‹ RivarolChapitre 36 sur 203 · Id., p. 28 et · texte numérisé non relu

Id., p. 28 et

3. Préface des Pensées inédites; il croyait que cette pension lui venait de Monsieur. S'il est vrai que son nom soit sur VÈtat des gens de lettres demandant des pensions en 1786 (voir Lescure, Rivarol et la Société françaisey p. 94), il faut qu'un ami trop zélé l'y ait fait inscrire officieusement, sans savoir qu'il était déjà pensionné.

4. Carnets. « D'un joueur devenu courtisan : il ne vole plus depuis qu'il rampe. » {Id.) « Un courtisan répondit un jour à Louis XV qui lui demandait l'heure : Sire, l'heure qu'il plaira à Votre Majesté. » (Id.)

débattre plus d'un marché louche, assiste à la rédaction des fameux édits, en développe les conséquences, et s'en va les mains vides, content d'avoir si bien parlé \ Arrière ceux qui lui proposent, en faisant tinter des écus dans leur poche, l'un de chansonner la reine, l'autre de s'attacher au duc d'Orléans ! D'un mot il leur cravache la figure ^ Sitôt qu'il attaque en juillet 1789 l'x^ssemblée et le projet de Constitution, les jacobins clament qu'il s'est vendu au roi : « Si je suis vendu, peut-il répliquer en retournant le mot de Mirabeau, du moins ne suis-je pas payé » ^. Nul n'est plus que lui de la race des aristocrates, et moins que lui de leur parti. Il est vrai qu'en ces années où l'émeute gronde autour des Tuileries il s'y montre de temps à autre; il se montre chez Mme de Tourzel, chez La Porte, peut-être (cela est douteux), chez le roi ou la reine * :

1. Il fait allusion à ses visites chez Brienne dans une note du Journal Politique National, 2^ série, n" 23 : « M. Thouret a fait et refait le plan de la cour plénière; j'ai vu ses thèmes en plusieurs façons chez M. l'archevêque de Sens ». Cubières dit que Rivarol avait « composé les préambules des Edits », lesquels n'ont pas le moindre préambule! Les Bagnolaises lui ont, naturellement, prêté le rôle le plus odieux dans cette affaire.

2. Voir, dans la Vie... de Rivarol de Sulpice de la Platière, t. I, p. 31-32 et p. 37, ses deux réponses.

3. Le mot tant de fois cité se trouve dans le Journal Politique National, l'e série, n" 7 : « à MM. les souscripteurs ». Une des plus réjouissantes choses qui soient est l'article du Larousse consacré à Rivarol ; j'ignore le nom de l'auteur, qui était certainement « un vieux républicain ». Il a flétri Rivarol, vil stipendié des cours; il l'a flétri, pièces en main; il a cité des documents trouvés dans l'Armoire de fer. Que répondre? Rien, sinon que les documents cités concernent Talon et Saiute-Foy dont Louis XVI, en haut de la feuille, a écrit les noms de sa propre main. — Rivarol jugé et condamné par le Larousse, 6 burlesque revanche des Almanachsl

4. Le récit de son entrevue avec le roi dans la Vie... de Rivarol de Sulpice de la Platière est évidemment une scène arrangée par le naïf Sulpice pour placer le mot : « Faites le roi », que Rivarol et Lauraguais ont tant de fois répété dans leurs écrits. Cette scène est une de celles que Cubières trouvait le plus ridicules dans le livre de Sulpice. Il est incontestable que le bruit a couru à Paris, en 1191, que Rivarol était reçu chez le roi; le 28 mai 1791, Villette écrit dans la Chronique de Paris : « Ce prince pourra-t-il jamais recevoir de bons avis tant qu'il appellera de lâches et perfides conseillers? Est-il croyable que M. de Rivarol, connu des gens de lettres par son esprit, de ses créanciers par son industrie et de l'ancienne police par ses intrigues, soit admis fréquemment à la conversation du roi des Français? Pourrait-on s'imaginer que le restaurateur de la liberté consulte cet ennemi mercenaire de la Constitution, qui vend sa

y vient-il prendre des ordres et émarger sur la liste civile? Il y vient donner des conseils, de haut, comme il sait les donner; il est désireux d'être écouté, mais ses paroles ne contiennent que des reproches ou des vérités amères, et s'il invite La Porte à distribuer quelques milliers de francs entre les orateurs qui dominent dans les clubs, il ne se charge point de la distribution, qui regarde Talon et Sainte-Foy \ Le jour où la Chronique de Paris, en émoi, dénonce ses visites chez Mme de Tourzel et où le Journal général de la Cour et de la Ville répond en lui souhaitant de devenir précepteur du Dauphin, ce jour-là il a dû bien rire ^. M. le comte de Rivarol ne se gage point, ne se place pas. Faire l'important, critiquer les actes d'autrui, avoir l'air de savoir et d'être seul à savoir le remède qui sauverait l'Etat, léger bonheur qui lui suffit. Il semble

