‹ Robert Helmont: études et paysagesChapitre 6 sur 37 · MARI-ANTO · texte numérisé non relu

MARI-ANTO

Ah f mes amis. // cotello del mantol... 11 me sembla que je le voyais à travers le mur, avec sa large lame en triangle... Brrr... Presque aussitôt ud immense éclat de rire reteûlit, \m rire clair, argentin, auquel se joignit bientôt un rire de basse profonde, un bon gros rire d'homme heureux, soulagé. Puis des exclamations, et des baisers, des baisers sans fin... Non i jamais habit de conseiller ne s^était trouvé à pareille fête; et vous pensez quelle triste figure je devais faire derrière ma cloison, pendant que...

— Baron, vous allez trop loin... interrompit une de ces dames*. •

— RÉCIT d'un BERaBR PROVENÇAL —

Da temps que je gardais les bétes sur le Lube^

100, je restais des semaines entières sans voir &me qui vive, seul dans le p&turage avec mon chien Labri et mes ouailles. De temps en temps Termite du Hontde-rUre passait par là pour chercher des simples, ou bien j'apercevais la face noire de quelque charbonnier du Piémont; mais c'étaient des gens naïfs, silencieux à force de solitude, ayant perdu le goût de parler et et ne sachant rien de ce qui se disait en bas dans les villages et les villes. Aussi, tous les quinze jours, lorsque j*entendais, sur le chemin qui monte, les sonnailles du mulet de notre ferme m*apportant les provisions de quinzaine, et que je voyais apparaître peîi à peu au-dessus de la cdte, la tête éveillée du petit

mkirro (garçon de ferme), ou la coiffe rousse de la vieille tante Norade, j'étais vraiment bien heureux. Je me faisais raconter les nouvelles du pays d'en bas, les baptêmes, les mariages; mais ce qui m'intéressait surtout, c'était de savoir ce que devenait la fille de mes maîtres^ notre demoiselle Stépbanette^ la plus jolie quiil y eût à dix lieues à la ronde. Sans avoir l'air d y prendre trop d'intérêt^ je m'informais si elle allait beaucoup aux fêtes, aux veillées, s'il lui venait tou-

"^iôtnfs^Àe nouveaux galants; et à ceux qai medeman-

llêrbiit èé que ces choses-fà pouvaient me fairB,àiaoi

"^^à^Vi^c^bêVgerde la raontagne,je répandrai quefarais

"%l^<'à!ns^éique cette Stéphanette était X5e qtiej^wus '^Vu àé '^lùâ nfeau dans ma vie.

^'^^^^tJr, ùft àiittiiticbe que f attendais les vivres de qdn- :'zaïne, ^ sé^iiMVa qu'ils n'arrivèrent que trè94aTd. Le

^ ^ ma^ji^^ciiaë: « C'est lafàute dt^ Ift irrand'meBS»» ;

*^ Vûis,' vërk itiiiM^^fl^ un gros orage, et je pensai

^^'^qak fa JcniheTora^^pas pu se mettre en roule A cause

''"tu mkuvâ/s Wte^fcbemins. Enfin, sur las trois

i^ur'es,^^ ciSt-Miit^YÀVâ, la montagne luisame d'eau

èiàe ^Ïeil,j'ectenâii4>^^ l'égouttement desfemlles

'et (e'dël)orc[ém^iiif dJëk fiîËsseaux gonflés les sonnailles

éTVOSS BT PA1SA6ES Ui

teia Bmle, aussi g^ôes, aussi alertes qu'un grand caftlloa ée doobes ua ymt de P&qiies» Hais ce ir*étaf t pas le petit miafm^ ai lar'vlsttle Noiade qui la eesditilait €'jélaît...âei9|ies foit... aolre demoiselSe^ m^ «i&slsl notie devonifidte en personne, assise droite entre ies aacs d^osier, touite rose 4!e â'airdes montagnes et in iiûmlchisseiiient de l'orage.

