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LES PREMIÈRES FAUTES

Les écrivains sont tous plus ou moins corrompus par Tévénement. On ne nous fera pas sans doute le même reproche. Nous avons écrit sans prédilection et sans amertume, sans crainte et sans témérité, mais non sans obstacle et même sans péril. Dans le feu dune révolution, quand les haines sont en présence, et le Souverain divisé, il est difficile d'écrire l'histoire. Ceux qui ont fait une révolution voudraient aussi la raconter ; ils voudraient, après avoir tourmenté ou massacré leurs contemporains, tromper encore la postérité; mais l'histoire repousse leurs mains criminelles; elle n'écoute pas la voix mensongère des passions ; elle veut être le jug'e et non le flatteur des hommes; et comme la loi, elle les approuve sans amour, et les condamne sans courroux (2).

(i) Les trois premiers chapitres de ce livre sont tirés des Bésamés, histoire des premiers temps de la révolution, qui forment la partie principale de ce journal. Voyez à l'Appendice, § i5. Œuvres deRivarol.

(2) Voir plus loin, pa^e 18a, un extrait du n» 9 à\x Journal politique.

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La Cour, TAssemblée nationale et la ville de Paris sont également coupables dans la révolution actuelle. La Cour est coupable envers la nation pour avoir entouré les pacifiques députés du peuple de soldats menaçants ; pour avoir entamé la guerre civile, en excitant les défenseurs de l'Etat contre ses restaurateurs. Toute la conduite du ministère prouve qu'il n'avait prévu ni compris ce que devaient être des états-

fénéraux. accordés après tant de prières, après tant de sujets e mécontentement, après de si longues déprédations : aussi d'après ses miauvaiscs manœuvres, l'autorité royale abandonnée de l'armée, annulée dans l'opinion publique, et heurtée par la masse d'une population énorme, s'est-elle brisée comme un verre.

Les torts de l'Assemblée nationale ne sont pas moins évidents, quoique plus nécessaires. En armant Paris, elle exposait également la tête du roi, la vie de ses sujets, et la liberté publique. On n'a qu'à supposer un moment que larmée eût obéi; ou même après la défection de l'armée, on n'a qu'à supposer que le roi eût résisté aux insolentes prétentions de Paris ; on n'a, dis-je, qu'à poursuivre cette supposition par la pensée, si toutefois on peut soutenir l'image des horribles conséquences qu'elle présente. Heureusement le roi a déconcerté ses ennemis en ne leur opposant aucune résistance ; et sans doute que si Charles l^^ en eût fait autant, Cromvsel était perdu.

Il faut donc que l'Assemblée nationale choisisse et avoue qu'il j eut en tout ceci imprudence ou trahison : imprudence, si on avait armé Paris sans être sûr de Tarmée; trahison, si on avait gagné l'armée avant de soulever Paris. Maintenant que l'Assemblée peut compter le roi pour rien, elle doit compter Paris pour tout : le temps nous apprendra si elle a gagné au change. Quoi qu'il en soit, un peuple immense a déserté ses ateliers, les tribunaux sont fermés, les régiments n'ont plus de chefs, et la France, sous les armes, attend une constitution, ce paisible ouvrage des lois, comme si elle était menacée d'une descente sur ses côtes, ou d'une invasion de barbares. Il est donc vrai que l'Assemblée nationale cria au secours sans en pouvoir ni garantir ni prévenir les suites.

Les torts de la capitale, ou plutôt ses crimes, sont trop connus : elle a déjà fourni des sujets de tragédie à la pos-

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térité, et des arç;-uinents terribles aux ennemis de la liberté. (Les âmes douces et sensibles ne veulent plus d'un bien qu'il ifaut acheter par tant de crimes et par une anarchie dont on [ne peut prévoir la fin. C'est, dira-t-on, la faute du despotisme, qui ne laisse de porte ouverte à la liberté que l'inisurrcction : j'en conviens; mais fallait-il, ville barbare! j quand les troupes se furent retirées, quand l'Assemblée nationale vint t'apprendre combien elle était satisfaite de la dernière séance royale; fallait-il exisj-er que ton prince, que le descendant de tes soixante rois vînt s'abaisser dans tes murs? Savais-tu si, du milieu de celte forêt de lances et de baïonnettes, quelque monstre ou quelque insensé, tel

qu'il s'en est trouvé cnez toi dans les temps plus tranquilles

De te couvrirait pas d'un deuil et d'un opprobre éternels (i)?

Mais Paris voulut faire le brave ; il voulut montrer son sein

lérissé de fer à son roi privé de tout appareil de puissance et de tout signe de majesté.

