JOLY DE SAINT-JUST (M
JOLY DE PLA>XY Ct JOLY DE PLANEI (mM.). CcS quatrC UOmS,
és'alement connus, sont comme noyés dans la même g-loire. La distinction que nous voulions établir entre eux nous a coûté six mois de travail et d'énormes achats de Recueils, mais nous en sommes encore au même point. Ce sont toujours, et de tous côtés, des couplets, des impromptus, des bouquets, enfin l'équilibre le plus parfait et le plus désespérant ; si ce n'est pourtant qu'on donne VEgyptiade à un de ces MM. Joly : or, un poème épique romprait bien l'équilibre.
jouFFREAU DE LAGERiE (m. Tabbé). Quoiquc nous n'ayons qu'un ou deux vers de ce poète, nous ne savons pas moins apprécier son talent, et lui donner ici la place que son nom réclame. A quoi nous servirait notre longue expérience, s'il nous fallait plus d'un hémistiche pour juger un de nos poètes du jour ou du moment? On assure que M. l'abbé Jouffreau a mis Don Quichotte en vers.
juviGXY' (m. rigoley DE), écrivaiu inconnu à force d'éloquence, de poésie, de philosophie et d'érudition; tant l'envie a été aux aguets avec ce grand homme !
iMBERT DE LA platière (m. le comte) . Cet infatigable jeune homme avait entrepris la Galerie universelle des grands Hommes; mais cet ouvrage péchait par le mélange scandaleux du bon et du médiocre. Nous espérons qu'on ne pourra nous faire ce reproche : nos grands hommes sont tous à'iine même venue, et notre Recueil est sans mélange comme sans reproche.
iRAiL (m. l'abbé) a eu la gloire d'exécuter ce que La Motte avait tenté sans fruit, et ce qui l'eût comblé de joie. Sa tragédie di Henri IV et de la Marquise de Verneuil, en cinq actes et en prose, a fait la révolution; et c'est depuis ce succès que nous n'avons plus que des tragédies prosaïques.
LITTÉKATL'RE 'j'i
LACROIX (m.), avocat et continuateur de Montesquieu. On commencerait déjà à ne plus distinguer l'auteur de l'Esprit des Lois, de son continuateur, si celui-ci n'était à la fois poète et législateur.
LAVEDAN (m.), Secrétaire du musée de Toulouse. Son épître aux Ours, qu'il appelé ses amis et ses Juges, est d'une misanthropie sublime.
LAUNAi (m. l'abbé de) a des rapports frappants avec l'abbé de Saint-Pierre; avec cette ditlérence que M. l'abbé de Saint-Pierre n'écrivait ses projets pour le bonheur du monde qu'en prose, et que M. l'aobé de Launai les met au jour, tantôt en forme de poème, tantôt en ode, tantôt en chansons. Il n'est pas de strata2;"ème dont iM.de Launai ne s'avise pour rendre les hommes heureux.
leméteyei\(m.), secrétaire du roi, fameux par une fable insérée dans les Almanachs des Muses. Encore une autre fable de cette force, et M . Leméteyer pourra se reposer et jouir. Nous exigeons cette seconde fable, non que M. Leméteyer en deviène plus illustre, mais c'est que nous en serons plus heureux.
LEsuiRE (m.). Un des plus laborieux poètes de notre siècle. Cinq ou six poèmes épiques, et dix ou douze mille feuilles volantes, composent le patrimoine de cet enfant des Muses. Ses ennemis mêmes sont forcés d'avouer qu'il ne s'en tiendra pas là.
LETORS (m.), bailli à Chaourse, en Champagne. Le génie croît partout. Voyez les beaux vers de M. Letors, sur la pointe d'une aiguille.
LEVASSEUR (m.) fait la musique de tous ses opéras; ce que personne peut-être n'aurait fait.
LÉvÈouE (m.), un des puissants écrivains du siècle. Il a attaqué l'histoire et la pièce fugitive, et en est venu à son honneur : sa dernière victoire a été sur Plutarque, qu'il vient de traduire.
LUCHET (m. le marquis, jadis marquis de la roche du
I MAINE). Soixante volumes de vers et de prose caractérisent
I cet illustre écrivain. Rien ne lui a résisté; poèmes, drames,
I romans, opéras, chansons, histoires, toute la littérature lui
est échue en patrimoine, ou par droit de conquête. Lassé des
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applaudissements de sa patrie, il a porté sa çloire en Allemag-ne. On ne conçoit pas, d'un côté, l'ingratitude de M. de Luchet, et, de l'autre, l'insouciance des Français. Que de guerres entreprises pour de moindres sujets !
MAiLHE (m.). Une idylle contenant les propos de Henri IV à son père nourricier a prouvé que M. Mailne était homme à tout. On attend la réponse du père nourricier avec la plus vive impatience.
MAisoNNEuvE (m.). Cc poètc trag"ique, connu déjà par une foule de quatrains, vient de concevoir un projet magnanime
Eour la e^-foire du Théâtre Français. Avant donné au pulic la trag'édie de Mustapha et Zéang-ir sous une nouvelle forme, et, voyant que son style plaisait beaucoup, il a porté sa bienveillance sur ce qu'on appelait jusqu'ici les chefsd'œuvre de la scène, et a voulu nous débarrasser de cette ennuyeuse monotonie. C'est A/^^re qu'il a d'abord attaquée. En portant son style sur cette pièce, il en a fait Odmar et Zulna, titre plus harmonieux que celui d'Alzire;et cela lui a si fort réussi, qu'il va nous donner successivement Phèdre, Britannicus, Iphigénie et Ci/ma, sous d'autres titres. Nous ne saurions trop l'encourager dans une si haute entreprise, et nous le prions en notre particulier de vouloir bien aussi jeter du style sur Athalie, et de finir par là le rajeunissement du Théâtre Français.
MARCHANT et MARCHAND (MM.), dcux poètes aussi distincts que distingués : l'un a fait un poème sur Fénélon, et l'autre des couplets ravissants sur un petit chien.
