maximilien sans l'arrêter. Assuré de la majorité du collège électoral qu'il avait enlevée à François I" , moyennant la somme énorme de bi 4.073 florins d'or {ayant une valeur relative d'à peu prés 27,2i5,975 fr. de notre monnaie), indépendamment de 70,400 de pensions qui seraient touchées à Malinea, à Anvers, à Franc-

[1] Lettre <lr Mm gMMfiOM, etc., I. I

li •)(' Cnslille, du U mai. Le Gluj, Sf'

ioO CHAPITRE II.

fort (1), et dont le g'ouvernement des Pays-Bas cautionnerait l'exact payement, il se montra décidé à passer outre. Il fit signer, le 27 août, aux quatre électeurs g^ag'nés, ainsi qu'aux représentants du cinquième, la promesse formelle d'élire roi des Romains son petit-fils, au nom duquel il leur garantit, par des lettres reversales, le maintien de leurs privilèges particuliers, des droits généraux de leur pays, et donna l'assurance que l'administration de l'empire serait concertée avec les princes allemands et confiée à des mains allemandes (2). Ces engagements réciproques furent échangés le 1" septembre 1518.

L'empereur Maximilien fit aussitôt partir pour l'Espagne Jean de Courteville, avec les seize pièces relatives aux acquisitions de votes, convention de mariage, promesses d'argent et de pensions, garanties de privilèges, qu'il avait stipulées dans l'intérôt et au nom de son petit-fils (3). 11 invitait celui-ci à les signer sans retard, à n'y introduire aucun changement, à les expédier bien vite, afin de lier définitivement les électeurs envers lui et de ne pas ébranler Tédifice si coûteusement élevé de sa grandeur. 11 lui représentait de plus comme indispensable l'envoi immédiat de lettres de change

(i) Mémoire de Maximilien, du 27 octobre. Le Glay, Négociations, etc., t. II. p. 170-172-173.

(2j Ces l(>ui'rs sont dans Bucholtz, Histoire de Ferdinand P'', voi. III, p. CGo.

(3) Mémoire de Maxiiiiilieu du 27 octobre. Le Ghij^ Négociations, eic, vol. If, p. 171.

ELECTION A L'EMPIRE EN ISItl. 131

sur les banques des Fug'g-er et des Welser à Augfsbourg- pour 450,000 florins d'or à loucher avant l'assemblée de Francfort. Sur ces 430,000 florins i}id s'ajoutaient aux 100,000 déjà apportés par Courteville, le besoig-neux empereur, que les Italiens appelaient si justement ywM; danari, s'en attribuait 50,000. Ils étaient destinés à le défrayer de ses dépenses à la dîèfe prochaine de Francfort, où, après avoir reçu la conflrmation que le roi Charles doona le 24 décembre des arrang-ements pris à Âugsbour^, il devait se rendre avec les électeurs pour y faire nommer et proclamer son pelil-fils roi d*'s Romains.

Frani;ois l" n'avait pas appris sans une pénible surprise ce qui s'était passé à Aug-sbourg-, L'archevêque de Trêves lui avait envoyé son secrétaire pour l'en instruire. L'électeur de Brandebourg* lut-m(lme, embarrassé de son intidélité et voulant en atténuer la honte, avait, ]e 16 août, prévenu Baudouin de Champagne, seig-neiir de Bazog-es, ambassadeur de François I" auprès de Ma.ximilien, que l'entreprise de son maître était désespérée, parce que le roi caltiolique avait déjà 5 voix contre 2. H avait ajouté cependant qu'on pourrait reg:agner Tarchevéque de Mayence et les autres életitjuni h, force d'arg'ent ; mais il n'avait donné

pour avoir la réponse du roi que dix-huit jours, terme au bout duquel tout serait conclu. Ce délai était illusoire, car il était déjà expiré lorsque la dépêche de Bazog^es fut remise, le 4 septembre , à François 1" , qui était alors à Vannes (en Bretag'ne). Ce prince n'en expédia pas moins sur-le-champ cinq pouvoirs en blanc à Bazog*eSy auquel il adjoig*nit Marig*ny, bailli de Senlis, pour traiter avec les électeurs (1); mais il n'y avait déjà plus personne à Aug'sbourg'.

François 1" ne se laissa point décourag^er par le manque de foi du comte palatin, de l'archevêque de Mayence et du marg*rave de Brandebourg». Il pensa que, les ayant perdus malg'ré leurs anciennes promesses, il pourrait les reg'ag^ner malgré leurs nouveaux eng*agements. 11 fit donc partir pour TAllemag-ne d'abord Joachim de Moltzan, conseiller de l'électeur de Brandebourg* et qu'il avait pris à son service, ensuite Baudouin de Champag^ne, avec les offres les plus capables de tenter ces princes (2); mais, pour qu'ils se laissassent séduire, il fallait que l'élection ne se fît pas tout de suite à Francfort. Or cette élection rencontra un obstacle léguai : Maximilien, n'ayant pas été couronné empereur, n'était que roi des Bomains. Dès lors, un roi des Bomains existant déjà, on ne

H) Lettre originale <le François l®»" au chancelier Du Prat, du 5 septembre. Mss. Dupuy^ vol. iSr», f. 114.

(2) Instructions liu 23 o(>tol)re 1518 à Joachim de Moltzan, et de la un de novembre à Buudovn de (Ihampagne. seigneur de Bazoges. Cartoo J. 952, pièces 8 et 45. *

ELECTION A LEMPIRE EN i:ilO, 133

pouvait pas en nommer un second, comme le représenlèrcnl avec force et non sans succès le duc Fiédéric (il- Saxe et l'arcliev^que de Trcves.

Maxîmilîen n'osa point procéder à une élection nmivelle avant d'avoir reçu lui-môme la couronne impériale. C?tte couronne se donnait en Italie. IraJI-il la prendre à Rome à la tête d'une année, au risque de remettre ce pays en feu et de troubler la paix toute récente de l'Europe? C'est ce que cpaig-nait la cour timide du roi d'Espagne. Peu rassurée sur les dispositions de ta Castille et de l'Amgon et devant bientôt chercher à résoudre amiablement dans les conférences de Montpellier les difTicuttés qui subsistaient entre elle et la cour do France relativement au royaume de Navarre, elli* ne voulait pas s'exposer dans ce moment à la giippre et souhaitait que l'empereur n'entreprît pas ce périlleux voyng-e (I). Maximilien se borna (Innc à faire demander par son petit-fils au pape qoe la couronne impériale lui fût envoyée dans la ville de Trente, et que les cardinaux de Médicis H de Mayence fussent désig-nés pour y accomplir, le jour de la Noël, la cérémonie solennelle de son ••ottronnement (2). Ce projet était inexécutable. Il lierait rencontrer et l'objection des usages jusque- U consacrés et la résistance du pape Léon X, qui,

(t) Lidtn» ili^ I.i ttochf-Beaui^ourt, itrile» de Saragosse, du lU no- "inhn» (5)8, an i^rnnd-nmltri' BoJsy, L't ilu 20 novtimhre à Fi'nliçoig 1". Km. HétliDi»-. ■!•> R48e, f. t)( el 63.

\i) lléiiiuîre di- Muiuilii'n ilu 27 uctolire. Li- Gliiy, Sfgociattons, l'Ic,

i.ri,p. rw.

i54 CHAPITRE II.

alors uni à François I**", ne se souciait pas de favoriser l'élévation du roi de Naples à Fempire, contrairement aux intérêts de son allié et aux maximes du Saint-Siég*e depuis la bulle de Clément IV. Aussi McDcimilien, avant d'avoir pu réaliser le dessein qui devait assurer la grandeur héréditaire de sa maison, fut surpris par la mort. Il avait bien près de soixante ans, et sa santé était depuis quelque temps chancelante. Tourmenté par la fièvre dans le Tyrol, il était allé, pour s'en délivrer, dans la haute Autriche. Là pendant qu'il était à la chasse , il éprouva une soif ardente qu'il crut apaiser en mang*eant du melon avec excès. Cette imprudence augpmenta son mal. D'intermittente, la fièvre devint continue et l'enleva à Wels le 12 janvier 1519. Depuis 1515, il portait toujours avec lui un coffre destiné à recevoir ses restes après sa mort. On l'entendait souvent lui adresser la parole lorsqu'il était seul. Pendant ses nuits sans sommeil, il se fit lire l'histoire de ses ancêtres qu'il allait bientôt rejoindre. Il régula lui-même ses funérailles et demanda que son cœur fût porté à Brug'es auprès de sa première femme, Marie de Bourgpogne ; mais, bizarre jusqu'au bout, il prescrivit qu'on rasât son corps et qu'on arrachât ses dents avant de rinhumer (1).

{i) Voir ce qu'en dit Cuspinion son médecin et son aml)assadeur. -^ (( De Ciesaribus atque imperatoribus romanis. » — Maximilianus Cctsar, p. «10, in-fol.; Basle, 1561, et Correspondance de Vempereur Maximiiien, Ke Glay, t. Il, p. 4H, 412 et 413.

ELECTION A L'EMPIRE E^ l;ilfl. KiS

Ce prince avait l'âme noble, l'esprit inventif, le caractèpo affable et l'humeur entreprenante. Réunissant en lui toutes sortes de contrastes, il était ppédule el déliant, courageux et irrésolu, pauvre J et prodig-iie, emporté et inconstant. II ag'issait ] Innli'il en empereur, tantôt en aventurier. On l'avait vu se mettre de sa personne à la solde des j princes avec lesquels il combattait, .stipuler une sorte de g-ratification impériale dans tous les traités qu'il avait conclus, quitter brusquement son armée au milieu d'une campag'iie , song-er. tut^me )in moment à se faire élire pape à la mort I ilf> Jule.« 11.

