Notice citée
tcnt intérêt qu'entre les mains du talent » '. D'autre part, quand il raille, la forme si soignée de sa raillerie peut lui donner l'air plus méchant qu'il n'est. J'avoue qu'il ne ressemble pas du tout au bel-esprit à'Aimanach dont il disait : « Ses épigrammes font honneur à son cœur » ^ Mais, outre que les siennes portent rarement à faux, je me demande si la perfection de la facture n'en devrait pas au contraire excuser la méchanceté. Qu'on examine ses mots les plus cruels, et les plus regrettables, sur Garât, Mme de Genlis, ou Mirabeau : on aura l'impression qu'il est beaucoup moins occupé de nuire à quelqu'un que de faire œuvre d'art.
De ses admirations et de ses haines, de ses idées et de ses passions faire œuvre d'art, soit qu'il parle, soit qu'il écrive, voilà son continuel souci. De l'art! il y en a dans ses manuscrits sans surcharges ni taches d'encre, presque sans ratures, qui, avec leurs lignes si droites et également distantes, leur ponctuation impeccable, leurs tirets qu'on croirait tracés à la règle sous les citations et sous certaines phrases à mettre en valeur, leurs majuscules prodiguées au commencement des mots, leurs caractères dessinés d'une main de miniaturiste, sont une joie pour les yeux. De l'art! il y en a dans ses lettres ad familiareSj dans ses parades de tréteau où le gentilhomme de lettres se trahit sous l'habit d'arlequin, dans les notes qu'il prend pour lui comme dans les pages qu'il livre au public, dans les conseils qu'il fait passer au roi comme dans les défis qu'il jette à la populace. Et c'est bien un peu pourquoi il néglige ordinairement de mettre son nom sur ses ouvrages : son talent est la plus lisible, la moins imitable des signatures ^. Ceux qui le connaissent ont dû rire
\. Discours Préliminaire, p. 87 et 8S.