Chateaubriand et son groupe, II
2. De l'Universalité, p. 42. Garât, dans sa critique du Discours de Rivarol, lui reproche d'avoir ici copié une phrase de Cerulti : « Après
Id2 RIVAROL.
là il ne se faisait pas faute de plaisanter BufTon devenu « le père en littérature » de Mme de Genlis, et commençait à élever des doutes sur la valeur de ses systèmes *. II lui lance plus d'un trait dans le Discours Préliminaire-^ il y affirme que « les nouvelles observations » ont déjà fait échec à sa gloire de savant, que sa doctrine de VHomo duplex est sans portée ^, et il le regarde comme « un poète manqué » plutôt que comme un philosophe ^ Mais il compte encore chez lui plus d'un morceau sans reproche, notamment le début des Epoques de la Nature : « Il y règne de la pompe sans emphase, de la richesse sans diffusion, et une magnificence d'expression, haute et calme, qui ressemble à la tranquille élévation des cieux. BufTon ne s'est jamais montré plus artiste en fait de style. C'est la manière de Bossuet appliquée à l'histoire naturelle *. »
Les idées de Rousseau heurtent si violemment les siennes qu'il serait presque excusable de confondre dans la même antipathie le penseur et l'écrivain. Non, il ne fait pas de ces confusions-là. Il le proclame « grand artiste » : « Il y a des pages dans la Nouvelle Héloïse qui ont été touchées d'un rayon du soleil. Toutes les fois qu'il n'écrit pas sous l'influence despotique d'un paradoxe, et qu'il raconte ses sensations ou peint ses propres passions, il est aussi éloquent que vrai. Voilà ce qui donne tant de charme à quelques tableaux de ses Confessions,ei surtout à ce préambule qui sert d'introduction à la Profession du Vicaire
nous avoir appris à lire dans le centre du globe, il a voulu nous apprendre, écrivait Gerutti, à lire dans la nuit des temps. 11 a pénétré dans les siècles antérieurs à tout ce qui existe; il a parcouru tout ce vaste espace inhabité jusqu'ici par la pensée même; ainsi les époques de la nature ont servi, si ce n'est à expliquer le monde, du moins à l'agrandir. L'imaginalion se plaît à errer dans les déserts de l'infini. » La phrase de Gerutti est belle. Mais celle de Rivarol a une autre précision et reste bien à lui.
1. Songe d'Athalie. On sait qu'il appelait le fils de BufTon « un des plus pauvres chapitres de ÏHistoire naturelle de son père » {Lettre à l'abbé Roman).
2. Discours Préliminaire, p. 9, d2, 21, 22, 58, 59, 120, 138, 161, 162.