Voir le Petit Almanacti, les Aveux de Varche de Noé
que, pour les démêler, il s'agit de montrer jusqu'à quel point la position de la France, sa constitution politique, l'influence de son climat, le génie de ses écrivains, le caractère de ses habitants, et l'opinion qu'elle a su donner d'elle au reste du monde, jusqu'à quel point, dis-je, tant de causes diverses ont pu se combiner et s'unir pour faire à cette langue une fortune si prodigieuse ». Est-ce le plan qu'il va suivre? Non, quoiqu'il aborde en effet chacun des pro-' blêmes qu'il vient de poser. Il examine d'abord les langues") allemande, espagnole, italienne; puis, avant de passer à] celles qui se disputent seules l'empire du monde civilisé, à la langue anglaise et à la langue française, il intercale u développement sur les rapports delà pensée et de la parole, il explique que le caractère des peuples détermine le caractère de leur langue. Comment ce principe sur lequel s'appuie toute sa thèse se glisse-t-il ici, entre ce qu'il a dit de l'Allemagne, de l'Espagne, de l'Italie, et ce qu'il va dire de l'Angleterre ou de la France? Que si, toutefois, malgré quelques écarts ou quelques redites, les grandes lignes du discours de -lUJniversalité restent encore assez y nettes, si la pensée s'y développe avec une aisance, une clarté que j'apprécie mieux après avoir lu la massive dissertation allemande couronnée en même temps à Berlin *, le Bû^^^ur^ê-Pi^iminaire est un véritable voyage en! zigzag.
Là aussi, il s'était tracé un plan, ou plutôt il a indiqué
i. Cette dissertation était de Jean Christophe Schwab, professeur de philosophie à l'Académie Caroline de Stuttgard; dans la suite, conseiller de cour et secrétaire intime du duc de Wurtemberg;. Robelot l'a traduite en français, en 1803; il dit dans sa préface qu'un extrait en avait été déjà fait par M. de Mérian, et avait été imprimé à la suite des Lettres posthumes de Mirabeau, avec des remarques de Mirabeau lui-même. C'est là probablement ce qui a fait dire à certaines personnes que Mirabeau avait traduit la dissertation de Schwab. Le travail de celui-ci est fort sage et <locumenté. Ses conclusions sont que la puissance politique de l'Allemagne est destinée à s'accroître, que l'anglais deviendra peut-être la langue coloniale, mais que le français restera la langue de l'Europe. Seulement, au lieu d'un discours, il a fait un énorme traité.
au début quelques-uns des thèmes qu'il se proposait de développer : je dois m'arrêter, dit-il, « sur les idées et sur les images; sur les passions; sur les grandes conceptions du fini et de Tinfini, de l'espace, de Dieu, du temps et des nombres; sur la différence de l'imagination et de la mémoire; sur le jugement et sur le goût; sur le génie, l'esprit et le talent, etc., et enfin sur les causes de notre supériorité à l'égard des animaux » \ Il s'y arrête effectivement; et à chaque halte il dit... de fort belles choses. Mais il s'est arrêté sur beaucoup d'autres points, et nou^ ne voyons guère pourquoi il passe de l'un à l'autre. Ir annonçait qu'il étudierait les idées et les images; en second lieu, les passions, et puis le reste. Il a en réalité parlé de tout le reste avant d'en venir aux passions. Et je reconnais qu'il pouvait aussi bien placer son paragraphe ici ouv là : car ses paragraphes se succèdent et ne s'enchaînent' pas, ou ne s'enchaînent qu'avec peine, à l'aide de fréquentes et longues annonces qui ont un air de remplissage. Il juxtapose les idées, sans que la seconde soit la suite naturelle de la première; il en juxtapose un si grand nombre que son Discours est comme une « table des matières » de son" esprit. Jamais Vet cetera ne fut mieux à sa place que dans : le sommaire que je viens de citer.
C'est qu'il a rassemblé une multitude de matériaux avant de savoir au juste l'usage qu'il en pourrait faire. Les matériaux sont dans ses Carnets ; ils y sont mêlés avec des comptes de ménage, des adresses de fournisseurs ou d'amis, des citations latines, des bons mots, des notes prises après une lecture, etc. Il y inscrit la date à partir de laquelle court son loyer ou sa pension chez le restaurateur, et audessous : « Seigneur vient de senior, mais n'a aucun rapport de signification avec son origine; car on dit : im jeune seigneur ». Il y inscrit qu'il a tel jour payé les gages de