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LE PETIT ALMANACH DE NOS GRANDS HOMMES

Di^ ifjnolls.

ALTBERT (m.), de Villefrauche, en Haute-Guienne. Nous avons reçu de cet auteur une fable, qui est capable de faire une révolution dans la littérature, si on adopte sa manière, comme on ne saurait trop le désirer. Cet auteur fleurit en province. Quel dommag-e! Puisse le juste tribut d'éloges que nous lui payons Ten^ager à venir dans la capitale y remplir toute sa destinée I Paris ne s'enrichit qu'en dépouillant les provinces.

ALIX (m.), jeune avocat, dont une foule de pièces fugitives, répandues dans tous les journaux, n'ont encore pu mettre au jour tout le mérite. Nous avons long-temps cherché la cause de l'obscurité dont il jouit, et à force de soins, nous avons enfin trouvé un poème en quatre chants, sur les quatre âges de l'homme, qui nous a paru la pièce coupable par les beautés dont il étincelle, et qui auront à jamais irrité l'envie contre l'auteur. L'envie qui parle et qui crie est toujours maladroite; c'est l'envie qui se taît qu'on doit craindre. Or jamais poème ne l'éprouva mieux que celui-ci. Il s'est fait comme un concert de muets dans toute la littérature, à l'apparition de ce poème. Un tel silence est souvent de bon augure; mais il ne faut pas qu'il se soutienne.

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ALLioT (m.), auteur du Muet par Amour. C'est une des mille et une pièces qui font les délices des sociétés. Mais les gens du monde sont de si parfaits éç^oïstes qu'ils exii^'-ent souvent d'un auteur que tel ouvraûi^e qui leur a plu ne paraîtra jamais.

ALCo (M. le Président d'). Les stances et les madrigaux

?[ue ce favori des Muses a tirés de son porte-feuille nous ont bien regretter qu'il en soit trop avare. Les couleurs de ce poète sont si douces qu'il semble n'avoir travaille que pour des yeux malades qui craignent le grand jour; ce qui lui a donné de nombreux partisans dans un siècle justement dégoûté de la haute poésie.

ANGENY (m. d'). Ce poète réussit parfaitement dans les pièces gasconnes. Ce genre n'est pas facile à manier, mais c'est un excellent exercice, et il est aisé de reconnaître un écrivain qui s'y est rompu. Il existe de cet auteur une tirade de vers, qu'il adresse à un de ses amis, pour le punir d'avoir fui le mariage. On ne saurait faire un plus digne usage de la poésie que de la diriger contre les célibataires.

ANDRÉ HONORÉ (m.). Ses chausons, trop clairsemées dans nos Almanachs chantants, en ont toujours fait la fortune. Cet Anacréon a jeté deux nouveaux couplets dans les recueils de cette année, l'un adressé à quelques jeunes dames, et l'autre à sa propre fille. Les couplets sont signés : M. André ne peut les nier, et quel est le plagiaire qui oserait se les attribuer ?

ANDRÉ DE MURViLLE (m.). Ce poètc fugitif cst si fertile que nous ne pouvons qu'indiquer ses talents et son nom. Ode, épitre, quatrains, chansons, rien n'est à l'abri de son activité, et l'admiration et la reconnaissance ont à peine avec lui le temps de respirer. Le Recueil de ses œuvres sera un jour d'un grand poids da^.s la littérature légère.

ANDRiEux (m.). Les beautés trop délicates de ses petits vers ont échappé jusr u'ici aux yeux vulgaires : mais l'extrême naturel de cer vers-ci aurait dû frapper tout le monde :

Le feu cer endant éclate; J'entendt' le grillon crier ; Le chat nent pour qu'on le flatte, Et joue autour du foyer.

Voilà la belle nature et la véritable poésie : un seul couplet

de cette force peut arrêter la décadence des arts. Voyez aussi les stances du même auteur sur la jeunesse.

AQUiN DE CHATEAU-LION (m. d'). Tout le Hionde connaît son Recueil charmant, intitulé, Almanach Littéraire ouEtrennes d'Apollon. Ce sont de ces livres qui à la longue donnent à la France une supériorité décidée sur tous ses voisins.

ARNAUD DE BACULARD (m.). Nous ue disous ricu de cet ancêtre de la littérature moderne : la probité de ses vers et l'honnêteté de sa prose sont connues.

ARNAULT (m.). Cet écrivaiu s'est si bien dérobé à nos recherches^ que nous n'osons rien affirmer de lui, si ce n'est son existence. Nous en demandons bien humblement pardon au public impatient de connaître cet auteur et ses productions; mais les affiches de Grenoble nous ont manqué. Nous promettons de réparer cette omission l'année prochaine, et nous nous flattons de satisfaire la foule de Souscripteurs que cet espoir va sans doute nous procurer.

AVESNE (m. d'j. Cet aimable paresseux a réjoui l'Almanach des Muses 1781, d'une pièce pleine de g-oût et de gaîté. Elle est intitulée, Tribunal cTArcadie ; on y tient Conseil d'Anerie ; l'auteur fait dire des choses admirables à un cuir pelé d'asine douairière. Nous croyons que cette fable aurait donné du chagrin à La Fontaine, et nous ne saurions trop exciter la jeunesse à saisir le bon ton, et le grand sens de cet écrivain.

