Voir les Mémoires de Montlosier
2. Le rédacteur jacobin de La Légende dorée ou les Actes des Martyrs pour servir de pendant aux Actes des Apôtres (une feuille in-S" le mercredi et le samedi à partir du 1" février 1791) a essayé de mettre en scène les Apôtres et de donner le compte rendu dialogué d'une de leurs séances (n" 20, 27 avril 1791). Il groupe donc Peltier, Rivarol, Champcenetz et, quoiqu'ils n'aient probablement pas collaboré aux Actes, l'abbé de Montesquiou, Fontanes, Durosoy. Tous ensemble travaillent à une chanson; c'est Rivarol qui mène la partie et fournit le premier vers des couplets; les autres viennent à la rescousse et fournissent un vers par-ci par-là. Les choses ont pu se passer quelquefois ainsi; voir entre autres le n° 25, qui est enlevé de verve, et où est contée, moitié en vers, moitié en prose, une querelle entre des aristocrates et des gardes nationaux; cela semble fait de la collaboration après souper des gaîtés de tous, chacun relevant la balle comme à un petit jeu de société et renvoyant son couplet: ils sont en lîelle humeur et font les fous. Le seul tort du rédacteur de La Légende dorée est que les mots qu'il leur prête sont ineptes. Il est plus facile d'indiquer leur procédé que de singer leur esprit.
haut pour être entendu : « Il ne tient pas à eux que ce ne soit plus un bon mot » *.
Que d'ouvrages il a parlé dont il ne reste aujourd'hui que des feuillets épars! Il n'est bruit en octobre 1791 dans les cercles royalistes que de sa publication prochaine : De la Souveraineté du Peuple. Ceux qui approchent de lui, Peltier entre autres, en vantent déjà l'importance et la beauté ^ Il meurt sans avoir publié son livre, sans en avoir même écrit plus que la préface dont son frère s'est fait l'éditeur trente ans après sa mort ^ Bientôt, d'ailleurs, le livre avait changé de titre et de forme dans sa tête, s'était élargi en une Théorie du Corps Politique. Cubières Ta entendu la développer en 1791 ou 1792. A Londres, en 1794, il « s'en occupe très-sérieusement » *;
1. Esprit de. Rivarol. Pour moi, il n'y a de son écriture ni dans le Journal Royaliste ni dans la Chronique Scandaleuse; mais ici comme là il y a de ses idées et de ses mots. Le Joui^nal Royaliste était rédigé par son cousin Barniel-Beauvert, avec qui il n'a rompu que quelques années plus tard, par son frère Claude-François et par Champcenelz (voir le Prospectus, du 16 mars 1792). La Chronique est l'œuvre de Champcenetz et de Tilly (voir le Journal Général de la Cour et de la Ville, du 12 octobre 1791); tous deux sont de sa livrée, le citent à tout propos, le louent, essaient de sabriter derrière lui. Mais leur feuille dure des premiers jours de septembre 1791 à la mi-octobre; elle naît et meurt par conséquent pendant que Rivarol est à Maisons. J'avoue que leur dernier numéro prête, intentionnellement peut-être, à l'équivoque : en annonçant qu'ils cessent leur journal et ne rendront pas les souscriptions empochées, ils donnent pour raison que leur principal associé vient de prendre la fuite : « Cet homme unique peut-être par la profondeur et la variété de ses connaissances, cet îiomme qui d'un seul mot éternisait la bassesse ou le ridicule de ses ennemis, vient d'être cité devant le juge de paix pour avoir bafoué deux ou trois coquine;... il s'est retiré à trente lieues de Paris ». Malgré certaines analogies, « cet homme unique » ne saurait être Rivarol qui n'a jamais été, que je eache, cité devant le juge de paix, et qui était, je le répète, à Maisons (Maisons-Laffitte, près de Saint-Germain) depuis le 1" ou le 2 septembre (voir ses Lettres à M. de la Porte). S'il y a dans l'article de la Chi^onique autre chose qu'une fable inventée à plaisir pour masquer tant bien que mal une escroquerie, c'est apparemment de Champcenetz ou de Tilly qu'il s'agit.
2. Actes des Apôtres, épilogue du tome X et n» 305. Il est vrai qu'il y travaillait; de là sa retraite à Maisons.
3. Encore n'en a-t-il publié qu'un brouillon; un meilleur texte a été volé par l'abbé Sabatier qui l'a stupidement gâché (voir la Bibliographie, % 2).
