‹ RivarolChapitre 180 sur 203 · îd · texte numérisé non relu

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des Mémoires d'un jeune Espagnol, s'est gardé de dire merci. Mais je parierais que le monsieur aux « quatre langues » s'est rengorgé et n'a compris... que lorsqu'il était trop tard pour répondre I

Que de fois chaque soir, que de fois pendant vingt ans la scène a dû se reproduire!

Des mots à double face, il y en a dans presque tous ses ouvrages, et plusieurs de ses ouvrages en sont entièrement tissus. Le plus typique de ceux-là demeure le Petit Almanach où il a feint d'ériger en grands hommes tous les nains du Parnasse, sachant bien qu'un nain mis sur un haut piédestal en paraîtrait encore plus petit. Feinte odieuse et digne de Gacon, au dire de messieurs les nains * ; feinte que Rivarol seul pouvait si longtemps soutenir avec tant de bonheur. Quelle variété dans les tours et quel amusant travail dans ce style qui joue sur les mots, qui s'amuse à pervertir les plus inoffensives locutions, dont les traîtrises sont si gaies, et qui fait si bien entendre le contraire de ce qu'il dit M M'en voudra-t-on d'en donner quelques échantillons de plus?

Alix (M.), jeune avocat, dont une foule de pièces fugitives, répandues dans tous les journaux, n'ont encore pu mettre au jour tout le mérite. Nous avons longtemps cherché la cause de l'obscurité dont il jouit, et à force de soins nous avons enfin trouvé un poème en quatre chants, sur les quatre âges de l'homme, qui nous a paru la pièce coupable par les beautés dont il étincelle et qui auront à jamais irrité l'envie contre l'auteur. L'envie qui parle et qui crie est toujours maladroite; c'est l'envie qui se tait qu'on doit craindre. Or jamais poème ne l'éprouva mieux que celui-ci. Il s'est fait comme un concert de muets dans toute la littérature à l'apparition de ce poème. Un tel silence est souvent de bon augure; mais il ne faut pas qu'il se soutienne....

1. Voir l'Avis des éditeurs, en tête de la Confessioîi du comte Grif'olin: Cubières y croit jouer un bon tour à Rivarol en comparant au Petit Almanacli ÏApologie de la Motte, de Gacon : « l'ironie est partout répandue,... l'ironie fait le mérite de l'un et de l'autre », et donc Rivarol n'est qu'un autre Gacon. Le tort de Cubières a été de citer une page de l'Apologie de la Motte; nous , ne pouvions trouver une meilleure réponse à lui faire.

2. « Il disait à un de ses amis, presque aussi malin que lui : pour peu que cela dure, avec nous il n'y aura plus un mot innocent dans la langue » [Esprit de Rivarol).

Anceny (M. d').... Il existe de cet auteur une tirade de vers qu'il adresse à un de ses amis pour le punir d'avoir fui le mariage. On ne saurait l'aire un plus digne usage de la poésie que de la diriger contre les célibataires.

Berqidn (M.), après avoir été le poète des nourrices, a voulu devenir le philosophe de l'enfance, et s'est intitulé : l'Awi des Enfants. L'Allemagne lui a fourni cet ouvrage périodique dont il nous a fait présent. Cette traduction lui a valu toute notre reconnaissance; mais elle nous a coûté un poème épique dont M. Berquin était fort capable, et c'est trop cher,

Bonnicr de Layens (M.). Le nom seul de M. Bonnier de Layens entraîne avec lui les idées les plus séduisanies : il rappelle les noms de Chauheu, de Gresset, de Voltaire, dans la fugitive. 11 nous faudrait le pinceau de l'Albane pour tracer une esquisse digne de cet aimable chantre; mais ne l'ayant pas, nous renvoyons aux recueils du temps, où nos lecteurs pourront rencontrer l'épltaphe d'un chien et deux quatrains qui justifient bien notre silence.

Casimir-Varon (M.), écrivain paresseux, mais plein de grâces : c'est le seul qui ait su mettre du sentiment dans les énigmes et les acrostiches, genre toujours un peu sec : ce qui occupe trop l'esprit laisse le cœur tranquille.

Cosle (M.). Ses vers de trois syllabes, admirables d'ailleurs, sont un peu trop épiques.

Croisettiére (M.), de l'Académie de la Rochelle. Ses vers à sa femme sont un vrai modèle : tout y est.

Gandin (M.), se voyant de l'Académie de Lyon, n'a pas cru déroger à son état d'académicien en faisant une belle épître en vers à un enfant de sept ans, ni trop présumer des forces de l'enfant en la faisant fort longue. Quant à nous, il nous a paru qu'on ne pouvait pousser plus loin une petite fille et une grande épître.

Guidi (M.), auteur d'un poème sur l'ume des hêtes. Cet ouvrage, plein d'âme, vivra éternellement.

Raté (M.). Chansons, chansons : tel est l'aimable cri de M. Raté. On le trouve, on le chante partout : il n'est point de Journal, de Recueil et d'Almanach, où la gloire ne vienne écrire elle-même ce nom-là. Sa manière est tellement à lui, qu'on nomme ses couplets les Ratés, comme on appelle les Augustins tous les petits contes de M. Auguste de Piis.

J'ai montré, en parlant de ses idées littéraires, qu'il y avait dans le Petit Almanach mieux que de l'esprit de mots. Mais qui ne voit combien la facture elle-même en est spirituelle, et ce que la rouerie de la phrase ajoute à notre maligne jouissance"? On croirait entendre un vieil huma-

niste de province, président de quelqu'une de ces Académies qui, comme disaient les Apôtres, ne sont pas françaises *, lisant en séance solennelle son rapport sur les concours de poésie, s'appliquant à donner à sa louange un parfum de bonnes lettres, à en varier agréablement la délicate expression, et rencontrant à tout coup le mot qui fait calembour ou désastreuse équivoque. Il semble à ceux qui ouvrent le Petit Almanach et qui sentent la malice enveloppée sous l'éloge, qu'ils deviennent complices d'une mystification, muets compères de Rivarol, et qu'un atitre à leur place n'aurait pas compris. Peu d'illusions sont plus douces que celles-là; et qui sait si c'en est bien une? Son intention n'est pas toujours aussi visible que dans V Almanach. De ses moqueries, de même que de ses maximes, le sens est souvent assez fin pour échapper à des yeux qui ne seraient pas très attentifs.

Peut-être trouvera-t-on qu'il y a trop d'amphibologies savamment calculées dans le Petit Abnanach, je ne sais quoi de mécanique dans certaines tournures : u On aimerait mieux que M. Gérard n'eût jamais commencé que de le voir finir ». MM. Beaufleury et Boissel « ont si bien mis la gloire en commun qu'ils aimeraient mieux ne jamais sortir de l'oubli où ils sont encore tous les deux, que d'être séparés par la réputation »; M. Cailleau a publié « une Péjjonse d'Ahailard à Héloïse qui, selon la louable intention du poète, aurait sans doute délivré cette femme célèbre du fol amour qui la possédait »; M. Levasseur « fait la musique de tous ses opéras, ce que personne peutêtre n'aurait fait >;; le poème de l'abbé de Saint-Hulet, sur VHéroïsme dans V Adversité, « nous a domptés, nous a familiarisés avec le malheur, et il n'y a rien que nous ne puissions soutenir après son beau poème », etc. Le procédé apparaît, et quoiqu'il n'en soit pas plus aisé à attraper,

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