Journal Politique National, l""^ série, n
3. Id., 1^^ série, n» 10, n*» 12, n° 13, etc.; 2= série, n" 17.
croirais plutôt qu'en le forçaat à se réfugier, du 25 juillet environ aux premiers jours d'octobre \ dans une petite ville de province, les jacobins lui ont rendu service. Que ne l'y ont-ils bloqué davantage ! Il eût achevé son Journal. Non, le mot qui explique de si fréquentes et si fantasques intermittences est celui que les rois laissaient tomber au bas de leurs arrêts : « Car tel est notre plaisir ». Etre prêt à l'heure, faire, comme on dit, de la copie, se transformer en une machine à écrire, ce serait déchoir. Le numéro devait être distribué demain? Eh bien, il le sera un autre jour, ou une autre semaiue, ou un autre mois; mais il ne sera pas dit que M. de Rivarol n'est plus son maître. Lorsqu'il a terminé avec un soin extrême un de ses Résumés historiques et raisonnes qui forment la partie essentielle du Journal et souvent remplissent à eux seuls tout le Journal, il les apporte à Fabbé qui les découpe tant bien que mal en numéros; il s'informe nonchalamment du nombre des nouveaux souscripteurs, se fait lire les lettres d'approbation ou de menace qui viennent d'arriver, et juge si elles méritent l'honneur de l'impression ou l'honneur d'une réponse ^. En ce cas, sur un coin de table, sur le marbre de la cheminée, il écrit la réponse, ou, ce qui revient au même, il la développe en causant avec tant de précision, tant déclat, que Sabatier qui la rédige ne parvient pas à
1. La Lettre sur la Capture de l'abhé Mawvj, datée du 28 juillet 1789, atteste le passage de Rivarol à Péronne vers cette date; son récit des 5 et 6 octobre, d'autre part, semble en bien des endroits d'un témoin oculaire.
2. 11 y en a un assez grand nombre dans les deux premières séries, dans la première surtout; par exemple, au n" 5, une très flatteuse lettre signée Filsac, qui est de Claude-François en personne; au n» 6, une de M. L., à qui l'auteur du Jownal avait demandé son sentiment par écrit sur les événements actuels. Là se trouve cette phrase, depuis attribuée à Rivarol, qui a plus d'une fois exprimé la même pensée : « Il faut attaquer l'opinion avec ses armes. On ne tire pas des coups de fusil aux idées. » « Vous me flattez beaucoup, monsieur, continue M. L., en m'apprenant que vous adoptez parfois quelques-unes de mes idées. » Ce M. L. doit être Lauraguais. — Une note, n" 6 de la 2^ série, prévient le public qu'il est impossible à l'auteur du Journal de reproduire les innombrables lettres à lui adressées; il n'y en a plus du tout dans la 3* série.
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la gâter et à en effacer les « stigmates » du dieu. Quelle poussière de diamant sur les marges de la feuille! Autour de l'article écrit voici l'article causé, de tout autre allure et de prix presque égal. Que ne vient-il assidûment au bureau, fût-ce les mains vides ! La feuille ne chômerait jamais. Les 11 et 13 août 1789, elle a paru, bien que le Résumé manquât et que le texte des décrets du 4 ne put remplir que la moitié de chaque numéro : il est venu, il a parlé, et l'autre moitié s'est trouvée faite, faite de courtes ripostes, d'entrefilets incisifs à l'adresse de Luchet et de l'abbé Fauchet, de Necker et de Mirabeau. Il peut s'amuser ensuite de l'empressement des sols à démêler la part et la manière des deux « associés » M M. Salomon de Cambrai n'a que faire d'un associé : il lui plaît d'avoir un scribe, quelqu'un qui se charge des soins matériels de l'entreprise. Entrez, entrez, M. l'abbé !
Mais le tête-à-tète avec Sabatier, quelle solitude ! Et si capricieuse, si libre que soit sa façon de faire un journal, quelle irritante contrainte qu'un journal à faire! Les abonnés se plaignent ; les uns lui demandent d'être plus régulier, les autres de se mettre à leur portée ^ Ces gons-
1. « Il s'est trouvé parmi nos lecteurs, dit une note ironique du n° 6 de la 2° série, des personnes qui ont vu quelque différence entre le style de M. Salomon (c'était le pseudonyme de Rivarol, mais il ne figure jamais au bas des articles) et le style de M. l'abbé Sabatier. Ces personnes ont la vue plus subtile qu'elles ne pensent, et leur justement, leur goût, leur sagacité méritent de bien sincères compliments. » En fait, très peu de pages du Journal, et encore dans la 1'^ série seulement, peuvent être attribuées à l'abbé. (Voir la Bibliographie, % 1.)