AVY* (m. l'abbé). Nous n'avons encore obtenu que la moitié du nom de cet auteur ; mais nous avons une pièce entière de vers de sa façon, intitulée : le Nouvelliste aux Champs-Elysées. Ce jeune abbé est comme cette statue mystérieuse des Egyptiens, qui laissait tomber un de ses voiles tous les ans. Ceux qui ont le bonheur de le connaître par son nom nous ont assuré que nous n'avions pas plus de quatre ans à attendre, parce que M. l'abbé laisse paraître chaque année une lettre de plus: il était A*** en 1786, Av'* en 1786, il est Avy* en 1787. L'impatience que nous donne l'incroyable désir de le connaître est un des grands désagréments de notre état.

BABLOT (m.). Il y a d'énormes paris sur cet écrivain ; il existe pour les uns, il n'existe pas pour les autres. Mais nous

avons fait des recherches si sérieuses sur ce problème intéressant que nous sommes parvenus à découvrir que M. Bablot était, comme Apollon, poète et médecin. Il a chanté les austères plaisirs du mariag-e, et voici quatre vers de ce docteur :

Ah ! pourrais-lu douter de mon amour encore ? Cher amant, me dis-tu, je t'aime, je t'adore : Ouai-je dit : je i'adore! laissons sur ces ja^rands mots Grimper l'amour charnel : ce sont là ses tréteaux.

BAiLLY(M.).On ne peut rien ajouter aux charmes de cette muse : seulement peut-on lui reprocher un peu de paresse. Nous n'avons g-uère trouvé plus de cent pièces de cet auteur dans les différents journaux.

BARBIER (m.). Auteur de Ciaxare, tra^-édie, jouée en société, et qu'on a eu la cruauté d'y retenir. La nation a, selon nos calculs, plus de mille drames à revendiquer sur les sociétés de Paris.

BARRÉ (m.), un de ces esprits faciles, corrects et g-racieuxque la nature produit quelquefois pour le bonheur des grosses villes affamées de nouveautés. Des Géomètres fort modérés ont calculé que M. Barré, indépendamment de M. Piis, pouvait fournir des pièces à tous les petits théâtres de la capitale; et que, réunis tous deux, ils pouvaient faire demander grâce à la nation la plus amoureuse des spectacles. On ne sait que citer d'un écrivain que tout le monde sait par cœur. Pourrait-on oublier en effet ce couplet charmant qu'il adresse à une dame, en lui envoyant un cœur de sucre, et qui finit par ces deux vers, qui ont fait pâmer tout Paris :

Mon cœiu*, craignant pareille chance, S'alla faire sucre d'avance.

BARSiN ou BARCiN (m.). Son odc sur l'armement de la France et de l'Espag-ne parut dans des circonstances fort heureuses ; mais elle eut des suites funestes pour l'Europe : car l'éclat extraordinaire de ce poème ayant fixé tous les yeux, les affaires des puissances belli2;-érantes ne firent plus que lang-uir. C'est donc manquer de patriotisme que de faire de trop beaux vers dans certaines occasions.

BARTHE (m. l'abbé), de la société Anacrconlique d'Arras, excessivement connu par une fable sur deux carrosses. Les propos que se tiennent ces deux carrosses sont prodigieux : il n y a guère dans toute la littérature que les chevaux d'Achille qui soient dij^nes de converser avec les carrosses de M. l'abbé Barthe. Voyez l'Iliade.

BAUDART ou BODART (m.), génic précocc qui vient de donner les Saturnales aux Variétés. On sait que, pendant les Saturnales, les valets étaient les maîtres. M. Bodart semble avoir pressenti et prévenu notre travail : car nous ne faisons ici que les Saturnales de la littérature.

MM. BOCOUET, BOREL, LE BŒUF, BEAUNOIR DE ROBINEAU, BRU- NET, LE BLANC (l'abbéj, BÉLIARD, BASTIDE, BURY, BILLARD, BOUTTROUX, BONNEL, BRUIX (le chev. dc), BOISTEL, BP.UTEL DE CHAMPLEVART, BURSAY, BOUTEILLIER, BREVET DE BEAU- JOUR ;

Voilà dix-huit auteurs dramatiques, tous marqués à la lettre B, et qui brillent sur le Parnasse français comme une constellation dont la douce influence féconde tous nos théâtres. Opéra, tragédie, comédie, farce, drame, proverbe, rien n'échappe à leurs regards bienfaisants. Mais tout ainsi que les étoiles semées avec tant de profusion dans la voie lactée se nuisent mutuellement et ne forment qu'une masse de lumière qui ne laisse distineruer aucun astre en particulier, de même sommes-nous forcés d'avouer que tous ces auteurs, dont chacun à part serait un vrai soleil, sont absolument invisibles sur l'horizon de notre capitale. Mais nous supplions instamment le lecteur de ne pas traiter avec cette barbare indifférence dix-huit grands hommes : nous le conjurons au contraire (et nous l'en conjurons à genoux et la larme à l'œil) de se faire l'etFort de classer dans sa mémoire ces dix-huit noms : la peine de les retenir n'égalera jamais celle que nous avons eue à les trouver.