Ce crime contj"c la royauté a été suivi d'attentats sans ttoraibre contre l'humanité. En vain le roi, pour prix de taut de condescendance, a-t-il demandé à rhôtcl de ville [jue tous ceux que le cri public désignait pour victimes fussent remis aux tribunaux; en vain a-t-il imploré pour ses mjets, non une grâce, mais la simple justice ; en vain a-t-on illuminé la ville, et rouvert les spectacles : c'est dans le ODioment de cette fausse paix que le peuple de Paris, roi, juge et bourreau, après quelques meurtres obscurs que lous passons sous silence, a traîné MM. Foulon et Berthier ians la place de Grève, et leur a fait éprouver des supplir-es, et subir une mort dont on netrouve d'exemple que chez es peuples les plus féroces de la terre, ou dans les temps es plus désastreux de Thistoire. M. Foulon, vieilli dans les ifiFaires, et connu par ses talents, était beau-père de M. Berhier, intendant de Paris. Il fut livré par les paysans de sa jdTTC à la populace parisienne. On l'accusait, sans preuves l'avoir dit, une fois dans sa vie, que le peuple était fait iour manger da foin. Cette phrase proverbiale ne l'eût MIS conduit à la mort, s'il n'eût pas été nommé un des

I (i) Cette crainte n'est point hasardée. Un coup de fusil parti d'une aiain inconnue blessa mortellenaent une femme, tout près du carrosse lu roi. R..

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ministres éphémères qui succédaient à M. Necker.Ce fut là, son véritable crime. On a observé que ce môme peuple, qui j s'attendrit tous les jours sur la passion de J.-C, atlecta de! la faire endurer à cet infortuné ministre (i), comme si la| dérision et 1 impiété ajoutaient à la veng-eance. On l'avait! couronné d'épines; lorsque, excédé de tourments et de fati-j g-ues il demanda à boire, on lui offrit du vinaigre. Sa tête,! promenée dans les rues de Paris, fut portée le même jour à j son g-endre, qui s'avançait vers la capitale, au milieu d'une i foule de pavsans et de bourg-eois armés. Forcé de baiser cette tête sang-lante, M. Berthier fut bientôt massacré sous les fenêtres de ce même hôtel- de-ville qui demandait en vain sa grâce aux tig-res dont il n'était plus maître. Le soldat qui arracha le cœur de M. Berthier, pour l'offrir toutj saignant à MM. Bailly et la Fayette, prou va à ces nouveaux, sages, que le peuple ne goûte de la liberté, comme des liqueurs violentes, que pour s'enivrer et devenir furieux.. Malheur à ceux qui remuent le fond d'une nation ! Il n'esli point de siècle de lumière pour la populace; elle n'est n:^ française, ni anglaise, ni espagnole. La populace est toujours et en tout pays la même : toujours cannibale, toujourî anthropophage ; et quand elle se venge de ses magistrats elle punit des crimes qui ne sont pas toujours avérés par de; crimes certains. Souvenez-vous, députés des Français, qu» lorsqu'on soulève un peuple, on lui donne toujours plu. d'énergie qu'il n'en faut pour arriver au but c[u'on se pro pose, et que cet excédent de force l'emporte bientôt au delî de toutes les bornes. Vous allez, en ce moment, donner de lois fixes et une constitution à une grande nation, et vou voulez que cette constitution soit précédée d'une déclaratior pure et simple des droits de l'homme. Législateurs, fonda teursd'un nouvel ordre de choses, vous voulez faire marche devant vous cette métaphysique que les anciens législateur ont toujours eu la sagesse de cacher dans les fondements d leurs édifices. Ah ! ne soyez pas plus savants que la nature | Si vous voulez qu'un grand peuple jouisse de l'ombrage eî se nourrisse des fruits de l'arbre que vous plantez, ne lais sez pas ses racines à découvert. Craignez que des hommes^ auxquels vous n'avez parlé que de leurs droits, et jamais d

(i) M. Foulon.

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leurs devoirs, que des hommes qui n'ont plus à redouter l'autorité royale, qui n'entendent rien aux opérations d'une Assemblée législative, et qui en ont conçu des espérances exagérées, ne veuillent passer de l'égalité civile que donnent les lois, à l'égalité absolue des propriétés; de la haine des rangs à celle des pouvoirs, et que de leurs mains, rougies du sang des nobles, ils ne veuillent aussi massacrer leurs magistrats. Il faut aux peuples des vérités usuelles, et non des abstractions; et lorsqu'ils sortent d'un long esclavage, on doit leur présenter la liberté avec précaution et peu à peu comme on ménage la nourriture à ces équipages affamés qu'on rencontre souvent en pleine mer, dans les voyages de longs cours. N'oubliez pas enfin, députés de la France, que si les rois se perdent pour vouloir trop régner, les assemblées législatives ne se perdent pas moins pour vouloir trop innover.

