CHAPITRE II
Cet homme avait une foi.
Elle résulte si naturellement de la combinaison de ses goûts et de son intellig-ence qu'il ne l'a jamais reniée. Il n'aurait pu la renier sans faire violence à tout son être.
Lorsque le Vicaire Savoyard s'apprête à révéler la sienne à son ami, il l'emmène à la pointe du jour « hors de la ville », sur une colline qui domine la vallée du Pô : « Dans Féloignement, l'immense chaîne des Alpes couronnait le paysage; les rayons du soleil levant rasaient déjà les plaines.... On eût dit que la nature étalait à nos yeux toute sa magnificence pour en offrir le texte à nos entretiens. »
Il faut un tout autre texte aux entretiens de Rivarol, un tout autre cadre à sa profession de foi. Il s'accoude à son balcon : au-dessous de lui se déploie le panorama de Paris, palais, églises, musées, usines, toits qui se succèdent à perte de vue; autour de lui s'élève la rumeur de la grande ruche en travail. Au lieu de la création divine il nous montre celle des hommes et nous dit : c'est à ceci que je crois.
Honneur aux sciences, aux lettres, aux arts! Il est entré dans la vie littéraire en saluant Galilée, Virgile et Raphaël *. ^ 1. Dans VÉpitre que lui adressait le marquis de Ximénès après le succès
Sa Lettre sur le Globe aérostatique, sur les têtes parlantes , etc. (1783), est bien significative. Elle n'est pas seulement d'un nouvelliste au courant de l'actualité, quoiqu'il en soit un et de la bonne école, et qui sait mêler à l'exposé d'une question technique tous les agréments du genre épistolaire. Après avoir énoncé le principe, la pesanteur différente de l'air, de la fumée et des gaz, il raconte l'heureuse chance qui a suggéré à Montgolfîer sa tentative d'Annonay, le lancement de la seconde montgolfière à Versailles, l'expérience plus savante de Charles et de Robert au Champ de Mars, les querelles des physiciens, l'engouement de la population parisienne * ; puis il passe à la description des deux têtes de bronze que l'abbé Mical expose rue du Temple et qui prononcent avec netteté des phrases entières. Tout le récit est infiniment agréable : seuls , les causeurs du xviii^ siècle savaient donner avec tant de grâce et de clarté des leçons de physique dignes à la fois du laboratoire et du salon.
Mais reprenez, relisez la mince plaquette, texte et notes. Remarquez le dédain qu'il témoigne aux charlatans, aux prestidigitateurs ; il fait peu de cas de Montgolfîer qui se contente d'amuser les badauds en enlevant des globes et qui laisse aux habiles le soin de développer son invention, d'en tirer quelque fruit pour la société. Il fait moins de cas encore de Vaucanson, de Kempelein, dont les automates ne sont que des curiosités ou des drôleries; il n'était point parmi les dupes de Mesmer ^ Par contre, il est dévot aux vrais savants. Avec quel respect il parle ici de Charles, de
du discours de VUniversalité {Vie... de Rivarol de Sulpice de la Platière, I, p. 157-175), une note dit : « Le comte de Rivarol avait développé le système de Galilée, avant que de commencer la traduction du Dante ». C'est, j'imagine, quelque travail entrepris et abandonné entre 1777 et 1780. Sa Lettre sur le Poème des Jardins est un hommage à Virgile. L'hommage à Raphaël, Michel-Ange, etc., est dans le discours de l'Universalité et aussi dans sa traduction de Dante, passim.