‹ RivarolChapitre 65 sur 203 · Chateaubriand et son groupe, II · texte numérisé non relu

Chateaubriand et son groupe, II

notant des observations : « C'est dans la description de la mort de Didon qu'une grande actrice doit chercher les attitudes, les combats, les convulsions de l'agonie, et ses terreurs, et son horreur, et ses derniers soupirs » ^ Il s'applique à traduire, soit en prose, soit en vers, quelques-uns des niorceaux qui l'enchantent, le commencement du premier chant de Y Enéide ^ le Nox erat... du quatrième, le portrait de Pallas :

Pallas, étincelant et de pourpre et d'acier, Dresse son étendard et marche le premier. Son visage, qu'Évandre a baif,aîé de ses larmes, Des fleurs de la jeunesse étalait tous les charmes. Le vent, de son panache agitait les couleurs. Tel l'astre que Vénus comble de ses faveurs Sort humide et brillant du vaste sein de Tonde, Et de ses feux sacrés perce la nuit profonde.

Il publie en 1797, dans le Si^eclateur du Nord^ ces essais qu'il oppose malicieusement à ceux de Voltaire et de Beauzée ^; la comparaison ne lui est pas défavorable. Il le dit un peu trop haut dans les notes? Mais il dit aussi, dès le début de l'article, qu'on ne trouvera point chez lui « l'harmonie de Virgile qui ne peut se trouver que dans les beaux vers de Racine »; il répète ce qu'il disait déjà dans son Dante : « Virgile et Racine ayant donné, je ne dis pas aux langues française et romaine, mais au langage humain, les plus belles formes connues, il faudrait se jeter dans tous les moules qu'ils présentent, et les serrer de très-près en les traduisant, vestigia sem^er adorans » ^; et je n'ai plus

1. Carnets. Il avait un moment songé à donner une traduction de VÈnéide en prose (Dampmartin, Notice citée).

2. Ces essais lui ont coûté quelque peine; j'en trouve trois rédactions différentes, à plusieurs jours d'intervalle, dans ses Carnets. Après avoir cité un passage de la médiocre traduction de Beauzée : « Il faut observer, dit-il, que le bonhomme Beauzée n'était pas né plaisant, et qu'il n'a pas prétendu se moquer de Virgile en le traduisant ainsi ». Il disait de Beauzée grammairien : « C'est un bien honnête homme qui a passé sa vie entre le supin et le gérondif » {Esprit de Rivarol). Le Magasin encyclopédique (1191, t. II) fait grand éloge de ces vers de Rivarol, traduits de Virgile.

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