Du reste les sing-ularités de sa vie avaient codtribué à développer ses bizarreries naturelles, et 1^ 1 dispersion de ses intérêts en plusieurs pays avait | provoqué l'inconstance de ses desseins. Enfermé à j l'à^ de cinq ans dans la eitadelle de Vienne, où ( son père, Frédéric III, était assiég'é el où il avail j ea pour toute nourriture un mauvais pain deson^ j longtemps fug-itif avec la famille impériale dé-^ t ptiuillée (le ses Etats par Mathias Corvin, plus tard j prisonnier des Flamands, contre lesquels il avait ] fu â défendre son pouvoir sous les minorités de 1 son HIs et de son petit-fils, après avoir protégé leur lerritoire contre les manœuvres tortueuses de Louis XI, son imag'inalion s'exalta, et il lui laissa prendre trop d'élan et trop d'empire. Tour à tour occupé des affaires de rAllemag:ne sans avoir Mon de force pour y introduire la régule, des trou-

iSO CHAPITRE ir.

bles des Pays-Bas sans posséder l'autorité nécessaire pour les administrer en maître, des guerres d'Italie sans disposer de l'argent indispensable pour y entretenir des armées et s'y établir solidement, il commença beaucoup d'entreprises et n'en acheva aucune. Néanmoins il jeta les fondements d'un ordre plus régulier en Allemagne, en y supprimant de droit les guerres privées, en y abolissant les tribunaux vehmiques, en y fondant la justice légale de la chambre impériale et du conseil aulique^ en achevant de la diviser par cercles. Il fut aussi le véritable auteur de la puissance de sa maison. Par son mariage avec Marie de Bourgogne, il lui procura les Pays-Bas; par le mariage de son fils Philippe le Beau avec Jeanne de Gastille et d'Aragon, il lui ménagea la possession de l'Espagne et du royaume de Naples; par le mariage projeté de son petit-fils Ferdinand avec Anne de Bohême, il lui valut quelques années plus lard le riche héritage de la Bohême et de la Hongrie. Enfin la transmission de la couronne impériale à Charles, son autre petit-fils, préparée de son vivant, fut assez avancée pour avoir des chances de réussir après sa mort.

Cette mort remettait cependant tout en question. Dès que François P' en fut informé par la voie de

KLKCTION A LEMI'IUE K.N 1^151. 157

la banque des Fug-ger (1 j, il ne perdit pas un instant jwup renouer fortement sa trame brisée. 11 fit partir pour les cours de tous les électeurs des tiommes habiles pris dans la noblesse et dans la judicature, et il couvrit l'Alleiiiag'ne de ses agents. Il envoya même le maître des requêtes Langhac et le bailli des Montag-nes de lîourg-og'ne, Antoine Lamct, seigneur du Plessis, au fond de la Polog-ne. Ces derniers devaieut se l'endre, déguisés en pèlerins DU en marchands, auprès du roi Sigismond, tuteur de l'électeur de Bohême, et traiter secrètement avec lui de l'élévation de leur maître à l'enipii-e dans l'intérêt même de la Pologne et de la Hongrie, menacées d'une invasion prochaine (2). Comme il importait à François 1" de ramener à lui son ancien pensioiniaire Sickingen, qui pouvait éf^alement le seconder ou le desservir, il charg-ea le capitaine Brander (3) d'aller lui offrir, avec le tvtour de son amitié, les avantages les plus considérables. 11 dépécha le bâtard de Savoie en Suisse pour se rendre les cantons favorables en cette importante occasion. 11 fit en m^me temps supplier le papti Léon X de lui accorder l'appui de toute son influence en Allemagne, et prier le roi d'Angleterre, Henri VIII, de s'y déclarer pour sa candida-

(I) Hùlaira Ul^ile ûrrile du leuip!> ilu clinncelier Du I^at. Mss. Colbrt, n* 8i37, et «m. Dupuy, toi. 743.

[3^ Mtnnte ur^iu&le des iDslruclion» doum-M îi Langhac et â I.Aiiiet, orloa J. 9SZ, pièce 9.

(31 iMtructian pour lu tupitsiue Br.iuder, aoïoj'É par k roy deren Tnaâxuf de SicckeiugeD. Carton J. Uj3> pito 88.

i58 CHAPITRE II.

ture. L'ambassadeur de ce prince, Thomas Boleyn, lui ayant demandé sïl irait faire la gxierre en personne aux infidèles dans le cas où il serait élu, il le saisit vivement par la main, et, posant l'autre sur son cœur, il lui dit : « Trois ans après l'élection, je jure que je serai à Gonstantinople ou que je serai mort. » Puis, il ajouta : « Je dépenserai trois millions pour être élu empereur (4). »

Indépendamment des agents particuliers qui furent attachés à chaque électeur, François I*' nomma des ambassadeurs chargées de la conduite g^énérale de l'entreprise. Postés en Allemagne, ceux-ci devaient recevoir toutes les correspondances, donner toutes les directions, et conclure les divers traités électoraux qu'il promettait, sur sa parole royale, de ratifier et d'exécuter. Jean d'Albret, comte de Dreux, sire d'Orval et gouverneur de Champagne, Guillaume Gouffier, seigneur de Bonnivet, amiral de France, et Charles Guillart, président au parlement de Paris, furent chargés de cette importante mission (2). Ils établirent d'abord le quartier général de la négociation à Lunéville en Lorraine, et le rapprochèrent ensuite davantage des quatre électeurs du Khin en le transportant à Coblentz. François I" les autorisa à ouvrir

(\) Lettre de Thomas Boleynuii cardinal Wolsey^du 28 féTrier. Dans Ellifl, Original Letters, toI. I«% p. 147.

(2) Original de leur nomination sur parchemin, signé du roi et de Robertet^ et muni du grand scel en cire jaune. Carton J. 952^ pièce 6. — Leur curieuse et complète correspondance avec le roi et celle du ix)i avec eux est dans les mss. de La Mare -2^-^' à la Bibl. nat.

ELECTION \ L'EMPIRE EN UiUi. iâ9

l£>utes tes dépèches qui lui étaïeut adressées. Il leur dunoa ou leur envoya fous les blanc-seing-s qui le rendaient en quelque sorte présent sur la frontière d'AUemag-ne, et leur coniîa le sceau du secret {{), Ne négiig'eant rien durant le cours de cette active népfocialion, il leur écrivit presque chaque jour pour les tenir en haleine, pour les encourag-er, pour aplanir de sa main souveraine les difficultés suscitées par l'avariée ou la mauvaise foi des princes allemands, et, lorsque la timidité de ses ambassadeurs hésitait devant de trop grandes (»Qc«ssions, pour accorder hardiment tout ce qui pouvait faciliter un dessein dont la poursuite ag-i- (ait son àme et occupait toute sa politique.

Le scrupuleux président Guillart aurait voulu que François I" persuadât les Allemands au lieu de les acheter, et qu'il ohtînt auprès d'eux la pré- I JSdtoce sur son rival pour les éclatants mérites de ■^■pBrsonne et les grandes ressources de sa puis- ^^JP». Il dit au chancelier Du Prat qu'il était de la gloire comme de l'honnêteté du roi son maître de w parvenir d l'empire ni par force ni par dons. Franrois I" n'accepta pas cette manière un peu trop pur© el complètement inusitée de traiter avec des princes allemands, et il écrivit à son candide nég^]ctaleur : « Si nous avions â besog^nei' à gens vertueux ou ayant l'ombre de vertus, votre expédient seKiit très honncste; mais en temps qui court de

11} Letlnde Kratii.i

a amlMmadeuni, Uu 20 fcvri«r. Mua. de

iOO CHAPITRE II.

présent, qui en veult avoir, soit papauté, ou empire, ou aullre chose, il y faull venir parles moyens de don et force, et ceulx ausquels l'on a à besogpner ne font la petite bouche de demander, et jà l'argent de la marchandise menée par l'empereur, s'il estoit encores en vie, estoit prest aux bancques d'Allemaigne pour estre délivré. La fin que je tendz n'est pernicieuse ni mauvaise, car avarice, cupidité de dominer, ni ambition ne me meuvent, mais seulement l'intention qu'ay de faire la gpuerre aux Turcs que j'exécuterai par là plus facilement (1). » Arguent, pensions, faveurs, les agents de François l" étaient autorisés à tout offrir à chaque électeur, pour le gagner à quelque prix que ce fût. Ils devaient en outre faire valoir des raisons g^énérales assez habilement exposées dans leurs instructions. L'empereur étant le chef suprême et le défenseur naturel de la chrétienté , ces instructions recherchaient quel était le prince qui pouvait le mieux remplir cette grande charge dans un moment où le territoire chrétien était menacé. François I" s'y exprimait en ces termes sur lui-même : « Content de ce qu'il a plu à Dieu de lui donner, le roi trèschrétien, qui n'est mu par aucun motif d'intérêt ni d'ambition, n aurait point visé à l'empire qu'il sait lui devoir plus coûter et peser que profiter, s'il n'y avait pas été invité par ceux qui demandent à être défendus, et si son grand désir d'rtre utile à

(I) rK''|)éche du i-oi du 7 février. Mss. de La Mare -4^', f. 50, sqq.

la chrétienté ne l'y avait point décidé. Il est jeune el a la Oeup de son àg-e, libéral, raag-nanime, aimant ] les armes, expérimenté et habile à la g-uerre, ayant de bons capitaines, un gros royaume, plusieurs pays, terres et seigneuries riches et puissantes où il est aimé et obéi tellement qu'il en tire ce qu'il veut; il a un grand nombre de g-ens d'armes qu'il lient continuellement à sa solde, et qui sont aussi vaillants que nulsauLres de la chrétienté, beaucoup d'artillerie montée et d'aussi bons canonniers qu'on puisse trouver, des ports el havres en son royaume cl dans ses autres pays, tant sur la mer Méditerranée que sur l'Océan, avec navires, g'alères, carnii|uea, etc., équipés el armés. Il a bonne paix et amitié avec tous ses voisins, en sorte qu'il pourra employer au service de Dieu et de la Foi sa personne et tout son avoir, sans que nul ne le détourne et que rien ne l'en empêche (1). i>

