Catmets
7. Esprit de Rivarol. Quant au mot : « Mon frère serait l'homme d'esprit
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en 1799 le manuscrit de son poème, la Prise de l'Hélicon ou la Guerre des Sots'i « J'ai lu votre petit poème; il est supérieur à la Dunciade; il y a plus d'esprit et de talent qu'à vous n'appartient; et vous ne le devez qu'à votre haine pour la Révolution et au fanatisme de vos principes. » Le plus joli est que le digne garçon ne sent pas la pointe d'ironie cachée sous le compliment, et le fait imprimer en tête de son poème * : c'est un bon avertissement au lecteur.
Loin de rompre avec sa sœur Françoise, Rivarol .fréquente uiTpeu plus chez elle lorsqu'elle est la maîtresse de Dumouriez ^. Est-ce qu'il l'approuve, comme a prétendu Restif de la Bretonne, de vivre ainsi? Pas plus qu'il ne s'en afflige; ce ne sont pas là ses affaires. Point de solidarité, vous dis-je; de la bonne camaraderie, et voilà tout. Du même air détaché qu'il persiflait les vers de Claude- François, il entend ce qui se dit de Françoise, et il s'en dit long. La maison de Françoise, entre les premiers mois de 1791 et juin 1792, est une de celles où l'actualité se concentre, où bat le pouls de la Révolution : il y vient donc. Il s'y renseigne sur les projets du général ou du ministre; il y est même si assidu que les jacobins jettent le cri d'alarme et somment Dumouriez de faire place nette '\ A
d'une autre famille, et c'est le sot de la nôtre », si le même recueil l'attribue à Rivarol, il est ailleurs, et avec plus de raison, semble-t-il, attribué à Mirabeau (voir Grimm, Correspondance, avril 1789, et Actes des Apôtres^ n° 19, parodie du IV*" acte de Phèdre). i. Voir Y Appendice, % 2.
2. Sur les sœurs de Rivarol et en particulier sur Françoise, voir V Appendice, § 2. J'y reparlerai de l'article de Restif.
3. Voir la Con^espondance politique de Peltier, n" 60 (15 juin 1792) : « Les amis de M. Dumouriez l'accusent de voir M. de Rivarol, et les ennemis de M. de Rivarol en conviennent. Nous ignorons si en eflet ces deux personnages se rapprochent quelquefois; mais nous sommes certains que leurs principes discordent sans cesse, que si le ministre écoute l'écrivain, c'est pour éviter le bien qu'il dit, et que si l'écrivain écoute le ministre, c'est pour savoir tout le mal qu'il fait. •> Voir aussi la Nouvelle Correspondance politique ou Tableau de Paris, pour servir de suite aux 52! premiers numéros de la Correspondance politique; n° 6 (10 juin 1792) : « Tout le tripot de Dumouriez est furieux contre la baronne de Beauvert : on pré-
Hambourg, il voisine de même avec elle; mais lorsqu'elle le prie de repêcher Dumouriez qui barbote et se noie dans sonrôle d'intrigant : « Siles prières fléchissent le courroux du ciel, lui répond-il, c'est à ceux qui ont la foi de prier; pour moi, ma chère, qui n'ai précisément que celle qu'il me faut, je suis très-loin d'aspirer à faire un miracle : l'opinion a tué Dumouriez lorsqu'il a quitté la France. Dites-lui donc en ami de faire le mort; c'est le seul rôle qui lui convienne; plus il écrira qu'il vit, plus on s'obstinera à le croire mort *. » 11 la gronde avec grâce si elle s'obstine à en faire à sa tête, si elle donne raison au cabinet de Berlin ou s'intéresse au jeune duc d'Orléans ^ Et le soir, lorsqu'il lui dit adieu, elle lui recommande de
tend que c'est elle qui dévoile à son frère toute l'intrigue du cabinet, et que c'est celui-ci qui s'amuse à lui procurer la publicité qu'un certain papier public lui donne régulièrement trois fois par semaine. (Ceci est une erreur; le papier public en question est le Journal Royaliste, rempli en effet « d'indiscrétions » sur le ministère de Dumouriez; mais le Journal Royaliste était dirigé par le comte de Barruel-Beauvert, qui avoue avoir reçu ses renseignements de Françoise elle-même et non de Rivarol; voir ses Lettres sur quelques particularités secrètes, etc.). Les Jacobins ont envoyé à Dumouriez une députation à cet effet, pour lui déclarer que la baronne de B. et M. de Sainte-Foy, déjri plus que suspects par leurs liaisons aristocratiques, avaient perdu la confiance de la société et qu'il eût à leur retirer ses bonnes grâces. » Dumouriez, 'oute le journaliste, a refusé d"obéir à cette sommation. Le Mémoire de Rivarol, du 7 juin 1792, que je cite plus loin, prouve qu'il était bien informé de ce que faisait ou projetait Dumouriez.
