‹ RivarolChapitre 61 sur 203 · Id., p · texte numérisé non relu

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Source de beauté, puisqu'elle enfante les merveilles de la science et de l'art, la société est beauté elle-même puisqu'elle est harmonie , et bonté puisqu'elle remédie aux cruautés de la nature : tout ce qui contribue à la maintenir en équilibre est respectable. « Le goût de l'étude conduit à l'amour du repos, l'un et l'autre à l'amour de l'ordre, et l'amour de l'ordre nous fait respecter les puissances \ » Formule excellente comme toutes celles. où il s'est défini; il est là tout entier, à condition que le sens des mots ne soit pas rétréci. 11 y a de bonnes raisons pour que nous n'assimilions pas son « amour de l'ordre » à un calcul et à une poltronnerie de rentier, son respect des « puissances » à l'obséquieuse flatterie d'un habitué de l'Œil de bœuf. Les « puissances », ce sont les grands hommes qui éclairent et dirigent les autres ; c'est le gouvernement, c'est la morale, c'est la religion ; c'est l'art et c'est la science ; c'est par-dessus tout le langage qui est le lien de la communauté humaine, le lien, disait le bon Ésope, de la vie civile. Voilà bien pourquoi l'étude des langues l'a passionné. Il y cherche l'âme même des diff'érentes races. Il sait que l'histoire d'un peuple est inséparable de celle de sa langue, et que la perfection de l'une correspond à la maturité de l'autre. Il sait quel est le pouvoir du Verbe, et qu'il suffit à des doctrinaires de fausser le sens des mots pour fausser les esprits. Dans ses écrits philologiques il y a plus de sociologie que de philologie proprement dite. En entreprenant un Dictionnaire qui serait « mesure de vérité » ^, il avait encore en vue l'intérêt de la société.

J'ajoute : de la société française. Le xvm'' siècle, jusqu'en 1789, parle beaucoup de l'humanité et très peu de la patrie. Après la publication de son discours de l'Universalité^ on disait à Versailles : « Comme il est bien français! comme

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