Le petit était malade ; tante Norade en vacanees^ehez ses enftnts. La belle Stéptoneltte m'apprit toul >ça, en iesoeiiaant.de sa nnlie^ et ,anasi cpi'eilë arnivaittasd parce qn*€ile!s!étaU?peftee«m«nte; mais à la voir^ai Mes eDâimanciiée» a^ee soa ruban à flc^m, sa jnpe liriUaiae etiaûsdaiitellea,(i&U6 «^ait iplutât Pair de Vâtre attardée à i«iiel9]^dfuise^96d*avoircbie7ctié$pûcbenindisis les Iwssms. aa migiutfiiie oFéitwei Nés yen ae pwvaieot pas ^. lasser 4q la ricarder. Il^e^ ▼rai qw je nerairajte jiioai89w.de<lprAs.«QQe}()naf^ llinrec fuand les 4rm«pMiZ3étaieiitdeseendn8 dam te ptaiM et ifm jeirent^ais lejefartiafeisne pour souper^ die tn%eraaitlatsalieifdvwieni,sai»Cudr9partora«i: ssriàlfim»^ tosîonn paiste^Ampeniière... Et^main^ lanoot îe ïzv^ U di^aot msi^Mm one ponr mo^ n'était-ce pas à en perdre la tête?

112 LES ÂTOILKS

Quand elle eut tiré les provisions du panier, Stéphanette se mit à regarder curieusement autour d'elle. Relevant un peu sa belle jupe du dimanche qui aurait pu s'abîmer, elle entra dans le parc^ voulut voir le coin où je couchais, la crèche de paille avec la peau de mouton, ma grande cape accrochée au mur, ma crosse, mon fusil à pierre. Tout cela Tamusait. — « Alors c'est ici que tu vis, mon pauvre berger? Comme tu dois t'ennuyer d'être toujours seul? Qu'estce que tu fais? A quoi penses-tu?... » J'avais envie de répondre : « A vous, maltresse, » et je n'aurais pas menti ; mais mon trouble était si grand que je ne pouvais pas seulement trouver une parole. Je crois bien qu'elle s'en apercevait, et que la méchante prenait plaisir à redoubler mon embarras avec ses mali< ces . — « Et ta bonne amie, berger, est-ce qu'elle monte te voir quelquefois?... Ça doit être bien sûr la chèvre d'or, ou cette fée Estérelle qui ne court qu'à la pointe des montagnes... ib Et elle-même, en me pailant, avait bien l'air de la fée Estérelle, aveô le joli rire de sa tête renversée et sa hâte de s'en aUer qui faisait de sa visite une apparition. — « Adieu, berger.

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— Salut, maltresse. » Et la voilà partie , emportant ses corbeilles vides.

Lorsqu'elle disparut dans le sentier en pente, il me semblait que les cailloux, roulant sous les sabots de la mule, me tombaient un i un sur te cœur. Je les sntendis longtemps, longtemps; et jusqu'à la fin du loar, je restai comme ensommeillé, n'osant bouger, le peur de faire en aller mon rêve. Vers le soir, 2omme le fond des vallées commençait à devenir oleu et que les bétes se serraient en bêlant Tune contre l'autre pour rentrer au parc, j'entendis qu'on m'appelait dans la descente, et je vis paraître notre iemoiselle, non plus rieuse ainsi que tout à l'heure, mais tremblante de froid, de peur, de mouillure. 11 parait qu'au bas de la cdte, elle avait trouvé la Sorgue grossie par la pluie d'orage, et qu'en voulant passer À toute force, elle avait risque de se noyer. Le terri- Die, c'est qu'à cette heure de nuit, il ne fallait plus songer à retourner à la ferme; car le chemin parla traverse, notre demoiselle n'aurait jamais su s'y retrouver toute seule, et moi je ne pouvais pas quitter ie troupeau. Cette idée de passer la nuit sur la montagne la tourmentait beaucoup, surtout à cause de

IIÂ LKJS BTOlliBrt

riaqwétiiAe dès «ieDS. Moi, je la ftasursôfi de inoa mieux : t En juillet, les umUa mot oeurles,. mai* Irosie.^. Ce n'esi^'cm maurais mosenU » Et falluma Jibt «B gnftd feu poitp séielwr ses i»eds et sa fobe toute trempée de rean de la Sorgae. Eanile j'apportai de vaat elle du laît|.de3 bwMg/Bx>m'r m^s la paii?re petile ne aangeatt ni à se ebaaffev , bî à mmgeity et de vnir les grosses larmes qui mMlaieut étems ses Teut, ji'arTais eniô^de pleofeir» oioi aus».

