‹ RivarolChapitre 79 sur 203 · îd · texte numérisé non relu

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devenir? demande-t-il à Voltaire. « Faites une bonne comédie. >> Il objecte qu'il ne peut « peindre des portraits » avant de connaître « les visages », qu'il est tout frais émoulu de son collège, qu'il ignore tout de la vie : « Eh bien! faites des tragédies ». L'anecdote est édifiante. Rivarol avait-il si grand tort, lorsqu'il accusait Voltaire « d'avoir ouvert la porte à des successeurs sans talent qui l'ont trop imité, et qu'applaudit un public que lui-même a corrompu »? — « Une grande objecûon contre lui, c'est qu'il donne envie d'écrire, et d'écrire de manière ou d'autre; mais Racine et Molière découragent ou invitent à la perfection. Voltaire est le père de cette foule d'esprits médiocres *.... »

Sa phrase reste inachevée; il ne les désigne pas ici davantage. 11 n'a pas besoin de les désigner davantage; il a passé la moitié de sa vie à les portraicturer, soit isolément, soit en groupe, et d'une plume qui vaut le burin de Gavarni.

Des portraits qu'il n'a pas pris la peine de classer avec ordre nous pourrions former un premier album sous cette rubrique : Les Copistes; et sur la couverture nous inscririons le vers de son Épître au Roi de Prusse :

Le vaste champ des arts n'est plus qu'un cimetière.

Puis, tournons les feuillets, et regardons défder « les beaux esprits manœuvres » ^ La place d'honneur revient de droit à l'Académie qui centralise alors et contresigne les contre-

1. Cmmets. Mallet Dupan a dit de son côté de Voltaire : « Jaloux plus que ne l'a jamais été aucun conquérant de son trône littéraire, il imitait ce roi qui pour régner en paix promettait sa succession à tout le monde. Il n'y a pas d'insecte dans la littérature qu'il n'ait tour à tour désigné pour son héritier, dans quelques-uns de ces diplômes comiques si étrangement multipliés par sa chancellerie. » {Mémoires et Correspondaiice.)

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