Carnets
4. Discours Préliminaire, p. 227-228. Voir aussi p. 112 à 118; 155 à 157, etc..
simplicité de son origine se perd dans la majesté de son histoire ; la nudité de ses éléments dans la magnificence de ses ouvrages * ». Concluons donc : « L'arbre ne diffère pas autant de la graine et l'animal du fœtus, que l'homme social de l'homme primitif ^ ».
Mais n'allons pas prêter à tous les dons de quelques-uns. Aujourd'hui encore l'élite ne diffère pas moins de la foule que l'honime social de Fhomme primitif. Nous naissons inégaux en force, en intelligence; n'est-il pas vrai, mon frère Claude-François ? La société ne peut refaire la vie; pourquoi Cliamloi^- et les autres lui reprochent-ils constamment des crimes qui ne sont pas les siens, et qu'elle travaille de toutes ses forces à rendre moins odieux? Les lois sont égales pour tous ou du moins tendent chaque jour à le devenir. « Mais il y a une chose dont on ne pourra jamais décréter l'égaKté : ce sont les conditions, les rangs et les fortunes ^ » Et il faut nous en féliciter, « il faut se réjouir quand on voit des hommes très-bornés dans des conditions très-basses, comme il faudrait s'affliger, si la loi portait des brutes dans les grands emplois » *. La même instruction fût-elle donnée à tous, ce qui n'est déjà pas trop commode, il resterait encore l'élite, augmentée de quelques recrues, et la foule. Celleci, d'ailleurs, aussi digne d'intérêt, quoique moins séduisante que celle-là. Les bras de l'ouvrier et du paysan sont nécessaires au grand-œuvre social comme le cerveau des penseurs. A chacun sa tâche. Quant à savoir si le labeur de l'écrivain, du savant, de l'homme d'État, est moindre que celui du manœuvre, rien de plus malaisé. Le bonheur est rare à tous les étages de l'édifice, plus rare peut-être au salon que dans l'échope ^