V. NOTES ET PETITS ARTICLES
Le bruit sYtant répandu que M. de Barentin, ancien rarde des sceaux, était caclié dans le couvent des Annoniades, dég^uisc en novice. M. le ohevalier de Lainelh,niemire du Comité des recherches de l'Assemblée nationale, s'est lansporté aux Annonciades, accompag-né de i5o hommes 1(' la ^ardc nationale parisienne. Ce détachement s'est em- «aré de toutes les issues; on a fait une visite exacte du cou- .'Ht, dans lequel M. de Barenlin ne s'est point trouvé.
On no saurait donner trop d'élog-cs aux dispositions de \[. de Lameth dans cette expédition : toutes les précautions liaient été prises pour en assurer le succès; la visite du Hivent s'est faite avec la décence que le lieu exig-eait, et \l. de Lameth s'est retiré en ordre sans avoir perdu un seul lomme.
Des hommes connus en France sous le nom de persifleurs iiU essayé de répandre du ridicule sur la demarchedeM.de Lameth. Nous croyons rendre un service important àlapalie, en lui dénonçant le persiflag-c comme une aristocratie, ?t (le l'espèce la plus dan^q-ereuse, car on peut définir le per- ^idag-e, l'aristocratie de l'esprit.
Tous les bons citoyens n'ont vu, dans la conduite delNL de Lameth, que celle d'un patriote pur, zélé, qui veille sans relâche au salut de la cho^e publique. Cette conduite a été isoutenue depuis le commencement de l'Assemblée. MM. de J^.ameth, issus d'une famille aristocratique, comblée des faveurs de la cour et des bontés de la reine, n'ont cessé de ;c montrer les plus ardents défenseurs de la démocratie, :'est-à-direde la seule forme de gouvernement qui convienne k un g-rand empire. M'Sl. de Lameth ont sacrifié la reconnaissance particulière à l'intérêt public, et nous avançons, saiiS crainte d'être contredits par les amis de notre liberté, que la non-g-ratitude, qui est presque toujours le défaut des âmes viles, est la vertu de M>L de Lameth.
Nous ne connaissons qu'un homme dans l'Assemblée qui ait autant de droits que M^L de Lameth à l'estime et au respect de la nation, et dût notre franchise nous rendre odieux à tous ceux qu'on appelle assez incorrectement les honnêtes gens, nous cédons au sentiment qui nous presse,
^9^ RIVAI\OL
en rendant un hommage public aux vertus et aux talents de M. le comte de Mirabeau.
Nous n'avons pu voir sans indig-nation l'auteur d'un libelle atroce refuser à M. de Mirabeau les talents même de l'écrivain. Pour détruire une assertion aussi injuste, nous opposerons l'anonvme à lui-même. Il ne conteste point à M. de Mirabeau le^ projet de la loi martiale, et il voudrait nous faire croire que Vadres^e aux commettants est de M. de Roverai. Nous conviendrons avec la franchise dont nous faisons profession, qu'on trouve quelques incorrections de stvle dans le projet de loi martiale de M. de Mirabeau, maisil estconvenu aussi en littérature d'appeler ces incorrections les écarts du g-énie. Puisqu'il y a du génie dans l'adresse aux commettants, et des incorrections dans le projet de loi martiale, il en résulte évidemment que l'un et l'autre sont de M. de Mirabeau. Tous les bons citoyens seront de notre avis sur les ouvrag-es de ce grand homme, comme tous les bons log-iciens le seront sur ses vertus. Celle qui le distingue peut-être de tous les hommes à talents qui brillent dans l'Assemblée est sa modestie; c'est le soin qu'il prend de dérober au public des actions héroïques. Nous devons le faire jouir de toute sa gloire, et publier, malgré lui, ce qu'il veut qu'on io;-nore.