4. Préface de VEsprit de Rivarol. Voir aussi dans les Mémoires et Cori^espondance de Mallet Dupan une lettre de l'abbc de Pradt du 13 mai 1794.
l'homme. S3
il a déjà choisi le papier qui doit servir à l'édition M En 1795 ou 96, l'œuvre est si vivante dans son cerveau et sur ses lèvres que Cliênedollé la sait presque par cœur, peut en donner une analyse, en citer des phrases et des suites de phrases ^ Il n'en existe à sa mort qu'une sorte de canevas échantillonné dont un escroc s'empare pour en remplir les blancs d'une grossière broderie.
Son travail sur la langue française est en projet dès 4781, et annoncé dans son article sur les Nouveaux Synonymes ^. Les bases en sont arrêtées. Bien des gens sont au courant de ses doctrines grammaticales, en savent même la formule précise; à tel point qu'en 1798 des faussaires peuvent glisser dans une lettre qu'ils lui attribuent des remarques qu'ij n'a point fait encore imprimer, qui ne sont inscrites que spr ses Carnets, mais qu'il a jadis exprimées maintes fois on leur présence \ De ce travail nous ne possédons que le Disco%(,rs Préliminaire, ou plutôt la partie du Discoures Préliminaire, ({ne Fauche lui a, j'ai dit comment, arrachée en 1797. Il y a un Avertissement :
Voici en peu cle mots le plan de l'ouvrage que je présente au Public, sous le titre de Discours Préliminaire.
1° Un tableau métaphysique et moral de l'homme considéré dans ses facultés intellectuelles, dans ses idées premières et Ibndamentales et, dans ses passions.
1. Lettres à Gappadoce Péreira des 10 novembre 1793, 8 décembre 1793, 23 décembre 1794.
2. Préface de VEsprit de Rivarol. Voir aussi Chateaubriand et son groupe, II. Ghênedollé est resté inconsolable d'une si grande perte. A leur seconde entrevue, Rivarol lui avait lu le préambule : « Aucun morceau de prose ne m'a jamais fait autant d'effet ; il est évident que Rivarol dans ses quatre premiers chapitres, sur la nature et la formation du corps politique, a voulu lutter contre les chapitres sur l'Homme, de Pascal». IMus sûrement, contre Rousseau et le Contrat Social. Ghênedollé a mis en vers, au quatrième chant de son Génie de l'Homme, ce qu'il avait pu retenir de la Théorie.
3. Dialogue entre Voltaire et Fontenelle, 1784; Sur les Nouveaux Synonymes français de l'abbé Roubaud, 7 juillet 1787.
4. Il y a là un petit problème dont personne n*a parlé; voir la Bibliographie, § 5.
2° Le tableau de l'esprit humain dans la création du langage en général : on y traitera des différentes formes de la pensée.
3° Un tableau grammatical de la langue l'rançaise, et le développement du plan du dictionnaire.
Dès que ces trois parties du Discours Préliminaire auront été livrées à l'impression, on commencera celle du dictionnaire par ordre alphabétique et par familles, tel qu'il est annoncé dans le prospectus.
Immédiatement après le dictionnaire, je passerai à l'histoire du corps politique, et j'aurai alors présenté l'homme 1° dans l'ordre intellectuel, 2° dans le langage en général, 3» dans la langue française en particulier, 4» dans l'ordre social ^
Le programme était imposant*. Savourons les : dès que, et les : immédiatement. Savourons ce petit alinéa : « Quoiqu'en reculant l'impression de cette première partie jusqu'au mois de septembre, on eût pu les livrer toutes trois ensemble, j'ai craint que trois tableaux aussi considérables ne fatiguassent d'abord l'attention publique ». On ne saurait avoir plus de ménagements pour elle. Le malheur est que le premier tableau seul a vu le jour. Il est beaucoup plus facile à Rivarol de tracer le plan d'une ville que de construire une maison. Il ne doutait pas de ses forces, et il faisait partager aux autres la confiance qu'il avait en luimême. On disait couramment, dans les premières années du siècle, que la mort seule l'avait empêché de mener son entreprise à terme. Son éditeur trouvait tout naturel qu'il s'engageât à lui remettre dans les six mois qui suivraient la signature de leur traité, outre le Discours Préliminaire au complet, les six j)remières lettres du Dictionnaire. Littré a mis vingt ans à faire le sien; c'est une lettre par an, à peu près. M. de Rivarol en promet une par mois. Il est vrai qu'il n'en a pas donné une seule ^