Lett7^e à M. de Gaste du 14 mars
2. Vie d'Antoine Rivarol. Il dit dans ses Carnets : « La propreté embellit l'opulence et déguise la misère ».
3. « Le bruit de son nom attirait chez lui, de tous côtés, des personnes du plus haut parage : la première fois on venait pour l'entendre, les sui-
l'homme. 29
Bruxelles en 1792^; à Hambourg-, il héberge pendant six mois le comte et la comtesse de T... % et rassemble dans sa petite maison de Hamm, entourée de sycomores, un cercle nombreux, mêlé, dit Thauvenay, « de très-mauvaise compagnie, et par-ci par-là de la bonne » ^ : ce qu'il n'a pas eu, c'est le home, et la faute n'en est pas à la Révolution, quoiqu'elle l'ait contraint à s'expatrier. S'il était vrai que sa vie eut commencé dans une hôtellerie comme il est vrai qu'elle s'est achevée dans un garni, il ne manquerait rien au symbole.
Quand il meurt, il n'y a que des étrangers autour de lui : un curé et son clerc, un hôtelier et son fils, deux ami& de fraîche date *. Et pourtant il a de par le monde un. père, une mère, des frères et des sœurs; il a même, ô surprise! une femme et un fils. Et pourtant il a de l'affection pour les siens; mais une affection qui ne l'absorbe point en eux, ne renchaîne pas à eux, se prête aux bons offices et se refuse aux devoirs, le laisse toute sa vie indépendant et seul à l'heure de la mort.
De ses frères celui qu'il a le plus connu et le plus aimé est Claude-François, brave cœur dont l'unique tort a été de se mêler de littérature et de politique ^ Il l'oblige
vanles pour le consulter; et sans y songer d'abord, peut-être même sans le vouloir, il finit par tenir dans sa maison une école de politique et de beau langage. » {Vie d'Antoine Rivarol.)
\. « Son salon commença à devenir une espèce d'Académie dont il était l'orateur perpétuel. Les femmes lesp 'us brillantes se rassemblaient autour de lui. » {Espnt de Rivarol, préface.)
2. Sulpice de la Platière, Vie... de Rivarol, I, p. 83-8o. Il s'agit, je pense, du comte de Tressan, fils de l'académicien, 1res lié, dit Montlosier, avec Rivarol.
3. Lettre de Thauvenay à d'Avaray, du 24 juillet 1798 {Archives, t. 594).
4. Dampmartin, Lettre à Claude-François de Rivarol. M. de Lescure, qui l'a reproduite (p. 496 de son livre), n'a pas toujours bien lu le manuscrit. Au lieu de « l'opposition du libraire Fauche », il a lu, par exemple, « l'opposition de ce brave Fauche » ; de même ici, au lieu de : « le curé, son clerc, Donadéi, l'hôte, son fils et moi », il transcrit : « le curé, son cher Donadéi, etc. ».
5. Sur cet excellent homme et sur les autres frères de Rivarol, Voir Y Appendice, g 2.
volontiers, lui donne même le quart de la pension qu'il reçoit de Monsieur *; il le fait bénéficier de la célébrité dont il jouit, soit auprès du prince Henri de Prusse, soit auprès des frères du roi. Il y a de fréquentes, d'affectueuses rencontres, il ne veut point qu'il y ait solidarité entre eux. Il le veut d'autant moins que Claude-François, en extase devant lui, est un peu trop disposé à se parer de lui et à se mettre de moitié dans sa gloire. Le zèle de son cadet à prendre son parti lui cause quelque impatience : (( Je fais les épigrammes et il se bat M » et, pour lui, il ne songe pas à prendre le parti de son cadet. La tendresse fraternelle ne l'aveugle point. Qui a surnommé Claude-François le Jérémie du théâtre comique ^ et le Don Quichotte * de la contre-révolution? Qui, sinon Rivarol? Et je ne dis pas du tout qu'il se trompe; je note seulement qu'il ne cède point aux autres le plaisir de lui trouver ces noms-là. Je suis presque surpris qu'il n'ait pas logé l'auteur de tant de fades madrigaux, de tant de plates romances, dans son Petit Almanach ^; il a dû lui en coûter un bel effort et qui ne pouvait être de longue durée. Combien de paragraphes de VEsprit de Rivarol commencent : « Il disait de son frère... >>! Claude-François raconte-t-il qu'il est allé lire sa pièce, son Guillaume le Conquérant, devant M... : « Eh! mon Dieu ! je vous avais dit qu'il était de nos amis ^ ! )j Quelqu'un se hasarde-t-il à vanter les talents de Claude-François? « C'est une montre à répétition; elle sonne bien quand il me quitte \ » Claude-François lui soumet-il
1. C'est Claude-François lui-même qui nous l'apprend (Préface des Pensées inédites de Rivarol).