BEAUMiER (m.), uu des plus grands écrivains de ce siècle en vers et en prose. Nous ne citerons rien de cet illustre auteur; car, pour fruit de nos labeurs, nous exigeons cette fois que le lecteur nous en croie sur notre serment. Voyez pourtant son livre, intitulé : A ma Patrie, Qléd\é à M.Ducis.

BEAUGEARD DE MARSEILLE (m.). Ce poète n'a fait qu'un petit conte, intitulé : les deux Neuvaines, qu'il a fait pas-

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ser à Paris; c'est un g-éant qui donne le bout de son ong-le pour mesure de tout son corps, et qui est deviné.

beaulaton (m.). Sa traduction de Milton eût fait oublier le Paradis perdu, si on avait su la lire; mais ce siècle est si fou, si rapidement emporté dans la sphère de ses frivolités, qu'il lui passe sous les jeux deux ou trois mille chefsd'œuvre par an, sans qu'il en soit averti. Ah! que le siècle de Louis XIV paraîtrait pitovable, si on songeait à tout ce que nous possédons, sans savoir en jouir! Voici quelques vers de M. Beaulaton,pourjustifier nos regrets. C'est Satan qui s'avance vers le paradis terrestre :

Tel Satan à travers vaux, monts, rocs, lacs, bois, prés. Fait route de la tète, et des mains et des pieds, Marche, vole, bondit, plonge, serpente, nage, etc.

Quel dommage de gaspiller ce style à faire des traductions!

BEAUMARCHAIS. VoJjeZ M. GUDIN DE LA BKUNELLERIE.

BÉRARDiER DE BATTANT (m. l'abbé) a traduit Lucrèce en vers français; il est parvenu, selon son louable but, à éteindre ce poète, le plus dangereux de l'antiquité; et c'est ainsi qu'il faut traduire tous ces athées.

BEFFROY DE REiGNY (m. de), si conuu SOUS le nom de Cousin Jacques. Ses Lunes sont une de ces productions originales auxquelles on ne peut rien comparer : elles font le bonheur de la nation française; mais, comme le Cousin Jacques peut nous manquer un jour, tout immortel qu'il est, nous ne voyons pas sans frémir l'état de langueur et de \ tristesse où la France va tomber, quand il faudra se sevrer I de tant d'aimables folies. Nous conseillons donc à nos i lecteurs de renoncer peu h peu à cette sirène qui les I enchante et les dégoûte des dialogues de Lucien, des facéties de Voltaire, des badinages de Gresset et de Swift; c'est sous ce point de vue que le Monius français est vraiment dangereux.

BÉRENGER (m.), Ic plus doux, Ic plus riclic ct Ic plus infatigable des tributaires de tous les journaux. Pour parler dignement de lui, il faudrait parler de tout, et la vie est courte.

BEROuiN (m.), après avoir été le poète des nourrices, a voulu devenir le philosophe de l'enfance, et s'est intitulé : l'Ami

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des Enfants. L'Allemag-ne lui a fourni cet ouvrag-e périodi^ que dont il nous a fait présent. Cette traduction lui a valu toute notre reconnaissance ; mais elle nous a coûté un poème épique dont M. Berquin était fort capable, et c'est trop cher.

BoisjOLiN (m. Vielch de). Il est sorti tout à coup de l'aimable obscurité où sa modeste muse le retenait, par un tour de force qui a fait trembler toute la littérature. Ayant choisi le Mercure pour champ de bataille, il a pris l'Art poétique d'une main, et le poème des Jardins de l'autre ; et les ayant balancés quelque temps, il a mis tout à coup le poème des Jardins dessus, et l'Art poétique dessous, aux acclamations de tous les g-ens de goût ; il n'y a que M. l'abbé Delille qui ait paru scandalisé.

BOizARD (m.). Ses fables ont fait passer de mode celles de la Fontaine; ce qui est toujours un peu injuste : on aurait dû conserver la Fontaine en acquérant M. Boizard, et ne pas perdre l'ancien fabuliste, sous prétexte de faire un plus beau sort au moderne : enfin, il y avait des arrangements à prendre, et nous osons croire que M. Boizard s'y serait prêté.

BOULOGNE et DE BUGEY (mm. de), tous deux fort estimés par une épigramme et six vers élég-iaques. On pourrait leur faire les plus tendres reproches sur leur paresse.

BouRiGNON (m.), de Saintes. Ses poésies fug-itives ont fait une telle sensation à Paris, que nous nous croyons suffisamment autorisés à le presser d'habiter une capitale où sa ffloire l'a précédé. Notre invitation ne peut que déplaire à la Saintong-e qui sera appauvrie, si M. Bourig-non la quitte; et aux beaux esprits de la capitale qui seront jaloux, si M. Bourignon arrive : mais qu'importe?

BONNiER DE LAYENS (m.). Le nom seul de M. Bonnier de Layens entraîne avec lui les idées les plus séduisantes : il rappelle les noms de Chaulieu,de Gresset,de Voltaire, dans la fugitive. Il nous faudrait le pinceau de l'Albane, pour tracer une esquisse digne de cet aimable chantre ; mais ne ayant pas, nous renvoyons aux recueils du temps, où nos lecteurs pourront rencontrer l'épitaphe d'un chien et deux quatrains, qui justifient bien notre silence.