D'ailleurs, pourquoi révéler au monde des vérités purement spéculatives? Ceux qui n'en abuseront pas sont ceux qui les connaissent comme vous, et ceux qui n'ont pas su les tirer de leur propre sein ne les comprendront jamais, et en abuseront toujours. Loin de dire aux peuples que la nature a fait tous les hommes és;'aux, dites-leur au contraire ?[u'clle les a fait très inégaux ; que l'un naît fort et l'autre aible; que l'un est sain et l'autre infirme ; que tous ne sont pas également adroits et vigilants, et que le chef-d'œuvre d'une société bien ordonnée est de rendre égaux, par les lois, ceux que la nature a fait si inégaux par les moyens (i). Mais ne leur laissez pas croire pour cela que les conditions soient égales ; vous savez, vous voyez même quels malheurs résultent de cette fausse idée, lorsqu'une fois le peuple s'en est préoccupé. Au premier bruit qu'on a semé de l'abolition des droits féodaux, les paysans n'ont voulu ni attendre, ni entendre que l'Assemblée nationale distinguât entre les droits réels et les droits personnels ; ils ont marché par troupes vers les abbayes, vers les châteaux, vers tous les lieux où reposent les archives de la noblesse, et les titres des anciennes possessions; le feu, le sang,la ruine et la mort

(i) Ce pauvre M, de La Fayette, dans une ébauche de constitution lue à l'Assemblée nationale, a dit au contraire que la nature faisaitles hommes égaux, et que la société les rendait inégaux. R.

ont marqué partout les traces de ces tigres démuselés ; et vous êtes déjà forcés d'implorer contre ces furieux le secours de ces mêmes troupes rég^lées, dont vous avez trop loué la désobéissance pour que vous puissiez espérer jamais de vous en faire obéir.

Quand une vaste monarchie prend une certaine pente, il faudrait d'abord s'arrêter sur les dépenses de toutes sortes, parce qu'en tout il vaut mieux dépendre de soi que des autres, et qu'un roi économe est toujours le maître de ses sujets et l'arbitre de ses voisins ; un roi débiteur n'est qu'un esclave, qui n'a ni puissance au dedans, ni influence au dehors. Ensuite, lorsqu'on veut empêcher les horreurs d'une révolution, il faut la vouloir et la faire soi-même : elle était trop nécessaire en France pour ne pas être inévitable. Combien peut-être de g-ouvernements en Europe y seront pris, pour n'y avoir pas plus songé que le cabinet de Versailles !

On ne cesse de parler, en France et dans le reste de l'Europe, des causes de cette révolution. On peut les diviser en causes éloignées et en causes prochaines, les unes et les autres sont trop nombreuses pour les rappeler toutes. La populace de Paris et celle même de toutes les villes du royaume ont encore bien des crimes à faire avant d'égaler les sottises de la cour. Tout le règne actuel peut se réduire à quinze ans de faiblesse et à un jour de force mal employée.

D'abord on doit sans être pourtant tenu à la reconnaissance), on doit en partie la révolution à M. de la Vauguyon et à M. de Maurepas, Tun gouverneur et l'autre ministre de Louis XVI ; le premier forma Thomme, et le second le roi.

On doit presque tout à la liberté de la presse. Les philosophes ont appris au peuple à se moquer des prêtres, et les prêtres ne sont plus en état de faire respecter les rois; source évidente de l'affaiblissement des pouvoirs. L'imprimerie est l'artillerie delà pensée. Il n'est pas permis de parler en public, mais il est permis de tout écrire, et si on ne peut avoir une armée d'auditeurs, on peut avoir une armée de lecteurs.

On doit beaucoup aussi à ceux qui ont éteint la maison du roi : ils ont privé le trône d'un appui et d'un éclat nécessaires ; les hommes ne sont pas de purs esprits, et les yeux

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mit leurs besoins : par là ils ont aliéné les cœurs d'une foule cif g-enlilshommes qui, de serviteurs heureux et soumis à Versailles, sont devenus des raisonneurs désœuvrés et mécontents dans les provinces.

On doit encore plus au conseil de la eruerrc. Tous ses membres, et en général tous ceux que l'armée appelle des faiseurs, étaient sans le savoir les véritables instigateurs de la révolution. Les coups de plats-dc-sabrc et toute la discipline du nord ont désespéré les soldats français. Ceux qui ont substitué le bâton à rhonncur mériteraient qu'on les traitât d après cette préférence, si la révolution n'entraînait que des malheurs.

