‹ RivarolChapitre 160 sur 203 · Génie du Christianisme, Introduction · texte numérisé non relu

Génie du Christianisme, Introduction

3. Je cite la page avec les retouches légères qu'il y a introduites en la

Voltaire, lorsqu'il se souvient que les grands écrivains du XVII*' siècle allaient à confesse, en est humilié pour eux. Il avoue en soupirant que Racine n'était pas « aussi philosophe que grand poète »; il insinue que Bossuet avait peutêtre en secret « des sentiments philosophiques différents de sa théologie », et il est fort reconnaissant à un certain Ramseyqui lui a certifié que si Fénelon « était né en Angleterre, il aurait développé son génie et donné l'essor sans crainte à ses principes que personne n'a connus * ». Il est bien gai de voir Voltaire chercher des excuses à la piété des maîtres d'autrefois et les tirer doucement à l'incrédu-. lité. Leur piété produit une autre impression sur Rivarol. Il n'a garde d'en rire : « Quel siècle que celui où Ton voyait non seulement les Bossuet et les Fénelon, les Turenne et les Condé, mais les Racine, les Corneille et les Boileau s'occuper sans relâche des moindres pratiques de la religion, sans se permettre jamais l'ombre même du doute ^! » La soumission absolue de tels hommes à ce qui était pour eux la vérité lui est chose respectable. Ce qui est scandaleux, par exemple, c'est de réserver le nom de philosophe au premier imbécile venu « qui doute de tout ce qui est et qui affirme tout ce qu'il dit,... qui secoue des préjugés sans acquérir des vertus : il est résulté de là qu'un physicien de premier ordre, tel que Pascal ou Newton, n'était pas philosophe, et qu'un ignorant hardi était un grand philosophe. La conséquence n'a pas étonné le siècle ^ » Elle étonne quelque peu Rivarol. Pour avoir

transcrivant dans une note du Discours Préliminaire (p. 217). Elles n'en ont pas altéré le sens.

1. Siècle de Louis XIV, Liste des écrivains. Voir Génie du Christianisme, Introduction.

2. Première Lettre à Necker. Voir dans la seconde le bel éloge qu'il a fait de saint Vincent de Paul, et qui commence ainsi : « Voltaire, dans son Histoire du Parlement de Paris, dit en parlant de Vincent de Paul : prêtre connu en son temps. C'est avec ces maigres paroles qu'il désigne un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité. On ne saurait trop relever ces méprises de la philosophie envers la religion », etc.

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