BIENVENU et BiENNOURRi (mm.), de Bordeaux, auteurs du Théâtre à la mode. Autrefois les grands talents étaient un peu orageux : on n'était jamais avec eux bien sûr d'avoir

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la paix ; Racine et Molière ne surent pas s'accorder. Mais qu il est doux de voir marcher de front dans la môme carrière deux hommes tels que MM. Bienvenu et Biennourri ! BRiouET et BRAQUET (mm.). Il Semble que la Providence veuille confirmer elle-même, par les découvertes qu'elle nous laisse faire, ce que nous avons dit plus haut de l'amitié des

Fens de; lettres. 0 Briqut-t et Braquet, noms consacrés à harmonie, et faits pour le charme éternel des oreilles sensibles ! malheur à qui voudra vous désunir I Les Oreste et les Pylade, qui s'immolaient l'un pour l'autre, ne se cédaient que la vie ; mais vous, combien d'hémistiches ne vous êtesvous pas donnés mutuellement! Et c'est bien autre chose que la vie. Les gens du monde ne saisiront jamais bien ce g-enre d'héroïsme.

BRUxXEL (m.) a fait environ quatre-ving-ts pièces de vers en diflerents journaux, et notamment une Idylle d'un seul vers que voici :

Ne serjns-nous jamais contents de notre sort?

Ce sont là de ces vers de résultat qui contiennent une foule d'idées en g-erme, et ne laissent rien à dire à la postérité.

BRUTE (m. l'abbé). On sait quel bruit fit dans le temps son épître à sa sœur, où il dit, en parlant de Racine et de Rousseau :

Le charme de leurs vers sublimes et parfaits M'inspire la fureur d'en forger de mauvais.

CAiGNiEz (m.). Une seule Chanson, dans les Etrennes lyriques, lui a fait un nom qui ne mourra jamais, quand même cet auteur voudrait un jour renoncer à sa gloire. Le pas est fait; et cet avertissement regarde tous ceux dont les noms sont tombés dans nos Almanachs, et ont été relevés dans celui-ci. Si jamais la philosophie les dégoûtait de leur célébrité, ils en seraient réduits, comme Calypso, à pleurer du malheur d'être immortels. Au reste, on se console de tout avec les vers suivants, tirés de la Chanson de M. Caigniez :

Vénus alors dormait profondément :

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Enfin l'Amour est auprès d'elle ;

Dors-tu, maman ? lui dit-il, mais bien bas, etc.

c.uLLEAU (m.), imprimeur-libraire à Paris, qui n'a point perdu son temps comme les Estienne,les Plantin et les Elzévirs. On a de lui un recueil de Poésies lég-ères, où l'on a surtout remarqué une réponse d'Abailard à Héloïse, qui, selon la louable intention du poète, aurait sans doute délivré cette femme célèbre du fol amour qui la possédait. Le San»-- froid de cette réponse, qui contraste merveilleusement avec la chaleur de la Lettre de Pope, la sobriété d'expressions et de poésie, tout y est un effet de l'art ; mais cette maçie n'appartient qu'aux grands maîtres ; et ce n'est que dans les mains de ^L Cailleau qu'Apollon devient un Abailard.

CAiLLiÈREs DE l'étang (m.), avocat. Cc paisible citoyen avant, par még-arde et dans un moment de loisir, poli une (3 de sur je ne sais quel général Suédois, y mit à son insu tant de poésie, il y décela un talent si prodigieux que, depuis cette époque, il n'est plus le maître d'un seul de ses moments. Son cabinet, ses correspondances et sa personne, tout est aux Muses, et les Lois ont à pleurer ce beaii génie que la littérature leur enlève.

CAMILLE LEFEBURE (m.), de l'Isle de France, si connu par son Quatrain sur Zelmire.

CARBON DE FLiNS DES OLIVIERS (m.), Conseiller à la cour des Monnaies. Jeune homme inconnu par une foule de pièces du plus haut g-enre, et que l'Académie Française a men tionnées en vain dans ses concours : M. Flins des Oliviers en est resté aussi obscur que s'il avait eu le prix.

CARCN DU CHANSET (m.) a bien dédommag-éM. de Rochambeau de toutes les fatig-ues de la guerre d'Amérique, par le beau poème intitulé la double Victoire, qu'il lui a dédié. Tous les chevaliers deCincinnatusle savent par cœur. Voici quatre beaux vers de ce poème :

Dix mille prisonniers, en nous rendant les armes, De Glocester, d'Yorck, bannissent les alarmes; Et pour les mieux soustraire à leurs adversités. Nous remettent les clefs de ces fortes cités.

CARBOXEL (m.) a fait une fable intitulée le Lis, ou le Rêve d'un Roi. Que ne peuvent deux lig-nes bien écrites, et com-

bien aisément un poète donne sa mesure! M. Garbonel, par une seule fable, a été mis tout d'une voix à côté de M. Boizard.