MARiBAROu (m. de). Uu im-promptu dans l'Almanach des Grâces a causé à M. de Maribarou une aussi grande réputation qu'un gros Poème l'aurait pu faire. C'est qu'avec un vrai talent on ne fait rien d'innocent.
MAYET et MAYER (mm.). Ccs dcux écrivaius régnent assez paisiblement sur les vers et sur la prose. Vinçt volumes de Romans et de Romances ne leur ont pas attiré une seule critique. Il y a eu peut-être d'aussi grands écrivains; on en trouve peu d'aussi fortunés.
merard de saint-just (m.). Ses poésies sont toutes en distiques, mais si peu distingués par l'imprimeur qu'on est
LnTEn.VTL'IlE
sujet à les lire de suite, et à chercher un sens g-énéral à tant de vers ranimés par paires.
MisTRixGUE (m. Thomas Minau de la). Orateur, poète et philosophe. Son dernier ouvrage sur Vimpôt^ et le beau poème qu'il préparc sur la Compagnie des Indes ^ ont donné à M. Thomas Minau de la Mistring-ue une place à part dans la littérature française. Son nom, si favoranle à l'harmonie, sera chanté dans tous les Almanachs et dans tous les siècles.
MOREAU (m.). Ses discours sur r histoire de France ont fait oublier Machiavel, par le style surtout, et la profondeur. M. Morcau ramène tous ceux que .Montesquieu, Rousseau et d'Argenson égarent; et ses écrits servent puissamment à nous tenir en garde contre la raison qu'il met en défaut, et contre les charmes de la liberté dont il nous dégoûte.
MouzoN (m.), professeur à Bourges. Son poème sur le commerce est devenu lui-même un grand objet de commerce, par l'énorme consommation qu'on en fait dans nos Colonies.
MOUHY (m. le Chevalier de). L'Histoire des théâtres, beaucoup de pièces en vers et en prose, et quarante volumes de romans, donnent à cet écrivain un des cortè«-es les plus imposants de toute notre nomenclature. Nous lui devons la plupart des jugements portés sur les auteurs dramatiques vivants. Ce beau génie semble avoir deviné nos intentions, en insistant sur Corneille, Molière et Racine, beaucoup moins que sur MM. Mercier etDurosoy, et en louant tout le monde. C'est aussi la marche de M. ci'Acquin de Château-Lion; et cette méthode est en effet le seul moyen que la prudence nous ait indiqué pour éteindre ces rivalités et ces disputes odieuses qui déshonorent la littérature française, et quichan-
Eent en vils gladiateurs les véritables maîtres du public, 'empereur Commode eut la folle bassesse d'amuser un peu- Sle qu'il devait gouverner. Mais nous croyons, nous osons u moins nous flatter que ces courtes notices mettront fin à ce scandale. Quand une fois il sera bien décidé que tout homme qui signe un quatrain, ou qui est admis aans un Recueil, est un grand homme, et que nous n'avons en ce moment que des grands hommes dans la république des lettres, il faudra bien que nous ayons la paix. On égale les prétentions en égalant les puissances; l'équilibre parfait sera le fruit de cette politique. Enfin nous qui parlons, nous som-
nQ liivAnoL
mes aussi des grands hommes; et si jamais, par une fausse modestie, nous venions h dire le contraire, nous prions le public de nous confondre, en nous opposant à nous-mêmes, et en nous faisant rentrer dans notre Almanach.
NAu (m.). Cet écrivain a travaillé pour les théâtres de société, et s'est beaucoup illustré; mais ce qui a surtout fait sa gloire, c'est le Recueil des fables de La Fontaine, mises en vaudeville. Une idée neuve est une bonne fortune, et M. Nau l'a eue. On s'était déjà lassé de dire La Fontaine; on ne se lassera jamais de le chanter. Mais, si on ne lisait plus La Fontaine, on le louait toujours; car on aime à louer les morts; les frais de l'envie sont faits depuis long-temps avec eux. Eh bien ! nous apprenons à tout lecteur que celui qui chante une fable en vaudeville, et qui croit d'admirer La Fontaine n"admire en effet que M. Nau ; La Fontaine n'y est plus.
NivET DESERiÈREs (m.). Ses Nouvelles Fables ont été mal à propos confondues avec celles de La Fontaine par un sot éditeur. M. Nivet les a fait imprimer à côté de celles deTancien fabuliste, pour être comparées, et non pour être confondues.
NouGARET (m. Pierre de). Son Vidangeur sensible a été comparé plus d'une fois à la Brouette du Vinaigrier, y oi\k la vraie et la belle nature ; c'est là qu'il faut la chercher. Ces deux pièces donneront à la postérité une idée plus juste de l'espèce humaine, que les prétend us chefs-d'œuvre de Racine et de Molière. ,.
OFFREVILLE (m. d'). Nous cTaignons que ce ne soit le même que M. Dofireville dont nous avons déjà parlé; mais nous préférons le risque de nous répéter au malheur d'omettre. Voici un vers de cet aimable poète sur les approches de l'hyver :
Nos bouquets sont flétris ; ils ne sont plus charmants.
OR VILLE (m. Malherbe d'). Nous ne connaissons qu'un roman de cet écrivain ; c'est un peu sa faute ; nous sommes
LITTEUATUnE
forcés de faire revenir de Saint-Domiug-ue une foule de romans qu'on ne trouve plus en Kurope.
PALMEZEAux (m. le chevalier de), le plus pur, le plus riche et le plus brillant modèle que nous puissions proposer à la jeunesse : ses soixante volumes de vers et de prose forment aujourd'hui une collection qui ne laisse plus d'excuse au jeune écrivain qui ne demande que des exemples. L'extrême activité de M. le chevalier de Cubières, et son admirable rég"ulai itc dans les Almanachs. devraient faire roug-ir plus d'un homme de lettres. Nous avons en ce moment onze Recueils de vers sous les yeux, auxquels tout manquerait plutôt que M. le chevalier de Cubières; et ce n'est pas un seul morceau à chacun qu'il distribue mesquinement; ce sont des douzaines de pièces à la fois, jetées avec mag"nificence dans les Almanachs riches ou pauvres, sans distinction. 11 en est de ces Recueils indig^ents pour qui M. le chevalier de Cubières est une vraie providence. Parmi les quatre-vingts pièces qu'il nous a données en ce mois de janvier, sans préjudicier en rien à la collection de ses œuvres qui va toujours, on a disting-ué un Dialogue entre les fauteuils de l Académie. Le premier fauteuil prend la parole, et dit :
De l'improRiptu le Dieu troublant ma fantaisie, De raisonner en vers me souffle le désir ;
Raisonner envers! quel plaisir!
