Carnets
5. « Son existence, disait-il, se compose des alarmes de sa santé et des témérités de sa gourmandise; il ne connaît d'autres remords que ceux de son estomac » {Chateaubriand et son groupe, II).
6. Lettres de Thauvenay à d'Avaray, des 24 juillet, 3 août, 21 août 1798.
88 BIVAROL.
Oui, j'avoue qu'il me fait pitié. C'est l'époque oii il écrit sur ses Carnets : « La nature n'ayant plus rien de nouveau à m'offrir et la société encore moins, je ne veux que l'air et l'eau, le silence et l'absence, quatre éléments de ma vie, quatre choses sans goût et sans reproche ». — « Les hommes lancent autant de traits que de regards. » — « Sur vingt personnes qui parlent de nous, dix-neuf en disent du mal, et la vingtième qui en dit du bien le dit mal. » — « Que faire entre des malveillants qui disent étourdiment le mal dont ils ne sont pas sûrs, et des amis qui taisent prudemment le bien qu'ils savent? » — « On tue l'ignorance comme l'appétit : on mange, on étudie, et c'est ainsi qu'on avance vers cet état qui rend la mort si nécessaire. » — « Barbarus hic ego sum... *. » Oui, la vie se venge. Des mots d'une tristesse plus profonde se rencontrent dans ses lettres : « Mon ami, il faut faire son sillon d'angoisse dans ce bas monde. J'ai, je pense, assez bien rempli le mien ^ ». Il tourne les yeux sans cesse vers la France, vers son midi, vers « la terre promise ^ », car il a toujours « l'âme d'un Français » \ Il soupire après les affections qui là-bas lui sont restées fidèles. « Je péris moralement et physiquement, écrit-il à M. de Gaste, dans ces pays du Nord. Je suis las de ces gens que le soleil regarde de travers.... Je sors d'une maladie qui a mis le comble à mes dégoûts : toutes les voix de la renommée et toutes les caresses des princes ne valent pas un tour de promenade dans vos vergers. Silvas amem inglorius^\ » Il est désorienté, malheureux et touchant comme quelqu'un qui a manqué sa vie et s'en aperçoit trop tard.
Est-il bien vrai qu'il ait manqué la sienne? N'est-il pas plutôt victime de la destinée qui lui a si impérieusement