CARRA (m.), un des plus colériques et des plus éloquents orateurs de ce siècle. Après avoir écrit quinze ou seize voliimesde physique, sur / A/ome,/'^/)a/o/?ze et l'Exaionie^ que tout le monde sait par cœur, il n'a pas dédaiçné de tomber sur M. de Galonné. Armé de tous les foudres de l'éloquence, il a porté le dernier coup au lion mourant.

CARRIÈRE d'oisin (m.), illustrc auteur des Folies du Lord réprimées, pièce dont le public ne peut se lasser, puisqu'on ne la joue jamais.

CASiMm-vARON (m.), écHvain paresseux, mais plein de g-ràces : c'est le seul qui ait su mettre du sentiment dans les énig"mes et dans les acrostiches, g-enre toujours un peu sec. CARMiLioLE (m. l'abbé) a traduit la Thébaïde. Le prodieux succès de cet ouvrag-e a d'abord entraîné une foule e jeunes écrivains vers la traduction ; genre qui nous coûte chaque année bien des ouvrag'es orig-inaux. Ensuite, cette traduction étant fort à la mode, on ne lit presque plus le texte, et Stace en est moins connu.

CASTOR et cosTARD (mm,). Ges deux grands poètes se ressemblent si prodisrieusement que la peine que se donne le lecteur pour les distinguer nuit beaucoup au plaisir qu'ils font tous deux. Il faudrait trouver quelque moyen plus puissant encore que leur sig-nature, pour les séparer ; car les almanachs les confondent souvent : on pourrait, par exemple, leur proposer les doubles et les triples noms qui sont tant à la mode, et dont la renommée se charge avec tant de plaisir. Voyez jNDI. IMarsollier des Vivetières, Luneau de Boisjermain, Fenouillot de Falbaire de Quingej^ etc. Tous ces Messieurs ont craint d'être confondus avec des Marsollier et des Luneau ou des Fenouillot tout court : si bien que, par cette précaution, la Fienommée n'a plus de prétexte avec eux, et ne peut leur manquer, sans être inexcusable. .

CERCEAU (xM.), auteur de l'Héroïde intitulée : Didon a Enée. Le pathétique de ce petit poème est au-dessus de toute expression. Qui pourrait retenir ses larmes aux vers que prononce cette reine infortunée, quand elle dit à son héros :

Des horreurs delà mer et des soins du trépas,

Tu montes sur mon Ht et passes dans mes bras, etc.

CHATEAU DE LA ROCHEBARON (M.).Qiielques-unes de ses poésies ont été imprimées avec celles de M. Bernard, e:arçon de la chambre de Mo^'le comte d'Artois. Le Recueil est intitulé : Préludes poétiques. Mais, n'en déplaise à leur modestie, c'est bien un véritable concert.

couRNAND (m. l'abbé), professeur, harangua l'assemblée en vers trissyllabiques. Ces vers nains, très propres à rendre les idées de cet illustre abbé, charmèrent tout le monde (i). On nomma pour aumônier dom

cossEPH DE usTARiz, moiue basque, de la plus haute réputation. Il parla beaucoup de Baruch, et monta la tête à tout son auditoire, d'autant qu'on ne le comprenait pas beaucoup. L'obscurité dispense de la profondeur, et n'occupe pas moins les esprits : elle est sœur de la majesté, et l'éloquence ne peut s'en passer. Après cette promotion, on enregistra les

frands hommes par ordre alphabétique, et voici la liste dèle (2) qui nous fut communiqué'?'.

CLAiRFONTAiNE (m. Daçue de), poète dont les chansons seraient des hymnes et des odes au besoin.

COLLOT d'herbois (m.), infatigable au théâtre, et maître absolu des passions. Voyez ses pièces.

coMPAi:,- (M.), esprit universel, et qui dispenserait lui seul de tous ses collègues.

CONJON (m.), de Baveux, si recherché pour le triolet.

CONTANT d'orvillb, l'cspoir du madrigal.

coouELiN (m.), auteur d'une ode à ^L le duc de Chartres. On ne peut rien extraire d'un tout parfait.

CROisETTiERE (m.), dc l'académic de la Rochelle. Ses couplets à .sa femme sont un vrai modèle : tout y est.

GRiGNON d'anzouel (m.). Sa chanson du lendemain e.sl celle de tous los jours, pour un homme de goût.

CRUX, DE METZ (m.). Sa chanson pastorale a été traduite dans toutes les langues, et fut chantée en chorus par tous les grands hommes su.snommés. Comme ras.semblée se séparait, on s'aperçut de l'absence de MM.

(i) Il s'açit d'une séance dans un « musée «. L'épisode, un peu traînant, a dû être écourté.

(•j) Xous la dinoinuoDS de beaucoup.

litt£aatl;re

cuBiÈRES (le clievalicr de)- Voyez M, le cluvaîier de Palmezeaux.

cuiNET d'orbeil, poctc, sans lequel on ne peut concevoir un Recueil. Il rentra au moment où chacun se plaig-nait de sa disparition et ramena cinq poètes oubliés dans le dénomrement, et dont les noms ne mourront jamais. C'étaient MM.