plume à l'aristocralie pendant que son digne frère ferraille pour elle? Rien n'est pourtant plus véritable, et il n'y a pas longtemps que Louis XVI lui demanda ce qu'on pensait de lui et de la Révolution : tout ceci, répondit M. de Rivarol, se réduit à deux points : les uns veulent un roi; les autres n'en veulent pas. On sent quelle impression peuvent faire des paroles si coupables sur l'esprit du monarque », etc., etc. — Des injures ne prouvent rien, et je me défie autant de Villette lorsqu'il juge Rivarol, que de Rivarol lorsqu'il juge Villette. Le 3 juin, le Journal général de la Cour et de la Ville, où Rivarol est mieux connu puisque son frère y écrit, répond à l'article de la Chronique : « Il serait bien à désirer que ce bon prince se déterminât enfin à écouter les avis de l'historien le plus profond dont la France puisse se glorifier ». D'une lecture attentive des Lettres et Mémoires que Rivarol adressait à La Porte, il ne semble pas résulter qu'il eût des entrevues avec Louis XVI. Le M juillet 1791, les Annales patriotiques et littéraires de la France disent que la reine a mis son nom sur la liste des deux cents personnes qu'elle veut recevoir; mais ceci encore semble un propos en l'air.

1. Voir, à l'Appendice, $ 8, un extrait du procès de Louis XVI, relatif à Rivarol; je cite au chapitre IV la lettre de La Porte.

2. Voir les numéros que je viens de citer de ces deux journaux. « Mme de Tourzel, gouvernante du Dauphin, disait la Chronique de Paris, reçoit souvent à sa table ce même Rivarol; et celle qui doit élever le royal enfant selon les principes de la Constitution, qui doit préparer sou âme à les comprendre et à les aimer, l'environne elle-même de ses ennemis les plus déclarés. » — « Une basse jalousie, riposte la feuille royaliste, a donné lieu à cette dénonciation; il y a longtemps que l'abbé Noël et le cuistre Gorsas ont affiché leur prétention à l'éducation de monseigneur le Dauphin, et M. de Villette ne verra pas sans envie un autre que lui chargé de l'éducation du Dauphin. »

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qu'en 1794, à Bruxelles, il a reçu quelque argent de Mercy d'Argenteau? Ce n'était pas le pourboire d'un ministre à l'une de ses créatures, c'était le cadeau d'un Mécène à un homme de talent ^ En septembre 1793, Breteuil et Fersen le pressent d'agir par l'entremise de Mme de Beauvert, sa sœur, auprès de Dumouriez dont ils attendent naïvement le succès de leur cause : s'est-il prêté à la combinaison? Leurs lettres feraient plutôt croire qu'il a hésité, puis s'est dérobé ^. Il était trop clairvoyant pour croire à l'efficacité de ces expédients-là. A tout le moins, s'il a commis la faute d'intervenir, c'a été à titre officieux et parce qu'au lieu de le prendre par l'intérêt Breteuil lui a dit : le salut du roi dépend de vous ^. En 1796, un certain Herman est envoyé par Louis XVIII à Hambourg : il s'agit d'amener le jeune Louis-Philippe d'Orléans à un acte de soumission envers le roi, et de trouver quelqu'un qui veuille le surveiller, peut-être aussi détacher de lui l'opinion en écrivant de la bonne manière une histoire de la faction d'Orléans; il y aura bonne paye. Avant de s'adresser à Montjoie, Herman s'efforce de séduire Rivarol. Celui-ci feint de ne pas comprendre, parle de choses et d'autres, « de ses ouvrages, de l'opinion qu'on avait de la perfidie des cours, et enfin de l'état actuel de la France ». Deux ou trois fois Herman essaie de le ramener « à son objet », se retire très capot et déclare au duc de Castries qu' u il n'y a rien à faire de M. de Rivarol » *. En effet, il est impossible de faire de lui un

1. Lettre à Cappadoce Péreira du 23 décembre 1794 : « La mort inopportune de M. de Mercy m'a beaucoup dérangé; il devait m'avancer les premiers fonds » (pour son ouvrage en train, Théorie du corps politique). Il appelait Mercy « mon Mécène » dans une lettre du 30 août 1794 au même Cappadoce.

3. Le 14 juillet 1800, Thauvenay, qui lui a transmis une lettre du roi, écrit à d'Avaray : « Elle a produit sur M. de Rivarol tout l'effet qu'elle devait produire; elle l'a touché jusqu'aux larmes ».