Il ne faut pas oublier non plus ce qu'on doit à M. l'Archeveque de Sens (i), qui aima mieux faire une guerre intérieure et dangereuse aux parlements qu'une guerre extérieure et honorable contre la Prusse. La Hollande qu'on aurait sauvée aurait donné des secours en argent; et cette guerre aurait sauvé le roi lui-même, en lui attachant l'armée, et en le rendant respectable au dedans et au dehors (2).

Enfin on doit tout au dépit des parlements qui ont mieux aimé périr avec la rovauté que de ne pas se ven^-er d'elle.

Depuis longtemps le cabinet de Versailles était, pour les lumières, fort au-dessous du moindre club du Palais-Royal. La postérité aura peine à croire tout ce qu'a fait le gouvernement, et tout ce qu'il n'a pas fait. Il y a eu comme un ooncert de bêtises dans le conseil. A la veille de leurs mauvaises dispositions, les ministres firent renvoyer M. Neckcr, et ce fut encore là un nouvel effet de l'heureuse étoile de cet administrateur, qui aurait été enveloppé dans la haine publique, c'est-à-dire, proscrit par l'Assemblée nationale et condamné au Palais-Royal ainsi qu'à rhôtcl-de-ville, s'il fût resté deux jours de plus à Versailles.

On convient unanimement que si le roi était monté à cheval et qu'il se fût montré à l'armée, elle eût été fidèle, et Paris tranquille ; mais on n'avait songé à rien. Cette

i i) Lomcnie de Brienne.

2) Observez que la France, au moment de la révolution, araitalteint son plus bas périg-^e en Europe. Elle avait abandonné successivement tous ses alliés, laSuède, la Prusse, la Turquie, la Hollande, la Poloo^ne et les princes de l'Empire : c'est aujourd'hui son traité de commerce avec l'Angleterre qui achève de la ruiner. W.

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armée, en arrivant, manquait de tout ; elle fut nourrie et pourvue par ceux qu'elle venait réprimer. Le moyen que ses pédasrog'ues pussent la dirig-er contre ses nouveaux bienfaiteurs! Elle a suivi l'exemple des Gardes Françaises, qui au fond n'ont jamais été dans Paris que des bourg-eois armés. D'ailleurs, apfès avoir fait la faute d'assembler les étatsgénéraux aux portes de Paris, c'était commettre une imprudence que d'y rassembler les troupes. Les bourgeois de cette

grande ville et une foule d'émissaires se répandirent dans le

pleines mains : cle s jours après leur arrivée, il était à peu près certain que les

camp, et semèrent Tor à pleines mains : cle sorte que, huit

troupes n'obéiraient pas. Le roi, en cong-édiant l'armée, ne consulta sans doute que ia clémence, mais il aurait dû la cong-édier encore en ne consultant que la prudence. On dira peut-être que le roi aurait dû suivre l'armée; ceci suppose un autre système, un autre ordre de choses et un tout autre roi.

Comme rien n'avait été prévu, rien ne se trouva g-ardé. La Bastille emportée, trente mille fusils et cent pièces de canon entre les mains du peuple, une milice de soixante mille bouro-eois, un sénat permanent à l'hôtcl-de-ville et dans les soixante districts, l'Assemblée nationale se mettant sous leur sauve-garde, et le roi, forcé devenir à Paris approuver leurs fureurs et lég-itimer leur rébellion ; tels ont été les derniers symptômes et les signes les plus éclatants de la révolution : caria défection de l'armée n'est point une des causes de la révolution ; elle est la révolution même.

L'extrême population dans un État est aussi une des causes de la chute des pouvoirs et des révolutions . Tout prospère chez un peuple au gré de ceux qui le gouvernent, lorsqu'il y a plus de travaux à faire que d'hommes à employer : mais quand les bras l'emportent par le nombre sur les travaux à faire, il reste alors beaucoup d'hommes inutiles, c'est-à-dire, dangereux. Alors il faut recourir aux émigrations, et fonder des colonies, ou donner à ces peuples une forte constitution pour les contenir : mais malheureusement si, au lieu de leur donner cette constitution, le prince les assemble pour qu'ils se la donnent eux-mêmes, alors c'est cette partie oisive et remuante qui domine, et tout est perdu.