2. 11 se moque dans le n" 7 de la 2" série {Avertissement) de certains souscripteurs qui n'ont pas trouvé les numéros 3, 4 et 5 « assez gais, assez sensibles, assez onctueux », et il leur répond que ces numéros sont une analyse du Conirat social. Mais un autre Avertissement mérite d'être cité tout entier (2^ série, n° i i) : « Quelques-uns de nos lecteurs, chefs de nos municipalités, députés ou suppléants du tiers état, se sont plaints du style des Résumés. Ils prétendent que cette manière d'écrire donne trop à penser, et qu'il n'existe point de journal oii l'on ait si peu d'égards pour eux. Ils demandent nettement un style plus familier, plus populaire, et, pour tout dire, plus national. C'est donc pour leur plaire que M. Salomon, notre éditeur, leur a donné VAdresse aux Impartiaux, insérée dans le numéro 10. On ne se plaindra pas, je pense, des airs de hauteur de cette
là s'imaginent-ils qu'il est à leurs ordres, à leur solde, et qu'il fait métier de son talent? Métier! Le vilain mot î « M. Turpin est toujours prêt à leur rendre leur souscription * », el Rivarol toujours résolu à ne point aliéner sa liberté.
On rencontrerait, en revanche, de sa prose et plus souvent l'écho de sa voix dans plusieurs des feuilles qui essaient alors de tenir tète à la Révolution. Une salle de rédaction, grande ouverte à la vie, où les nouvelles circulent, oii les bruits du dehors se répercutent, l'attire, le retient, à condition qu'il n'y ait nulle besogne imposée et déterminée d'avance. Tandis que ses lecteurs attendent en novembre 1789 les derniers numéros de sa première série, il fait la fortune des Actes des Apôtres, au risque d'y compromettre les principes qu'il défend dans son Journal. La tentation était irrésistible. Il ne peut se priver du plaisir de rejoindre le soir, chez le restaurateur Masse, dans un salon du premier étage, le vicomte de Mirabeau, Suleau, le marquis de Bonnay, Lauraguais, Montlosier et autres gais compagnons qui savent si bien provoquer et applaudir
prose-là, ni de l'aristocratie du style. Cette Adresse parle à la classe la plus respectée comme à la plus respectable, sans acception de personne, et nous comptons sur la reconnaissance de ceux de nos lecteurs auxquels la prose des Résumés a donné des soucis. Mais nous les avertissons que nous ferons rarement le sacrifice de notre manière, et que nous ne donnerons que fort peu de ce style aisé qui leur plaît tant; nous ne nous sommes pas retiré à la campagne pour nous gêner. D'ailleurs, si nous descendions toujours, pour leur éviter la peine de monter, nous laisserions la bonne compagnie qui nous suit depuis longtemps, et qui est plus aisée à vivre qu'on ne pense, puisqu'elle n'exige pas qu'on sépare les égards qui lui sont dus de ceux qu'on doit à la langue, au goût, au véritable ton et à la majesté de l'histoire. » Je reconnais là celui qui, de l'aveu de Cubières, donnait plus d'exemplaires de so. Lettre sur le Globe aérostatique qu'il ne cherchait à en vendre; et quand ensuite le même Cubières l'accuse d'avoir écrit le Pelit Almanach « par besoin d'argent », je sais ce qu'il en faut croire. Il renvoyait à Restif les éditeurs qui le prenaient pour un marchand de littérature (voir Sulpice de la Platière, Vie... de Rivarol). Je lis dans ses Carnets ce bout de dialogue :
« Le libraire : Je me serais montré honnête.
« Moi : Je n'ai pas voulu vous gêner. » 1. Journal Politique National, 3' série, n° 3, Avertissement.
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ses réparties. De temps à autre, il leur lit quelque page étincelante qu'il a écrite à leur intention ; ou bien, à la fin du dîner, il en improvise une que Peltier envoie aussitôt à l'imprimerie de Gattey; plus volontiers, il cause. En bas, au-dessous des fenêtres, une rumeur d'émeute emplit le jardin et les galeries du Palais-Royal ; des huées montent, mêlées au refrain du Ça ira ; certain jour, une pierre vient casser une vitre*. Ah ! dans cette atmosphère surchauffée, comme Rivarol se sent vivre ! Il gaspille son esprit, il le jette à pleines mains, sans compter. Derrière lui, Peltier se baisse, ramasse soigneusement les précieuses miettes et les sert le jour suivant à sa clientèle ^.
D'autres, hélas! les disputent à Peltier, comme les pauvres de la rue s'arrachent les pièces blanches à la sortie d'un baptême. Les Actes ne sont pas le seul ni le pire journal auquel le grand prodigue collabore ainsi et presque sans le vouloir. Barruel délaye et dénature ses idées dans \q Journal Royaliste. Champcenetz et Tilly insèrent ses boutades parmi les ordures de la Chronique Scandaleuse et tâchent de lui faire une part dans leur infamie. Il hausse les épaules, et se contente, s'ils reproduisent trop sottement quelqu'une de ses plaisanteries, de murmurer assez