Cédons à la fureur dont ma bourse est saisie, etc.
Le second fauteuil répond :
Mes coussins sont enflammés, etc.
Le feu jaillit de mes clous menaçants, etc.
On ne fait pas ces vers-là sans son tapissier.
PAIN DE LA LORIE (m.).
PANis (m.). Ces deux noms, dont l'un pourrait servir de traduction à l'autre, sont également fameux; ce qui est évidemment injuste, car M. Pain n'a fait qu'un vaudeville; et M. Panis en est à son millième. Les réputations ont leurs mystères, et nous défions la géométrie de résoudre le problème Pain et Panis.
PASCALis (m. le chevalier de). Les Métamorphoses d'Ovide ont reçu la vie des mains de cet auteur : Actéon l'a d'abord frappé et a subi la traduction la plus prompte et la plus heureuse. M. de Pascalis se rencontrera bientôt avec M. de Saint-Ang-e, au pied de l'arbre de Daphné : c'est là que la g-loire leur a donné rendez-vous.
PASTELOT (m.) vient d'entreprendre les quatre Saisons; l'hiver a déjà passé par ses mains, et en est sorti brûlant de verve et d'expression : il n'y a d'autre magicien dans la nature que le poète.
PELLETIER (m.) a mis le Télémaque en vers. C'est l'hommag'3 le plus délicat qu'on ait encore rendu à la prose de Fénélon : on est fâché que l'offrande n'ait pas été mise près de l'autel, c'est-à-dire, qu'on n'ait point imprimé M. Pelletier à côté de Fénélon.
PERPvOT (m.), niaître, poète et tailleur à Paris : il donne dans la tragédie, et voici deux vers de lui très connus et très pathétiques :
Hélas, hélas, hélas et quatre fois hélas ! Il lui coupa le cou d'un coup de coutelas.
M. Perrot fait aussi Tépître et la fugitive : peu d'auteurs ont pris de si justes mesures en parlant des hommes et des animaux ; témoins les vers suivants :
Mais, tandis qu'on le leurre,
Le chat passe emportant une li\Te de beurre : Brusquement on se lève, on court après le chat, Oui, tout saisi d'effroi, ss sauve et casse un plat.
perez-d'uxo (m.). Cet écrivain entremêle beaucoup de mora/i/és dans ses pièces fugitives. A chaque vers, à chaque hémistiche dans M. Perez-d'Uxo, il se fait un mariage de la philosophie et de la poésie. Ce grand secret, si rare et si difficile, n'est qu'un jeu pour M. Perez-d'Uxo.
PERR1ER (m.). Nous avons de ce poète huit ou neuf vers à an ami, qui intriguèrent tous les connaisseurs, lors de leur apparition. On voulait absolument savoir à qui s'adressait ce brevet d'immortalité; et quoique le temps ait un peu calmé les esprits à ce sujet, il nous arrive encore de rencontrer des personnes de la plus haute considération, qui nous en parlent, et qui seraient bien aise d'avoir des informations
LITTEI\ATUHE yg
certaines là dessus. Nous ne pouvons les satisfaire, et nous ne concevons pas le barbare plaisir que M. Perrier g-oûte à tourmenter ainsi l'univers entier.
piERRY (m.). Ce nom est responsable d'une petite fable que nous avons trouvée dans un des cantons les plus détournés de la littérature. C'est un vrai bijou que nous réservons pour redit ion des chefs-d'œiiore inconnus; ouvrag-e en quarante volumes in folio, auquel nous travaillons jour et nuit.
PIEYRE (m.). Après dix ans d'assiduités dans tous nos Almanachs,M. Pieyre vient de nous faire une infidélité qui a valu un drame sublime aux Français. Tous les pères qui ont à se plaindre de leurs enfants y ont applaudi avec transport, c'est-à-dire qu'il y a eu pour lui tous les ménag-es dans une ville où l'on se marie d assez bonne heure pour que les pères soient toujours trop jeunes et les enfants trop vieux .
piDou (m.). Les écrivains les plus sûrs de leur force sont ceux qui, s'étudiant sans cesse, ne se laissent pas étourdir du bruit de leur réputation. Tel est M. Pidou, qui n'a pas quitté le quatrain, au milieu des acclamations de ses amis, qui l'invitaient positivement à l'épopée.
piLHES (m. de), un des plus laborieux commerçants de
f)oésie qui existe dans l'empire littéraire. Il a transporté de e Grèce une foule de petitt^s pièces, et les a jetées dans la circulation, où elles ne restent pas long-temps, à cause de l'avidité des amateurs. Les petits vers de M. de Pilhes seront un jour d'une horrible cherté : il est affreux qu'on spécule ainsi sur la poésie.
Plis (m. Antoine-Pierre-Au2rnste de), secrétaire ordinaire de Mgr comte d'Artois, etc. Ce jeune poète, tantôt avec M. Desprez, tantôt avec ^L Resnier, tantôt avec AL Barré, tantôt avec son talent, tantôt seul, a conçu, corrigé ou enfanté près de mille, pièces de théâtre. Son poème sur l'harmonie des mots et des lettres a mis le sceau à sa réputation. C'e.^t là qu'on a vu le Q traînant sa queue et querellant tout bas, etc. M. de Piis est le premier poète qui ait songé à donner un état fixe aux ving-t-quatre lettres de l'alphabet.
piTRA (m.), profond penseur et poète léger, et selon les temps, penseur léger et profond poète, que la politique vient d'enlever aux Muses.
