‹ RivarolChapitre 147 sur 203 · Discours Préliminaire, p · texte numérisé non relu

Discours Préliminaire, p

réponse « à une demoiselle de seize ans, assez jolie, qui tenait devant lui des discours fort indiscrets sur la religion * ». Il a beaucoup lu et, à travers les dissipations de sa vie, il a trouvé le temps de beaucoup réfléchir. Les efforts que les grands savants et les grands philosophes de son siècle ou des siècles passés ont faits pour pénétrer les secrets de la nature et résoudre l'énigme de notre être enorgueillissent sa raison. Il a joint ses observations et ses réflexions aux leurs, et le jour où il lui prend envie d'écrire un petit traité de l'Entendement humain, il y apporte, je ne dis pas une grande puissance, mais une réelle distinction de pensée : là comme ailleurs, il est lui. Il n'en reste pas purement et simplement à la doctrine à la mode, à la doctrine de Condillac, quoiqu'il ne nie pas ce qu'il lui doit. S'il écarte, ainsi que les Condillaciens, ^ l'hypothèse des idées innées, s'il croit que toutes nos idées viennent du dehors et résultent de nos sensations, il ajoute " que nous avons des besoins innés et qu'il y a en nous un principe d'énergie active qui préexiste à toute sensation. Le sentiment^ tel est le nom dont il l'appelle. « Caché dans son tissu de fibres et d'organes », le sentiment est « comme un être voilé ^ »: là réside le moi. « Pour peu que l'homme descende en lui-même, il y découvre que son existence porte sur deux bases dont il sent la différence, mais dont il ignore la nature.. Et non seulement il sent que l'une de ces bases n'est pas l'autre, mais tout ce qu'il assure de l'une il le nie de l'autre,, et ne leur laisse de commun que l'existence. La base qui lui paraît étendue, solide et divisible, il l'appelle corps; et il nomme esprit, âme^ substance incorporelle, celle qui n'est pour lui ni étendue, ni divisible, ni solide. C'est dans l'intervalle de ces deux moitiés de

1. Vie... deRivarol, I, p. 22. Le marquis de Ximénès, dans son Épître h. Rivarol, le louait déjà en 1785 comme le plus redoutable ennemi de*, l'athéisme. 11 avait donc de bonne heure pris position.

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