11 peig^nait son rivai, le roi catholique, sous de loul autres couleurs, elcharg'eait ses ambassadeurs de représenter ■ qu'il était en bas âge, qu'il n'avait aucune expérience et aucune pratique de la g-uerre, où il n'avait jamais paru encore; qu'il était maladif et hors d'étal de porter un si lourd fardeau ; qu'il gouvernait par des serviteurs qui bien souvent s'occupaient plus de leur intérêt que de la chose publique; que ses royaumes étaient éloignés de l'Alleroagfne, et qu'il lui serait impossible de la secou-

(1) iDUtnictioD» pour les Électeurs de l'eminru, — ftii de janvier. Hi' «lie orifpDiIe. Arch. nat., carlon J., 9&S, pièce D.

rir dans ses dangers et de l'aider dans ses affaires; que les mœurs des Espagnols étaient tout à fait contraires à celles des Allenaands, comme on l'avait vu lorsqu'ils avaient fait la guerre ensemble; enfin que le roi catholique était roi de Naples, et qu'aucun roi roi de Naples, par suite même du serment qu'il prêtait lors de son investiture, ne devait aspirer à Tempire, et que, s'il y parvenait, ce serait entre lui et le pape un commencement de guerre qui remettrait la division dans la chrétienté, maintenant unie (1). » Le grand intérêt de François I" était encore plus d'empêcher son puissant compétiteur d'être élu empereur que de le devenir luimôme; aussi recommanda-t-il subsidiairement à ses ambassadeurs, s'ils ne pouvaient pas le faire nommer, d'offrir la couronne à l'électeur de Brandebourg, ou à l'électeur de Saxe, ou bien encore au roi de Pologne.

Le roi catholique avait senti à son tour combien il lui importait de ne pas échouer dans cette épreuve décisive. Il avait passé neuf mois en Aragon où ce n'était pas aisément qu'il s'était fait admettre au partage de la couronne. Les Aragonais, si jaloux conservateurs de leurs privilèges, disaient ouvertement qu'ils n'appelleraient pas don Carlos roi, et qu'ils ne lui donneraient pas une obole tant que vivrait la reine Jeanne sa mère (2). Cependant

(1) Minuto et copies originales des Instructions pour le faict de l'empire, etc., de février iol9, dans les inss. de La Mare, ^^'.

(2) Pierre Martyr, lib, 3i. epist. G19.

ÉLECTION A L'EMPIRE EN i510. ir»3

la ferme volonté du jeune prince avait triomphé des résistances en Aragon comme en Gastille. Dès 9on entrée à Sarag^osse, le 9 mai 1518, il s'était rendu dans l'église de San Salvador, et il y avait jaré, au nom de sa mère et au sien, en présence de la députation permanente du royaume, de Tarchevêque et des magpistrats de la ville, d'observer les lois, privilèges, libertés et coutumes de l'Aragon. Convoquant ensuite les cortès, il les avait ouvertes en personne le 20 mai, et leur avait demandé de le reconnaître pour roi et de voter le sobside royal. Les cortès avaient hésité quelque temps. Enfin, le 27 juillet, elles s'étaient décidées à admettre le fils en partage de la couronne avec la mère (1), et les quatre ordres du royaume, qu'on appelait les quatre bras d'Aragon, avaient prêté serment à la reine doiia Juana et au roi don Carlos. La concession du servicio avait été retardée bien plus de temps, et ce n'était qu'au bout de six mois, en janvier 1519, après de vives instances et presque des menaces (2), que les 200,000 livres (3) avaient

(1) « Le roy catholique et la reine sa mèi'e ont été receuz roys d'Aragoo et fent «a soir bien tard ou feurent leus les articles du serment. » U Roche^Beaucourt au grand maître. Dépêche du 30 juillet lol8. Mm. Béthune, 8491, f. 190.

(2) « Mondit seigneur de ChièTres m'a dit que hier son maître les ût nsquérir et sommer de déclarer leur vouloir, ou autrement est délibéré s'en aller. Je crois qu'il ne sera si hastif, car il retarderoit la somme d'argoit qu'ils ont acooutusmé de donner, qui n'est pas petite chose, car cette soDune est de six cent mille ducats, tant d'icy que de Barcelonne et Valence, qui se gouTemcnt par ceulx de cette \ille. » La Hoche- Beaucourt, dépêche du 3 novembre ioiS. — Ibid., f. 46.

(3) « Est hujus regni donativum librarum duceuta millia ; libra \ero ducato ondecima minor. i Pierre Martyr, epist. 621.

été votées. Ce subside avait été déjà engagé, comme celui de Gastille, à des traitants (1) qui devaient remettre d'avance les sommes qu'exigeait l'élec* tien. Charles était ensuite parti de Saragosse pour aller dans la principauté de Catalogne et dans le royaume de Valence réclamer la même obéissance et un subside semblable.

C'est en route qu'il apprit la mort de son grandpère Maximilien. Entré dans Barcelone le 15 février, il y célébra solennellement les obsèques de l'empereur, auquel son orgueil et son intérêt lui donnaient un égal désir de succéder. Aussi, après les premiers moments donnés à la douleur et au deuil, il transmit en Allemagne les ordres nécessaires pour y reprendre et y poursuivre vivement l'entreprise de son élection. Il en confia d'abord la conduite à Matthieu Lang, cardinal de Gurk, trèsattaché à la maison d'Autriche, mais fort peu aimé en Allemagne. Il désigna comme devant le seconder Michel de Wolkenstein, le chancelier Sarentein, le trésorier Villinger, les secrétaires Renner etZiegler, qui avaient si longtemps manié, sous son grand-père, les affaires de l'empire, et son propre chambellan, l'actif et insinuant Armerstorff. Cependant, ayant su plus tard que les électeurs repugnaient à traiter avec le cardinal de Gurk, il envoya celui-ci dans le Tyrol et en Autriche, où l'interrègne avait occasionné des troubles, et il chargea

(1) Pierre Martyr, epist. 622 et 631.

ELECT10^ A L'EMPIRE EN I5li>. 165

le comte Henri de Nassau et le maître des requêtes Gérard de Pleine, seigneur de La Roche, de dirig-er la négociation. Il y employa aussi le prince-évt'que de Liég-e et le seig-neur de Sedan, que François I" avait imprudemment détachés de lui, en ne faisant pas donner à l'un le chapeau de cardinal, comme il le lui avait promis, et en cassant la compag'nie d'hommes d'armes dont il avait confié le commandement à l'autre {i ). Il ordonna d'attirer à son service Sicking-en, à quelque prix que ce fût, et il écrivit à Maximilien de Berg-hes, seig-neur de Zeveoberg^hen, qui unissait heaucoup de dextérité à beaucoup d'ardeur, de se rendre en Suisse pour y déjouer les pratiques du bâtard de Savoie, et obtenir des cantons qu'ils se déclarassent contre les prétentions du roi très-chrétien. Il charg'ca aussi don LuisCarroz, son ambassadeur auprès du Saint- Siège, de lui concilier la faveur du pape, et il demanda à Henri VHI de le préférer à son rival.

Avant que la distance des lieux lui permît de prendre toutes ces mesures, ses intérêts n'avaient pas été nég'lig'és en Allemag-ne. La g-ouvcrnante des Pays-Bas, Marguerite d'Autriche, sa tante, favait habilement suppléé. Cette princesse, qui le seconda jusqu'au bout par la sag-esse de ses conseils, l'activité de ses démarches, par l'influence que conservait auprès des princes allemands la (itie de Maximilien, avait envoyé en toute hâte Maximi-

(l) mtiHoins dt Fteiiranges, ilans Petitol, toI, XVl, p. 322 à 324,

lien de Berghes à Aug^sbourgp pour qu'il s'y concertât avec Villinger, Renner et Ziegpler. Ces trois conseillers principaux de l'ancien empereur s'étaient mis à l'œuvre vivement. Ils avaient décidé le comte palatin Frédéric à poursuivre auprès de son frère, Télecteur Louis, ce qu'il avait si bien commencé à Âugpsbourg, et à le maintenir ferme dans ses engagements. Le margrave Casimir de Brandebourgp-Gulmbach avait consenti à se rendre, dans la même vue, à la cour de son parent l'électeur Joachim. Ils avaient fait partir encore deux agents adroits et exercés pour la Hongrie et la Bohême, en même temps que Marguerite d'Autriche dépêchait de Bruxelles son trésorier Marnix vers l'électeur de Trêves, et chargeait le comte de Nassau de pratiquer celui de Cologne. Enfin Armerstorff s'était rendu à Mayence en passant par Heidelberg(l).

La partie était bien liée des deux côtés. Des deux côtés, on était décidé à ne rien épargner pour réussir, à répandre l'argent, à multiplier les pensions, à promettre les faveurs, à employer même la force. L'Allemagne était dans la plus extrême agitation : elle présentait à la fois l'aspect d'un grand marché et d'un camp. Tout le monde y était à vendre, et tout le monde s'y armait. L'un voulait faire acheter sa voix, l'autre son influence, celui-ci les servi-

(1) Les pouvoirs qu'ils reçurent, les traités qu'ils négocièrent, les (lé|)éches qu'ils écrivirent, extniits des archives de Lille, sont dans Mené, AnzeigeVy etc., et dans Le Glay, Négociadims, etc., vol. IL

ces indirects qu'il pouvait rendre, celui-là les soldats qu'il proposait d'enrôler. Le territoire de l'empire était incessamment traversé par des courriers qui portaient des dépêches, par des agents des deux rois qui se croisaient dans tous les sens avec leurs brillantes escortes de gentilshommes, et qui se rencontraient ou se succédaient auprès des électeurs dont ils se disputaient les suffrages, par des hommes de guerre qui ofTraient au parti vers lequel les faisaient incliner leurs préférences des bandes prêtes à en venir aux mains.