Nous n'avons parlé, dans l'énumération de ces causes, ni de ce qu'on reproche à la reine, ni des déprédations de quel-

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qucs favoris : ce sont là des sujets de mccontcntomcnt, et non (U's causes de révolution. Seulement peut-on dire que des faveurs, entassées sans ménag-ement sur quelques individus, ont décourag-é et aliéné une grande partie de la noblesse et • lu clerg-é, et que ce sont ces mômes nobles et ces prélats réunis aux parlements, qui ont été les instig^ateurs et les jnemières victimes de la révolution. Cela devait être, puis- (ju'en dernier résultat tout mouvement national n'est qu'un choc de Végalité naturelle (i) contre les privilèg-es, et, s'il iaut le dire, du pauvre contre le riche. Du moment en effet ([ue les privilèg-es sont si coupables, il est difficile que les !4 landes propriétés ne soient pas un peu odieuses; et, voilà [Kturquoi, d'un bout du royaume à l'autre, ceux qui n'ont 1 ien se sont armés contre ceux qui possèdent, et que le sort de l'état dépend aujourd'hui du succès qu'auront les milices bourg-eoises contre les brig-ands.^

* if-

L'Assemblée nationale n'avait pas été députée pour faire une révolution, mais pour nous donner une constitution. Nos députés n'ont encore fait que détruire. Ils cèdent aujourd'hui à la tentation de placer une déclaration des droits de l'homme à la tête de la constitution ; puissent-ils ne pas s'en repentir! Les princes, à qui on parle toujours de leurs droits et de leur privilèg-es, et jamais de leurs devoirs, sont en général une jnauvaise espèce d'hommes. L'Assemblée nationale auraitelle le projet de faire de nous autant de princes? Les passions ne crient-elles pas assez haut dans le cœur humain, et une assemblée législative doit-elle favoriser l'envie, qui ne

ut pas qu'un homme puisse jamais valoir ou posséder plus

ve

il) Nous entendons, par ce mot, une éçalité de droit, et non une fc2:alité de fait, puisqu'il est vrai que les hommes naissent avec des moyens inégaux, et passent leur vie dans des conditions très inégales, de quel- .;ue liberté que jouisse le pays où ils se trouvent. Un cordonnier de l'ancienne Home n'était pas l'ésal de ScipioQ, quoiqu il eût naturellement autant de droit que lui aux emplois de la République ; ils étaient tous deux cgaux par le droit, et inégaux par les moyens. F^eut-ètre faudrait-il, au "lieu à'égaiilé nalurelle, égaillé civile, puisque tous les citoyens sont protèges par des lois égales. Il n'y a, il n'y aura jamais d'autre égalité parmi les hommes. l\.

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qu'un autre? Depuis quand la loi, qui a toujours lié les hommes, ne song-c-t-elle qu'à les délier et qu'à les armer?

Tous les législateurs ont ajouté aux liens les chaînes de la religion ; ils n'ont jamais cru prendre trop de précautions pour établir parmi le peuple la subordination, cet ang-e tutélaire du monde. Mais les philosophes actuels composent d'abord leur république, comme Platon, sur une théorie rigoureuse ; ils ont un modèle idéal dans la tête, qu'ils veulent toujours mettre à la place du monde qui existe; ils prouvent que les prêtres et les rois sont les plus grands lléaux de la terre, et quand ils sont les maîtres, ils font d'abord révolter les peuples contre la religion et ensuite contre l'autorité. C'est la marche qu'ils ont suivie en France ; ils ont vengé les rois des entreprises des papes, et les peuples des entreprises des rois : mais bientôt ils verront, avec douleur, qu'il faudrait qu'il existât un monde de philosophes pour briser ainsi toute espèce de joug : ils verront qu'en déliant les hommes on les déchaîne, qu'on ne peut leur donner nne arme défensive qu'elle ne devienne bientôt oftcnsive, et ils pleureront sur le malheur de l'espèce humaine, qui ne permet pas à ceux qui la gouvernent de songer à la perfection. Alors, de philosophes qu'ils étaient, ils deviendront politiques. Ils verront qu'en législation comme en morale le bien est toujours le mieux : que les hommes s'attroupent parce qu'ils ont des besoins, et qu'ils se déchirent parce qu'ils ont des passions; qu'il ne faut les traiter ni comme des moutons, ni comme des lions, mais comme s'ils étaient l'un et l'autre ; qu'il faut que leur faiblesse les rassemble, et que leur force les protège. Le despote qui ne voit que de vils moutons, et le philosophe qui ne voit que de fiers lions, sont également insensés et coupables.

Il faut pourtant observer que les livres des philosophes n'ont point fait de mal par eux-mêmes, puisque le peuple ne les lit point et ne les entendrait pas ; mais il n'est pas moins vrai qu'ils ont nui par tous les livres qu'ils ont fait faire, et que le peuple a fort bien saisis. Autrefois, un livre, qui ne passait pas l'antichambre, n'était pas fort dangereux; et aujourd'hui il n'y a que ceux en etlet qui ne quittent pas les antichambres qui sont vraiment redoutables. En quoi il faut louer les philosophes qui écrivaient avec élévation pour corriger les gouvernements, et non pour les renverser; pour

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"soulag-er les peuples, et non pour les soulever; mais les gouvernements ont méprisé la voix des g-rancls écrivains, et ont donné le temps aux petits esprits de commenter les ouvrag-es du çénie, et de les mettre à la portée de la populace.