1. Sulpicedela Platière,Fz<?...rfe /îiyaroZ, 1,72-73. Rivarol a dit:a Dumouriez détruit à coups de plume ce qu'il a fait à coups d'épée » [Carnets). Dans son Histoire générale des Émigrés, M. Forneron cite une lettre de Dumouriez à Thauvenay du 19 août 1799 {Archives), où Dumouriez se plaint d'avoir été calomnié par Rivarol, « frère de mon amie ». Malheureusement, il n'était plus possible de calomnier Dumouriez.
2. En 1796, dit Claude-François dans une note manuscrite, Louis-Philippe d'Orléans, fils de Philippe-Égalité, vint à Hambourg pour s'y embarquer. Il était sans argent; il s'adressa à Mme de Beauvert, qui lui donna un trousseau d'un millier d'écus et cinquante louis, après l'avoir gardé quelques jours incognito. Quand les émigrés le surent, ils jetèrent les hauts cris; les deux frères de la baronne lui firent de vifs reproches. Lors de la Restauration, à peu près ruinée, elle se présenta à Son Altesse Royale, qui lui rendit ses cinquante louis et lui fit remettre cinq ou six cents francs par an jusqu'à sa mort, qui ne tarda guère. Est-ce bien là de la générosité royale? demande Claude-François.
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ne point écrire aux vieux de Bagnols sans leur envoyer un bon baiser de leur fille *.
Ah! ses lettres aux vieux de Bagnols, qu'elles sont jolies! J'en ai sous les yeux trois, manuscrites, deux de 1797, une de 1801; et je m'attarde à manier les feuilles de grand papier jauni, à regarder sa toute petite et si moulée, si nette écriture \ Gomme son esprit sait bien payer les dettes de son cœur et fait bien valoir son cœur! Oui, il aime les bonnes gens qui habitent là-bas, à des centaines de lieues de lui; et Catherine à qui il promet de longs jours; et Jean dont il se dit si gentiment l'ouvrage, dont il flatte avec un câlin sourire la très innocente métromanie, à qui il destine deux « boîtes » achetées à son intention; et tante Françoise dont les petites rentes ont subi des retards qui le peinent; et la vieille servante Rose qu'il n'a pas non plus oubliée. Il est presque riche en 1797, et vite il leur fait leur part : tant de louis pour ceux-là, d'écus pour celle-ci, et il s'engage à en envoyer autant chaque mois. Il maudit la Révolution qui l'exile en Allemagne tandis qu'ils vieillissent à Bagnols; il voudrait les revoir, les embrasser.... Une réflexion me gêne un peu. De 1777 à 1792, depuis le jour où il a pris sa volée et s'est éloigné de Bagnols jusqu'au jour de l'exil, en l'espace de quinze années, d'oii vient qu'il n'est pas une seule fois retourné vers eux? Le loisir ne lui en a pas manqué. Craignait-il d'avouer des parents de si pauvre mine, alors que ses ennemis n'étaient déjà que trop portés à les lui reprocher? Je lis dans ses Carnets : « Un malheureux jeune homme s'étant poussé dans le monde profitait d'une circonstance heureuse pour envoyer quelques secours à son père, et recommandait le secret à un ami qui l'aidait en cela : parce que, disait-il, le malheur d'avoir un père
•2. Gomme elles ont été toutes les trois inexactement transcrites par M. de Lescure, j'ai cru devoir les reproduire dans V Appendice, § 4.
