‹ RivarolChapitre 91 sur 203 · Carnets · texte numérisé non relu

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3. On pourra comparer ce morceau ainsi que les pages 79 à 91 du Discours Préliminaire où il a de nouveau traité la question, avec certains chapitres de Sénac de Meilhan, Portraits et Caractères. Quoique édités seulement en 1813, les chapitres de Sénac avaient été, dit la préface, écrits avant la Révolution. Ils paraîtront bien vagues et alambiqués, comparés à du Rivarol. — Quant à son antipathie pour Mme de Staël, en lisant les Considérations de celle-ci sur la Révolution française, je crois sentir ce qui lui déplaisait en elle. J'admire, certes, le grand, le noble esprit qui s'y révèle; mais je

aboutit en dernier terme à reconnaître qu' « elle a infiniment plus d'esprit que de talent », c'est-à-dire que ses idées valent mieux que son style : est-ce si mal la juger? Je suis plus fâché de le voir malmener Beaumarchais \ quoique je m'y attende un peu : il ne saurait lui pardonner ses allures de brasseur d'affaires, et surtout les allures démocratiques de son Mariage de Figaro. Il est un aristocrate, en lettres comme en toute chose, et la popularité, cherchée ou non, qu'obtient un ouvrage, suffit à le lui rendre suspect. Il répète qu'il y a « le public » et « le peuple » : composé des gens de goût, des connaisseurs, et par conséquent peu nombreux, le public seul compte : « Raison pourquoi le peuple se plaît davantage aux pièces familières et grossières, aux farces, etc., qu'aux chefs-d'œuvre de la scène : c'est qu'il entend les premières ^ ». Tant pis pour ceux qui se font entendre ainsi.

trouve je ne sais quoi de déconcertant à penser qu'une si grave étude politique est d'une femme. Lorsqu'elle vient à conter qu'en 1788, traversant la nuit le bois de Boulogne pour aller à Versailles, elle avait peur des voleurs, ou que pendant le triomphe de Necker à l'Hôtel de Ville elle s'évanouit « à force de joie », je suis tout surpris, j'avais presque oublié que je lisais l'œuvre d'une femme. Son cœur et son cerveau étaient de sexe difTérent; de là pour nous le malaise. '

1. Récit du Portier du sieur Pierre- Augustin Caron de Beaumarchais. A la même époque, Claude-François et Mme de Rivarol s'adressaient à Beaumarchais pour obtenir des prêts; on pense s'ils furent bien reçus (voir le Beaumarchais de M. de Loménie). Lauraguais, qui détestait Beaumarchais, peut bien avoir armé Rivarol contre lui. Mais Beaumarchais n'est pas demeuré en reste avec Rivarol. Grimm {Correspondance, juin 1787} lui attribue le quatrain :

Au noble hôtel de la Vermine :

On loge ici très-proprement;

Rivarol y fait la cuisine.

Et Champcenetz l'appartement.

Une lettre de Beaumarchais publiée dans la Bibliographie de la France (chronique, p. 190), datée du 7 février 1788, le montre occupé à chercher un imprimeur et un libelliste contre l'auteur du Petit Almanach. Il a trouvé Cubières, qui précisément travaillait au Dialogue : La Confession du comte Grifolin. Il voudrait le titre plus clair : Dialogue entre Grifolin tel, et Zinzolin tel, que « le cinglon » portât sur la partie sensible, que la naissance de Rivarol fût ridiculisée. 11 conclut : « Ma plus chère qualité est l'indifTérence profonde que j'ai pour toutes ces attaques. On répond trop à ces gens-là. » La conclusion est assez imprévue.

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