Il est dur sans doute de n'avoir que des fautes ou des crimes à raconter, et de transmettre à la postérité ce qu'on ne voudrait que reprocher à ses contemporains; mais, comme dit un ancien, quand on ne peut faire peur aux hommes, il faut leur faire honte. Jamais en effet g-ouvernemcnt n'a été plus humilié que le nôtre; jamais il n'y eut d'assemblée lég-islativeplus insensée.jamais de capitale plus coupable. Puisse la nation profiter ég-aloment des fautes de la cour, et des crimes de Paris, et de l'incroyable conduite de ses députés 1 Puissent-ils s'appercevoir eux-mêmes qu'à mesure qu'ils démolissent avec tant de zèle, le peuple ne cesse de briser avec fureur les matériaux qu'ils tirent du vieil édifice et qui devaient servir à la construction du nouveau !

Qu'ils ne nous accusent pas d'avoir exag-éré leurs fautes ou exténué leurs bonnes intentions ; nous avons au contraire jeté plus d'un voile sur les maux particuliers, pour ne voir t ne montrer que le malheur public. Le roi, dans ses prolarnations pour le maintien de Tordre, avoue en gémissant, ^ue ce qui se passe est la honte et le scandale de la France. M. Necker lui-même dit dans ses discours que le gouvernement ne peut plus rien : avons-nous avancé des :hoses plus fortes? avons-nous détaillé tous les crimes, lémasqué toutes les ruses, dénoncé toutes les prétentions? i3'autres que nous auraient parlé de l'affaire de Brest et de a répugnance qu'a montrée l'Assemblée nationale pour lévoiler ce complot ; pourquoi un régiment révolté contre es chefs, à Strasbourg, après avoir commis de grands xcès, a réclamé utilement la protection de l'Assemblée lationale; pourquoi nos députés comptent leurs mandats, antôt pour beaucoup, tantôt pour rien. Mais ces questions t d'autres encore sont inutiles. L'Assemblée enfin ne dissinule plus : elle ne tend qu'à obscurcir le trône, et peut-être nême à l'anéantir : mais la nature des choses est plus forte jue la volonté des hommes ; cette nuit et ces projets se disiperont; l'orage n'aura dispersé que les fanatiques dupeu- Je et les esclaves de la cour, et le trône brillera un jour sous

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un ciel plus pur, appuyé sur la liberté publique, et revêtu d'une splendeur tranquille.

Sil existait, sur la terre, une espèce supérieure à Thomme, elle admirerait quelquefois notre instinct ; mais elle se moquerait souvent de notre raison. C'est surtout dans les grands événements que nos eflbrts suivis de tant de faiblesse, et nos projets accompag-nés de tant d'imprévovance exciteraient sa pitié. Il a fallu que la vanité de l'homme confessât qu'il existe une sorte de fatalité, un je ne sais quoi qui se plaît à donner des démentis à la prudence et qui trouble à son g"ré les conseils de la sagesse. C'est à la brièveté de notre vue qu'il faut s'en prendre. Si nous appercevions les causes avant d'être avertis par les effets, nous prédirions les événements avec quelque certitude; mais toujours forcé de remonter des effets aux causes, l'homme passe sa vie à raisonner sur le passé, à se plaindre du présent, et à trembler pour l'avenir.

Oui aurait dit au vieux Maurepas, lorsqu'il rétablit les

Parlements, en 1774? qu'il les perdait à jamais, et avec eux autorité royale 1 Et pour en venir à des exemples plus récents, qui aurait dit. l'année dernière, à la noblesse et au clerg"é, lorsqu'ils demandaient à grands cris les états g-énéraux, qu'ils y trouveraient une fin si prompte? Ils ne songeaient pourtant qu'à se venger de M. l'archevêque de Sens, et à rattraper quelques bribes de pensions que ce cardinal avait supprimées. M. Necker est peut-être le seul qui, après avoir accordé la double représentation au tiers-état, ait senti tout à coup qu'il renversait l'ancienne monarchie ; mais l'effet était si près de la cause que ce ministre est impardoimable de ne l'avoir pas senti plus tôt. Son repentir et ses efforts ont été inutiles : en vain a-t-il indiqué la délibération par ordre, comme un remède efficace pour le mal qu'il avait fait; limpulsion était donnée, et le tiers-état a crié, par mille bouches à la fois, qu'il délibérerait /)ar têle.

