‹ RivarolChapitre 148 sur 203 · Discours Préliminaire, p · texte numérisé non relu

Discours Préliminaire, p

l'homme que se place de lui-même le sentiment. Mi-parti de ces deux substances, certain que ses sensations ont à la fois un côté matériel et un côté intellectuel, l'homme ne peut s'égarer, si le sentiment, semblable à l'aiguille d'une balance, garde bien le milieu où Ta placé son auteur : mais s'il ne s'occupe que du corps, il peut ne trouver que lui de réel en ce monde, et se croire tout matière : s'il s'abandonne trop à ses méditations, il peut ne voir rien de vrai que la pensée et se croire tout esprit : ces deux systèmes ont régné tour à tour. Mais si le sentiment se consulte de bonne foi, il se dégage des pièges que lui tendent ces deux puissantes conceptions ; il reprend sa place entre l'esprit et la matière quelles que soient ces deux inconcevables substances; il dit 7noi, et c'est l'homme tel que l'a fait la nature *. »

Cette théorie, qui était déjà dans sa tète en 1788 -, qu'il a développée tout au long en 1797, Sainte-Beuve y voyait le point de départ de la philosophie du distingué La Romiguière ; M. Caro y a vu un premier pas vers celle de Maine de Biran ^. Pour ma part, j'y vois surtout la preuve qu'on se raconte dans tout ce qu'on écrit; le métaphysicien n'échappe pas plus que le romancier ou le poète à la commune loi. De même qu'en analysant les facultés intellectuelles de l'homme, l'imagination, l'esprit, etc., il s'est sans cesse défini lui-même, il avait une trop nette conscience de sa personnalité pour ne pas mettre en tête de toute sa métaphysique une affirmation du moi.

Mais ne le tirons pas trop au spiritualisme si le mot implique la croyance à une survie de ce moi. Il peut lui échapper, au cours d'un travail qui exalte sa pensée, une belle phrase qui prête à l'équivoque : « En voyant l'univers et ses lois, on reconnaît l'éternel géomètre; on le reconnaît

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