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PLANCUET (m.). On dit que cet écrivain est extrêmement connu de quelques per.sonnes, pour un petit conte Indien que nous n'avons jamais pu nous procurer.
PLOuviÉ (m.). Nous lui devons un Temple de l'Amour, en vers. Il est peu d'ouvrag-es mieux construits ; les détails d architecture où le poète s'engage feraient croire qu'il n'a jamais perdu de vue qu'Apollon avait été maçon. C'est à quoi Boileau ne songeait pas assez, quand il disait à Perrault :
Soyez plutôt maron si c'est votre talent.
pouLHARiER (m.). C'est l'auteur fort estimé d'une comédie. Cette notice ne paraît rien, et quelques personnes demanderont peut-être une explication : mais seront-elles plus heureuses ou plus avancées, quand nous leur dirons que cette comédie est intitulée, le Taciturne.
roNS DE VERDUN (m.). Nous dirous peu de choses de cet Hercule littéraire. On sait qu'il n'a point craint de signer environ dix mille épigrammes ou contes en vers, et de les expédier pour tous les Almanachset tous les journaux où cejeune poète a formé, par leur moyen, des établissements très considérables.
po-xcoL (m. l'abbé) n'a traduit qu'une seule épigramme de Sannazar, et s'est attiré tout à coup une gloire égale, dit-on, à celle de M. Pons de Verdun. Nous ne pouvons nous accoutumer à ces sortes d'injustices.
PORRO (m.) a rompu un lacet ^ en vers remplis de grâce. Cette pièce, qui n'a pas vingt ou trente vers, est un petit poème, à le bien prendre : et ce sont ces petits poèmes bien inconnus et bien signés de leur auteur que nous aimons à la folie : c'est là que nous triomphons. Quel plaisir en effet d'arracher une victime à l'oubli, à ce tyran vorace et muet, qui suit la gloire de près, pour dévorer ses amants à ses yeux, et qui, toujours vainqueur, ne daigne jamais chanter ses victoires !
PRUNEAU (m.) a fait une petite pièce aux Français, et s'est tenu coi. On dit que sa paresse, mêlée de modestie, s'est avisée d'un stratagème .singulier. M. Pruneau a juré qu'il ne ferait une seconde pièce que lorsqu'on aurait oublié la première.
LITTKRATLRK
QUÊTANT (m.). C'est peiit-t'tro le même que M. Guyétand. Nous marchons dans des obscurités et des équivoques sans fin, en parcourant la pénible route où nous nous sommes eng-ag-és .
RAUQuiL-LiEUTAUD (m.). Cct écrivain a reçu du ciel un talent fort honnête, et en a fait un usag-e plus honnête encore. Ses Moralités en vers édifient des journaux entiers : quelquefois, il est vrai, M. Rauquil-Lieutaud se permet des impromptus d'une tournure un peu çaie, et sentant le monde plus que ses moralités; mais on sait qu'un impromptu ne dépend point de vous. Les casuistes les ont rang"és parmi les premiers mouvemenls.
RATÉ (m.). Chansons, Chansons : tel est l'aimable cri de M. Raté. On le trouve, on le chante partout : il n'est point de Journal, de Recueil et d'Almanach où la g-loire ne vienne écrire elle-même ce nom-là. Sa manière est tellement à lui qu'on nomme ses couplets, les Ratés, comme on appelle les Augustins^ tous les petits contes de M. Auguste de Piis.
REGXAUT DE BEAUCARON (>!•)• H }' a dcs savauts qui prétendent que c'est le même que M. Reg-naut de Chaource. Comme il y a déjà quelques volumes de dissertations à ce sujet, nous espérons qu'un jour ou l'autre nos doutes seront cclaircis, et nous serons en état d'en parler dignement.
RENOUT (m.). Ses tragédies et ses comédies se jouent avec fureur aux Français ; mais elles ne soutiennent pas aussi heureusement l'examen froid et sévère du cabinet. Cela vient de ce que M. Renout s'est trop livré à cette manière expéditive qui a perdu Corneille et Voltaire : il est vrai que M. Renout produit plus d'effet au théâtre que Racine, lequel, de son côté, l'emporte un peu sur lui à la lecture.
RELLY (m.). Son Heureux Divorce, en deux actes et en prose, est une de ces pièces qui ne pouvaient se mettre en vers, comme l'observe très judicieusement M. Mercier.
REssÉGuiER (m. Ic bailli de). Son poème de iile de Rhodes commence à fixer les regards de l'Europe, et donne de furieuses inquiétudes aux Turcs. Mais la Russie le favorise
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puissamment, parce que ce beau poème, qui ne vise à rien moins qu'à la reprise de l'île de Rhodes, ferait une diversion 1res heureuse dans la g-uerre présente. C'est dans les Musées de Toulouse que M. de Resscg-uier a monté son artillerie poétique.
RiCHER (m). Quelque ria^ueur que nous ayons mise dans les perquisitions qu'on a îaites sur INI. Richer, on n'a pu obtenir encore que des espérances. Mais qu'importe ? le nom de ce poète, quoi qu'il ait fait, ira à la postérité, comme le nom d'Orphée, de Musée et de tant d'autres, dont il ne reste plus en efî'et que le nom.
RivAHoL (m. le comte de). Cet écrivain n'eût jamais brillé dans notre Almanach, et le jour de l'immortalité ne se fût jamais levé pour lui, si M. le marquis de Ximenès n'eût bien voulu, pour le tirer de son obscurité, l'aider puissamment d'une inscription en vers, destinée à parer le buste du roi. Voici quelques-uns de ces vers adressés au peintre, et qui terminent la pièce :
.... Tu peins un jeune Roi,
De qui la g-loire sans seconde
Est d'avoir en tous lieux fait respecter sa loi,
Sans coûter une larme au monde.