François I" reprit la supériorité au début de cette seconde lutte électorale. Des cinq électeurs qui avaient promis à Augsbourg leurs voix au roi catholique, quatre, le comte palatin, le margrave de Brandebourg, les archevêques de Mayence et de Cologne, s'étaient concertés pour se soustraire à leur engagement, et ils se considéraient de nouveau comme libres. Déjà même le 14 janvier, surlendemain de la mort de Maximilien, le comte palatin avait écrit d'Heidelberg à François P' qu'il était dans les mêmes sentiments qu'autrefois à son égard, et qu'il donnerait des sûretés pour son vote en retour de l'argent qui lui serait remis, si on lui gardait le secret (1). L'archevêque de Trêves était demeuré inébranlablement fidèle, et Moltzan annonça que le margrave de Brandebourg et l'électeur de Mayence proposaient de revenir à Fran-

(I) Lettre latine de Télecteur pnlntin à François I^, du W janvier. Bibl. nat.y mss. Colbert, vol. 38o, p. G, copie.

çoîs I*' (1). Ils offrirent en effet de le soutenir vivement à certaines conditions. — Voici ces conditions pour les deux frères (2).

Le marg*rave demandait que la dot de la princesse Renée fût portée à 200,000 écus d'cnr, dont 100,000 payables le l*" mai à Berlin, et les 100,000 autres immédiatement après l'élection; que sa pension fût fixée à 12,000 florins d'or; que le roimariftt son second fils en France, ainsi qu'il lui en faisait l'offre, et qu'il lui prêtât secours s'il était attaqué (3). L archevêque, couvrant sous l'apparence d'une fondation relig*ieuse la vente de son suffrage, comme le margrave donnait à la vente du sien la forme d'une dot, exigeait, pour l'érection d'une église a Halle, une somme de 120,000 florins d'or payable moitié le 1 *' mai, moitié le 15 juillet de cette année; le titre de légat perpétuel en Allemagne, obtenu du pape par les soins du roi ; la faculté de désigner ses coadjuteurs, la confirmation des privilèges qui lui appartenaient en sa double qualité d'archevêque de Mayence et d'archichancelier derempi(*e; enfin l'assurance d'être soutenu dans ses démêlés avec le landgrave de Hesse et la ville d'Erfurt, et protégé

(i) Lettre de François I*'' à ses ambassadeurs, du ii féTrier et du 8 mars. Mss. de La Marre, -^^f^, f. 52-6i.

(2) Moltzan les aTait envoyées aux ambassadeurs de François 1** sur les frontières d'Allemagne. Lettre de J. Moltzan du i2 mars 1519, mss. Dupuy, Tol. 264, f. t.

(3) Primi articuli. L'original avec le déchiffrement des mots chiffrés écrit dessus. Mss. Dupuy, toI. 263. Envoi de ces articles à François I*' par Jean d'Albret, Bonnivet, etc., qui les avaient reçus de Moltxan à Lunéville. Lettre du 28 mars 1511). Mss. de La Mare, ^^^, f. 119.

ffflilre l'inimitié des archiducs d'Autriche et l'opposition de son propre cliapitre, qui était favorable aurai catholique (1).

Ed recevant les propositions des deux frères et bieo qu'il les trouvât sous certains rapports excessives, François I" fut rempli d'espérance. Décidé à les accepter, s'ils ne voulaient rien en rabattre, il envoya successivement à Berlin l'écuyer Francisque, La Poussinière et Bazog-es avec le pouvoir de les discuter et de les admettre. Il se croyait d'autant plus fondé à compter dès ce moment sur son élection, que le margrave Joachim. qui était cliarçé de conclure pour son frère et pour lui, se taisait fort de g'ag'ner aussi l'électeur de Cologne, sur lequel il exerçait beaucoup d'influence, que le roi d'Ang-lelerre lui promettait son appui, un peu mystérieusement, il est vrai (2), et que le pape se déclarait très-haut en sa faveur.

Léon X n'aurait désiré pour empereur ni un duc de Milan, ni un roi de Naples; mais, obligé de ohoisirentre eux, il préféra le premier, qui semblait moins redoutable au Saint-Siég-e, et qui d'ailleurs n'étail pas exclu du trône irapérial, comme le second, par une constitution pontificale. I) adjoignit au cardinal deSainl-Sixte, son légat en Allemagne, e( au protonotaire Carracioli l'archevêque de Heg-

(<] /Irticuti tnOQuntini. l.'arigiDal uis«. Dupuy, vol. 263.

[1) • J'sy receii lettres du roi d'Angleterre Irai hoDcestea cl tant graiinae* qu'il o'e»! passible de plus. >i François 1"' ï l'amiral BouiiiTi'l, TJènter. Hu. de La Mare, ^*, r. m.

i70 CHAPITRE II.

g'io, Orsini, entièrement dévoué au roî très-chrétien. Léon X, ne comptant plus sur la croisade gfénérale, n'avait d'espoir qu'en François P' pour repousser les Turcs. Il se déclara donc ouvertement en sa faveur, et il lui écrivit : « Dans l'intérêt de la république et pour le salut commun, nous avons jug*é que votre majesté est éminemment propre à l'empire, tant à cause des insig*nes vertus par lesquelles Dieu, dispensateur de tous les biens, vous a distingfué, que parce que, surpassant en richesse et en puissance les autres rois chrétiens, vous tiendrez tête à la foug*ueuse attaque des farouches barbares, et que vous êtes plutôt en mesure d'abatr tre l'orçueil et l'insolence que font peser sur nous les impies Turcs, et de rétablir, Dieu aidant, la vraie foi dans son ancien éclat. Nous en avons la confiance. C'est pourquoi, mus moins par la considération de notre alliance particulière que par le motif du salut commun et du bien universel, nous avons donné et nous donnerons tous nos soins et nous interposerons notre autorité, afln que vous soyez choisi comme le plus utile empereur de la république chrétienne. Pour mieux faciliter un événement aussi avantag*eux, et pour induire ceux qui ont le pouvoir d'élire un empereur à y concourir non-seulement par vertu, mais par de justes et lég*itimes récompenses, nous promettons à votre majesté, sur la parole d'un pontife romain, et nous lui eng^ageons très-sincerement notre foi, que, si vous obtenez le titre impérial par les bons

ÉLECTION A L'EMPIRE EN ioiO. 171

oflices et les sufTrag'es de nos vénérables frères les archevêques de Colog'ne et de Trêves, électeurs du saint empire romain, nous les appellerons, à la demande de votre majesté, dans Tordre très-considérable des cardinaux de la sainte Église romaine, et les honorerons volontiers d'une si grande di- ^ité. Cette promesse, que nous faisons à votre majesté, nous vous accordons, par les présentes, la faculté et le pouvoir de la leur communiquer sous notre autorité et en notre nom (1). »

Afin que François I" pût gagner l'archevêque de Mayence par Tappât d'un titre qu'il désirait ardemment, LéonX s'engagea, s'il donnait sa voix à ce prince, à le faire son légat perpétuel en Allemagne. Il écrivit lui-même à l'ambitieux archichancelier de l'empire que, son devoir pastoral lui prescrivant de veiller au salut de la chrétienté prête à périr, il souhaitait qu'on opposât, en un n grand danger, le plus puissant de ses monarques au plus formidable de ses ennemis. Il l'invitait donc à élire le roi de France, et il ajoutait : « Nous avons autorisé notre très-cher fils en Christ, François, roi très-chrétien, à vous promettre de notre part tout ce qui peut servir à élever et à agrandir votre dignité, principalement comme notre légat en Germanie. Les promesses qui vous auront été faites touchant cette légation, nous nous engageons aujourd'hui envers vous, et sur la parole d'un vrai

(1) Bref du \% mars 1519. L'original sur parchemin. Archives, carton J.y 952, pièce 10.

JTS CHAPITRE II.

pontife romain, à les observer, lorsque le but c

venu et désiré sera atteint (1). »

Léon X expédia à François I" les bulles qui di vaient être montrées aux trois archevêques et qui contenaient leurs nominations conditionnelles. Il fit encore passer par ses mains des brefs adressés à tous les électeurs, et dans lesquels il excluait formellement de l'empire le roi catholique, en sa qualité de roi de Naples. Il instruisit de ses intentions le cardinal de Saint-Sixte et l'archevêque de Re^ g-io, avec lesquels il entretint des communicatioi promptes et rég-lées, en établissant entre Rome Francfort des postes qui passaient par Inapruck le Tyrol. Il les charg'ea de recommander en parti' culier le roi très-chrétien aux su(frag*es des électeurs. Son avis semblait surloul devoir être d'i g^rand poids sur les déterminations des trois print que leur caractère reiig-ieux rattachait plus éti tement au chef de l'Ég-lise, et qu'il tentait pardi oITres si capables de les séduire.

François 1" était sur le point de réussir. Les | __ , lisans les plus zélés du roi cotholique le craig^nirenl : ils considérèrent la candidature de ce dernier comme désespérée, et ils son{»-èrent à en produ

(IJ Bref (lu 14 luars. L'origiunl sur iMn-LemÎD. [bid., cnrtcD J., S pidce S.

