‹ Robert Helmont: études et paysagesChapitre 18 sur 37 · B LES SAUTERELLE · texte numérisé non relu

B LES SAUTERELLE

née, toujours flottante. Que d'efforts ! Qaeddfatigues ! Quelle surveillaoce incessante !

Encore maintenant^ malgré les mauvais temps finis et la fortune si chèrement gagnée, tous deux, l'homme et la femme, étaient les premiers levés à la ferme. A cette heure matinale je les entendais aller et venir dans les grandes cuisines du rez-de-chaussée, surveillant le café des travailleurs. Bientôt une cloche sonna^ et au bout d'un moment les ouvriers défilèrent sur la route. Des vignerons de Bourgogne^ des laboureurs kabyles en guenilles, coiffés d'un chéchia rouge; des terrassiers mahonais, les jambes nues, des Maltais, des Lucquois, tout un peuple disparate, difficile à conduire. A chacun d'eux le fermier, debout devant la porte, distribuait sa tâche de la journée d'une voix brève, un peu rude. Quand il eut fini, le brave homme leva la tète, scruta le ciel d'un air inquiet ; puis m'apercevant à la fenêtre:

— Mauvais temps pour la culture^ me dit-il... voilà le sirocco.

En effet, à mesure que le soleil se levait, des bouffées d'air, brûlantes, suffoquantes, nous arrivaient du sud comme de la porte d'un four ouverte et refermée.

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ÉTUDES B^ PAtSÀGBS . 2(R^

On ne savait où se mettre, que devenir. Toute iamati*^ née se passa ainsi. Nous primes du café sur les natteà de la gaieriOi sans avoir le courage de parler ni de bouger. Les chiens allongés, cherchant la fraîcheur des dalles, s'étoiidaient dans des poses accablées. Le déjeuner nous remit un peu, un déjeuner plantureux et singulier où il y avait des carpes, des truites, du sanglier, du hérisson, le beurre de Staouéli, les vin^ deCrescia, des goyaves, des bananes, toutun dépaysement de mets qui ressemblait bien à la nature sicorn*^ pleze dont nous étions entourés... On allait se lever de table. Tout à coup, à la porte-fenêtre fermée pour nous garantir de la chaleur du jardin en fournaise, de grands cris retentirent: « Les criquets! les criquets!» Mon hôte devint tout pâle comme un homme à qui on annonce un désastre, et nous sortîmes précipitamment. Pendant dix minutes, ce fut dans Thabitation, si calme tout à l'heure, un bruit de pas pr6:~ cipités, de voix indistinctes, perdues dans Tagitatioa d*un réveil. De l'ombre des vestibules où ils s'étaient endormis, les serviteurs s'élancèrent dehors en faisant résonner avec des b&tons, des fourches, dei^

fléaux, iou'6 les ustensiles de métal qui leur tombaient

is.

21X)> " LES SAUTEIlftX*|éBS

SOUS la maio, des chaudroas de cui^ef^ ddabassUiefl^ des caasei^Ies; Les bergeis soofflaieiU ûmoa leuia trompes de, pâturage. D'autees^ avaient desHeonques Hiarines, des cors de chasse. Gda faisait ua vacaimifr effrayant, discordant, <ps domioaîent d*une note si»raigoé les cYoul you! yoa! ^deafenuBes arabes accourues d'un douar voisin. Sou^en^ paralt-il, il suffit d'un gvand. biuit» d'un frémMasmenl so&ore de Uair, pour éloigner les saatirdto%> les empêcha de descendre.

Mais oà étaient-ellea donc, ee» lanibka bôtea? OaW le ciel vibfsmt de chaleur^ jie ne voyais lies qp'ifli mage venant à rhomont. enivré,, eeaipttfit^ Gamma un miage de grêle, avec le bniit d'un veal d'ocage dans les mille rameaiim d^'une forèU Cétakiit les sauterelles. Soutenues enHtr tUes par leu» ailes sèckfis étendues^ eUes volaieikt ea maiBe, et maigii noa criSj nos effortSy . le miage s'avaaçaii touj^uza^ pioyictaBt dans la plaine une omèisB iomiaiise^ Bientôt ilarriiva au-dessus denostôtesySOfiles^bocdsoavit pendant une seconde un 6SirangeDBSal).uBe dédiîBitfe. Coounâ les premiers graîAsd'iuie giboulte, qudqaes' uiies4ie détachèrent, distûACiGS, roussâtres ensuite tante

ÉTUDStS ET PATSÀCtBB - lit

ISBuée earey», et cette giéted*ifiaecte&htpnaini âme et bra^rate» A peite dei vue lesduuii^s étaient ooorTerts de cni^^, de encpK^s»* tootmiw, g^oa^ ciMiifi]B& le doigt

Alors le massacre GommBnçak. Hideux munmiTe d'éecaflementy de psille bneyée. A^vec les bersea^^les* pk)chesy les diarniaS). mk vemuait^ aiot&fk mourant ; et pies OA eDk taait^ plu» il y ^ anraiti Elles grouillaient par coocbeSi lenrs hautes pattes enchevâteées; celles da dessos faisant des bonds de détresse^ sautait w nez de» cbeyanx attdés pour cet étrange labour. Les^ chiens de la ferme, eeux du douar, lancés à travers champs, se ruaient sur elles, lesbEoyaientareciureur» A ce flioment, deux compagniesde iuroos, clairons en tête, arrivèrent au secours des malheureux colons^ et la tuftrie changea d'aspect»

An. lieu d'écraser le» sauterelles, les soldats les flambatent en lépandant de longues tracées depoiï^ dre*

Fatjgpé de tuei , écœuré par l'odeur infecte, je reu/tiai. A Tintériaur de la ferme, il y en avait presque autant 91e debpcSkEUeaétaient entrées par les ouver-tans*de& portes^ des fenêtres, la bâte des cheminées.

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Au bord des boiseries, dans les rideaux déjà tout mangés, elles se traînaient, tombaient, volaient, grimpaient aux murs blancs avec une ombre gigantesque qui doublait leur laideur. Et toujours cette odeur épouvantable. A dtner, il fallut se passer d*eau. Les citernes, les bassins, les puits, les viviers, tout était infecté. Le soir dans ma chambre, où Ton en avait pourtant tué des quantités, j'entendis encore des grouillements sous les meubles, et ce craquement d'élytres semblable au pétillement des gousses qui éclatent à la grande chaleur. Cette nuit-là non plus je ne pus pas dormir. D'ailleurs autour de la ferme tout restait éveillé. Des flammes couraient au ras du sol d'un bout à Tautre de la plaine. Les turcos en tuaient toujours.

Le lendemain, quand j'ouvris ma fenêtre comme la veille, les sauterelles étaient parties; mais quelle ruine elles avaient laissée derrière elles ! Plus une fleur, plus un brin d'herbe: tout était noir, rongé, calciné. Les bananiers, les abricotiers, les pêchers, les mandariniers, se reconnaissaient seulement à Tallure de leurs branches dépouillées, sans le charme, le flottant

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de la feuille qui est la vie de Tarbre. On nettoyait les

pièces d'eau, les citernes. Partout des laboureurs creur saient la terre pour tuer les œufs laissés par les insectes. Chaque motte était retournée, brisée soigneusement. Et le cœur se serrait de voir les mille racines bianches, pleines de sève, qui apparaissaient dans ces écioolements de terre fertile...

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