Cette petite inscription fit un bruit incroyable ; le journal de Paris s'en charg-ea, et c'est là que M. le marquis de Ximenès en donna l'investiture à M. de Rivarol, dont le nom, depuis cette époque, fij^ure assez bien dans toute la littérature, qu'on dit lég-ère. Les Etrennes d'Apollon, l'ayant enreg-istrée dans la môme année, achevèrent de donner à M. de Rivarol une g-loire irrémédiable. Notre notice redressera sans doute le plagiat et l'erreur ; et quoique ceci ne soit pas un vol, mais un don. il n'en restera pas moins que la délicatesse de l'un devait s'opposer à la g-énérosité de l'autre. Mais quoi ! la gloire est si douce ! on en veut à tout prix, et quel homme ne se laisserait pas violer pour elle ! On ne connaît sous le nom de M. de Rivarol que cette inscription.
RONsiN (m.). Ses Màdrig-aux frisent un peu l'Epigramme et ses Epiis^rammes sont un peu trop douces : ne serait-ce pas la faute de l'imprimeur qui aura mal posé les titres ?
ROSIÈRES (m. le comte de). Des Nouvelles en prose qu'on a longtemps crues de Boccace,etune foule de petits vers qui
LIITÉPATURE 83
ont une physionomie toute particulière, et qu'on n'oserait attribuer à personne, forment pour M. de Rosières un mélanine (le g"loire, de rayons nuancés, et une couronne qui ne peut aller qu'à lui seul.
ROUDiER (m.). On ne peut rien affirmer de bien certain sur cet auteur. Il est dur d'être réduit à ces obscurités avec des contemporains. Que sera-ce de tous ces noms-là dans ( quelques siècles ?
ROUSSEAU (mm.). Les Jean-Baptistes et les Jean-Jacques ont assez occupé la renommée : il est temps qu'ils cèdent la place à nos Rousseau du jour, d'autant que les premiers taisaient assez mal l'acrostiche, et que ceux-ci le font très bien ; et font encore, sur le marché, tout ce qu'ont fait les autres, Odes, Epig-rammes, Romans, Discours, Pastorales, etc. Aussi craig-nent-ils plus la prévention que le parallèle. En tout, il est malheureux de trouver la place prise. Heureux les aînés !
ROYou (mm. l'abbé et l'avocat). Le premier donne des lois à Paris, et le second des modèles à la Bretag-ne : le premier a mis M. le comte de Buff'on en poudre, et le second la mis en vers. Qui des deux a fait le plus de bien à la littérature, ou plus de mal à M. de ButFon? Ce problème vaut bien qu'on le propose.
RUBEL ou REBEL (m. de) a fait, cn 1782, une rude Epiuramme contre les poètes lyriques, et cette Epig-ramme, dont la pointe fut trempée dans le Sfijx, tua en effet toute la g-énération lyrique ; la moisson même des Odes de l'année sécha sur pied; et on a observé depuis cette funeste Epigramme que le g-enre lyrique dépérissait totalement. Il y a des circonstances où il faudrait lier les mains au talent. M. de Rubel est bien coupable.
SABATiER DE CAVAiLLON (m.). Ce nom Serait bien vieux dans la fugitive, si les Grâces pouvaient vieillir : trente ans d'exercices poétiques, et plus de trente volumes n'ont pas su faner ou épuiser cette Muse provinciale. Rien n'ég"ale sa fécondité, si ce n'est sa vi^-ilance : le moindre événement dans la province qu'habite ce poète est aussitôt affecté d'un
quatrain ; et ses madrlg-aux et même ses chansons seront un jour les plus sûrs matériaux de l'histoire.
SAINT-MARC (.M. Ic marquis). Comment la G;-loire ne s'estelle pas attachée à un poète qui lui préparait un asile dig-ne d'elle en papier, en dorure, en gravure, et avec tout le luxe de la typographie, tandis qu'elle poursuit souvent un ignoble bouquin sur nos quais ou dans la poudre des boutiques? Ces caprices sont bien incompréhensibles.
SAiNT-pÉRAvi (m. de), poète qui rajeunit tous les ans, et qui fait le meilleur madrigal de la saison.
s\LAUN (m.). Quelques petits vers à un chêne, à qui M. Salaun voulait du bien, ont fait une grande fortune. Qu"il est agréable de passer à la fois pour un bel esprit et pour un bon cœur ! c'est un problème moral difficile à résoudre, que cette difficulté presque insurmontable d'allier les deux réputations : les hommes, qui ne veulent pas tout accorder à la fois, prétendent qu'une partie est toujours faite aux dépens d'une autre. M. Salaun s'est tiré d'atfaire avec un sixain.
SAUTEREAU DE BFXLEVAUD (m.), avocat à Saint-Picrrc-le- Moustier. C'est presque en rougissant que nous oiî'rons à cet infatigable poète un encens dont il n'a que faire. M. Sautereau, quand il veut faire parler de lui, ne peut-il pas porter la parole au monde par vingt bouches différentes, c'est-à-dire, par vingt journaux? Y a-t-il même manqué une seule fois? Les personnes les moins initiées dans les mystères de la littérature n'osent pas avouer qu'elles ne connaissent pas M. Sautereau de Bellevaud; et nous croyons inutile d'avertir que ce poète n'est pas le même que celui qui rédige VAlmanach des Muses, recueil annuel qui eut d'abord des commencements assez minces : on n'y voyait que quelques pièces de Voltaire, de Gresset, de Colardeau ; mais il s'est dégagé peu à peu, et par le bienfait du temps, des langes de l'enfance. Sa marche vers la perfection a été rapide, grâces à tous les talents dont nous faisons ici l'histoire. On a eu des années sans tache, et on ne pourrait guère reprocher à celle de 1788 que les strophes de M. Le Brun. Nous ne concevons pas comment le rédacteur de VAlmanach des Muses a laissé passer cette ode. C'est une inadvertance, bien pardonnable sans doute, quand on réfléchit aux milliers de pièces dans lesquelles ce rédacteur est
obligé (le faire choix, pour composer le bouquet national. Ei;l;jiii de tant de couleurs, étourdi par tant de parfums, il adojîle quelquefois une fleur étrangère qui ne peut se marier avec les autres. M. Le Brun s'est faufilé heureusement avec la foule, et s'est assis, quoique intrus, au hanquet des poètes de l'année. Cette notice, selon notre usag-e, dénoncera l'usurpation et mettra l'auteur sur ses g-ardes.