ÉLECTION A LKHriRE EN ISIU. 173

une autre qui pût empêcher l'élection de son rival. Ils jetèrent les yeux sur son frère Ferdinand, qui élail archiduc d'Autriche, et qui ne rencontrerait ni l'opposition du pape, dont il était indépendant, ni la tiédeur des Allemands, au milieu desquels il Dxerait sa résidence. La gouvernante des Pays-Bas, Marguerite, disposa donc tout pour envoyer en Allemagne ce prince, arrivé depuis quelques mois auprès d'elle, à Malines; mais, avant de prendre une aussi grave détermination, elle la soumit à sou neveu, le roi catholique, en l'engageant à y consentir. Elle lui adressa, le 20 février, une lettre, que signèrent avec elle ses fidèles conseillers, Philippe de Clèves, Ch. deCroy, Henri de Nassau, A. de Lalaing, Jean de Berghes, pour lui proposer de porter à sa place l'archiduc à l'empire (1). En recevant celte lettre, loin de se laisser atteindre par le découragement de ceux qui l'avaient écrite, Charles repoussa leur conseil avec autant de hauteur que de promptitude. Le frère qu'il avait éloigné des Pyrénées comme trop cher aux Espagnols, il ne souffrit jwint qu'on le présentât au-delà du Rhin comme devant lui être préféré par les Allemands. II prélendit établir, sous sa plus vaste forme, la domination qui avait été lentement préparée à la maison

(1) I^ltre du roi de Coslille Charles, du h mars, dans laquelle est nmtioaaù le coateau de celle de Uarguerile et de ae« conseitlers. AriU*«a Aee aftiircs ËtraiifiÈi-es de France, correspondance d'Espagne, k *a33 à 139*, t. (34 (qq. C'est une copie faite sur l'original defc la chuobre dei comptes de Lille ol vériliéc par Godcfroy, garde % de cette clumbre; elle ue se trouve point dans les fit^uàa- W de Le Glav.

d'Autriche, dont il était l'aîné et dont il voulut rester le chef. C'est ce qu'il sig'nifîa à Marguerite, sa tante, et à Ferdinand, son frère, par ses dépêches du 5 et du 6 mars, où il laissa éclater la vigueur précoce de son opiniâtre caractère, et où, avec une grandeur surprenante de vues, il montra les desseins qu'il exécuta plus tard.

Il y disait que Ferdinand n'avait rien de ce qu*il fallait pour acquérir l'empire et pour en soutenir le fardeau, que ses poursuites ne se fonderaient ni sur la désignation de leur aïeul Maximilien, ni sur les engagements des électeurs, comme les siennes; qu'elles seraient aussi déplacées que dangereuses; que les favoriser serait de sa part perdre l'honneur et exposer de plus leur maison, conformément aux désirs des Français, qui voulaient en diviser .les forces et faire un tiers empereur en cas gu^ils ne le pussent estre (1). Insistant sur ce point, il ajoutait avec une prévoyance politique et dans un langage coloré : «f Ce seroit pour desmembrer tous les pays et seigneuries d'Autriche, mettre division entre nous et nostre frère, séparer la trousse des puissances et seigneuries que nos prédécesseurs nous ont laissée, afin qu'icelles désunies et séparées, l'on pust plus facilement rompre les flèches de nostre commun pouvoir et destruire entièrement nostre maison (2). »

({) Lettre du roi Charles à Marguerite, du B mars.

(2) lostructioDs du 5 mars données au sieur de Beaurain. Ces instructions sont publiées dans les ISégxiciatiom diplomatiques de Le Glay, t. l\, p. 304.

ÉLECTION A L'EMPIRE EN i 519. i75

Charles interdisait donc et la candidature et le voya^ de Ferdinand. Il promettait à celui-ci de le dédommager de ce nouveau sacrifice et de le traiter non-seulement comme son frère , mais comme son fils, c Je n'entends rien avoir, lui dit-il , qui ne soit autant à votre commandement que au mien (1). » Afin de conserver cette précieuse union de la famille autrichienne qu'il sut maintenir durant trente-six années , il annonça qu'il aujg^menterait la part de Ferdinand dans l'héritag^e encore indivis de Maximilien et déciderait plus tard le corps germanique à l'accepter pour son successeur. « Estant esleu et couronné empereur , disait-il , nous pourrions assez facilement et sans dang*ier le faire eslire roi des Romains, et mectre Fempire en tel estât qu'il pourroit à toujours demeurer en nostre maison (2). » Ce qu'il promit alors, il le réalisa depuis. Il donna en 1521 TAutriche, la Carinthie, la Carniole, la Styrie et même le Tyrol à Ferdinand, auquel, en 1531, fui décernée d'avance, sur sa demande et par ses soins , cette couronne germanique qui, jusques à nos temps, ne devait plus sortir en effet de la famille des Habsbourg».

Le roi Charles annonça également qu'il visait à l'empire pour exécuter de grandes choses, et il prescrivit d'employer les derniers efforts à faire

(1) Lettre du roi catholique à son frère. Tarchiduc Ferdinand, du 5 mars. ArchlTes des affaires étrangères de France, correspondance d'Espagne.

(2) Imtructiom au $ieur de Beaurain, Le Glay, t; lî, p. 309-310.

I7li CHAPITRE I).

réussir les poursuites comniencées en son nom : B Nous sommes, disait-il, totallement délibéré à y rien éparg-ner et à y mettre le tout pour le tout, comme ]a chose en ce monde que plus désirons et avons à cœur (I). » Il recommandait de ne rien refuser aux électeurs, d'enrôler Sickingen, de s'attacher le prince-évèque de Liège et le duc de Bouillon , d'envoyer de l'argent au cardinal de Sion et d'en promettre aux Suisses, en un mot d'assurer f élection pour chose quelconque qu'elle dût cousîer. C'est ce qu'on n'avait pas manqué de faire en attendant sa réponse, et ce qu'on continua avec plus d'ardeur encore après l'avoir reçue.

Il fui particulièrement bien servi dans cette œuvre laborieuse par le plus hardi de ses agents auprès du plus influent des électeurs. Le chambellan Armerstorff était arrivé le 27 février à Mayence. Il avait déjà passé quelques jours Heidelberg, où il avait trouvé deux négociateui français, le président Guîllard et le bailli de Cai L'électeur palatin, qui, moitié faiblesse, mojtii avarice, montra jusqu'au bout la même duplicité, traitant tour à tour avec les deux rois, afin d'éviter leur inimitié et de prendre leur argent, avait promis à ArmerslorlT son suffrage à un prix élevé et mystérieux. 11 l'avait engagé en même temps à s'assurer des autres électeui-s, car, lui avait-il dit, ie vent est asse2 contraire pour détourner un mauvais

(1 ) Lutlm il Maroueiilo, du o mui. Archives det iiJ&irui> û

S à .iti"

ELECTION A L'EMPIRE EN 13i«. m

nairrre (i). ArmerstorfT s'en aperçut bien en aborilanl l'archevêque Albert. Il le trouva très-mal disposé pour son maître. L'archevêque, qui venait d'apprendre, par un messag-er du margrave son frère, l'étal avancé de leur commune négociation avec te roi très-chrétien, lui dît résolument que, les conditions arrêtées avec l'empereur défunt n'ayant pas été remplies au terme fixé, el les traités conclus à Augïbourg' n'ayant pas été tenus secrets, tout était rompu entre eux et le roi catholique. En vain Arinerstorff le supplia-t-il de reprendre ses anciens ençagemenls el lui ofl'rit-il toutes tes satisfactions an nom de son maître : l'archevêque lui répondit que son frère et lui avaient été avertis secrètement que rien de ce qui leur avait été promis ne serait pxêculé api'ès l'élection, que leurs pensions ne seraient pas payées, et que l'infante Catherine ne sérail point donnée en mariag^e au fils du margrave. Il ajouta que le pape, le roi de France, le roi d'Ang-leterre s'étaient ligués pour empêcher le roi catliolique de devenir empereur, que le pape défendrait aux électeurs spirituels el temporels de 1 le nommer sous peine de désobéissance à l'Eg'lise I et d'excommunication, que d'ailleurs le roi très- I chrétien disposait déjà d'un Irès-grand nombre de i voix el avait même le dessein de se présenter en Allemagne avec une g-rosse armée, afin d'y être | su besoin couronné par le souverain pontife ;

(1} PaulArmprrtorft.iu roi catholique, lu 2t) féTrier, à Heîdelberg. Le Gb;. Xtgodatimt. etc., lol. U, p. SSl.

qu'en cet état de choses , il ne lui convenait point de combattre ses prétentions de peur d'exposer lui et l'église de Mayence au danger de son inimitié.

Armerstorff lui reprocha de se laisser abuser par les mensonges du parti contraire. Il lui annonça que les villes de Malines et d'Anvers garantiraient le payement de la pension et des sommes qui lui avaient été promises ; mais l'archevêque refusa cette garantie comme insuffisante. Alors Armerstorff*, courroucé, jugeant tous ses efforts inutiles, lui demanda la permission de s'expliquer librement, et lui dit : « Je vois bien que nos eulversaires vous ont fait des offres plus grandes que les nôtres ; c'est pour cela que vous voulez vous dégager d'avec nous, mais ce sera un déshonneur pour vous et pour votre frère. Vous causerez un dommage irréparable à l'empire et à toute la nation allemande (1). »

L'archevêque convint froidement qu'on lui avait en effet offert beaucoup plus de l'autre côté. Il avoua sans détour son avidité. Il dit qu'il voulait être sûr de son marché, et que d'ailleurs, quand le roi catholique lui donnerait plus que ne lui avait promis l'empereur, il l'aurait bien gagné , car c'était lui qui avait décidé les autres électeurs à Augsbourg. Il ajouta qu'il ne tenait encore qu'à lui de faire et de défaire le tout, puisque ses coUè-^ gués suivraient ses conseils et son exemple, ainsi

(I) Paul AriiH'i'storff au roi catholique, 4 uiaiij, à Offenbourg. Le Itlay, Négociations, etc.. t. II, p. 287.

tLECriuN \ L'KMl'IRE EN 15111. I"'J

i^ti'il pourraîlle pcouver en montrant les lettres qui lui étaient écrites. Il finit en demandant (|u'on lui remît 100,000 florins d'or de plus, sinon il affirma ijue tout serait perdu pour te roi catholique.

