‹ RivarolChapitre 195 sur 203 · V. ^ - V V^ (Tn .1 ^ .V · texte numérisé non relu

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Trois lettres de Rivarol à sa famille.

[1797; à son père.]

A Monsieur 1. Rivarol, à Bagnols, près le Pont Saint-Esprit.

12 may, à Hambourg.

« Mon frère m'a fait parvenir enfin de votre écriture. Vous auriez eu de mes nouvelles peu de temps après la mort de Robespierre, si je n'avais eu affaire à des agents infidèles qui ont retenu l'argent que j'envoyais à mon fils et disposé à leur gré du paquet de lettres que j'envoyais à mon frère. Un honnête négociant de Londres me rendit enfin le service de faire compter à Paris l'argent nécessaire au voyage de cet enfant; car vous sentez combien il était dur pour moi de voir ce petit malheureux, dans les rues de Paris, manquer à la fois de pain et d'instruction; et mon frère me l'amena l'année dernière. Vous savez qu'il * a passé ici six mois, et j'aurais bien voulu qu'il y demeurât plus longtemps, il m'aurait aidé dans mon grand travail sur la langue, et nous serions rentrés ensemble; mais Paris l'attirait, et il n'a pu résister. Me voilà donc avec mon fils à Hambourg; ma sœur qui demeure à la campagne à une demi-lieue de... ^.

t< Mon frère doit vous avoir dit que je quittai Paris le 10 juin 92 fort à propos; car on vint, sept jours après, soit pour me massacrer dans ma maison, soit pour me mener à l'échafaud. Les brigands dirent en entrant chez moi : « où est-il, ce grand homme? nous venons le raccourcir ». C'est un des caractères de la révolution que ce mélange de plaisanterie et de férocité. J'ai, depuis, essuyé bien des petits revers, et, entre autres ,deux naufrages. A quinze pieds dans l'Océan, ma présence d'esprit ne m'a point abandonné et m'a sauvé. Je vous conterai tout cela, car je n'ai point perdu l'espoir de vous voir encore.

« J'étais à Bruxelles, en 1792, lorsque j'appris votre fuite de Marseille; je vous fis passer cent francs en assignats dans une lettre à M. Matteras, à Aix, je crois; car c'est là qu'on m'avait écrit que vous étiez réfugié; enfin, il ne faut plus penser aux maux passés; les malheurs ne sont bons qu'à oublier. Il faut au contraire bénir le sort qui a voulu que dans un massacre aussi général nous ayons tous été épargnés; il n'y avait pourtant pas à parier pour nous.

« Je fais passer ce paquet par Bordeaux ; nous verrons ce qu'il en

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