I. SUR ROBESPIERRE
Les aristocrates ont répété avec une joie indécente que, e jeudi 19 novembre, M. de Robespierre, dans le chaleur le la discussion sur la démarche du bureau renforcé du Gambrésis, avait dit que ce bureau était un corps arislo- "rassiqne que l'esprit arisiocrassique dirig-eait uniquem<'nt, et qu'il fallait s'empresser de le détruire; le mot arisiocrassique fit sourire les auditeurs : cependant, l'éruilition, le g^oût et les talents de M. de Robespierre, qui l'ont conduità la tribune nationale, sont connus de toute la France. Si le despotisme d'un pédant de collège ne tolère pas un solécisme à un pauvre boursier, la liberté de TAsisemblée doit souffrir parfois une expression qui s'éloigne si peu de la pureté du lang-age. M. de Robespierre est cité dans tout l'Artois comme un auteur classique. Il lui est même échappé des ouvrag-es de pur agrément que tous les srens de goût ont recueillis, et nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur faisant connaître un madrigal de M. de Robespierre, qui a fait le désespoir de la vieillesse de M. de Voltaire :
Crois-moi, jeune et belle Ophélie, Quoi qu'en dise le monde, et malgré ton miroir. Contente d'être belle et de n'en rien savoir,
Garde toujours ta modestie.
Sur le pouvoir de tes appas Demeure toujours alarmée, Tu n'en seras que mieux aimée, Si tu crains de ne Tctre pas.
M. de Robespierre ne se borne pas à la littérature légère; il dirig-e le journal intitulé /T'^/o/2 ou le Journal de la Liberté ; cette feuille a été d'abord composée en français et en ang-lais ; mais le prodig-ieux débit que les premiers numéros ont eus en Ansrleterre ayant effrayé les p;*azetiers ansrlais, ils ont prié M. de Robespierre d'accepter dix mille livres sterling pour rendre son journal absolument français. Nous invitons nos lecteurs à lire avec attention la séance du soir de samedi 21 ; ce morceau est entièrement dans la manière de Tacite, et quand on le rapproche du madrigal que nous venons de faire connaître à nos lecteurs on se rappelle involontairement que l'auteur de l'Esprit des Lois a fait aussi le Temple de Gnide. Les écrivains qui savent allier la force à la grâce, l'imagination à la philosophie, la profondeur des idées à l'élégance du style, de tels écrivains, disons-nous, sont très rares. Nous avons été tentés un moment de comparer M. de Robespierre à Montesquieu ; mais nous nous sommes ressouvenus que l'aristocratie de ce dernier mêlait un sombre nuage aux rayons de sa gloire. M. de Robespierre joint à ses autres talents une connaissance approfondie de la géographie; il n'est pas moins familier avec la physique expérimentale"; sa réputation politique en Artois a commencé par un mémoire foudroyant sur les paratonnerres... Si M. le comte de Mirabeau est le flambeau de la Provence, M. de Robespierre est la chandelle d'Arras.