Armerslorff i-eeula devant l'énormité de cette! nouvelle prétention; il répondit avec colère qu'Ai a'avail pouvoir de rien accorder que ce qui étaîtl déjà convenu ; que le roi Charles ne serait point ' empereur, mais que le margrave de Bl-andebourg* et l'arehevêque seraient déshonorés, que Dieu les punirait, et qu'ils feraient eux-mêmes la verg-e dont ils seraient battus (1). Il prit aussitôt eong'é de riilecteur, qui , un peu troublé de cette violente sortie, le pria de bien rélléchir pendant la nuit, et le prévint qu'il lui enverrait le lendemainson valet de chainbi-e pour savoir sa conclusion et l'avertir delasienne.

Au fond, l'archevOque de Maycnce, malgré le cynisme de son avidité, comprenait qu'un archiduc d'Autriche convenait mieux pour empereur qu'un roi de France, Il se sentait entraîné d'ailleurs par l'opinion allemande, qui commeneaità se déclarer avec forée dans ce sens. Il aurait donc voulu s'arrangtir avec le roi Charles, mais en se faisant payer son suffrage le plus cher possible. Le lendemain matin, il envoya dans cette vue à Armerstorff son valet de chambre, qui ne demanda plus que 80,000 (Virins et qui descendit successivement à (50 et à

lU GU;, .SégociatiOM, I. It, p. 380-2UU.

180 UHAI'lTItE 11.

50,000. ArmerstorlT répondit, comme la veille, qu'il était sans pouvoirs, qu'il lui (îtait dès lors interdit de rien promettre, mais qu'il allait écrire pour demander les ordres du roi son maître. L'archevêque répliqua qu'il ne pouvait pas attendre, parce que son frère et les autres électeurs, dont les messagers étaient là, le pressaient de conclure, et qu'il ne voulait pas être à terre entre deu.\ selles. La vue du dang-er décida Armerslorff à excéder ses pouvoirs et à prendre quelque chose sur lui; il dît à l'archevêque qu'il lui ferait OflH corder une somme de plus, s'il g-ardait ce^H aug:iiieniation secrète et s'il persuadait aux autrH^ électeurs de s'en tenir à l'arrang-emenl d'Aug^bourg". Après trois jours de débats, il parvint à le décider à se contenter de 20,000 florins d'or de plus. La pension de 10,000 florins dut lui être garantie sur les recettes du gouvernement d'inspruck, et Armerstorff s'engagea à lui faire remettre la vaisselle et les tapisseries qui lui avaient été promises. Le roi catholique dut en outre sollicilî pour lui à la cour de Home la charge de légat f pétuel et lui assurer les avantages qu'il attend du roi de France.

Lorsqu'on fut convenu de tout, l'archevôque c à Armerslorff : iJe veux maintenant vousfaire \ (|ue je tiens moins à mes intérêts que vous ne \Hi vez le penser, et que j'ai l'intention de servir etï cacemenl votre niaitre. » M ouvrit devant lui ses coffres et lui montra, sous ie secret, les lettres qu'il

ÉLECTION A r.'EMPIRK t^ f.ïli). ifll

avail reçues, les avantages qu'y lui étaient offerts, et les pralîques déjà si avancées du rni très-ci i rétien i auprès des autres électeurs. Armerslopfl'en demeura confondu. Aussi supplia-t-il le roi eatholique, avec W plus fortes instances, de confirmer l'arrang-ement qu'il venait de conclure, « car, ajouta-t-il, aussi vrai que Dieu est, si vous le perdez, il tirera son frère et Colog'ne après lui. »

Afin de prouver la sincérité et l'ardeur de son ïèle, l'archevêque envoya immédiatement son valet de chambre à l'électeur de Brandehourg- pour le gapneraux intérêts du roi catholique, 11 lui écrivit t]ue ce prince avait dépêché auprès de lui son conseillor et chanibt'llan ArmersforlT pour ratifier les auciens eng-ûg-ements, et que dès lors ils devaient s'y tenir de leur côté. » Je vous prie, lui dit-il, de «insidérer en celte occasion l'honneur et le bien Ae l'empire, de vous, des vôtres et de toute la nation allemande. Si la couronne tombait entre les mains de ceux qui, sépares depuis longtemps de la souche germanique et n'ayant ni foi ni loyauté, ne voulurent jamais du bien à l'empire, ce serait pour la mine do celui-ci, car ils cliercheraient à le mettre sous les pieds et à s'en rendre seigneurs et maîtres Wréditairement (!}. <> Comme s'il n'avait pas marrhandé lui-même pendant trois jours son adhésion aa parti de Charles, il disait avec une audacieuse

(I) Letire tnéditu de l'nrrhe»èque de Hnyencp il l'flecleur de Bi-nndi-lMin-g, du I" mare (3111, induse dnns In dtpi^he d'AruierelorlT Ji IUr)!iM:rit« irAuiricfae de la mèiae dutc et ui>u cuni|irÏ!ie itiiiis la publintkin itr I^ Cil*. Archives de l.ill».

IIS CXAHnC fi.

hrf^ocrisfte de déàntéressemenl qàH mrltiïl soo là^Hàfèeur k ne tien demander de noowm. « Antreffieot. ajoutait-il. oo pourrait penser que je eberdie ou à échappa à ma prcMnesse on à rsnramier le roi catholique sans me soucier de sa faoune grioe, mais uniquement de son argent, ee qui ferait fort à moi et aux miens. 9

Le margrave de Brandebom^ reçut cette lettre le 8 mars. Loin de céder aux cooseik de son frère, il lui exprima sa surprise de ce brusque changement de résolution. Il lui répondit qu'il ne devait plus se regarder comme libre de diqmser de sa voix, que les articles souscrits de sa propre main avaient été remis à Moltzan, qui les avait envoyés au roi de France, avec lequel, lui électeur de Brandel>ourg, avait déjà conclu en leur nom et dans leur intérêt commun; qu'ils étaient tenus Tun et Tautre de conserver d*autant plus religieusement leur foi à ce prince, qu'ils la lui avaient déjà précédemment engagée et qu'il faisait preuve de la plus grande libéralité à leur égard. Il l'invita donc ù demeurer ferme et à décider l'électeur palatin à agir dans le même sens qu'eux, comme il se charffcail de le persuader de son côté à l'électeur de Cologne. 11 assura que, pour lui, il ne changerait Jamais plus de sentiments (1).

Les exhortations du margrave ne furent pas sans effet sur l'esprit mobile de l'archevêque de Mayence :

( \ ) Lottrf; latine de Joachim de Moitzan à François I***, du 12 mars 1 519. I/ori^inal ïum, Dupuy, Toi. 264, f. 1.

elles rébranlèrent encore une fois. Aussi, lorsque, un peu avant la fin de mars, Armerstorff retourna auprès de lui avec la ratification du dernier arran- ^ment que le roi catholique s'était hâté d'envoyer, il ne trouva plus Tarchevêque disposé à le maintenir. Il redoubla d'efforts pour le ramener, et à la fin il triompha de ses nouvelles hésitations en lui accordant des avantages plus considérables (1). Toi honte de sa honte, écrivait-il (2). 11 ajouta toutefois que l'archevêque rachetait ses variations et ses exigences par l'activité de ses démarches auprès des autres électeurs.

En effet, cette sixième détermination fut la dernière de la part de l'archevêque. Il se rendit pour la faire prévaloir à Ober-Wesel, près de Cologne, où les quatre électeurs des bords du Rhin devaient se réunir depuis quelque temps pour prendre des mesures communes contre les dangers dont les troubles croissants de l'interrègne menaçaient leurs Etats. Il descendit le Rhin, conduisant sur son propre bateau Armerstorff et Ziegler. 11 eut toutes les peines du monde à empêcher le violent Armerstorff

(!) Lettre d'Armerstorff à Marf?iiorite d'Autricho, du 26 mars 15i«. Le GUy, NégodaHom, etc., toI. Il, p. 370.

(2) LeUre d'Armerstorff au roi do Castille, du 2 aYril. Archives de Lilli^.

i8* CHAPITBE II.

de faire allaquer le lég-at et l'archevêque Orsinî^ dont le bateau suivait de près le sien, et qui allaient continuer à Wesel les sollicitations commencées en faveur de François 1" à Mayence (1).

Le comte palatin, les électeurs de Mayence, de Colog;ne, de Trêves, arrivèrent a Wesel le 28 mai-s. Ils y conclurent le 3 avril un traité réciproque d'union et de défense qui devait durer jusqu'à l'élection d'un nouveau roi des Romains. Ils s'y engag^èrent à ne rien faire sans le eonsentemenl les uns des autres et que d'un accord unanime (2). Pendant les six jours qu'ils passèrent à Wesèi, ils furent entourés, priés, pressés par les ag'ents des deux monarques rivaux. L'archevêque de Mayence exhorta en secret l'électeur de Cologne et le comte palatin surtout à préférer le roi Charles, que le vœu des Allemands réclamait [iour empereur. En effet, les villes impériales, dont Charles soutenait dans ce moment la cause contre les attaques du duc Ulric de Wurtemberg-, s'étaient déclarées en sa faveur, ainsi que la plupart des comtes de la Franconi des nobles des bords du Rhin. Ceux-ci avaient org-ane ilc \euvs impérieux désirs à Wesel le comi de Kœnigslein, (|ui disait avec menaces n qu' les électeurs songeaient à élire le roi de France, eux mettraient le tout pour le tout jusqu'à la niére g-oulte de sang- pour l'empéchei', à l'ait

(11 Post-9cripluiu lie la lettre d'Ariuersturfr ùMBrjruerite d'Aulrit i|u 26 mare. Le Clay, yigociatiuns, i-tc, ïoI. 11, p. Til. (S) DuBioot, Corps diplomat., roi. IV, port, t, p. 983.

