I.* le moycD ilc laiinelle lee gagueret pour en Taire ce que
LeUre du V tuorf, Le Glaj, Hègociatiom, etc., p. 324.
uu le roi de Cailille à tes commis^lres en AUemagnr.
Lflttn dit 31 iiinr^, non iuipiiinée. Arcliiti» di' Lille.
vers Perpignan et vers Painpelune, et il prescrivil d'enrôler des soldais pour le royaume de Naples. Ainsi la rivalité des deux rois, qui divisait déjà l'Europe, était sur le point d'amener la g-uerre en Allemag-ne, en Italie, en France, en Espag-ne , ei l'annonçait tout au moins bientôt dans les pays où devaient se rencontrer la diversîlé de leurs intérêts et s'enlre-choquer leur puissance.
Au milieu de ces armements, les négxïciations avaient continué sans se ralentir. Après de longs pourparlers avec l'électeur de Brandebourg, Joachinide Moitzan avait écrit à François ï°' : « Tout ira bien, si nous pouvons rassasier le niarg-ravc. Lui et son frère l'électeur de Mayence tombent chaque jour dans de plus grandes avarices... La chose en est arrivée au point que celui des deux rois qui donnera et promettra le plus, l'emportera. II me paraît très à propos d'envoyer tout de suite quelqu'un qui se joig-ne à moi, et qui soit muni des pouvoirs nécessaires pour conclure et ratifier. » Il finissait sa lettre par ces mots : Vife , vile, vite (I). Fran<.'ois I" avait fait partir alors pour Berlin La PouBsinière et Bazog-es, qui y étaient arrivés vers la fin de mars. II voulait qu'on conclût à tout pri
( 1 1 Cita, citù, cUo. — l,etlr« latioc ilc ItolUnii, ilu 26 tcTrior. L j ginsl. Ardiite», ou-lou J. W2, fiboe U7.
ÉLECTrON A L'EMPIRE EN l-HId. 197
avec le raarg^rave, que les ag-ents autrichiens appelaient le père de toute avarice {!), Prévoyant même i|Uf le margrave pouvait lui échapper après s'être engag-é, il ajoutait : n Si, avant ou après la totale et Unale conclusion prise par mes ambassadeurs avec le marquis, ils aperçoivent quelques olTres pour le faire bransler et chang-er, qu'ils soient advertis d'y avoir l'œil et eulx tenir près dudil marquis et de 3*s serviteurs, et principalement de ceux qui conduisent les aiTaires ; et s'il demande quelque chose, soit pour lui ou son fils, qu'ils le lui accordent et lui en facenl, en vertu de leurs pouvoirs, les pro*. j messes telles qu'il les demandera^ et qu'ils le traitent et mènent de sorte qu'il demeure ferme et liene sa foy et promesse ; car, pour ce faire, je n'y veuil aucune chose esparg-ner, quelle qu'elle soit. Ayant luy et M*' de Mayence , son frère , pour moi, avec M*" de Trêves et le comte palatin, l'affaire est du tout assurée (2). »
C'est sur ce pied que la nég'ociation avait été poursuivie. François I" ne s'était laissé rebuter par aucune desexig^ncesde l'électeurde Brandebourg', el, lorsque ses ambassadeurs hésitaient à le satisfaire, il leur mandait : Je veux qu'on soulle de toutes choses le manjuis Joackim (3). 11 lui accorda ainsi,
(IJ UHn de Maumilieu de B«rgbei à Morgueiite il'Autrîclie, des 5 el 6 (Nmr tSlB. Le Gb;. Négûàations. etc., p. ï03.
(l) Lettre de François I" ï tes «mbassadeurs, du 28 inar*. Uu. dn U lUre. lîiîi, f. 69.
[3] Lettre de François 1" & ses iuiil>assadeuiK, ilu 30 luars. Ibid., t71.
tÊtf CHA.PITRE 11.
aveft les autres avanlag-es qu'il réclamail, 175,00) éeus d'or pour la dot de la prince8se Renée, et le traité fut définitivement conclu le 8 avril. On convinlque le premier terme du payement s'efTectuerail le 10 mai à Coblentz, où Jean d'Albret alla remettre lui-même 50,000 flqrins aux envoyés de l'é leur.
L'électeur prit le même jour, 8 avril, l'eng ment suivant signé de sa main, scellé de son sca qui fut transmis à François I" : « Nous JoachH par la grâce de Dieu, marg-rave de Brandebourp7 archichambellan du saint-empire romain, princeélecteur, duc de Stettin, de Poméranie, des Slaves, burgrave de Nuremberg-, etc., songeant dans notre esprit que l'office d'empereur a été principalement institué pour protéger et défendre la foi catholique, et aussi pour repousser ses plus féroces ennemis, ce qui ne saurait se faire comme il convient, à moîi que la couronne impériale ne soit décernée àl prince très-prudent dans le conseil, vaillant dn les batailles, doué de foute la vigueur du eor|M, arrivé à la fleur de l'âge, de telle sorte qu'on puisse le dire puissant de parole et d'action. Or, comme, dans ce temps, le cruel tyran des Turcs, prince trèsredoutable, projette diverses entreprises contre la chose chrétienne, il est indubitablement à craindi si les chrétiens ne lui résistent pas d'un opiniAl courage et avec les forces les plus considérable et si le Dieu très-bon et très-grand n'arrête pas sa cupidité et sa volonté^ qu'il ne ravage la chrétienté.
