Id., 2« série, n
tiers état : ce qui peut gêner les suffrages de ceux qui aiment un peu la vie » \ Les clubs s'ouvrent, les journaux pullulent, le Palais-Royal fermente; les prisons sont forcées, les soldats et les débiteurs mis en liberté et portés en triomphe ^ Le roi laisse tout dire, tout oser. Il se tient à Fécart de l'Assemblée qu'il a convoquée pour travailler avec lui à de bonnes lois; il est indifférent à ce qui s'y passe, et reçoit dix blessures qu'il ne se sent pas encore atteint. En vain Rivarol lui a présenté « le tableau du présent et de l'avenir » ^; en vain, dès le mois de mai, il avertit le comte d'Artois \ « Que le roi fasse le roi », c'est-à-dire se mette à la tête du mouvement national, au lieu de rester le roi des privilégiés. La déclaration du 23 juin, qui six mois auparavant « eût fait perdre jusqu'à l'idée, jusqu'au désir d'avoir des Etats généraux », ne semble plus qu'une concession arrachée à la faiblesse et accordée de mauvaise grâce : elle froisse les deux premiers ordres, ce qui est un petit malheur; chose plus grave, elle est suspecte à la nation ^ Or, c'est la nation qu'il faut se concilier, c'est avec elle qu'il faut être, afin de conserver assez de force pour contenir les factieux :
Vers les premiers jours de juillet, je proposai au maréchal de Broglie et à M. de Breteuil un parti décisif. Je demandai qu'au moment même où l'Assemblée nationale disputait l'armée au roi, Sa Majesté vînt elle-même à Paris lui disputer la nation. Qu'on juge de l'effet qu'eût produit l'arrivée soudaine et volontaire du roi, proposant à l'Hôtel de Ville les principaux articles d'une bonne Constitution, et faisant lui-même une simple légitime de cadets aux prêtres et aux nobles, qui élaient alors les heureux aines de la nation. Cette démarche, soutenue de quelques distributions d'argent, aurait mis le roi en état de sortir de Paris avec un cortège de vingt à trente
1. Journal Politique National, V^ série, n° 3. Voir aussi, même série, n" 11, note.