‹ RivarolChapitre 162 sur 203 · Id., p · texte numérisé non relu

Id., p

4. Id., p. 196. Ces idées ont reparu au xix" siècle dans l'œuvre de nos plus distingués moralistes politiques. Hier encore, dans le Figaro du 8 août 1894, M. Jules Simon disait : « L'éducation d'un peuple ne se fait pas par la discussion : la discussion est pour la maturité de l'âge; ce qu'il faut aux esprits dont la raison n'est pas faite, c'est l'autorité »; il entend ici l'autorité d'une morale fondée sur l'idée de Dieu.

cœurs; vous leur ôtez le rêve dont ils vivaient et ne leur donnez rien en échange; vous faites des malheureux, et vous déchaînez des brutes. « Tout Etat, si j'ose le dire, est un vaisseau mystérieux qui a ses ancres dans le ciel^ » Honte à vous qui avez voulu murer la porte de TEgiise ! Car les temps de barbarie sont revenus....

Philosophie moderne, où nous as-tu conduits et à qui nous as-tu livrés! Sont-celà tes saturnales, tes triomphes et tes orgies!... Sombre nuit, descendue au nom de Ja lumière! vaste tyrannie, au nom de la liberté! profond délire, au nom de la raison! sanglants outrages, insultes recherchées, affronts inhumains! on ne saurait vous peindre trop fidèlement pour être utile, ni trop vous atténuer pour être cru ^î...

Et maintenant, amusons-nous d'en arriver à cette conclusion que l'impertinent donneur de leçons qui se nomme Rivarol avait une plus large et plus exacte idée de la tolérance que tout son siècle. Il n'en est pas moins certain que son réquisitoire contre les voltairiens, semé de mots profonds et comme traversé de lueurs, est un des premiers et des plus beaux hommages que la philosophie ait rendus à la religion.

Deux écrivains ont donc refait, au lendemain de la Révolution, le livre qu'avait jadis manqué Necker. L'un, c'est Rivarol, a écrit pour « les têtes pensantes », non plus avec le souci de convertir, mais avec l'espoir de prouver que « l'incrédule ne doit être ni impie ni libertin », que « l'impiété est la plus grande des indiscrétions ^ ». L'autre, c'est Chateaubriand, a écrit pour les âmes inquiètes

1. Discours Prëliminaire , p. 210. Montesquieu avait dit {Esprit des Lois, 11 V. VllI, chap. xni) : « Rome était un vaisseau tenu par deux ancres dans la tempête, la religion et les mœurs ». La réminiscence est encore plus visible dans un autre passage de Rivarol (Adresse du Peuple belge) : « La Relgique sera toujours retenue dans la tempête par deux ancres : la Religion et la Constitution ».

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