Carnets
3. C'est l'époque où, selon son mot, « il économisait son phosphore ». « Je garde pour penser ce que vous autres, jeunes gens, dépensez trop libéralement. » (H. de la Porte, iVoh'ce 5W?' iîiyaro^.) Est il utile de rappeler que beaucoup d'émigrés traînaient à leur suite une Manette? Qu'on lise l'ouvrage de M. Forneron, Histoire générale des émigrés, et l'on sera lixé. L'abbé Delille lui-même était accompagné de cette « nièce » mal éduquée qui obligeait Rivarol à lui dire : « L'abbé, puisque vous avez le droit de vous choisir une nièce, vous auriez dû la choisir plus polie ». (Montlosier et le Gallicanisme, par M. Rardoux, p. 133.)
4. Esprit de Rivarol. Il dînait aussi souvent chez le restaurateur français Gérard, à Hambourg, que chez lui (voir H. de la Porte, et aussi sa Lettre àALDalville)
La vérité est qu'il ne s'est donné corps et âme à personne, quoiqu'il cédât vite à l'attrait d'une sympathie, qu'il ait été très aimé, et qu'il fut plein d'attentions, d'égards pour ceux qui l'aimaient. Leur écrit-il? Ses billets sont des chefs-d'œuvre de grâce affectueuse et câline; il y met tant de bonhomie dans ses plaisanteries qu'elles n'ont plus rien de blessant. Il les a enchantés, ensorcelés les uns après les autres, et Lauraguais, et Chênedolié \ et Cappadoce Péreira, et Dampmartin, et Gualtieri, etc.; mais s'ils ont cru le posséder, ils se sont fait quelque illusion. Je ne vois que M. de Gaste à qui il soit resté très fidèle, c'est-à-dire avec qui il ait continué de correspondre de temps en temps jusqu'à son dernier jour : le nom de M. de Gaste évoque pour lui le souvenir de ses jeunes années, et qui n'est fidèle à ce souvenir-là? A la fin de 1800, il a si complètement perdu de vue son cher Lauraguais qu'il ne sait même si la Terreur l'a épargné ^ Ce qu'il a écrit sur l'amour ou l'amitié, pour être mieux tourné que du Sénac de Meilhan, n'en est guère moins subtil et froid ^ A y regarder de près, le ton même de ses lettres ad familiares n'est qu'un joli ton de visite, sans tutoiements * et sans raideur. Il est le plus charmant des amis, au sens oii le mot s'emploie entre gens du monde, et s'il y a de l'intimité dans sa vie, il n'y en a que des minutes. Il est M. Célimène.
1. « 11 m'avait dompté; j'étais devenu l'esclave de sa pensée; je n'avais de puissance que pour l'admirer,... sa mort m'accabla »,dit Chênedolié {Chateaubriand et son groupe^ II).