‹ RivarolChapitre 85 sur 203 · Carnets · texte numérisé non relu

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que pour parler il les aurait donnés lui-même. Ses revers à l'Académie et ses succès au Lycée viennent de ce qu'à l'Académie il lit ses ouvrages, et au Lycée ceux des autres. Du reste, cet écrivain est de la bonne école, et ses pièces sont toujours des contre-preuves de celles de nos maîtres. Son style est sans beautés, mais il est sans défauts, et l'on sent dans tous les ouvrages de l'auteur qu'il n'eût point fait de livres s'il n'y avait point de livres *. » Il existait un homme qui, avec l'approbation de quelques milliers de petites tètes poudrées, s'était surnommé Pindare : <( Lebrun n'a que de la hardiesse combinée et jamais de la hardiesse i7ispirée; ne le voyez-vous pas d'ici, assis sur son séant dans son lit, avec des draps sales, une chemise sale de quinze jours et des bouts de manche en batiste un peu plus blancs, entouré de Virgile, d'Horace, de Corneille, de Racine, de Rousseau, qui pêche à la ligne un mot dans l'un et un mot dans l'autre, pour en composer ses vers qui ne sont que mosaïque ^? » Chabanon, Roucher, Palissot, Thomas, Marmontel, tous sont revenus balafrés de leur rencontre avec lui; et voici que Lemierre n'ose plus dire à tout venant : mon vers, connaissez-vous mon vers ^? depuis que Rivarol lui a fait observer que c'était un vers solitaire.

Mais ce ne sont là que les chefs de file. A côté de l'Académie et du Lycée il y a le Mercure-, au-dessous de l'Académie, du Lycée et du Mercure il y a « la fourmilière » des académies de province, des musées et des Almanachs. Tout le monde est écrivain quand il est si facile de l'être, et un continuel grincement de plumes remplit la France

1. Songe d'Athalie. Les Mémoires de Tilly nous ont conservé un jugement assez juste et fort modéré de La Harpe sur Rivarol.

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