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om(^

KLECTION A L'KMPIRE EN 1510. 183

tous ceux en Allemag-ne qui n'entpiidaientpaa iHre Fram;ais [\). »

I.6S ambassadeurs de François 1" n'abandonnèrent point la partie. Ils s'ag-itaient extrfimement et allaient d'un électeur à l'autre. Ils furent secondés par les insinuations de l'archevêque de Trêves et par l'intervention ouverte des délég'ués pontifîcaux. Le cardinal de Saint-Sixte, l'archevf'ique Orsini et le protonotaire Carracioli invilèpent par écrit les quatre électeurs, au nom de Léon X, à clioisir un empereur qui, par sa puissance et une habileté déjà éprouvée, fût en état de soutenir la république ehrélienne clianeelanle, et à ne pas élire le roi de KapIcH, qui, d'après la constitution de Clément IV, ne pouvait pas devenir lég-alement le chef de l'empire. Ils les sommèrent de plus de leur faire connaître calég^uriquemenl et sans ambig^uïlé leurs intentions à cet ég-ard (2). Les élecleurs répondirent '|U*ils ne s'étaient pas assemblés à Wesel pour s'y occuper de l'élection d'un roi des Romains; qu'ils i'hercheraienl, lorsque le moment serait venu, à donner le protecteur le plus utile à la république chrétienne et le chef le plus convenable au saintempire; que le pape Léon X pouvait en être persuadé, mais qu'ils s'étonnaient eux-mêmes de cette iiommation de Sa Sainteté, qui, contre l'usage depuis long-temps établi par les souverains pontifes

{h l,ettre d* Henri de Nassau à la ri-geiilu Marguerite, ilii 1 1 iniirs ludiiiM d« Lille), palilit'e Uans Moue, p. 124. "Il Goldasl, Cmatitatione* imjienales. «ol, I, p. 43fi.

i« CHAPITRE II.

et malgT^é sa modération habituelle « voulait leur imposer la loi en leur prescrivant ce qu'ils devaient ou faire ou éviter dans Texercice de leur pouvoir électoral. Afin d'échapper à de nouvelles sollicitations de la pari du légat, ils ne lui remirent cette réponse qu'à l'instant même où ils allaient quitter Wesel et remonter dans leurs bateaux.

Les troubles qui avaient déterminé leur entrevue et leur confédération avaient mis toute l'Allemagne méridionale en armes. Dès la fin de janvier, au sortir même des funérailles de l'empereur Maximilien, le duc Ulric de Wurtemberg avait attaqué, pris, pillé et grardé la \ille impériale de Reutlingen.

Ce prince turbulent et violent s'était engagé dans cette dangereuse entreprise, parce que la ville de Reutlingen avait vengé sur un forestier ducal la mort d'un de ses propres bourgeois qu'Ulrîe avait surpris et tué sur son territoire. Ce nouvel excès, ajouté à tous ceux dont Maximilien, avant de mourir, se proposait de lui demander compte devant la justice impériale, marqua le terme de son impunité. 11 avait mécontenté ses sujets en les accablant d'impôts, terrifié ses ser\'iteurs en faisant torturer et p'^rir ceux dont il i*edoutait les conseils et l'autorité, excité la mortelle inimitié de ses voisins les ducs Louis et Guillaume de Bavière en forçant sa femme, qui était leur sœur, à se réfugier auprès d'eux toute tremblante et couverte d'affronts. 11 encourut aloi*s les terribles représailles de la ligue de Souabe.

ELECTION A LEMf'IllE EN 1.SI9. )H7

Cette lîgfue, composée surtout des villes de la haute .UlemaR-ne et dont Reulling'en faisait partie, leva aussitiil une année pour attaquer et punir le duc. Le coinmandemenl général en fui donné au duc Guillaume de Bavière. Sickingen , qui nvait résisté à toutes les offres de Franeois I" appuyées par le duc de Lorraine (1), et qui s'était mis au service du roi calliolique moyennant une pension de 3,000 llorins d'or et l'entretien de ving-t liommea d'armes, en fut le véritable chef (2). Avec ses vaillants lans((uenets et six cents cavaliers soldés par lo roi catholique (3) ouvertement déclaré pour la lignie, il se plara à la léle des troupes confédérées, fortes de ving-l-quatre mille hommes, et s'avança vers le Wurtemberg;.

Le duc IJIric passait en Allemag-ne pour l'allié de François I"; on y disait même, et les ennemis

(I) II est tiil menlion de» offres qu'il recul dfs dem pnris iIbos pliu ■fe «în^ IcItrM iltf Fraii(;«iii I", du roi Charli^s, deHarguerile d'Autrirhe H àr Iran Munitunires rwputiEi. Les d«ux corrcsiMadaiices sont nussi rroipU^ de Im qnr lira électeurs. Bonoivet n'ayall rien outitîé pour le rvftajpKr. il lui avul Ériil i^n uiarï unu ietlre dans ImguHle il lui di»nit qa«a il n'f »Tort pas de perionnagG eo Allemag^ie, nid'nmj'Bque Frniitoi« I** «eut v#u de moîlleur liduge, eut eu meilleure eilime, ni en qui il dbl «Toir plui de Miireté ■ ; il ajoulnil : « CnpKaine FraDciHooe. ^t w'a et taujour» ny nli rostre amj, et tel vous me trouv^rex «K ImU ce (]uit TDiu me touIcIicz employer et ikuasi pour ce que je ~ ~ ' ' a, qve le roy mon msistri' eust benuroup do lelz personnages Tîee «pie tous. ■> Il le priait de Tenir le trouver et l'Assurnit le qnilteroit point Mtns 6tre saliKtaicI et roulent •. Hss. de

(|) La f^uTernante Hnrgiiei'îlc (i Matitnilien de Berghes. Lettre tin V nan <Uta Houe. p. 131 à 132.

(3) liu/nie(û>ru du roi(atholiqn<!, efr., du S mnrs. Le Glnj, Si'yodabMU. «le., I. Il, p. 307.

tas CHAPITRK II.

(Je la France ne manquaient pas de l'affirmer, que c'était par les conseils du roi très-chrétien qu'il avait attaqué Reulling-en et avec son arguent qu'il avait levé quatorze mille Suisses dans ce moment à son service. Il n'en était rien. En apprenant qu'on répandait des bruits aussi dangereux pour lui. François I" se hâta de les démentir. Il adressa, le 3 mars, aux villes de Lubeck, de Constance, de Spire, de Worms, d'Erfurt, do Colog-iie, de Francfort, etc., des lettres toutes remplies de ses protestations à ce sujet et des assurances de son amitié. .( Nous avons toujours eu, leur disait-il, les villes impériales pour très-chères, et avons afTectueusement permis à leurs, citoyens de commercer en liberté et en sûreté dans noti-e royaume et dans nos domaines liéréditaires. Nous les y avons traités avec autant de faveur que s'ils étaient nos propres sujets et les y avons comblés des plus amples privilég-es, comme nous avons la ^confiance qu'ils n'hésiteront pas à vous l'affirmer, s'ils sont interrogés à cet ég-ard. C'est pourquoi nous ne pouvons pas supporter sans un g-rand déplaisir qu'on ait répandu en Allemag'ne, ainsi que nous l'ax'ons appris, le bruit que nous avons aidé avec de l'arg-ent et des armes ceux qui se sont déclarés les ennemis des villes impériales et qui les ont attaquées. Nous avons été si loin de le faire et nous en avons si peu la pensée, que, dans le présent état des choses, si nous avions à entrer en g-uerre, ce serait pour vous et pour le saint-empire que nous prendrions

ÉLECTION A LEMPIKE EN iH\l. 189

les armes plus volontiers ([ue pour qui que ce soit. Ainsi devez-vous l'attendre et vous le promettre de nous à cause de noire ancienne amitié et de i'alliaoce qui nous a été jusqu'à présent chère et sacrée (1). »

Mais cette démarche de François I"' ne servit de rien : le mal était fait. Vainement refusa-t-îl de s'entendre avec le duc Ulric, qui lui envoya un liomme de sa confiance (2), et s' abstint-il même d'intervenir comme arbitre entre lui et la lig-ue, à l'exemple de l'électeur palatin, qui, en sa quaUlé de vicaire de l'empire, avait tenté de pacifier cette querelle : l'on ne tint compte ni de son désaveu DÎ de sa réserve. Ce qu'il y eut de pis pour lui, c'est qu'à l'irritation produite par cette alliance supposée s'ajouta bientôt le discrédit d'une défaite.

L'armée des confédérés s'était mise en campa- ^e  la fin de mars. Elle avait le bon droit, la paisston et la force pour elle; aussi envahit-elle le Wurtemberg sans rencontrer de résistance. KUe entra, presque au début des hostilités, dans StuttgBrd, et le 2i avril elle s'empara de Tubing-ue, où délaient enfermés les enfants du duc Ulric, qui se réfugia dans le comté de Montbelliard en attendant des temps meilleurs. Le 24 mai, Asperg, dernière foKeresse du duché, tomba entre les mains des

(I } Lotir» «iir pnrclieiiiin sigaéot ilu lui ol coDlre-sigoees de HolwrteLArdiite», carbin i. Oui, pkVes W, 32, 3i, 3i, 33, 36, 37.

(3) l44lK iIh FrAD^ois I" à sui wiibtissaùvurs, du 21 mars. Usa. de U Huv, H* ^^, î. m.