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ÉLECTION A L'EMPraE EN intfl. m
w l'asservisse et ne l'accable sous un joug- insup- [wrlable. C'est pourquoi, appelés que nous sommes p»r la divine Providence à la dig'nité de margrave, à la principauté du satnt-empire, au nombre des élecleurs, nous désirons par-dessus tout qu'il soit mis de nos jours à la trte de l'empire quelqu'un possédant les vertus nécessaires pour remplir virilement l'office qui lui sera imposé. Nous avons donc jeté les yeux sur le très-inv incible et trèsehrétien prince François, par la faveur de Dieu roides Français, duc de Milan et seig'neur de Gènes, qiii. par son àg-e florissant, son babileté, sa justice, son expérience militaire, l'éclatante fortune de ses armes, et toutes les autres qualités qu'exig'ent la guerre et la conduite de la république, surpasse, au jiifremenl de chacun, tous les autres princes chrétiens. »
Après avoir loué les grandes actions de Franfoia I" et celles de ses prédécesseurs, avoir exprimé le ferme espoir que François I" emploierait sa capatilé el sa puissance à proléger la chrétienté, qu'il tournerait contre les conquérants ennemis de la foi l'épéequi s'était teinte jusque-là de sang- chrélien, l'électeur ajoutait que ces raisons et ces espérances le décidaient â/îromoi/co/r le roi de France à l'empire vacant, 'i Y ayant mûrement réfléchi, dirait-il , nous avons fidèlement promis et nous promellons en parole de prince, sur notre foi et par ces présenles, que nous élirons le roi (rès-chrélien roi des Romains et ensuite empereur, et que nous
lui donnerons notre voix, pourvu cependant que deux de nos coélecteurs , votant avant nous , relisent et lui donnent la leur (1). »
On en était là lorsque le comte de Nassau et Gérard de Pleine arrivèrent à Berlin de la part du roi Charles. Le margrave les reçut froidement, et leur fit des propositions dérisoires. Il offrit de donner sa voix au roi catholique, si ce prince en avait quatre avant la sienne, et il exigeait pour ce suffrage inutile qu'on augmentât la dot de Tinfante Catherine de 100,000 florins d'or, sa pension de 4,000, son don gratuit de 30,000, et qu'on transportât de l'électeur de Saxe à lui le vicariat de l'empire dans le nord de l'Allemagne. C'était un vrai refus de négocier. Voulant toutefois se ménager quelque avantage si le roi catholique l'emportait sur le rm de France, après avoir résisté à tous les efforts des ambassadeurs autrichiens , il finit par leur dire qu'il se contentait des conditions stipulées à Aug»bourg (2).
Le comte palatin avait été moins scrupuleux dans son avidité. Depuis la mort de Maximilien, il n*avait cessé de traiter avec les deux partis (3). Il avait tour à tour accueilli d'un côté le chambellan
(1) L'orieinal en latin, sur parchemin, signé de la main de Télecteur et muni de son scel en cire rouge. ArchiTes, carton J. 952, oiim 892, pièce 13.
(2) Lettre du comte de Nassau au roi Charles, datée du 8 avril. ArchiTes de Lille. Cette lettre est très-curieuse et inédite.
(3) « Il fait comme Filate^ et pour ce est hesoin le tenir de prei et non dormir, » écrirait ArmerstorfT le 14 mars au roi Charles. — Le Glay, Négociât. y etc., toI. II, p. 3i(.>.
Umothe au Groing-, le président Guillart, le bailli de Caen, le maître des requêtes Cordler, de l'autre AraierstorfT. le comte de Nassau et le seig-neur de Le Roche. Pendant qu'il entretenait de ses bonnes dispositions les ambassadeurs de François I", son cliancelier concluait le 4 avril un traité avec les ambassadeurs du roi Cbarles. Ceux-ci lui avaient assuré 10,000 florins de don gTatuit de plus, avaient porté sa pension de 6 à 8,000, et devaient appuyer auprès de leur maître ses prétentions à \'ait>uerie d'Hag'uenau, dont la perte lui valait une txwnpensation de 80,000 florins. De plus, pour indemniser les marchands qui avaient été pillés en traversant le pays du comte palatin, ils avaient remis 9,000 florînsàlalig'uedeSouabe, afin qu'elle I D'en poursuivit pas contre lui le recouvrement à
main armée (1).
I Ce traité fut bientôt suivi d'un autre dans un
1 sens tout contraii-e. L'électeur palatin, qui depuis
, six semaines avait échappé sous divers prétextes à
' une entrevue avec Bonnivet, envoya secrètement,
le 9 mai , son mtime chancelier dans un villag-e
vuisin pour s'aboucher et conclure avec lui. Le
' m»*me jour, on convint que l'électeur voterait en
faveur de F'ranrois 1", qui lui donnerait 100,000
florins d'or après l'élection, lui payerait exactement
5,000 couronnes d'or pour sa pension, distribuerait
clia(|uc année 2,000 florins à ses conseillers, confé-
(t'i iielln du i avril de Iliniii de Nassau H ûk Gérard de Pleiue nu ni talholique. — Le Glay, iV«godat., etc., lol. Il, p. H>Z H 106.
202 GHAPITBE 11.
rerait des évêchés à ses deux frères, et prendrait au service de France^ avec une allocation annuelle de 6,000 francs , le comte Frédéric, s'il voulait s'y mettre. Une somme de 30,000 florins lui était assurée de plus comme moyen de défense contre la lig'ue de Souabe, et François I" devait l'aider à reconquérir les villes et les châteaux dont Maxiini* lien l'avait privé à la diète de Golog^ne en prononçant son arrêt sur l'hérédité de Landshut (1). La conclusion définitive traîna jusqu'au 22 mai, jour où elle fut signée à Goblentz (2). François I" la ratifia le 28 et reçut de Télecteur la promesse formelle de voter pour lui, conçue à peu près dans les mêmes termes que celle du margrave de Brandebourgs et fondée sur les mêmes raisons. Cette promesse, écrite sur parchemin, ne mentionnait pas davantage le prix auquel François I" l'avait acquise. Clouvrant son marché des motifs les plus hauts et les plus louables, ne subordonnant même son suflrage à aucune condition, le comte palatin disait : a Afin que nos pieuses intentions se réalisent, nous supplions le roi très -chrétien , autant que nous le pouvons, de ne pas cesser d'aspirer à l'empire, vu
(\) Lettre des ambassadeurs do François I^*^ au i*oi, du \0 mai (Un. de La MarCj-^^-p^, f. 141), et Histoire politique de la Bavière, par Stumpf, archWiste du royaume de BaTÎère, Munich, 4816 h 1818, t. I, sect. i, p. 32 et suiv.