Ce vejidredi 3o octobre, M. le comte de Mirabeau eut en sortant de l'Assemblée une discussion assez viveavecM. Cocherel, député de Saint-Domingue, sur l'impatience et l'humeur qu'une partie de l'Assemblée avait témoignées pendant les opinions de quelques honorables membres. Après avoir échangé quelques sarcasmes assez durs avec son adversaire, le farouche Américain, se livrant à l'impétuosité de son caractère, s'emporta jusqu'à la menace, et proposa à son illustre confrère de sortir. Plusieurs prélats, entre autres M.l'évêque de Châlons-sur-Marne, suppliaient M. de Mirabeau de rester. « Eh, Messieurs! s'écria M. Cocherel, épargnezvous tant de soins et de peines, je vous réponds qu'il ne songe pas à sortir. »
Croirait-on que nous avons trouvé beaucoup de gens dans le monde qui ont osé taxer de lâcheté la modération et la prudence de M. de Mirabeau? Sa conduite nous paraît au contraire fort sage et très méthodique; elle s'explique d'elle-même. M. de Mirabeau a très bien jugé qu'un com-
POLITIOLE
I bal entre deux députés ne serait que scandaleux et devieni drait interminable, car deux personnes sacrées et inviola- I blés sont nécessairement invulnérables. Voilà le seul motif ■qui a encbaîné son courag-e.Ils n'en douteront pas^ ceux qui ont été à portée comme nous de voir cet excellent citoyen se promenant le lundi 5 octobre sur la place d'armes à Versailles, son sabre nu sous le bras, avec le maintien qui caractérise le vrai courage, et qui lui valut cet élog-e flatteur de la part du commandant du ré^-iment de Flandre : K Vous nous retracez Charles XII. »
Ce mot laconique dans la bouche d'un brave et ancien otHcier n'est point le lang-age de la flatterie; c'est l'expression pure de la vérité et du sentiment d'admiration qu'insipirent les petites actions de M. de Mirabeau, et môme son ! inaction...
(-V I.) Que faites-vous du matin au soir chez M""® Le Jaj, dit-on à M. de Mirabeau? Hélas! répondit-il, j'y suis l'homme le plus occupé du royaume; je caresse la femme, je bats le mari et je pille le comptoir.
(No ig.)
La réputation de probité de M. Targ-et lui vient d'un mot de M. de Beauharnais et n'a point démenti cette source. Le mot important est si familier à cet orateur, qu'on n'ose plus s'en servir qu'en parlant de lui. M. Targ-et est maître de décrier tel mot de la langue qu'il voudra.
(NO ig.)
LETTRE DE M. VILLKTTE
ci-devant marquis de la Villette, et un peu
plus avant M. de Ville t te
M. Riquet-à-V E nchère ^ ci-devant
comte de Mirabeau
(extrait)
Notre beau père-d'Orléans, et vous, Riquet, notre cher frère, vous voilà donc blancs comme neige, au rapport du vertueux Chabroud (i) !
(i) Les marchands de Paris appellent blanc d'Orléans toutes les couleurs obscures et noirâtres. R.
Oh ! la belle et bonne œuvre que ce rapport. C'étaient sans doute de beaux jours que les 5 et 6 octobre, mais le jour du rapport est bien autre chose. Car ce n'est pas le tout de faire des crimes, il faut encore les justifier, sans quoi une révolution n'est pas complète.
Quoique les fagots et les feux ne me plaisent guère, il faut bien s'en servir, puisque la joie publique n'a pas d'autres signes. J'ai donc allumé mon petit fagot et fait mon petit feu de joie avec nos bon amis.
Si quelque ombre pourtant pouvait se mêler à tant d'éclat, si quelque nuage pouvait ternir un peu votre triomphe et alarmer notre admiration, ce serait le serment que vous avez fait de poursuivre le Châtelet et les témoins jusqu'au tombeau. An! renoncez à un si funeste dessein, conçu dans la première ivresse du succès. Laissez, comme dit Racine, attendrir votre victoire : songez que vous ne régnez que depuis un an,etque si la clémence est malheureusement une vertu, elle est bien nécessaire au début d'un règne. D'ailleurs, puisque vous avez juré de vous venger, songez qu'en pardonnant vous serez parjure, et qu'un parjure n'est pas à négliger...
A la hauteur où vous êtes, vos ennemis mêmes conviennent que le gibet est le seul genre d'élévation cjui vous manque. Il faut avouer aussi que, pour les couvrir de boue, vous n'auriez qu'à vous jeter sur eux ; m.ais au nom de votre génie, comme vous le disait Cérutti (i), méprisez ce facile succès : on ne vous reproche que trop de faiblesses.
Vers pour être mis au bas du portrait du feu roi de \ Prusse I
Poète conquérant, sage voluptueux.
Après avoir instruit et ravagé la terre, Il se lassa des rois, des vers et de la guerre, Méprisa ses sujets et les rendit heureux.
(xV2 64.)
(t) Cérutti, avec ses phrases luisantes, s'attache à tous nos grands hononncs ; c'est le limaçon de la littérature : il laisse partout une trace argentée, mais ce n'est que de la bave.R.
PETIT DICTlOxNNAIRE DES GRANDS HOMMES DE LA RÉVOLUTION