IW CHAPITRE II.

confédérés de Souabe, dontlarmée resta à la dév^H lion du roi catholique. ^Ê

Ce qui avait rendu si prompt et si compIet-H désastre du duc de Wurlemberg-, c'était l'abandon où l'avaient laissé les quatoi'ze mille Suisses sur lesquels il comptait pour se défendre. Les cantons les avaient subitement et impérieusement rappelés dans les premiers jours d'avril, à l'ouverture même de la campag-ne. Ce rappel était l'œuvre de Maximilien de Berg-hes, dont l'habileté n'avait pas procuré ce seul avantage à son maître auprès de la conl'édération helvétique, qui se considérait toujours comme partie intégrante de l'empire g-ermanique, bien qu'à la paix de Bâie de 1499 elle se fiùt affranchie de l'obéissance à ses décrets, de la soumission à sa justice, de la contribution à ses impôts, après avoir remporté sept victoires sur son chef et ses armées. Maximilien de Berg-hes éU arrivé le 15 mars à Zurich. Une diète y avait i assemblée par les soins du cardinal de Sion. implacable ennemi de la France avait parfaitenc disposé l'esprit de ses compatriotes pour la misMO de Maximilien de Berg-hes. Les Suisses disaiflf déjà tout haut qu'ils ne sou JTriraient point qu'on é un autre empereur qu'un prince de raccallemanil Leurs députés allèrent en grand nondu'O à la i contre de Maximilien de Berg-hes, qu'ils BccueiO rent cordialement. Ils écoutèrent avec faveur s propositions, et, pour lui prouver encore mieux leurs bons sentiments, ils s'invitèrent sans I

ELECTION A L'EMPIRE EN lalU. lUl

chez lui, où ils remplissaient chaque jour trois ou qualrtî Jurandes tables. Comme, à l'exemple des Allemands, ils ne Taisaient rien pour rien, ils mirent leur amitié et leurs concessions à prix, et ils voulurent avant tout qu'on payât les arrérag-es de leurs anciennes pensions et qu'on leur en accordât de nouvelles. Tout ne souriait pas à Maximilien de Borg'hes dans cette nég"oeiation. Accablé do leurs «lemandes, les ayant du matin au soir en sa présence ou à sa table, oblig'é d'entendre leurs plainte», de supporter leurs arrog-antes familiarités, de subir leurs exigences multipliées, de traiter sans cesse l'argent et le verre à la main, il écrivait à Aug^bourg" avec une sorte de désespoir, qu'il avait soin de cacher à Zurich sous la sérénité d'une im- ' perturbable patience': «Si j'eusse su que l'on eût 1 aicuê ici une pareille vie, j'eusse mieux aimé porter des pierres que d'y fitre venu (1). »

il réussit toutefois dans ses desseins. Le roi catholique l'avait autorisé à dépenser la somme de :Î0,000 florins d'or en pensions qui devaient être distribuées au taux de l,oOO par canton, outre les 200 florins anciennement stipidés pour la ligue héréditaire avec la maison d'Autriche. Maximilien de Berghes dépassa un peu son crédit, et porta à 26,000 florins d'or la somme totale des pensions. II paya en nit"'me temps les arrérag-es des principaux meneurs des cantons et promit de satisfaire les

{I] UUrt! (le Humiilleu de Derghps, dv Zui-kh, le 2â mon ISltl. Le QUj, Itt'goàatium, ^tc,, l. II. |>. 'ifSi fi T/.i.

"Obtint par là tout ce qu'ÎÎT renouvellementde la lig-ue héréditaire, et le rappel des Suisses au service de Wurtemberg-, et une démonstration éclatante contre la candidature de Kranf;ois I" à l'empire (1). La diète de Zurich renvoya l'ambassadeur de ce prince, en lui déclarant qu'elle ne voulait pas pour empereur son maître, qui devait se contenter d'un aussi g-rand royaume que celui de France, et lui sig-nifia qu'elle l'enipêcberait de tout son pouvoir de parvenir à l'empire. En effet elle écrivit aux électeurs pour les détourner de choisir François 1", et au pape pour l'inviter à ne plus g-^ner le choix des électeurs. Elle dit que les Suisses ne s'étaient jamais séparés du Saint-Siég-e , nag'uère encore protégé par eux sous le pontificat de Jules 11, ni du corps g^ermanique, dont ils continuaient à être membres, et qu'ils demandaient, dans l'intérêt commun de la chrétienté et du saint-empire, un chef tiré de la nation allemande et non de la nation welsche (2j.

Celle démarche des Suisses, jointe à la défaite du duc Ulric de Wurtemberg; dans le midi de l'AlIcmag:ne et à l'échec que les ducs de Calenberg; et de Wolfenbùltel, partisans dévoués de l'Autriche, venaient de faire éprouver au due de Lunebourgdans le nord, et le triomphe de la lig-ue de Souabe,

(I) l^etlre de Mniimilmn de Berghcs au roi de GnstîlK du 12 avnl, à CoDstauci'. Lo Oliiy. NigodatiitM, de, vnl. Il, |i. 4<>'i il 421.

(j) I.Hlra <lii 4 utril IlilS écrite de Zurich par ks Sui«ict aut éWteun. Duu Bucbolii, vol. I, p. 9T.

ÉLECTION k L'EMPIRE EN Ibl». 193

qui renouvela l'alliance héréditaire avec la maison d'Autriche et défendît aux banquiers des villes confédérées de prêter le concours du chang-e au roi Irès-cbrétien dan3 ses poursuites électorales, portèrent un grand coup aux affaires de ce prince en .\llemag-ne. François 1°' en fut alarmé et irrité. Il écrivit à ses ambassadeurs : « Je serais très-aise (jue l'afTaire pût se conduire sans entrer en guerre, pour éviter le hasard et l'effusion du sang: humain. Toutefois, puisque les choses en sont venues où dles sont, me désister me sérail une honte, et, par ci après, les Suisses voudraient me donner la loi, ce qui me serait fort g^rief à porter. J'ai fait dresser une armée de quarante mille hommes de pied pour ûj mois. Si on m'assaille, je mettrai peine à me défendre. Vous entendez assez la cause qui me meut de par\'enir à l'empire, et qui est d'empêcher que le roi catholique n'y parvienne. S'il y parvenait, vu la grandeur des royaumes et des seig'neuries qu'il tient, cela me pourrait, par succession de temps , porter un préjudice inestimable. Je serais toujours en doute et soupçon, et il est à penser qu'il mettrait bonne peine à me jeter hors de l'Italie (1).»

Le roi de France avait longtemps hésité entre les eolueils de l'archevêque de Trêves, qui le dissuadut de lever des troupes, de peur qu'on ne l'accusit de vouloir se faire élire par force, et ceux du

'I) tMtn àe FruDçou 1" ï ses ambassadeurs, du lU avril, Ms^. de La

i94 CHAPITRE 11.

margrave de Brandebourgs, qui le prisait aa contraire d'en mettre sur pied, afin d'inspirer plus de confiance à ses partisans. Il embrassa alors ce dernier parti. Pendant trois jours, il s'enferma avec le surintendant Semblançay , le trésorier Babou et les autres g*ens de ses finances pour trouver les sommes nécessaires à ces armements (1). L'élection lui en coûtait déjà de fort considérables, et il était obligé de tout faire argent comptant. Avant même les défenses de la ligue de Souabe, la puissante maison des Fugger lui avait refusé le secours de sa banque, et avait ainsi renoncé, par un patriotique désintéressement, à gagner environ 30,000 florins (2). Aussi, indépendamment des espèces en or que Bonnivet avait portées en Allemagne, François I** y envoya-t-il, dans le courant d'avril et les premiers jours de mai, 400,000 écus au soleil , qu'il fit escorter à travers la France, la Lorraine, Télectorat de Trêves, et que ses ambctssadeurs, suivis de huit cents chevaux, eurent avec eux sur les bords du Rhin, dans les sacs de cuir de leurs archers (3). Il expédia en même temps vers le nord, — à son allié le duc de Lunebourg, à son pensionnaire le duc de Holstein, au duc de Mecklenbourg qui demandait à le servir, et surtout au margrave Joachim qui proposait de lever à lui seul

(1) Lettre de Fran(;ois I^' aux mèiiie!4. du 21 avril, f. 79.

(2) Lettre de Maxiuiilieu de Berghes a Mai-guerite d'Autriche, des 26 et 27 février llilt). Dans Mone.

(3) Mémoires de Fleuranges, vol. XV], p. 331.

ELliCTION A L'EMPIRE E^ \'i\'.K ly-i

qflioze mille hommes de pied el quatre mille cheraux, — des ordres et de l'arg-ent pour qu'ils se disposassent à le seconder avec des forces suffisantes. Il prit de semblables mesures du côté du Rhin avec le rhing-rave, qu'il fit son pensionnaire (i) pour Topposer à Sicking-en, dont il était le voisin et le rival, et avec le duc de Gueldre, vieil et persé- Tcranl allié de la France. Il rassembla lui-même ses compag;nies d'ordonnance sur la frontière de Qiampag-ne, où il flt marcher soixante pièces d'artillerie toutes neuves qu'il avait à Tours, et où il réunit, sous le commandement du maréchal de La Palice, un corps d'armée prêt, s'il le fallait, à entrer en AlIemag'De.

Le roi catholique ne resta pas plus en arrière du ni de France pour les préparatifs militaires que pour les menées électorales. Disposant dans la Franconie , où elle s'était transportée après la campag-ne de Wurtemberg^, de l'armée victorieuse de la lig-ue de Souabe que dirig^eait toujours Sickingcn, il recommanda de ne point la licencier et la prit à sa solde pour trois mois (2)- Il concentra en outre des troupes sur la frontière des Pyrénées,

(1) LettK de Frou^is I" à iei ambaisadeiirs, du lU mars, f. 6S.

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