(2) Letti-c des mêmes au même^ du 23 mai. Ibid., f. 160. « Nous avons devers nous, écrivaient-ils à François I*', la promesse du dict comte par escript, signée de luy et scellée de son sceau, qui est pure et simple, par laquelle il promect vous eslire et est pareille de celle de monsieur de Trêves, qui ne pourroit estre mieulx. »
ÉLECTION A L'EHPiaE EN I5lit. 503
les avantagées que la chrélienttî tout entière retirerait de son élévation. C'est pourquoi nous nous engageons, en parole de prince et sur notre foi , à IVlire, à lui donner notre voix et à presser les autres princes de lui donner la leur. Nous ne pouvons rien faire de meilleur, de plus di^ne, de plus agréable au Christ, de plus utile à tous les chrétiens. En lémoig-nage de quoi nous a\onB souscrit ces préseales de noire propre main et nous avons ordonné de les revêtir de notre sceau. — En notre château dHeidelberg^ (1). »
Le duc Frédéric de Saxe et l'archevêque de Cologne refusèrent seuls de prendre des engagements. Le premier agit ainsi par intégrité et pour m montrer jusqu'au hout observateur fidèle de ses devoirs électoraux ; le second, par faiblesse et irrésolution, n'osant pas se décider entre des ofTres et de» influences contraires. Cependant l'électeur de Cologne, après s'être longtemps refusé à une conférence avec les ambassadeurs de François V', avait reçu secrèlement Jean d'Albrel dans la ville de Bonn vers la fin du mois de mai. II lui avait montré les dispositions les plus favorables pour le roi son maître, sans s'obliger par écrit à voter pour lui. Supposant toutefois qu'il avait plus de chances d'f^tre élu que son compétiteur, il insinua qu'il lui donnerail son suffrage, afin de se ménager ainsi les avan-
(I) L'original latin, sur parcheniin, tigaé de la main de l'élrcteur <'t Doai de Mn imI ca ànt rou^. Arohi* es, carton J. 952, pièce 16.
tm
2D4 CHAPilBE H.
tages qu'il n'osait pas stipuler d'avance : « Finalement^ écrivit Jean d*Albret à François I*', sa réponse a esté qu'il entendoit bien par mes paroles que Votre Majesté avoit parmi les électeurs de bons amys qui donneroient à cogrnoistre le service qu'ils vous feroient lorsqu'ils seroient ensemble. . . , et qu'il espérait que vous suiviez la doctrine de Dieu qui donna autant à ceulx qui vindrent besong^er à sa vigne à la moitié du jour qu à ceulx qui y estoient dès le matin (1). »
Du reste, les espérances qu'il donnait au roi trèschrétien , il ne les refusait nullement au rai catholique. Aussi les ambassadeurs des deux rois se flattèrent également d'obtenir son suffrage au moment décisif, tout comme les deux compétiteurs se croyaient Tun et l'autre Tobjet des démarches d'Henri VIII auprès du collège des électeurs- Ce prince avait promis à chacun d'eux d'intervenir secrètement en sa faveur. Au lieu de cela, il avait envoyé sir Richard Pace en Allemagne avec la mission expresse de briguer pour lui-même la couronne impériale (2). Richard Pace avait trouvé les négociations trop avancées et les suffrages mis à un prix trop haut pour donner suite à cette vaniteuse fantaisie de son maître. Il abandonna la candidature d'Henri VIII , mais il se garda
(i) Lettre de d'Albret à François I", du 27 mai. Mss. de U Mare, •^\ f. 154.
2) lettre latine d'Henri VIII aux électeurs, du i I mai. Dans Bucholta, Histoire de Ferdinand !•', t. 111, p. 673. Voir aussi le 1. 1, p. 104.
ELECTION A L'EMPIRE EN I5i9. 20j
prudemment d'en recommander aucune autre (1). La diète électorale avait été convoquée par l'ar- Hievéque de Mayence, en sa qualité d'archlchancelier de l'empire , pour le 17 juin. Ce grand jour approchait. La conscience des électeurs liés par des engttg-emenls sembla se réveiller au souvenir du serment qui devait être bientôt prêté ; mais elle ne leur servit qu'à reprendre, ou, pour mieux dire, àalTecter une indépendance menteuse. Terminant cette œuvre de vénalité et de déception comme ils l'avaient commencée , ils couronnèrent par une fornoalilé hypocrite des négociations toutes pleines de duplicité. Ils demandèrent aux deux rois, et ils ob^nrent d'eux, qu'ils les déliassent par écrit de leurs promesses (2) , afin de pouvoir en apparence observer les prescriptions de la bulle d'or et jurer qu'ilsétaient libres tout en restant eng-agés.