^Maintenant, s'il est un problème intéressant au monde, c'est celui que nous offre la situation actuelle de la France. Que deviendra le roi ? que deviendront les fortunes ? Chacun se le demande, et dans la consternation universelle, l'intérêt, la peur ouïe fanatisme répondent tour à tour. Nous essayerons bientôtsi, à travers tous leurs cris, la raison pourra faire entendre sa voix ; et sans trop nous livrer à l'art des conjectures, nous verrons jusqu'à quel point il est

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i permis à nos faibles reg-ards de se porter dans l'avenir. '] Mais avant d'examiner les travaux de l'Assemblée natio- ' nale, et de prononcer sur notre état futur d'après l'état où jnous sommes, il faut d'abord convenir que les sottises de la cour et les g-riefsde la nation étaient montés à leur comble; nous ne saurions trop le répéter. Tous les rois du monde ont reçu une g-rande leçon dans la personne du roi de France. Les gouvernements apprendront désormais à ne pas se lais- ! scr devancer par les peuples qu'ils dirigent. Dans le nord |dc l'Europe, l'Ang-leterre exceptée, les princes sont instruits, |et les peuples ignorants; au midi,les princes sont ignorants, let les peuples éclairés : cela vient de ce que les rois du nord s'occupent à lire nos bons ouvrages, et que les rois du midi ne songent qu'à les proscrire. La France surtout offrait depuis long-temps le spectacle du trône éclipsé au milieu des lumières. Ce spectacle est dégoûtant et ne saurait être long-. Il faut des rois administrateurs aux Etats industrieux, riches et puissants : un roi chasseur ne convient qu'à des peuples nomades.

Quand M. de Galonné assembla les notables, il découvrit mx yeux du peuple ce qu'il ne faut jamais lui révéler, le défaut de lumières plus encore que le défaut d'arg-ent. La nation ne put trouver, dans cette Assemblée, un seul homme l'Etat; et le gouvernement perdit à jamais notre confiance. "est ce cjui arrivera chez tous les peuples que les ministres consulteront. En effet, que diraient des voyageurs qui auraient pris des guides, si, au milieu des bois, ces mêmes guides s'arrêtaient tout à coup pour les consulter sur la *oute qu'il faut prendre? Les voyag-eurs seraient encore bien îoux s'ils ne faisaient que mépriser leurs guides. Or, quand es peuples cessent d'estimer, ils cessent d'obéir. Règle géné- 'ale : les nations que les rois assemblent et consultent comnencent par des vœux, et finissent par des volontés. Tel peuîle c{ui se fût estimé heureux d'être écouté dans ses plaintes înit par ne vouloir pas même entendre la voix de ses maîttres . Au reste, la nation française a pris un moyen infaillible le se procurer de grands princes, en leur donnant des entraxes et même des inquiétudes. Quand les rois étaient absolus, orsqu'il était si nécessaire qu'ils eussent des talents, on les bandonnait à des g-ouverneurs et à des ministres imbéiles, et ils s'endormaient sur le trône : maintenant que, par

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la constitution, si elle dure, ils seront restreints dans leurs pouvoirs, et qu'il serait presque indifférent qu'ils eussent le mérite personnel, ils seront toujours éveillés par le besoin et le malheur, ces grands précepteurs des rois; ils seront toujours bien entourés ; ils seront guerriers, financiers, politiques ; ils seront eux-mêmes leurs propres ministres.

Voilà en peu de mots la grande faute du gouvernement. Voyons à présent les griefs de la nation.

Ils sont nombreux sans doute ; et pourtant qui le croirait ? ce ne sont ni les impôts, ni les lettres de cachet, ni tous les autres abus de l'autorité; ce ne sont point les vexations des intendants, et les longueurs ruineuses de la justice, qui ont le plus irrité la nation; c'est le préjugé de la noblesse, pour lequel elle a manifesté plus de haine: ce qui prouve évidemment que ce sont les bourgeois, les gens de lettres, les gens de finances, et enfin tous ceux qui jalousaient la noblesse, qui ont soulevé contre elle le petit peuple dans les villes, et les paysans dans les campagnes. C'est une terrible chose que la qualité, disait Pascal; elle donne à un enfant, qui vient de naître, une considération que n obtiendraient pas cinquante ans de travaux et de vertus. Il est singulier en effet que la patrie s'accorde à dire à un enfant qui a des parchemins : « Tu seras un jour prélat, maréchal de France, ou « ambassadeur, à ton choix », et qu'elle n'ait rien à dire à ses autres enfa^nts. Les gens d'esprit et les gens riches trouvaient donc la noblesse insupportable, et la plupart la trouvaient si insupportable qu'ils finissaient par l'acheter. Mais alors commençait pour eux un nouveau genre de supplice; ils étaient des ennoblis, des gens nobles, mais ils n'étaient pas gentilshommes ; car les rois de France, en vendant la noblesse, n'ont pas songé à vendre aussi le temps qui manque toujours aux parvenus. Quand l'empereur de la Chine fait un noble, il le fait aussi gentilhomme, parce qu'il ennoblit le père, l'aïeul, le bisaïeul, le trisaïeul, au fond de leurs ' tombeaux, et qu'il ne s'arrête qu'au degré qu'il veut. Cet i emipereur vous donne ou vous vend à la fois le passé, le pré- . sent et l'avenir; au lieu que les rois de notre Europe ne nous vendent que le présent et le futur ; en quoi ils se montrent moins conséquents et moins magnifiques que le monarque chinois. Les rois de France guérissent leurs sujets de la

