Dampmartin (Notice citée
6. Les choses ont dû se passer comme le jour où son cadet est parti, deux ans après. Ce jour-là, raconte Claude-François lui-même, Jean lui a fait promettre de toujours chérir les belles-lettres : « Je t'ai fait remarquer à ce sujet la belle phrase où Cicéron en peint si bien les avantages. Lis beaucoup, écris beaucoup. » Hélas! Claude-François n'a que trop écrit. {Œuvres littéraires de Claude-François de Rivarol, dédicace citée.)
7. Elle avait mis au monde son seizième enfant le 2 décembre 1773.
ils ne le reverront plus, plus jamais. Ce n'est point pour les mers lointaines, c'est pour un pays enchanté d'où il en coûte trop de revenir, c'est un peu pour Ç\ thère qu'il s'est embarqué.
S'il arrivait dans le Paris de la Révolution ou de l'Empire, peut-être y respirerait-il assez d'héroïsme et de grandeur pour que son âme en fût virilisée. Il arrive à Versailles, puis à Paris, en plein règne de Marie-Antoinette, en 1777 *. La société de l'ancien régime touche à son heure dernière; la grâce s'en est légèrement attendrie, les cœurs y sont en apparence moins secs qu'aux jours de Fontenelle ou de Mme du Deffand ; Grétry tient la musette, et Florian s'apprête à promener ses moutons, sans s'apercevoir qu'il pleut, qu'il pleut, bergère, et qu'il serait plus opportun de les ramener. Il y a comme un parti pris de laisser-aller chez le roi et ses ministres qui ne daignent pas entendre la rumeur grossissante; chez la reine qui, jeune et charmante, ne se résigne pas à s'ennuyer noblement; chez les mondains qui se croient les « hommes de la nature » toutes les fois qu'ils donnent carrière à leurs vices. De la vertu, les contemporains de Rivarol ne pourraient guère lui apprendre que cette insupportable grimace : la sensiblerie ; et combien je lui sais gré de n'être pas devenu à leur contact ce qu'ils appelaient une âme sensible! On ne se récrie, on ne s'effarouche plus de rien, ni des soupers de Grimod de la Reynière, ni des exploits
1. La date de son arrivée à Paris, tant de fois discutée, est fixée par la Notice de Dampmartin et les papiers de la famille. La date ne peut être postérieure si l'on réfléchit que, dans les premiers mois de 1778, il était présenté à Voltaire par d'Alembert et déjà considéré comme une sorte de phénomène. D'autre part, il faut bien admettre qu'il est resté à Sainte Garde jusqu'à 1775 ou 1776. En 1777, il n'avait que vingt-quatre ans. C'est entre sa sortie de Sainte-Garde et son arrivée à Paris qu'il aurait été, selon la ridicule version de Gerutti {Satire universelle), clerc de procureur, simple soldat, enfin précepteur à Lyon : sous le nom de Longchamps, ajoute Grimm en 1788. Tout cela est bien sot : « Mon mari précepteur! » s'écrie Mme de Rivarol (Notice sur la vie et la mort de M. de Rivarol). Ni Cubières ni Sulpice ne parlent de ce prétendu préceptorat.
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de Lauzun, ni des mots de Sophie Arnoult; Rohan est cardinal et Mme de Genlis professeur de décence; faire scandale serait un tour de force. Les liaisons irrégulières s'affichent, les propos les plus scabreux se répètent à voix haute. Sous couleur de s'initier à la philosophie, les belles marquises dissertent avec Diderot et d'Alembert sur les organes de la génération; la pudeur s'en est allée avec les autres superstitions d'antan, et la femme n'est plus — ainsi le prince de Ligne baptise Mme de Coigny — qu'un « joli garçon » quelque peu mauvais sujet *. Tout est permis, à la condition d'être spirituel, et d'avoir un nom.
Le préjugé de noblesse, une des principales causes, disait Rivarol, de la Révolution -, était si fort qu'il devait, pour avoir ses petites et grandes entrées dans le monde, se parer d'un titre; et quoique la valetaille littéraire acharnée après lui l'en ait grossièrement raillé % Antoine Rivarol n'eût
i. MM. de Goncourt et M. Taine ont à peu près tout dit sur la société française au temps de la Révolution. Mais je ne puis résistera la tentation d'ajouter à leur étude un petit document; il est court et c'est tout un poème. Je l'extrais de la Correspondance originale des Émirirés, publication faite en 1193 des lettres, rapports ou manifestes que nos soldats avaient trouvés dans les bagages de l'armée de Coblentz en déroute. Lettre de Mme de... à M. le baron de Vincy, aide de camp de M. le comte de Damas de Crux, chez M. le maréchal de liroglie, au quartier des Princes, 8 septembre i792 : « Vous me dites, mon adorable ami, que vous avez des hémorroïdes; cela m'inquiète cruellement; ne pourriez- vous pas vous faire mettre des sangsues, par un aristocrate, s'entend? Je compte sur votre cœur et sur votre délicatesse pour espérer que vous m'aimerez toujours, mon cher baron; je pâme, mon tout, quand je pense à vous. Mon mari vous embrasse et vous aime de tout son ctnur. Votre dernière lettre était pour moi seule, mon tout aimable; ah! qu'elle était tendre! Je vous aime, mon cher ami, je vous aime. »