4. Le rapport d'Herman est aux Archives du Ministère des affaires étrangères, t. 589; l'orthographe en est digne du personnage. Herman était

espion ou un agent qui obéisse à une consigne. Thauvenay s'en est aperçu, lui aussi, en 1798, lorsque d'Avaray lui a une première fois enjoint d'entrer en pourparlers avec Rivarol au sujet de je ne sais quelle mystérieuse commission, de je ne sais quel projet de manifeste : Thauvenay eût préféré confier la tâche à Fontanes qui lui paraissait plus maniable *. Est-ce ce même Fontanes qui en 1800 faisait espérer à Rivarol la direction de la Bibliothèque nationale s'il consentait à rentrer à Paris et à faire l'aimable avec Bonaparte? C'était trop cher; il refuse, et fait bien ^ Rentré à Paris, il lui eût fallu reprendre bientôt le chemin de l'exil; Bonaparte ne se fût pas longtemps contenté de lui demander, ainsi qu'à Mme de Goigny : « Comment va la langue? » Ses derniers biographes ont répété, après Dampmartin % qu'il avait en allant à Berlin une mission du roi, qu'il était chargé de lui assurer un refuge en Prusse, et qu'il avait eu maille à partir avec notre plénipotentiaire, le général Beurnonville. Après lec-

porleur d'une lettre de d'Avaray pour Rivarol. Celui-ci a promis d'y répondre, c'est-à-dire de donner par écrit son avis sur la situation politique de l'Europe; j'i{>nore s'il l'a fait. On sait que Montjoie a publié une Histoire de la Conjuration cVOrléans, en 1800; son récit des journées d'octobre est rempli d'emprunts au Journal Politique National qu'il n'a garde de citer.

i. Les lettres de Thauvenay à d'Avaray dont je parle ici sont également aux Archives, t. 594. La T" est du 24 juillet 1798; il y en a six autres, des 3, 7, 17, 2\, 28 août et 18 septembre. Jusqu'alors Thauvenay n'avait, dit-il, rencontré Rivarol que deux fois. Il est impossible de savoir quel service d'Avaray attendait de Rivarol; j'entrevois seulement qu'il s'agit d'un écrit qui serait rédigé en même temps à Londres par Mallet Dupan, et à Hambourg par Rivarol. La cour de Mittau se réservait sans doute de choisir ensuite entre les deux textes. Il n'en est plus question à partir du 18 septembre. Le maréchal de Castries paraît avoir fait changer d'idée à d'Avaray et au roi.

2. Lettre de Thauvenay du 4 avril 1800. « 11 est lui-même persécuté de rentrer, on lui ofTre de le mettre à la tête de la Bibliothèque nationale. »

3. Voir Danipmartin, Notice citée, et aussi Mémoires sur divers événements de la Révolution et de VEmigration. D'après lui, Rivarol aurait reçu « mille écus » avec « ordre de se rendre à Berlin ». Dampmartin doit faire ici allusion aux cent ducats que Louis XVIII a fait remettre, par l'entremise de Thauvenay, à l'auteur du journal projeté, et sur lesquels je donne plus de détails dans V Appendice, § 7.

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ture des dossiers entassés aux Archives, le fait semble bien inexactenaent rapporté. J'ai dit quand et pourquoi il s'est rendu à Berlin : en septembre 1800, il n'était point question pour Louis XVIII de quitter Mittau d'où il n'a été chassé que quatre mois plus tard et à l'improviste, le 20 janvier 1801 ; les lettres de Beurnonville à Touché * ne renferment pas la moindre allusion à des démêlés entre Rivarol et lui. Que Louis XVIII fît cas de Rivarol et ne fût pas fâché de le savoir à Berlin où il soutenait éloquemment Tidée monarchique et pouvait réchauffer le zèle des indécis, la chose est bien admissible : il y a loin de là à une mission officielle et rétribuée.

De tous ses refus, du dégoût que lui inspiraient les marchandages, tripotages et « trigauderies « ^, résulte la jolie attitude d'indépendance qu'il a toujours gardée. Par vertu? Voilà un bien grand mot; disons plus simplement : par dédain. Une fonction l'eût confiné dans un coin de la vie et privé de tout le reste. Il ne veut être ni ceci ni cela : il n'est, mais à un degré de perfection où lui seul est parvenu, qu'un homme de société qui cherche son plaisir.

N'y a-t-il rien de sensuel dans son plaisir? Si vraiment. Cet homme dont les matinées se passent dans le plus modeste intérieur, est sensible au luxe du décor dans lequel il se retrouve le soir, sensible à l'éclat des parures, infiniment sensible à l'élégance et à la beauté. Ses amis assurent qu'il a eu autant de bonnes fortunes que Lauzun ou Tilly; je le crois sans peine; mais il s'en est lassé plus vite qu'eux, et par indifférence, j'imagine, autant que par discrétion il n'en a pas soufflé mot : il préfère la fine et

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