ARAIGNON, BUTINI, d'aRRAGON DE VERSAILLES, M. l'abbé DU

BARRAL, et M. l'abbé amphoux, de Marseille. Ils furent reçus avec acclamation ; et M. Cuinet d'Orbeil, qui improvisa sur eux, laissa éclia])por des beautés sans nombre. Il fit une allusion très fine à la fortune de ces deux abbés, dans le distique suivant :

Tantôt par des abus, lantùt par des abbés, Les revenus du roi sont toujours absorbés.

M. l'abbé Cournand y trouva des longueurs ; mais il fut accusé de jalousie.

DAURioL DE LAURAGUEL (m. l'abbé) ajantjcté, jeune encore et sans trop prévoir les inconvénients de la gloire, une épttre à son poêle^ dans les papiers publics, il n'a pu se refuser à la proposition qui lui a été faite de la part de toute la littérature. On a désiré de se rassembler tous les soirs autour d'un Poêle qui inspire de si beaux vers, et le cabinet de M. l'abbé est devenu le club littéraire le plus brillant de la capitale.

DAiLLANT DE LA TOUCHE (m.), poètc auxiliairc, sans lequel plus d'un Recueil serait déjà mort d'inanition. Ses vers sont d'une bonne force, et conviennent à tous les goûts.

DAMAS (m.) est parti du distique pour arriver à l'épître, il y a quelques années : il en est déjà à la chanson, et tout le monde fait des vœux pour lui.

d'aIX DE BUFFARDIN OU BUFFAIUDIN d'aLX (M.).SeS Cpigram-

mes font honneur à son cœur.

DELiLLE (m.). Ce n'est point l'auteur de la traduction des Géorgiques, ou du poème des Jardins; c'est bien un autre talent. Nous ne citerons, pour preuve, que des vers à Madame Le Brun ; le quatrain sur le roi de Prusse, qui

vécut comme un tigre, et mourut comme un chat; et finalement le quatrain suivant à M. le comte de Butïon :

La nature, pour lui prodiguant sa richesse,

Dans son océnie et dans ses traits

A mis la force et la noblesse :

En la peignant, il peignit ses bienfaits.

Le jeune poète a mis tant de profondeur dans ce dernier vers quon a nommé une Commission pour l'expliquer. Nous saurons un jour jusqu'à quel point on doit estimer ce vers-là.

DELACL05 (m.). Ses vcrs sur la Jalousie en ont donné à tout le monde.

DiDOT fils (m.). C'est un prodige en littérature, et un prodisi-e effrayant pour ses rivaux. Ce jeune homme fait plus délivres que M. son père n'en peut imprimer. Le Recueil de ses fables empêchera la vente du bon La Fontaine qu'on nous a promise : mais on ne peut tout avoir.

DOBREMEZ (m.). Trop fort pour Ténigme, à laquelle il s'est adonné, il pourrait faire des acrostiches.

ESPAGNE (m.). Les Etrennes de Mnémosyne se souviendront à jamais du début de M. Espagne. Nous osons le défier de se surpasser ; nous osons même le prier de ne pas le tenter : plus d'un grand écrivain s'est perdu par là. Quand on atteint la perfection du premier coup, on est forcé de s'y borner.

FABRE d'églaxtine (m.). Lc succès de ses pièces aux Français et aux Italiens est un peu balancé par la fortune prodig'ieuse de ses couplets, qui font le charme des sociétés. C'est peut-être là un des grands secrets de l'amour-propre que ce penchant qu'on a pour les petites pièces fugitives : on affecte de trouver M.Fabre d'Eglantineplus g-rand dans le couplet que sur nos théâtres ; ce qui est injuste. Et comment s y prendrait-on, s'il n'eût pas fait des romances? Il faudrait bien que l'admiration tombât sur ses drames.

FALLET (m.). C'est, à uotre avis, l'écrivain qui a le mieux

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maté renvie. Ses bouquets et ses chansons causèrent d'abord une .'darnic universelle: on craignit qu'il ne s'emparât de ce p;-enre; mais une trag-édie a tout calmé. On a aimé M. Fallet dans Tibère, et Tibère lui-même y a beaucoup gj-agné. Il fallait bien du talent pour rendre Tibère aimable.

FONTAINE DE SAINT-FREVILLE (m.). Cc protcSSCUr avaut COm-

mencé la traduction de l'Enéide par ces deux beaux vers :

Vis-à-vis les canaux où le Tibre, à son liut, Dans le sein de Thétis épanche son tribut, etc.

M. l'abbé Delille a totalement abandonné la sienne : de sorte que M. Fontaine est en conscience tenu de continuer. Le public n'y perdra rien; mais il faut que M. Fontaine soutienne ce beau début; ce qui nous fait trembler.

FRÉRON, fils (m.). Ses poésies fug-itives ont un si prodigieux rapport avec celles de Voltaire, que nous ne doutons pas qu'en cette considération Voltaire ne se fût réconcilié avec M. Fréron père ; et que celui-ci n'eût consenti à aimer le vieillard de Ferney, en le voyant revivre dans son propre fils.

FULVY (m. le marquis de), un des plus laborieux poètes de la nation. On trouve, s'il est permis de le dire, que ses charades sont un peu trop épiques : on désirerait qu'il les maintînt à la hauteur de ses autres poésies.