Les électeurs furent tous rendus à Francfort le 8 juin. Ils arrivèrent avec la pompeuse suite de leurs conseillers , de leurs serviteurs et des troupes de cavaliers leur servant d'escorte, dans celte ville réservée aux élections impériales, et où, depuis l'ouverture deleur assembléejusqu'àson terme, ne
(I] Lettre de BicliHrd Pare au caJ-diDAl Wolsey, du S7 juillet. Dans eaÈà,Origimt Letterit, toi. I, p. 137
'l^ttrea de* atnhossodeurs de François I" à ce prince, du 10 et (Hh. de La Hnre, ^^, t. 13( et 146.} Vers la fin de mai, le« montrèreal h l'archeTêque de Trttes les lettres de la ileda termen*.. (Lettre du 27 mai à ErBocoi* ■"■ lt>id., f, 157.) carton J. pièce 42. — De «on caié, le roi Chartes eavoya « letbe» pour dtscbkrgier le» dicta Électeurs de leur promesse ». — Le roi de CtfUIle k «M député* en àllemaene, le 20 UTrit. — Le GUj, JV«|}OCVii- Mon*, etc., 1. Il, p. 437.
•ai-
pouvait pénétrer aucun autre prince, ni l'ambai deur d'aucun roi. L'archevt^que de Trêves, avait eu de fréquentes entrevues avec Bonniv d'AIbret et Guillart, reçut d'eux et y porta 50,000 écus d'or pour g-ag-ner à François I" l'archevêque de Colog-ne et les envoyés de Bohême {!). Ce monarque attendait avec confiance le résultat de la diète. Il avait adressé à l'arehevéque de Trêves el au margrave de Brandebourg-, les deux plus fermes soutiens de sa cause, de pleins pouvoirs pour traiter avec les autres électeurs et confirmer leurs prâi lég-es, s'il était élu. (2).
Sur les sept membres du collègue électoral, quati lui avaient promis leurs suffrages à deux reprises diverses. Si l'archevêque de Mayence lui avait fait encore une fois défaut, et si le comte palatin s'était eng-ag-é presque en m^me temps avec son adversaire comme avec lui. les chances du roi catholique ne paraissaient pas meilleures que les siennes. Celui-ci ne pouvait compter avec certitude que sur l'archevêque de Mayence. Il avait aussi raison d'espérer la voix de la Bohême à cause des liens qui unissaient ce pays à l'.Autriche, et parce qu'il venait de marier la veuve de Ferdinand d'.\rag;on au margrave Albert de Brandebourg, qui exerçait une grande influence en Bohême. Toutefois, Langliac
(1) Lettre des nmbiiisadcurs i\e francois [" Il ce prince, du S7 n Hw. .le U Marp i^. r. IS7.
(2) L'orifiinal sur parcbfoiin, sigoé par le roi, coaln-wga6 ptfl l)flrtel, dn\é du 12 mai cl muui du scel en ciix-Jiiunu. Atchiia^ et I. 9S3, pihce 17.
et Antoine Lamet, que François I" avait fait partir pour la Polog^ne sous un dég'uisement^ avaient obtenu de bonnes paroles du roi Sig^ismond, qui n'a* vait pas été insensible à Targuent de France (1). Il avait envoyé de plus le duc de Suffolk vers les Etats de Bohême assemblés à Prag'ue , mais le duc n'y était pas arrivé avant le départ du chancelier Ladislas Stemberg*, délég'ué de son jeune souverain à la diète. Les deux voix de Golog*ne et de Saxe étant incertaines , il restait encore beaucoup à faire de part et d'autre pour obtenir une majorité définitive.
On y travailla des deux côtés. Sicking'en parut aux environs de Francfort avec plus de ving't mille hommes de l'armée de Souabe, ce (2) dont furent merveilleusement estonnez ceux qui voulaient bien au roy de France et très fort joyeux ceux qui vouloient bien au roi catholique (3). Afin d'ajouter à l'influence exercée par la vue de ces troupes l'action de leurs sourdes menées, le comte palatin Frédéric, Févêque de Liège, le marg'rave Casimir de Brandebourg'-Gulmbach, le comte Henri de Nassau et
(f ) « Bien est vray, écrit BonniTet au comte palatin, que je éxi, à maître chanoeUer que Poulogne aToit prins argent de nous, et que leurs ambassadeurs aboient charge de donner leur Toix au d^ s*' roy. » Lettre
nie le 2« ou le 27 juin. Mss. de La Mare, ^^, f. 172.
(2) bufruUUms données par le roy François i®' au dtic de Suffolk, M. Colbert, toI. 385, p. 1.
(3) Mémoires de Pleuranges, dans Petitot, toI. XVI, p. 342. — « Jaais ne fismes mieulx que de nous fortifier de ceste armée, laquelle
nous faisons marcher. » Lettre d'Armerstorff h Marguerite d'Autriche, éa 2 juin. ArchiTes de Lille.
a08 CHAPITRE 11.
Maximilien de Berg-hes s'établirent à Hôchsl , deux lieues de Francfort, tandis que les aulp( ag-ents du roi catholique demeurèrent à Mayence! Bonnivet s'était transporté depuis quelque temps de la Lorraine sur les bords du Rhin, avec un cortège de huit cents chevaux. Afin d'être plus près des électeurs et d'ag'ir, autant qu'il le pourrait, sur eux, il se rendit alors dég-uise, et sous le nom du capitaine Jacob, à Rudesheim, village situé à cinq ou six lieues de Francfort, laissant Jean d'Ai^ bret et le président Guillart à Coblentz.
La diète s'ouvrit le i8 juin. Aux termes de la bulle d'or, les électeurs entendirent, dans l'église de Sainl-Barlhélemy, la messe du Saint-Esprit qu devait inspirer leur choix (l). Après la messe, î s'approchèrent tous de l'autel, et là les trois arcb vêqiies de Mayence, de Trêves, de Cologne, la nWH sur la poitrine, le comte palatin, le duc de Saxe,! margrave de Brandebourg et le nonce du roi Bohême, la main sur le livre des Évangiles, ouvflij au premier chapitre de saint Jean, Jn pnncipio e Vcrium, etc., prêtèrent chacun à son tour le serment quisuit: — « Je jure, sur les saints Évangiles ici présents et placés devant moi, que je veux, par la foi qui me lie à Dieu et au sacré empire romain,
(1) Butle d'or, caji. u, art. l".
