L'£n/er, chant XX, note
le courage d'accuser de fatuité celui qui parle si pieusement des vieux maîtres.
Il a pratiqué toute sa vie ceux du xvn*" siècle. L'éloge qu'il a fait d'eux dans le discours de V Universalité semble entaché çà et là de banalité académique : il s'est mieux expliqué en mainte occasion, toujours prêt à célébrer la perfection de leur art, la durable et si humaine vérité de leurs analyses. Leurs livres qui « composent la bibliothèque du genre humain », sont dans la sienne à la place d'honneur; j'y vois ceux de Corneille, de Fénelon, de Mme de la Fayette, de Boileau, de Molière. D'autres ne quittent pas sa table ou son chevet, quoiqu'il en sache par cœur bien des pages : voici les Fables de La Fontaine qu'il consulte sans cesse en travaillant à son Dictionnaire ^ ; voici un exemplaire de Mme de Sévigné surchargé dénotes marginales ^; voici le Théâtre de Racine dont il lit ou récite et commente de temps à autre une scène au milieu d'un petit cercle d'auditeurs attentifs et charmés ^; voici La Bruyère qui a tant contribué à former son style; voici les Provinciales et les Pensées. Ah! son Pascal, comme il Faime! Dans les dernières années de sa vie il a des minutes de découragement et de tristesse où il soupire : « A la fm, tout s'use, tout devient lieu commun en littérature * » ; même à ces minuteslà, ou surtout à ces minutes-là, il rouvre les Pensées. Lorsqu'il traduisait Dante, il pensait à l'effet qu'aurait pu faire sur Pascal la lecture de la Divine Comédie et semblait lui dédier mentalement son travail "\ Il le cite dans son Journal Politique National; il l'invoque et le réfute tour à tour dans son Discours Préliminaire : il l'associe pour ainsi dire à toutes les heures sérieuses de son existence. S'il est vrai
2. H. de la Porte l'a eu sous les yeux {Notice sur Rivarol, p. 12 et 13, note). Il y a maintes citations de Mme de Sévigné dans ses Carnets.
3. Sulpice de la Platière, Vie... de Rivarol, l, p. 10, 74 et 75.