SAUTER !M. Tabbé), précepteur de M. l'abbé de Montesquiou, s'est attribué un sixain de son élève. Mais les Ètrennes du Parnasse, 1788, ont redressé la fraude, et restitué le sixain à M. le marquis de Montcsquiou. Grâces à cette police exacte et vigilante, M. l'abbé Sauter n'ira point à l'immortalité, comme il y allait à grands pas, si on ne l'eût arrêté en chemin.
sÉLis (m.), professeur au collège Royal, et poète de VAlmanach des Muses. Personne encore n'a plus loué et n'a mieux loué son monde que M, Sélis. On connaît son beau vers à M. le duc de Xiveniois :
Nivemois au Parnasse est toujours duc et pair.
SIMON, de Troies (m.). Ce poète, ne pouvant se dissimuler son mérite et sa fécondité, e«t venu lui-même à notre secours, en publiant le recueil de ses poésies; M. Simon, de Troies, qui pouvait nier une foule de ses ouvrages, a la candeur de les avouer tous et de les signer.
THÉvENEAu (m.). On parle beaucoup de deux stances et d'une épitaphe de M. Théveneau. Nous allons nous les procurer avec les explications dont un savant les a accompaguées, parce que M. Théveneau y a caché des allusions d'une finesse qui exigeait absolument des notes. On dit même que les notes ont depuis peu occasionné des remarques essentielles, qui sont à leur tour suivies d'éclaircissements très intéressants, mais qui ne satisfont point assez les lecteurs de toutes les classes pour qu'on puisse se passer d'un commentaire en règle. Ces sortes de livres conviennent beaucoup aux nations avancées. Les notes qui parurent il y a quelque temps, en un volume in-12, sur une épitaphe de quatre vers grecs, en sont une preuve.
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TOURNON (m. de), a fait des vers à des novices, et il n'y a que des esprits consommés en littérature qui puissent en jouir. Il faut savoir donner du lait aux enfants.
TRIANGLE (m.). Cctlc Musc s'cst cndurcic dans le logog-riphe, malg-ré les représentations de tous ses amis. Nous concevons bien qu'on puisse s'acoquiner à cet aimable genre ; mais la décence veut qu'on en sorte quelquefois pour l'énigme ou pour l'acrostiche.
VALADE (m.\ imprimeur et poète naissant, dont les Aîmanachs chantants se sont emparés. Nous espérons qu'il n'y fera que ses premières armes, et qu'il laissera bientôt le flageolet pour la trompette, comme il a déjà quitté ses presses pour le flageolet.
VALBANE (m.). Ce poète a mis Vénus en colère pour en tirer parti, et l'apaiser ensuite par des vers pleins de charmes. Voyez la petite pièce qui porte ce titre.
VALETTE (m. l'abbé DE la), autcur du grand poème sur les Physionomies. Nous ne saurions trop exciter les jeunes gens à faire de bons et beaux poèmes, c'est tout simple ; mais nous ne saurions trop les louer quand ils y réussissent comme M. de la Valette. Il est vrai que les sujets ne sont pas toujours si heureux ; tout le monde se pique d'avoir de la physionomie et chacun en cherche une dans ce poème, ce qui en a causé le prodigieux débit.
vALiGN'Y (m. de). Sœ Fille bourrue, comédie, a ravi tout le monde.
Il n'est point de serpent ou de monstre odieux, Oui par l'art imité ne puisse plaire aux yeux.
On nous pardonnera de citer Boileau, tout vieux et tout passé qu'il est, au milieu de cette fraîche et florissante jeunesse. La grosse raison est toujours de mise.
VARENNES (m. de) a chauté Saint-Hubert^ V Amour dragon, et le Sérail du grand Turc. On ne saurait croire avec quelle souplesse et quelle rapidité M. de Varennes passe d'un sujet à l'autre. On dit qu'il en coûte peu à cet écrivain pour nous causer tant d'admiration. Tel est le génie ; il fait en se jouant des enjambées, que nous mesurons ensuite avec beaucoup de peine et de surprise.
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wARoguiER DE S. -FLOUENT (-M.). Scs cliansonnettes pastorales sont si douces qu'elles commencent à passer dans les ordonnances des médecins instruits, et sont un des plus puissants calmants qu'on connaisse. Il serait temps enfin que les productions de l'esprit servissent à la santé du corps. Apollon n'est-ii donc pas le dieu de la Médecine?
VEUNE de Genève (m,), le plus vig-oureux écrivain de la Suisse en prose et en vers. On ne peut plus se passer des productions de M. Vernes.Il y a des relais établis de Genève à Paris pour jouir plus tôt de tout ce qu'il fait.
VERMNAG DE SAINT-MAUR (mm.). Dcux poètcs (l'un g"rand rapport dans les journaux. L'un est poète et homme du sièci<'; l'autre est abbé, poète et orateur, et c'est celui qui a jeté le plus g-rand éclat. Son oraison funèbre pour le premier prince du sang- a rappelé les beaux jours de Bossuet. On a surtout reconnu la belle expression de Limon organisé, que l'orateur applique à son héros, et que Bossuet n'eût peut-être jamais trouvée. M. l'abbé de Verninac passe de ces cérémonies lug-ubres à un bal, et n'y est point étranffer : il demande en petits vers l'honneur de valser avec la plus jolie femme de la société. Omnis Aristippuni decuit status, color et res.
viÉviLLE (m. Marchand de la). Auteur d'un millier de fables qui n'ontencore instruit, charmé ou corrigé que quelques maisons particulières, où M. de la Viéville les lit assiduement. Ce poète, à qui on][reproche quelquefois sa gloire privée, et qu'on voudrait rendre à la nation, rejette la faute sur les libraires de Paris qui s'obstinent de concert et depuis dix ans à ne pas imprimer son Recueil. Voici le mot de cette conjuration. Ce n'est pas que les libraires craignent
Sour M. de la Viéville ; ils ne sont que trop sûrs de le venre; mais ils tremblent pour La Fontaine qui resterait dans leurs boutiques. Que M. de la Viéville cautionne La Fontaine, ou en épuise toutes les éditions qui existent, et nous lui répondons d'une prompte impression. Voyez une de ses dernières fables qui commence par ces vers :
Un magnifique cerf-volant Ne put maintenir la concorde Avec sa corde, etc.