ÉLECTION A L'EMPIUK E.N V.H'.t. SO'J
élire, selon mon discernement et mon intellig-ence elavec laide de Dieu, poupchel' Icniporel du peuple chrétien, c'est-à-dire roi des Romains, futur empereur, celui qui convient le mieux à cette charg-e, autant que mon discernement et mon inleliig-enee medirig-ent et me commandent, conrormément à ma foi, et que je lui donnerai ma voix, mon vote, dmon susdit suffrag-e, libre de toul pacte, de tout prix, de toutes arrhes et de tout eng-ag-ement, quelque nom qu'on lui donne. Qu'ainsi Dieu et tous ses uints me soient en aide (1). »
Dès que la dièle fut assemblée, les ambassadeurs des deux rois lui adressèrent des manifestes dans lesquels, notifiant la candidature de leurs maîtres, Ils donnèrent à l'appui toutes les raisons qu'ils avaient déjà tant de fois exposées à chaque électeur ei nrliculier. Les conférences et les inlrig;ues durèrent pendant plusieurs jours. Les plus g^rands efforts se firent autour de l'électeur palatin, dont! la détermination pouvait entraîner celle de l'électeur de Colog'ne, et qui, ayant vendu tour à tour sa voix aux ambassadeurs du roi catholique en avril, aux ambassadeurs du roi très-chrélien en mai, flottait entre le souvenir de son dernier eng-a- ] geroent et la crainte des soldats de Sicking-en. Le comte Frédéric, qui l'avait décidé à s'eng-ag-er envers Maximilien à Augsbourg^, promit de le faire voler pour Charles à Francfort, il dit à Armerstorff :
le d'or, Mp. Il, art. 6.
OIAPITRE II.
^- . - frTf*-** assure de mon frère, » et offrit *il le fallait, d'être prisonnier du iians Francfort, sous un dé^ui-^ .. .iiftacher Télecteur palatin à ses hé^ ..T^ If donner entièrement au roi cathcK. Vbranla. L'ai-ehevêque de Trêves ...:^ii>i du danger de cette défection Bon- .. c«*ivil au Ci>mtt* palatin la lettre la plus .. .«il plus forte. Il lui dit qu'il trouverait .cftMMinent êtrang-e qu*il voulût trahir un ^uA était son parent et son ami, pour en im autn^ dont laïeul l'avait mis au ban '.u^a^ et a^^it amoiudri ses États, a Je vous j i.e» ijaons^^jktunir, ajoutait-il, de penser com- .. -ria vous îouohe. Nous feriez une g'rosse playe ..atj uiai^w. en étant celui qui commenceroit à ...auvr qu i" " y a point de foi ni d'honneur. Il .jMitpa^o^^' îi* P^i"' que l'on vous fait de brûler . -uioer v*Nir\' pays vous induise à changer d'opi- ,ou, car V ^^.»us utTi-e d'aller, dès cette heure, .,u^ stT^-^" ^.'» personne avec sept ou huit mille uisqut>5^'*v lui' j'ai tout prêts, et huit cents cheaux, *^* ^"^* maivhor incontinent Tarmée dui*oi ,411 M(| xviî îu livnlu rt» dWlIemagpne et la plus puissanlo xi^»^''» *'*^ ^^»^' de lonjftemps, ot, si vous me éoi^w'*-. ^'«* pi-rudrc lut'nie au service du roi la
^^ i ,M. \ui, i.iMiti .1 Mjijiiueiiti» d'Autricho, d'ileidelberi^ le II,. . »■ '. iij.'-i uiv luliiu's do Lillr ri non iiiipriuiOi' dans K-*
\ iii' ^M.ifl. il iKtlatmi, lil». v, p. HQ.
ELKcriON A L'EMPlKb; EN tol'J.
' moitié de l'armée de F
s de Sickio;
rancisqii toutes les fois que je
g^en, ce
qoe je pourrai im[i). «
Afin de le tenter aussi par l'appàl d'un plus grand intérêt, il lui proposa la belle-sœur du roi de France en mariag-e. avec une dot de 2 ou 300,000 florins. !a solde de 200 chevaux pendant toute sa vie, pour la g;arde de son pays et le dédomraag*menl des pertes qu'il pourrait éprouver s'il était attaqué à cause de son vote (2). Il informa en même temps François I" de tout ce qui se passait. Ce prince prit résolument son parti : il écrivit à Bonnivet que si l'élection n'était pas encore terminée, et si lui et ses amis, dans Francfort, voyaient qu'il était impossible de la faire tourner en sa faveur, it missent tous leurs soins à empêcher le roi ea- Uiolique d'être nommé empereur. Il lui prescrivait dans ce cas de faire porter les voix dont il disposait sur un prince allemand , de préférer le margrave de Brandebourg- it tout autre à cause de l'amitié qu'il avait pour lui, et, si le marg-rave de Brandebourg" n'était pas possible non plus, de se Pepliersur le duc Frédéric de Saxe, vers lequel pen- •Aaitl'électeurdeTrèves.d'exig'er de celui des deux.
(I) Lettre de l'amifRl Boiiui^tl au coujte |>Hlaliii ilu 24 juin, Uw. ilu Ulbn^^, f. i:u.
