PÉRIODE CLASSIQUE
« Pendant la période classique, où la civilisation française est, pour toute l'Europe, lacivilisalion, et où Paris est la capitale de l'intelligence, le prestige de la langue est aussi universellement (iabli. Grimarest, le biographe de Molière, n'exagère rien quand il dit : « La langue fran(;aise est aujourd'hui de tous les pays et (le toutes les cours étrangères » : et il ajoute sagement : « L'on ne saurait se donner trop de soins pour la perfectionner, de manière qu'elle soit toujours préférée, comme la plus propre pour sexprimer naturellement. » Toutes les belles qualités qui distinguent la langue du grand siècle étaient si généralement reconnues (ju'en 1784 une académie étrans^ère, celle de Berlin, mit au concours les trois questions suivantes : « Qu'est-ce qui a rendu la langue française universelle ? Pourquoi mérite-t-elle cette prérou^'^tive ? Est-il à présumer qu'elle la conserve ? ^) Rivarol répondit à ces trois questions par son Z>/5C0Mr5 sur l'universalité de la langue française, qm gagna le prix. Il formulait ainsi sa thèse : » La
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langue française est de toutes les langues la seule qui ait une probité attachée à son génie. Sûre, sociable, raisonnable, ce n'est plus la langue française. C'est la langue humaine. )) En effet la langue française jouit aux xvii* et xviiie siècles de l'universalité dont jouissait au moyen-àge le latin. « Elle l'a remplacé, dit M. A. Rambaud, comme langue de la diplomatie, des cours, de la philosophie, des sciences, de la société, au point que les aristocraties européennes en oublient leur langue nationale. Quelquesunes des belles ceu^Tes des sages étrangers, comme la Théodicéc de Leibnitz, beaucoup de mémoires scientifiques des académies de Prusse, d'Italie, de Russie, sont rédigés en français. La langue la plus familière à Frédéric II ce n'est pas l'allemand; à Catherine II, ce n'est pas le russe ; au roi Stanislas Poniatowski, ce n'est pas le polonais ; à Gustave III, ce n'est pas le suédois. Presque toutes les œuvres du roi de Prusse, ses poésies, sa correspondance politique et littéraire, ses dialogues, ses précieux mémoires sur son propre règne, sont rédigés en un français élégant et précis. C'est la langue que la jeunesse apprend dans les collèges de tous les pays, immédiatement après la lanoue maternelle et parfois de préférence aux langues classiques. Surtout elle est la langue de la raison, cette maîtresse des temps nouveaux, une sorte de langue sacrée pour les libéraux de tous les pays, comme l'arabe l'est encore pour tous les sectateurs du Koran. »