viLLARS (m. de), très-connu par un beau quatrain à M. le
marquis de Condorcet, qu'il met à l'aise entre Voltaire et d'Alembert. Cette place convient à l'académicien, orateur et g^éomètre qui pourra s'amuser pendant le reste de sa vie à calculer la distance qui sépare d'Alembert de Voltaire : il ne trouvera pas aisément la parallaxe de ce dernier: mais en les prenant tous deux à niinimis, il se rapprochera plus facilement de la g-éométrie de Voltaire et de la littérature de d'Alembert. Nous ne connaissons de M. Villars que ce petit quatrain.
wiLMAiN d'abancourt (m.). Commcut un homme peut-il trouver le temps d'écrire ce qu'un autre homme n aurait jamais le temps de lire, en leur supposant ég-alité ak^Q et de vie? Tel est le problème qui se présente à l'esprit lorsqu'on se met à contempler la liste des ouvrages de M. Wilmain d'Abancourt. Plusieurs poèmes de toute forme, cinq ou six cents fables, des pièces fu^-itives par milliers, des romans par douzaines, etc., etc. Personne encore n'a pu se vanter d'avoir lu tout M. Wilmain. On se félicite d'être homme quand on voit tout ce qu'un homme peut faire; ce spectacle charme notre faiblesse; mais il y a un secret retour de l'amour-propre qui se sent bientôt écrasé de la comparaison. Ce retour est inévitable, et c'est ainsi qu'un écrivain peut être à la fois l'orgueil de l'espèce humaine, et pourtant humilier chaque lecteur en particulier.
vixouzE (m. de la), doyen des poètes auverg-nats. Clermont lui doit deux beaux poèmes épiques, un sur l'avènement de Philippe V au trône d'Espagne, en quinze chants; l'autre, sur Louis XIV. En lisant ces deux poèmes, suivis d'une foule de petites pièces charmantes, on ne peut se défendre d'une secrète jalousie quand on songe que Paris ose à peine compter un poème épique, et qu'une ville du quatrième ordre en a deux ; quand on songe surtout que les Auvergnats prennent plus de plaisir à lire M. de la Vixouze que Voltaire n'en a jamais donné aux Parisiens! On rougit de cette jalousie, mais on ne peut s'en défendre, tant elle est naturelle et bien fondée.
vosGiEN (m.). Ce poète a mis en vers les Conseils d'une Mère. Cette petite pièce, jetée d'abord dans un Recueil peu connu, s'est glissée peu à peu et sans prôneurs dans tous les ménages. Elle entre aujourd'hui dans le trousseau des filles de bonne maison, qui ont trouve fort doux de n'être plus
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grondées qu'en vers par leurs mères. M. Vosii^ien a fait une révolution sans y son^-er peut-ôlre. On attend de jour en jour ses Conseils d'un père.
N. B. Les lettres X, Y, Z, se trouvant frappées de stérilité, la g-loire, toujours soumise aux arrêts du hasard, ne fera rien pour elles, puisqu'elles n'ont rien fait pour nous. On peut les comparer à ces étoiles nébnleiisesque les astronomes se contentent d'indiquer dans leurs catalogues. Il n'y a que M. Piis qui ait pu faire quelque chose pour l'.V, y et Z dans son Poème de illarnionie ; c'est là qu'ils ont un rang- et une existence :
Renouvelé du XI, l'X excitant !a rixe.
Laisse derrière lui l'Y Grec, jus:é prolixe; Et mis malgré son zèle au même numéro Le Z, usé par l'S, est réduit à zéro.
On peut ajouter à ces beaux vers que l'A' fut illustré chez les Grecs par une foule de g-rands hommes dont il commençait le nom, que l' Fa le même honneur en Orient et que le Z règne en Afrique. Mais quelque amabilité qu'on suppose à ces trois caractères, peut-on les comparer au B, au 6', au /> et à toutes ces heureuses lettres sous qui sont rangés des poètes et des orateurs sans nombre? Conduiront-elles, comme ces étendards de la renommée, des troupes d'immortels à la postérité? 11 faut donc convenir que les lettres alphabétiques ont aussi leur fatalité comme nous et nos livres. Habent sua fat a libelli.
Arrivés au terme de la plus brillante carrière que jamais homme de lettres ait parcourue, nous craignons que les lecteurs, fatigués du parfum de nos éloges et de l'éclat de nos peintures, ne nous accusent d'un peu de monotonie : ils trouveront peut-être que nous n'avons pas assez varié les formes ; mais nous les prions d'observer que dans une nomenclature aussi étendue, nous nous sommes perpétuellement trouvés entre M. Briquet, père d'une petite chanson, et ^{.Braquet, armé d'un couplet; entre ^I. Dudoucet et M. Auzonet, tous deux chargés d'acrostiches; entre MM. Bouriqnon et Araignon, également riches en bouts rimes. Comment le plus mécontent et le plus fécond de nos lecteurs s'en serait-il tiré? Aurait-il voulu gâter ses balances
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et mentir à son jugement pour éçayer la fantaisie ou promener les caprices de quelques g-ens du monde? Etions-nous donc au pays des chimères, pour nous livrer à notre imagrination?... Si on y réfléchit, on s'appercevra bientôt que des historiens tels que nous, asservis à la rig-ueur des ressemhlances, ont dû souvent se trouver embarrassés; car enfin, la littérature a ses Ménechmes, surtout quand il y a identité de genres. Quelle difltrencey a-t-il entre MM. IJalet ci Hollîer ? Gomment séparer deux hommes unis par le môme quatrain et la même erloire? Il nous semble donc (et c'est avec candeur que nous nous rendons ce témoignag-e) que les portraits sont encore plus variés que les fig-ures; et que si l'art n'a point égalé la nature, le travail a surpassé la matière. Maleriam superavit opus.