(2) tfttru ili^ l'uuiirBl Bonuivi-I au cooilv pnliiliu liu H juin. Ui». de U lu» ^^', f. 170, et autre lellrt! qu'il lui écrit eu alleiuHnd, et daus ^nclle il lui dit : ■ Je monslray k vostre cbnncellier troys ecellei que JSW|Si et ïuu« qui bùûtt le quart, qui cstoît lu seurelé du autre
■ta
«t CUAPITRE II.
qui serait ainsi nommé, l'assurance qu'après avoir été couronné empereur, il solliciterait pour luimême le titre de roi des Romains, et si le duc de Saxe s'y refusait, de le faire élire sans condition, afin d'écarter à tout prix du trône impérial le roi catholique, dont l'élévation aurait tant de danger pour lui {{).
C'est ce que François aurait dû faire depuis long^ temps. Son intérêt n"élait pas d'être élu. S'il l'avait été, il s'en serait bientôt repenti. Il aurait excité la défiance et l'indocilité de l'Allemag-ne, les mécontentements de la France, et peut-être à la long^ue sa rébellion, la jalousie, l'union et l'hostilité de tous les souverains. Les forces de son royaume, déjà détournées de leur emploi rég-ulier par les g:uerres d'Italie, qui laissaient ses frontières naturelles imparfaites et son org-anlsation intérieure Inachevée, seraient allées se perdre encore et s'épuiser en Allemagne. L'empire l'aurait réellement alTaihIi et infailliblement embarrassé. Il fallait dès lors qu'il se bornât à empêcher le roi catholîqiMl de l'obtenir. L'afTermissement de sa position 6li| Italie l'exipeait tout comme la sécurité de soiï^ royaume. Héritier unique des quati-e puissantes maisons de Bourg^g-ne, d'Autriche, de Castille, d'Aragï)n, le roi catholique était devenu le possesseur universel de leurs États et le représentant redoutable de leurs vieilles aniniosités contre i
fl) l.eUrea Je FrBOçow I" k i
ambassadeurs , ilii 26 jul
ÉLECTION A LEMPERE EiN 1519. 213
France. I] inipoplait avant tout à François I" que ce prince ne joig-nît point à l'Autriche, aux Pays- Bas, à l'Espag-ne, à la Sicile, à Naples, la couronne impériale. Or, pour l'empêcher d'acquérir ce surcroît de puissance et d'ajouter la suzeraineté du duché de Milan à toutes Ifs causes de collision qui naissaient déjà du contact des territoires et de l'opposition des intérêts, il n'y avait qu'un bon moyen : c'était de placer à la tête de l'Allemag-ne un chef allemand qui la tînt éloigTiéo de la g^rande lutte prête à éclater entre eux ; mais ïl fallait y employer ta prévoyance , roclivilé. le temps, l'arg-ent qu'il avait consacrés ju«|ue-là à sa propre élection. De pareils résultats ne sauraient t'tre des pis-aller. Ils ne peuvent réussir qu'en étant préparés de longue main.
Aussi la lettre du roi de France, partie de Melun le 26 juin, arriva trop tard à Hiidesheim. Déjà le 24 lo cardinal lég-at avait cessé de soutenir exclusivement sa candidature. 11 avait reru de nouvelles inslruntions du souverain pontife, auquel le roi catholique s'était plaint de l'intervention ouverte du Saint-Siège en faveur de François I". Charles avait chargé don Luis Carroz, son ambassadeur à ta cour de Home, de dire à Léon X qu'il ne saurait r«*culer sans honte dans la poursuite de l'empire, ni y échouer sans détriment pour son autorité comme pour sa réputation, et il l'avait fait siqtplier de chang'er de résolution à son égard. Rappelant
à l'ambitieux Florentin les bienfaits que les Médicis avaienl reçus de ses prédécesseurs, et rassurant le suzerain inquiet sur la trop grande puissance de son royal feudataire, il avait ajouté : <i Sa Béatitude peut ("'tre certaine que, après l'élection, nous nous ^uvernerons de telle manière, en tout ce (|ui touche auSaint-Siég-e. et particulièrement à Sa Sainteté, à son état, à la maison de Médicis, qu'elle verra clairement que nos œuvres ont été et seront toujoursd'un vrai fils et d'un Bis très-obéissant (I).» Léon X, déjà ébranlé par la résistance des quatre électeurs assemblés à Wesel et intimidé par les manifestations despréférences g-ermaniques, s'était rendu aux vœux du roi Charles. Il avait prescril, Il son lég-at, s'il voyait prendre à l'élection un certain tour, de ne plus s'opposer au choix du roi (le Naples, de peur que l'empereur futur ne devînt un ennemi du pape. Le lég-at avait dès lors sip-nifié aux électeurs que le souverain pontife, dans des intentions de concorde et de paix, adhérerait à la nomination de ce prince, si leurs suffrag-es se portaient sur lui. La résignation du légal et le manque de foi du comte palatin, qui répondît à Bonnivel en lui conseillant de pourvoir à la sûreté de sa pi sonne, ruinèrent les affaires de Krançois I". L'ea^^ Irepronant amiral , les jug-eant désespérées, prit' alors sur lui de renoncer à ta candidature de sonmaître pour susciter celle d'un prince allemand,
(I] l.eltrr' diiro! cnlholiqito h 'ton l.uis Cnrrot, du <7 nTril. Minât* orig, Arcb. ft« Lfllp.
ÉLECTION A L'EMPIRE EN l.SJfl. 2i:i
il l'aurait fait s'il avait reçu à temps la ilép^he du 26 juin.
