Lettre à M. de La Porte, du 10 septembre
2. Voir là-dessus la correspondance de Fersen, et VHistoire de la Révolution de Bertrand de Molleville, t. IX.
3. La Lettre aux Emigrants, de Malouet, du 20 décembre 1791, est animée du même esprit de sagesse; mais quel style vague et emphatique!
4. J'adopte l'orthographe du texte que donne la Correspondance originale des Émigrés. Le texte de Peltier porte : rentrée., répandue^ comme si Rivarol s'adressait à la Noblesse; ici il s'adresse plutôt aux nobles.
royaume, vous y péririez une seconde fois, par une conspiration universelle, si vous ne secondiez par la raison, si vous ne consolidiez par la sagesse le nouvel ordre que la force de la contre -révolution nous prépare » \
Il était bon de suivre Rivarol jusque-là, avant de juger le conseiller officieux de la royauté. Qu'il y ait de la rouerie et, si l'on veut, de l'escrime italienne dans la résistance qu'il tentait d'opposer à la Révolution, j'en demeure d'accord; on n'est pas pour rien le lecteur et un peu le compatriote de Machiavel. Il dirait volontiers comme un de ceux qu'il combat, comme Ghamfort : « On ne joue pas aux échecs avec un bon cœur », et il dit très nettement que les maximes de la politique ne sont pas celles de la probité ^ Est-ce là une vérité? J'en ai peur, bien qu'elle soit assez déconcertante aux gens qui ne sont pas du métier. Je confesse que sa façon de dire : telle mesure est juste, parce que telle mesure est utile à l'Etat, m'inquiète un peu. Je me défie de ces raisons d'Etat qui ont en tout temps servi d'excuse à de fort laides choses. Tout sacrifier à la conservation du « corps politique », voilà son principe. Mais comme il est intelligent à ravir, comme il sait qu'un gouvernement ne peut se maintenir à moins d'être en harmonie avec les idées du siècle, avec « les lumières » du siècle, il n'y a pas lieu avec lui de s'alarmer beaucoup de son principe. Que notre malaise ne nous empêche pas de remarquer et d'admirer tant de bon sens uni à tant de souplesse. Capable de saisir la mystérieuse logique des faits, de s'élever en mainte occasion à une divination
1. Lettre à la Noblesse française. En même temps il ridiculisait M. de Limon dans le Dialogue perdu. C'est son habitude de présenter l'idée, tour à tour ou simultanément, sous sa forme sérieuse et sa forme plaisante. Dans les Carnets : « Il faut que la raison rie, se fâche. On sait l'usage que Socrate faisait de l'ironie. Pascal a mêlé les deux manières. Dieu lui-même, après qu'il eut condamné Adam au travail et à la femme, lui fait une ironie : Ecce Adam factus sicut unus ex nobis : voilà donc Adam devenu une espèce de Dieu ».