Nous dirons aussi que cet ouvrage n'ayant pu être commencé qu'au premier janvier, époque où paraissent tous les Recueils de vers, dont nous ne pouvions nous passer, il a fallu faire marcher de front l'auteur et l'imprimeur, et livrer les notices à fur et mesure, sans pouvoir jamais les comparer entre elles. C'est ainsi que l'Almanach de nos
rands hommes a été composé et imprimé tout ensemble.
a postérité apprendra tous ces détails avec le plus vif intérêt.
Mais, en finissant, qu'il nous soit permis dejeter un coup d'œil de complaisance sur cet immense tableau formé sous nos yeux, sur ces oi-lorieuses archives de la renommée rédif?ées par nos mains, sur cette éclatante liste de grands hommes qui nous devront l'immortalité qu'ils dispensent à tant d'autres. 0 France! ô ma patrie! voilà donc ta solide gloire et tes véritables richesses ! Voilà les auteurs de toutes les nouveautés dont tu es idolâtre, de ces brillantes nouveautés qui te tiennent en haleine d'un bout de la vie à l'autre, qui te dispensent de lire les ouvrages des anciens, du siècle de Louis XIV et de tes rivaux, et te délivrent de trois choses ég-alement onéreuses, de ton temps, de ton argent et de tes idées ! Oui, ce sont là les enfants dont tu peux t'honorer; c'est par ces côtés brillants que tu peux te montrer à l'Europe. N'es-tu pas en effet la première puissance littéraire? Que l'Ang-leterre, l'Italie, l'Espag-ne et l'Empire réunissent leurs g-rands hommes vivants, pourront-ils soutenir la comparaison? et ne sécheront-ils pas de dépit et
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d'envie, quand ils verront que ce n'est pas en compulsant des siècles et des bil)liothèques, mais dans une seule génération et parmi quelques brochures que nous avons trouvé toute celte florissante jeunesse? Car il faut, ô Français, que je vous apprenne enfin le secret de vos ennemis et le vôtre: ce n'est {)oint Voltaire, Montesquieu, BufTon ou Rousseau qui en imposent à vos perfides voisins ; ce n'est pas sur cinq ou six écrivains qu'ils vous jug-ent; c'est sur la foule toujours immortelle et toujours renaissante de vos jeunes g-rands hommes; ce sont les piqûres multipliées des journaux et des Almanachs qui font soufîrir mille morts aux Anglais et aux Allemands. Ils ont fort bien supporté V Esprit des Lois, Emile, la Piicelle et vos théâtres; mais ils ne soutiènent pas l'efîort de vos charades et de vos fugitives. Et cet Almanach, que nous avons enfin terminé, ne va-t-il pas semer l'épouvante dans toute l'Europe? Quand nous n'aurions fait qu'un acte de patriotisme, notre gloire ne serait pas médiocre. Mais ce qui va nous combler de joie, c'est qu'en nous rendant si respectables aux yeux du reste de l'Europe, ce livre doit nécessairement réveiller l'émulation d'une foule innombrable de jeunes gens, qui, formés trèsévidemment pour la pièce fugitive, créés et mis au monde pour faire des énigmes, se jettent dans les lois, dans les armes, dans le commerce, dans tous les arts et métiers : perte immense et douloureuse que nous ne saurions assez déplorer 1
Nous espérons qu'animés par la plus flatteuse des récompenses, et préférant l'immortalité dont ils sont assurés avec nous au vil plaisir de passer une vie éphémère dans les embarras de la fortune, ils se hâteront de nous envoyer leurs petites pièces et leurs bouts rimes, suivis de leurs noms, doubles et triples, du lieu de leur naissance, et même de leur âge, afin que notre Almanach soit toujours plus brillant et plus riche tous les ans.
Un dernier et puissant motif d'émulation pour la jeunesse c'est que leurs ouvrages, sous le nom de nouveautés, passent en foule dans les îles et y forment les livres classiques des Créoles, si bien qu'un habitant de Saint-Domingue, en arrivant à Paris, ne demande point aux barrières Fontenelle ou Buffon, dont il n'a jamais ouï parler; mais il demande M. Mayer ou M. de Cubières,dont les romans et les
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vers l'ont tant de fois charmé. N'est-il pas agréable de régner ainsi sur la plus vaste moitié de la terre, sur une nation vierge encore et qui n'en veut qu'à la belle nature? Notre Almanacli va remonter l'Europe à la hauteur américaine, et lui faire secouer à jamais le joug des anciens modèles et de tous les préjugés de la vieille lillérature.
Si par malheur (ce qu'à Dieu ne plaise) quelques lecteurs mal intentionnés, et ne se croyant qu'habiles, allaient soupçonner que nous ne sommes pas de bonne foi et que nos éloires sont des blâmes, nos conseils des perfidies et noire gravité un jeu, que nous resterait-il à faire, que de nous renfermer dans notre innocence et de pleurer sur celte perversité du cœur humain qui empoisonne les meilleures choses? M. Daquin de Château-Lion a-t-il jamais élé suspecté dans les nombreuses promotions de grands hommes qu'il fait chaque année? Le Mercure ne met-il pas au jour cinq ou six grands hommes par semaine, sans la moindre réclamation et sans le plus léger scandale?Et si M. Panckoucke et M. Daquin, au lit de mort et à l'heure de vérité, s'avisaient tout à coup de dire qu'ils n'ont fait que plaisanter pendant cinquante ans, faudrait-il les en croire sur leur parole? Pour nous, loin de soufl'rir qu'un petit codicille nous ravît tout à coup vingt ou trente mille grands hommes et déshonorât la nation, nous opposerions la vie entière de ces deux rédacteurs à leur dernier quart d'heure, et nous croirions qu'ils ont perdu l'esprit avant de rendre l'âme.
Mais la pureté de nos vues nous rassure, et nous nous en rapportons à ce que nous avons dit plus apertement dans la Préface de ce livre, qui est tout d'une pièce d'un bout à l'autre, et dont le but moral ne peut échapper à personne.
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