Bonnivet se rejeta d'abord sur le margrave de Brandebourg", qui ne put pas même obtenir la voix del'archevéque de Mayence, son frère, ensuite sur l'électeur de Saxe, que sa réputation de sag'esse, de draiture, de désintéressement, de patriolisme. rendait un candidat beaucoup plus sérieux. La polilitliie bien entendue de l'Allemagne semblait conseiller aux électeurs de ne donner pour chef à leur pays ni l'un ni l'autre des deux puissants monar- (jues qui, capables de le défendre, seraient aussi en t-lat de l'asservir. La cour de Kome, redoutant presque au même deg-ré de voir monter sur le trône impérial le duc de Milan ou le roi de Naples, ce qui la mettrait à la merci du possesseur de la haute ou de la basse Italie, eût préféré le choix de l'électeur de Saxe; mais ce prince, prudent et peu résolu, rmig-nil de n'être pas nu niveau d'une aussi g-rande chargée, de succomber sous son poids et d'en écraser sa maison. La nécessité de repousser les Turcs, le besoin urgent de ramener la paix dans l'empire cl de poursuivre avec vigueur ceux qui la troublaient, le devoir de raffermir l'unité religieuse prête à se rompre, lui semblèrent au-dessus de ses forces ou de son caractère. Il déclina donc les offres qui lui furent faites, et il s'apprêta à donner sa voix à celui-là mi^me dont les armes victorieuses devaient plus tard envahir ses Etats, réduire en itirité son héritier, et faire passer la dignité
électorale de Ja branche de sa maison dans un" autre.
Ce grand conflit, maP'iué par des phases si diverses et pendant la durée duquel le roi catholique lui-mSnie avait paru si près d'échouer qu'on lui avait conseillé de travailler à l'élection d'un autra prince, ce grand conflit louchait à son terme. Le 28 juin, les électeurs, revêtus de leurs costumes de drap écarlate, se rendirent au son des cloches dans l'ég'Iise de Saint- Barthélémy pour procéder déBnitivement au choix d'un empereur. 11 semblèrent dans la petite chapelle près du chœiirfl qui leur servait de conclave.
L'archevêque de Mayenee prit le premier la pa*-l rôle. Il se demanda lequel il fallait élire, du roil très-chrétien, du roi catholique ou d'un prince ail inand. Il examina d'abord s'il convenait de choisir J François I", et dit qu'aux termes de la bulle d'oi les électeurs juraient de ne pas élire un emperea étranger, et qu'ils manqueraient à cette loi et i leur serment, s'ils nommaient le roi de Franc que celui - ci d'ailleurs voudrait accroître royaume, qui était liérédiluire, aux dépens de l'e pire qui ne l'était point; que, s'étant emparé ( Milan après sa g^raiide victoire sur les Suisses i Marig'nan, il aspirerait désormais à soumettre loui l'Italie et dirig^erait ensuite son ambition conli l'Allemag-ne; qui! chercherait à enlever la Flï et l'Autriche au roi Charles, d'où i-ésulteraienl ( grands troubles et des g'ueri'cs civiles dans leiu
patrie; que si, dans ce cas, les électeurs et les autres princes s'opposaient à ses desseins en voulant défendre les droits de l'empire et le petit-flls de Moxiinilien, ù qui ils devaient tant, il les déposséderait pourcn mettre d'autres à leurplace; qu'ils pouvaient jug-er de la liberté qui leur serait laissée en jetant les yeux sur le royaume de France, où se trouvaient nag'uére encore plusieurs grands princes disposant de beaucoup d'autorité, et où il n'y avait plus aujourd'hui personne qui ne tremblât au plus petit signe du roi. Après avoir ainsi combattu la candidature de François 1", l'archevêque de Mayenee lui donna pour sa part une exclusion formelle.
Discutant alors le choix d'un prince allemand, il ne s'y montra pas moins défavorable, parce qu'un semblable empereur, faible et désobéi, serait hors d'état de conduire, de pacifier, de défendre l'AIleniag'ne, et d'y rétablir l'unité religieuse compromise. Restait \n roi catholique. L'archevêque convint que, s'il était élu, les affaires de l'Allema- ^e paraîtraient exposées à souffrir de son éloigncment, et ses libertés à être menacées par sa puissance. Il ajouta toutefois que, lorsqu'il considérait l'origine allemande de ce prince, les États qu'il possédait dans l'empire , les heureuses et grandes qualités dont il était doué, les ressources «omidérables qu'il mettrait au service de l'Alleel de toute la république chrétienne, les précautions à l'aide desquelles on pourrait
éviter les dangers de son autorité, nul auln lui semblait plus dig'ne de recevoir la couronne impériale (i).
Ce discours produisit beaucoup d'effet sur les électeurs, qui désirèrent néanmoins entendre l'archevêque de Trêves. Celui-ci, s'étonnant de voir l'archevêque de Mayence préférer le roi catholique au roi ti'ès-chrétien, dit que la bulle d'or ne les autorisait pas plus à élire un Espag'nol qu'un Français, et que, si l'on jug-eait le premier capable d'î^tre élu parce qu'il possédait des provinces de l'empire, le second ne l'était pas moins comme possédant la Lombardie et le royaume d'Arles, qu'il fallait donc rechercher lequel des deux leur convenait le mieux. 11 soutint alors qu'en choisissant le roi très-chrétien et en l'obliffeant à ne point attaquer Napies ni la Flandre, ce prince entreprendrait infailliblement de chasser les Turcs de la Hongrie pour protéger l'AlIemag'ne, qui était l'avenue elle rempart de son royaume, tandis que, si l'on nommail le roi catholique, on pouvait être certain que la guerre éclaterait dans les Pays-Bas et en Italie; que le roi Charles s'elïorceraii d'enlever Milan à François I" pour l'annexer à ses Etats, et que, durant cette lutte des deux plus puissants princes de la chrétienté, les Turcs envahiraient la Hongrie sans résistance. 11 insista fortement sur le mérite
(I) LvUrt! (lu rnitlia.il CrO^^laii h Uqu X, «n ilalieu. èevit*^ >le rrancfort le 29 juin. Lettim di Prmeipi, toI. I", \i. 88 k 1». — SlriiUii. l. I, éHit. Af Fraiinfort, I7S5, p.mk 70.