GAALLON (M.),de Cacn, poète qui vient de faire la plus vive sensation dans toute la Normandie par un impromptu. Il est si élégant, si neuf et si ingénieux, que les amis môme de l'auteur ont peine à croire qu'il ne soit pas le fruit d'une profonde méditation. Nous allons le citer ;

Comme Cypris, Vous avez le talent de plaire,

Comme Cypris, Vous enchaînez les jeux, les ris, A Gnide, à Paphos, à Cythère, Vous savez triompher, Glycère,

Comme Cypris.

GABioT DE SALINS (M.),si prodigicuscmcnt connu pour son couplet à une dame. En voici les deux premiers vers :

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Heureux Tépoux cjui de ton àme Obtint le premier des soupirs, etc.

Il s'est fait une foule d'éditions de ce couplet, et cependant il est fort rare. On dit qu'on en prépare une nouvelle dans les belles presses de rAlmanach de Lièi^e.

GAiGNE et GA-NEAU (mm. de). Un drame joué en société et quelques chansons accompag-nentMM.deGaig-ne et Ganeau dans le monde, et les suivront dans ces archives de lag-loire. M. de Gaig-ne a fait une chanson à lui seul.

GALLOIS et GAR-NOT (mm. ). Ccs deux poètes se présentent aussi sous la même couronne. VAffj^ès de la Courlille est le fruit de leur tendre union. On a beaucoup disputé dans le temps pour savoir s'il y a plus de vertu que de talent dans cette pièce. Enfin, on a senti que cette belle farce ne pouvait être l'ouvrag-e d'un seul homme.

GAUDiN (m.), se voyant de l'académie de Lyon, n'a pas cru dérog-er à son état d'académicien en faisant une belle épître en vers à un enfant de sept ans, ni trop présumer des forces de l'enfant, en la faisant fort long-ue. Quant à nous, il nous a paru qu'on ne pouvait pousser plus loin une petite fille et une g-rande épître.

GAUDET (m.), fort célèbre dans le mois de janvier 1781, par une épitaphe sur une vieille. Nous en rappelons le souvenir avec d'autant plus de raison qu'on ne saurait compter ni assez déplorer tous les petits chefs-d'œuvre qui se perdent ainsi chaque année dans les premiers huit jours de janvier.

GAZON (m.), si connu par ces deux vers sur Voltaire :

Avec tous les talents ce poète naquit;

Dès qu'il put s'exprimer, il montra de l'esprit.

GEOFFROY (m.). C'cst uu dcs uoms les plus connus dans la littérature moderne; mais comme il appartient à plusieurs poètes à la fois, nous sommes réduits à demander du temps à nos lecteurs pour les classer un jour selon les Recueils où ils dominent, et les journaux où on les loue.

GEORGELiN (m.), secrétaire de la société patriotique en Bretagne. Ce poète s'est eng-ag-é à faire un quatrain tous les ans, ordinairement adressé au commandant de la province. On ne saurait trop admirer l'aimable ég-alité quirèg-ne dans tous ces quatrains : la grâce et la poésie s'y soutiennent tou-

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jours à une môme hauteur. Cet équilibre de talent est Lieu rare.

GENCY (m. de), poète qui a ehanté Jupon court et blanc Corset. Cette chanson est plus connue que la Ilenriade. Tels sont les succès attachés à l'heureux emploi de ses forces ! Peut-être M. de Gency aurait été moins fortuné dans l'épopée.

GENDRY (M.),d'Ang'ers, vient de refaire la fable de Tircis et d'Amaranthe, qui en avait certes grand besoin. Nous j invitons M. Gendry à suivre cette heureuse idée, et à nous i refaire IdS Animaux malades de la peste, Philémon et Baucis^ le Chêne et le Roseau, etc. Ce sera pour M. Gendry une route nouvelle dans le champ de la g"loire, et il sera bien sûr de n'y rencontrer personne.

GIN (m.), conseiller au grand conseil, si connu et si estimé pour le beau papier et les superbes gravures de sa traduction d'Homère.

.;iLLET (m.). Ses couplets de Jean à Jeanne sont un monument de l'Almanach des Grâces. Il faut avoir un talent bien particulier pour éviter avec tant de précaution la poésie, l'esprit et l'harmonie, et faire pourtant des couplets si aimables. C'est que M. Gillet a saisi le genre.

GiNGUENÉ (m.). Nous avons lu dans le temps son épître intitulée : Lors de mon entrée au Contrôle Général; et nous nous félicitions de compter enfin parmi les poètes de ce Recueil un contrôleur général des finances; mais nous n'avons jamais pu trouver M. Ginguené dans la liste. Au reste, si Plutus ne l'avoue pas, les Muses le réclament, et

>t un des plus fermes appuis de leur Almanach.

GODARD (m.) s'est cxercé sur les Bergers préférés et les Bergers inquiets^ avec un succès incroyable. Heureux ceux qui n'ont pas encore lu M. Godard ! Ils feront connaissance avec une Muse bien originale et bien piquante.

GRAMBERT (.M.). Ou peut ôtrc immortel et inconnu : c'est le cas de M. Grambert. Ses œuvres se sont dérobées à toutes nos perquisitions ; mais son nom ne peut éviter nos hommages.