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roture, à peu près comme des écrouclles, à condition qu'il en restera des traces.

Je le demande maintenant aux différents peuples de l'Europe, et aux Français particulièrement : à qui la faute, si la folie de la noblesse est devenue épidémique parmi nous? Faut-il s'en prendre à un g-entilhomme de ce que tout le monde lui dit qu'il est £>'entilhomme ; de ce que tout le monde lui sait çré de porter le nom de son père ; de ce que 1 tout le monde lui crie de bien conserver ses vieux papiers et I de vivre sans rien faire; de ce qu'enfin tout le monde le tient I pour dég-radé si la pauvreté le force à travailler et à se rendre utile à la société? Il est bien clair que si les nobles avaient été seuls à croire ces sottises-là, ils auraient bientôt quitté

I la partie; que si on avait ri, pour la première fois, au nez de ■j gens qui se disaient nobles, ils ne l'auraient pas dit long*- |l temps. Mais les roturiers étaient encore plus frappés qu'eux ' de cette maladie : la noblesse est aux yeux du peuple une

II espèce de religion dont les gentilshommes sont les prêtres ; i|et parmi les bourgeois il y a bien plus dimpies que d'inrl crédules. Nos académies, moins conséquentes que les chapitres nobles où l'esprit et le talent n'ont jamais fait entrer

I personne, ont voulu se décorer de gentilshommes, et ont ouvert leurs portes à la naissance. Nos philosophes môme ont passé leur vie à classer dans leur tête les différentes

fénéalogies de l'Europe, et à se dire entre eux : Un tel est on, un tel ne Vest pas ; ce sot et ce fripon sont des r/ens comme il faut ; un tel est du bois dont on fait les Lvêcfues et les maréchaux de France ; et ils ont ainsi l'édité un tas de phrases proverbiales qui, passant de iiche en bouche, ont vicié les meilleurs jugements, et formé ce qu'on appelle le préjugé de la noblesse.

Je vous le demande donc, nation française, à qui la faute si ce préjugé a renversé toutes les têtes? N'est-ce pas à vous à vous en accuser vous-même ? INIais, si vous vous en accusez, si vous en rougissez, pourquoi massacrez-vous un homme par la raison qu'il est gentilhomme ? Pourquoi brû- |lez-vous ses archives et ses châteaux? Peut-être voulez-vous, iaprès avoir expié votre sottise par la honte, laver votre lionte dans le sang et devenir atroce pour faire oublier que vous avez été ridicule. Mais je vous le prédis, vous n'aurez fait que des crimes inutiles ; vous n'éteindrez pas des

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souvenirs. César disait à l'assemblée la plus démocratique qui ait existé sur terre : (( Je descends d'Ancus Martius « par les hommes, et de Vénus par les femmes ; si bien (( qu'on trouve, dans ma maison, la majesté des dieux et la <( sainteté des rois. » Il le disait, et on ne l'en aimait pas moins ; car les Romains étaient plus jaloux des emplois de la république que des g-énéalogies des particuliers : et sans doute, bourg-eois parisiens, que vous aurez un jour une jalousie aussi raisonnable, quand vous verrez vos enfants parvenir, comme les nobles, aux charg-es publiques. Mais, je vous le répète, les nohles partageront toujours avec vous les profits des places, sans que vous puissiez partager avec eux la vanité des titres ; sans qu'il vous soit jamais possible d'oublier ni ce qu'ils furent, ni ce que vous êtes ; et même, dans votre constitution future, ceux de vous qui auront passé par les grandes charges deviendront aussi des nobles, et ceux qui n'y parviendront que les derniers seront toujours traités à' hommes nouveaux. Ce mal est incurable dans notre Europe, et il serait encore plus aisé à nos philosophes de vous en consoler que de vous en guérir.

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