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PÉRIODE ANCIENNE

« On connaît le sort merveilleux de l'ancienne littérature française. Admirée et enviée par toute l'Europe, elle fut vite traduite en beaucoup de langues, et les fiers héros des chansons

que celle qu'on parle, mais c'est probablement celle que l'on parlera un jour. On est sûr d'y trouver celte foule de termes scientifiques usurpés sur les arts, ces mésalliances fantasques, ces témérités libertines du néologisme, enfin ces débauches du lanerage qui nous sauvent de la satiété du bon g'oùt et de l'ennui du naturel. »

(le i^estcs et les gracieuses, héroïnes des fornans d'aventures lurent connus des îles lointaines de l'océan Atlantique boréal jus- (ju'aux pays inédilerranéens.

« Voici quchjucs témoiçnag'es (jui attestent l'universalité de la langue fran(;aisc au moyen-ûîj^e.

« En Angleterre, que les Normands avaient conquise en chantant la chanson de Uoland, le français gagna vile du terrain, surtout dans les classes élevées. On lit dans la Chronique de Robert de Gloucester (xiip s.) :

(( Ainsi l'Angleterre vint au pouvoir des Normands. — Et les Normands ne savaient parler que leur propre langue. — Et ils

riaient comme chez eux, et apprirent la même langue à leurs

l'ants. — De sorte que les grands seiG;neurs de ce pays, qui cil scendent d'eux, — maintiennent tous la langue qu'ils fiéritèrent d'eux. — Car si un hommene sait pas lefranrais, on le méprise. »

(( Le français d'Angleterre, l anglo-normand, était regardé comme assez grossier en comparaison du français du continent. Cilons, parmi d'autres témoignages, quelques vers de l'introduclioii des Canterbiiry Taies où Chaucer dit de la Priorvss:

a Et français elle parlait très bien selon l'école de Stratford, car le français de Paris lui était inconnu. »

« Le prestige du français était si grand que même des auteurs

ulais s'en servent, en abandonnant leur langue maternelle. C'est .i l'rançais que Mandeville a conté ses voyages et que Gower a r.iit plusieurs de ses poésies. Encore sous Edouard 1er (1272ioOl), le français était la langue officielle...

« En Italie, où les chansons de geste pénétrèrent de très bonne heure, Brunetto Latini, le maître de Dante, se sert du français en rédigeant sa grande encyclopédie Li Trésors (environ 1265)... lu autre Italien de ce temps-là, Martino da Canale, dit dans l'introduction de la Chronique vénitienne : « Par ce que lengue Iranceise cort parmi le monde et est la plus delitable à lire et à oïr que nule autre, me sui je entremis de translater Tanciene estoire des Veneciens de latin en franceis. » Rappelons encore que les voyages de Marco Polo et les compilations des romans de la Table roncle par Rusticien de Pise sont également en français.

« Pour l'Allemagne, nous avons les vers d'Adenet le Roi, où il nous raconte que les enfants d'outre-Rhin avaient des précepteurs français:

Avoitune coutume eus le tiois(i) pais Que tout li e:rant seignor, li conte e li marchis, Avoicnt cntour aus gcnt Françoise tous dis Pour aprcndre françois lor tilles et lor fils.

Berthe aux grands pieds (v. i48).

(î) Ancienne forme française de deatch.

« Pourtant le témoignage le plus curieux de l'universalité de la langue française se trouve dans le Komings-Skiiggsjù {Spéculum re^a/e). L'auteur de cette encyclopédie pédagogique, écrite en Norvège vers la fin du xiir- siècle, fait dire au père qui enseigne son fils: « Et si tu veux être parfait de science, apprends toutes les langues, mais avant tout le latin et le français, parce qu'ils ont la plus grande extension. »

(( Avec la conquête de Constantinople (1204), le domaine du français s'étend dans l'Extrême-Orient de l'Europe; une grande partie de la péninsule des Balkans est sous la domination de princes français, et le chroniqueur catalan Ramon Muntaner constate (environ 1325) qu'on parle dans la Morée un français aussi pur qu'à Paris: « . .. E parlanen axi bell frances com dins en Paris. »

« Le français se rencontre aussi hors des limites de l'Europe; il est parlé dès le commencement du xiie siècle dans le royaume français de Jérusalem et en Chypre. Philippe de Xovarre, italien de naissance et domicilie en Orient, compose en français tous ses omTages : Assises de JèrusalerUy Gestes des Chiprois, les Quatre âges de l'homme.

a Ajoutons que ce n'est pas seulement pour la langue et la littérature que la France donne le ton, c'est aussi pour les modes et les manières de vivre. Dans Girart de Jioussillon, un chevalier est conréé (équipé) « à la guise de France y> ; un roi anglais prend pour chapelain un clerc français, quia francicam eiegantiam TiO/'a/ (Guibert deNogent(i). »

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