GRATON (m.), poète de Beauvais. Il a chanté sur une

'musette si harmonieuse que Paris, jaloux de Beauvais,

devrait s'en venger en attirant ce poète dans son sein. Mais,

si M. Graton manque à Paris, il ne manque pas à notre collection.

GRiMOD DE LA reymère (m.). Prodigc uaissaut en littérature : il va à Timmortalité par trois routes diflérentes, par ses livres, par ses actions et par ses soupers; ce qui est peutêtre sans exemple dans les annales de toutes les nations.

GUDiN DE LA BUNELLERiE (m.), moius célèbre par six volumes de beaux vers et les injustes cabales qui ont fait tomber ses pièces aux Français, que par son amitié pour M. de Beaumarchais. Quelques pa^-es des Mémoires ae ce dernier et quelques plaisanteries de Figaro les avaient un peu refroidis; mais le dernier Factiim, et surtout Tarare, les ont liés à jamais. M. Gudin, charmé que son ami écrasât Ouinault, le console des cris de l'envie par l'exemple de Socrate, d'Aristide et de Voltaire, avec qui M. de Beaumarchais a en effet des rapports frappants. Seulement, on peut dire que M. de Beaumarchais, ainsi que feu M. de Ramponneau, est infiniment plus connu que Socrate et Voltaire : son nom a toute la vogue d'un Pont-Xeuf.

GuiCHARD (m.), extrêmement recherché pour une anecdote en vers sur Henri IV et Bassom pierre. Plût à Dieu que M. Guichard voulût ainsi mettre en sixains toute l'Histoire de France! Voyez ses charmants vers à Cocotte qui tient un papillon.

GuiDi (m. l'abbé), auteur d'un poème sur Vâme des Bêtes. Cet ouvrage, plein d'âme, vivra éternellement.

GUIS (m.), de Marseille. Ses Pièces fugitives ont fait oublier son Voyage de Grèce. Nous croyons en effet que M. Guis avait perdu son temps à voyager ; sa véritable vocation, c'est le quatrain.

GUYARD (m.), un de nos modernes Quinault. Ses paroles sont tombées sur Iphigénie en Tauride.

GUYÉTAND (m.). Scs impromptus, ses anecdotes en vers et ses acrostiches en ont fait, en dépit des rivaux, un des plus considérables personnages de ce Recueil, et de tous ceux qui paraissent au mois de janvier. M. Guyétand s'est fait dans la petite poésie un arrondissement superbe, et n'en est jamais sorti.

HAR-M DE GUERviLLE (m.). Scs productious dramatiques

LlTT£f\ATURE

se trouvent aux Italiens et aux Boulevards. Observez que ce poète n'a jamais fait un chef-d'œuvre à lui seul; il s'est toujours donné un collèg-ue, ce qui rend le fardeau de sa gloire plus léger pour l'envie.

HARDUiN (m.), secrétaire de l'académie d'Arras; une des Muses les plus assidues de nos Recueils. Ce poète est si voluptueux, il va si droit au cœur, il excite si violemment l'imagination qu'on ne saurait trop prendre de précautions • contre les surprises inévitables dans une première lecture. Il faut relire M. Harduin pour être en état de le bien juger.

HENNET (m.), si célèbre par la chanson qui parut en 1781 sur une Rose prudente. On ne conçoit pas comment M. Hennet a pu marier tant de philosophie à tant de poésie dans une chanson.

HÉsÈQUE (m.), poète qui ne jouit pas de toute la réputation qu'aurait dû lui attirer une pièce de huit vers qui parut il y a deux ans dans l'Almanach des Muses.

HiNARD (m.), de Montauban. Ses couplets à Hortense et à Isabelle sont déjà mis à côté des beaux sonnets de Pétrarque pour sa Laure; avec cette différence, si honorable pour le poète de Montauban, que Pétrarque n'a pu immortaliser qu une femme, et que M. Hinard a déjà fait deux immortelles.

HiRZEL (m.). Son dialogue sur les Suisses mérite toute l'attention d'un philosophe.

HOFFMAN I, ET HOFFMAN II (m^s). NoUS atteudoUS, pOUr

parler dignement de ces deux poètes, que le public se soit décidé sur leur mérite respectif ; faudra-t-il laisser les rayons de leur gloire se confondre, ou séparer leurs articles? Voilà la question.

HuiLLiER (m. l'), conseiller à Orléans ; ce magistrat a poli un sixain dans le cours de l'année dernière, qui lui a fait le plus grand honneur. Nous l'exhortons à quitter l'aride étude des lois pour s'adonner aux sixains, puisque le ciel l'appelle si visiblement à ce beau genre.

j et i

JAMES DE SAINT-LÉGER (m.) a franchî les limites du quatrain, et ne s'est point égaré dans un conte de vingt ou

na RIVAROL

trente vers. Ces heureuses témérités perdent tous ceux qui, en étant jaloux, se hâtent de les imiter.

JEUNE (m. le). Ses couplets à un curé de Paris sont d'une poésie trop brillante ; mais ce défaut est si rare qu'en vérité nous n'osons pas le trop reprocher à M. le Jeune.

JOLY (m.).

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