I■LECTrO^ a fEMPlKE EN 1H)!i. 210
éprouvé et la valeur connue de François I", qu'il opposa à la jeunesse inexpérimentée de son conipéliteup, sur le naturel facile des Français el la dureté orgueilleuse des Espag-nols. Puis il conclut en disant qu'à choisir un étrang-er, le roi très-chrétien valait mieux que le roi catholique, et qu'à exclure les élrang^rs, il fallait prendre pour empereur un prince tout à fait allemand par l'orig-îne, par les habitudes, par le caractère, par le lang'age; que les trois puissantes maisons de Bavière, de Brandebourfr et de Saxe pouvaient donner à l'empire un chef qui, à l'exemple de Rodolphe de Habsbourget de Maximilien, se ferait respecter non-seulement en Allemag-ne, mais dans le monde entier (1).
Celte combinaison aurait peut-être réussi . si
l'électeur de Saxe s'y était prêté; mais, loin de la
fc ■Monder, il prit la parole pour se rang'er de l'avis
^■Bpfarehevéque de Mayence. Il dit que la loi, en
fnnn de laquelle ils délibéraient, ne leur permettait
pas d'élire le roi de France, mais qu'elle les laissait
libres de nommer le roi d'Espag-ne, qui était arclii-
Juc d'Autriche et vrai prince allemand; que, dans
iwnjonclures présentes, ce choix lui paraissant le
meilleur, il voterait en faveur de ce prince, mais en
lui imposant des conditions qui assurassent la
liberté el l'intég-rîté de l'empire, et qui prévinssent
les périls sig-nalés par les deux électeurs de Mayence
|t| l^tre (lu rnniinR] Cajetan p. TO k 7S.
> Lëuu X, p. 70 il 72, et Sluidou,
et de Trêves (1). Son opinion entraîna toutes les autres. .L'areiievrlque de Trêves se rendît lui-même, et le soir, à dix heures, les sept électeurs, réunissant leurs surTrag-es sur l'heureux Charles, l'élurent roi des Romains et futur empereur sous le nom de Charles-Quint.
Le lendemain, ils s'assemblèrent pour régler les conditions auxquelles ils entendaient le soumettre. Outre la g-aranlie ordinaire des lois, des privilèges et des usag'es de l'empire, ils exig-èrent qu'il ne put, sans eux, convoquer aucune diète, établir aucun nouvel impôt, entreprendre aucune guerre, conclure aucun traité; qu'il n'introduisît point en Allemag'ne de soldats étrangers, qu'il y donnât tous les emplois publics à des Allemands, qu'il se servit dans ses lettres de la langue allemande, et qu'il vînt au plus lot se faire couronner en Allemagne et y résider. NieolasZiegler accepta et signa le 3 juillet cette capitulation au nom de Charles- Quint (2). Les électeurs envoyèrent aussitôt en Espagne le comte palatin Frédéric, avec Armerstorff et Bernard Wurmser, pour notifier leur choix au nouvel élu et lui signifier leurs vœux.
François I" connut le 3 juillet à Poissy le résultat de l'élection; il fit très-bonne contenance. Les principaux personnages de sa cour et de son coni s'applaudirent tout haut d'un échec qui leur
|l) Lettre du canliONl Cujeluu h i.éoa X, p. ~3, et Slcidan, p. ~S. (2) CapiluUtioQ iminriale tlans Dumont, Corp» dipItmeOûpUtnl. IV, part, l", p. 286.
ELECTION A L'EMPIRE EN totU. 221
blaîl Irès-heupeux pour la France. Il parut s' on féliciler lui-même, et dit aux ambassadeurs étrangers (|uc, sans les instances des électeurs, il n'aurait pas songea l'empire, mois qu'à bien considérer les cml)arras que cette dig-nité lui aurait suscités et les répugnances qu'elle rencontrait dans son royaume, il devait remercier Dieu d'y avoir échappé (4). II écrivit en même temps à Bonnivet, nJean d'Albret et à Guiilart, qu'il prenait en bonne part l'issue de son afTaire, qui au fond était avantageuse pour lui, et seraitprofilable à sessujets(2). Il les invita à le rejoindre au plus tôt en évitant toute mauvaise rencontre. Ceux-ci quittèrent l'Allemagne sans accident, et même avec réputation. Ils envoyèrent 4,000 lansquenets au duc de Lunebourg, qui battit et fit prisonnier le duc Henri de BruDswick, et ils laissèrent au duc de Lorraine, eo repassant par Nancy, les moyens de se mettre ta dérense contre les attaques dont il était menacé a cause de son dévouement à leur maître (3).
Ainsi commença entre Franrois I" et Charles- Qainl la rivalité qui devait remplir plus d'un quart de siècle. Le plus jeune et le moins expérimenté l'emporta sur l'autre. Une puissance moins redou-
{1} Lettre df Thouws Rolejii, ambassndeur d'Henri VIII nuprès île Pru^ii I*', lu cnrdiiinl Wulaef, tiu 4 juillet. Dans Ellis, Original Utkr*. Tol. I, IS*.
(2) I.ettrc de François l" u ses lunliu.ssadeurs, du ii Juillet. Mss. du UHun» '-iJi-',!. 98.
(3) Lrttre de* anilinAMdrurs di- Fiimçwjs I" à ce princu, des 29 juin, ISitlSJuUlet, t. iM-iW,
table en apparence contribua à lui rendre Topi propice, en même temps que la fortune favor comme il arrive souvent, les débuts de son ai tion et de ses entreprises. Cette élection devait c des suites considérables; elle chan gréait la prc tion des forces entre les deux rivaux; elle était eux le sig*nal d'un conflit acharné, qui aurait tout pour théâtre l'Italie, et pour principal obj défense ou le recouvrement du Milanais.