pauvre pouvait lui faire plus de tort que sa piété filiale ne lui faisait honneur ». Serait-ce lui, ce « malheureux jeune homme »? Mais non, car en 1792 il venait bravement exposer à M. de la Porte la détresse de son père, et demander pour lui un emploi dans les domaines du roi*. Et les deux faits seraient en contradiction.... Raison de plus, peut-être, pour les rattacher tous deux à son histoire. S'il n'était pas sujet à se contredire, il eût bien su se rapprocher de ceux qu'il aimait; il ne se serait point contenté d'entretenir avec eux, de sa vingt-quatrième à sa quarante-huitième et dernière année, des rapports épistolaires dont j'ai peur de deviner les intermittences.
Quant au mariage, il lui en a coûté cher de s'y être cru des aptitudes. Arrivé depuis peu à Paris ^ à vingt-six ou vingt-sept ans, il rencontre miss Mather Flint, dont la famille originaire d'Ecosse s'était réfugiée en France à la suite du roi Jacques, fille de Marthe Whitfil et de Jean Mather, lequel est une façon d'érudit et de grammairien^. Elle est aussi pauvre et de trois ans plus âgée que lui. Quelle comédie lui joue-t-elle? Celle de la passion? 11 sif-
1. Lettre de M. de la Porte au roi, du 19 avril 1791, citée plus loin.
2. Si M. de Lescure ne s'était pas trompé sur la dale de ses lettres à son père et à sa tante, lettres qui ne sont pas de 1800, mais de 1797, s'il avait lu celle à M. de Gaste du 14 juillet 1797 (citée et mal datée par M. Alègre), il aurait vu qu'en 1797 Rivarol dit que son fils a seize ans passés et « court sur sa dix-septième année »; il n'aurait donc pas daté sou mariage de « 1781 ou 1782 », alors que la date n'en peut être postérieure à 1780. Voir plus loin l'histoire du Prix de vertu accordé en août 1783 à la garde-malade qui nourrit de ses deniers Mme de Rivarol depuis deux années, dit Grimm {Correspondance, août 1783), « depuis plusieurs années », dit La Harpe {Correspondance littéraire). Le mariage, à ce que m'apprend une note de Claude-François, a été célébré à Saint-Sulpice. J'ai voulu consulter les registres de la paroisse; il m'a été répondu que tous ceux qui étaient antérieurs à la Révolution avaient disparu.
3. Pour son nom, son origine, voir et comparer d'une part ce qu'elle a dit elle-même : r dans sa Notice sur la vie et la mort de M, de Rivarol; 2° dans sa Lettre sur M. de Rivarol, en tête de l'édition des Œuvres complètes; d'autre part, la Préface des Pensées inédites; et aussi l'acte de divorce que je citerai. Elle signe tantôt E. Flint de Rivarol, tantôt H. Flint de Rivarol. Mais elle avait un autre prénom, celui de Louise. — Née en 1750, morte en 1821, d'après H. de la Porte et les papiers de la famille.
fierait. Celle de l'admiration? Gare à maître corbeau! « Un jour, je m'avisai de médire de l'amour, il m'envoya l'hymen pour se venger ^ » Le mot semble impliquer qu'il s'est cru tout d'abord amoureux. Elle assure qu'elle a été très belle; et puis, elle écoutait si bien ^! 11 l'épouse.... Quel réveil, le lendemain! Le lendemain elle parle, et le charme est rompu. J'ai tenu à être édifié sur son compte; j'ai lu ses œuvres; je suis édifiée Elle a juste assez écrit pour que nous ne puissions ignorer ses ridicules, et juste assez raconté ses malheurs pour que nous plaignions son mari. 11 ne lui suffît pas d'être infatuée d'elle-même, de soupirer à tout propos : « mes aïeux »,... « mes gens »,... « l'éducation que j'ai reçue », et de se comparer à Mme de Maintenon pour la beauté, à Mme de Sévigné pour l'esprit*; d'être pédante au delà du vraisemblable et de citer