Cep^daal la auit Mait venue tout à fait. Il ne restait plue 8» te crôto des noalagnee ^*iiae peiiseière deaoleîl^iiee vapeur de kiimèfeidttc6tédu eooebaot. Je voulu» gué noire demoîeeHeealtftt serepee^ dans le parc, Ayioii étendu me la paiUe fiiaMbe «ne belle peau toute ne«ve^ je lai soirtiatlai la. lionne natt, et j*attai m'aseeoir dehors devant la porta.. Diev na'est tèfiMin 4uei malgré te feu d*anioar «pli me teftlaît le ÈWKi anouae aiaM^aise pensée ne me vint; rien pi'ine grande fierté de songer que dans un coin dn jMuro, tout près du tronpeau enrîenix qui la regardait i^ttAff la fille de mea maîtres, — comme une lurelris pioe précieuse et pin» btenche que toutes les antres, «^ v^K)eait, confiée à ma garde. Jamais le ciel ne mV

vait {ara si prxtbocU les étoUes fii bdUantes^. Tottiii coup, la dairervoîe du parc s'cmvrit et la belle StéK phanelte parut. Elle ne pouvait pas dormir. Les bêtes faisaient crier la paille en remuant, ou bêlaient dans leurs rêves. Elle aimait mieux venir près du feu. Voyant cela, je lui jetai ma peau de bique sur Tes épaules, f activai la flamtne, et nous restâmes assiis Fan près de Fautre sans parler. Si vous avez jamais passé la nuit à la belle étoile, vous savez qu^â Theure où nous dormons, un monde mystérieux s'éveille dans la soBtude et le silence. Alors les soufres cbaait^t luen plos dair, les élauf s alhimeiit deapettes û$m* mes. Tous les esprits de la montagne vooft et viennent ittaeinait; et il y a 4aM l*aâr des frôlemeittsy des fanÉto imperceptibles^ comme si Ton ettteadtit h» bmcàes grandir, Tlierbe pousser. Le jmitj c'est, la lie des étM9;iHais k nuk, c'eA la vie des eheses» Qoand on n'en a pas Tbabitude, ça fait peur... kaak notie deaioîfleUe était toute frisâonnante et se serrait oûtfre moi au moiodie bruit. Une fois, un cii loDg„ nélanccdique, parti de Tétang ^ui tuisait plus bas, fflaata vers aoiis en oadiilaDt. Au mèaie instmt ane belle étoile filante gïssa par-dessos tu» têtes dans bt

m^^a^mm^m^^

même direction, comme si c^te plainte que nous venions d'entendre portait une lumière avec elle.

— a Qu'esl-ce que c'est? t^ me demanda Stéphanette & voix basse.

— < Une &me qui entre au paradis, maltresse; » et je fis le signe de la croix. Elle se signa aussi, et resta un moment la tète en Tair, très-recueillie. Puis elle me dit : . a G*est donc vrai, berger^ que vous êtes sorciers, vous autres?

— c Nullement, notre demoiselle. Mais ici nous vivons plus près des étoiles, et nous savons ce qui s'y passe mieux que des gens de la plaine, t^

Elle regardait toujours en haut, la tète appuyée dans la main, entourée de la peau de mouton comme un petit p&tre céleste : « Qu'il y en a t Que c'est beaul Jamais je n'en avais tant vu... Est-ce que tu sais leur nom, berger?

— < Mais oui, maltresse. . . Tenez ! juste au-dessus de nous," voilà le Chemin de Saint-Jacques (la voie lactée). Il va de France droit sur l'Espagne. C'est saint Jacques de Galice qui l'a tracé pour montrer sa route au 'brave Charlemagne lorsqu'il faisait la guerre aux

Sarrasins *. Plus loin, vous avez le Char des dînes (la grande Ourse] avec ses quatre essieux resplendissants. Les trois étoiles qui vont devant sont les trois bêtes^ et cette toute petite contre la troisième c'est le charretier. Voyez- vous tout autour cette pluie d'étoiles qui tombent. Ce sont les âmes dont le bon Dieu ne veut pas chez lui... Un peu plus bas, voici le râteau ou les trois rots (Orion). C'est ce qui nous sert d'borloge, à nous autres. Rien qu'en les regardant, je sais maintenant qu'il est minuit passé. Un peu plus bas, toujours vers le midi, brille Jean de Milarij le flambeau des astres (Sinus). Sur cette étoile-là, voici ce que les bergers racontent. Il paraît qu'une nuit Jean de Mila/riy avec les trois rois et la Poucinière (la Pléiade), furent invités à la noce d'une étoile de leurs amies. La Poucinière, plus pressée^ partit, dit-on, la première, et prit le chemin haut. Regardez-la là-haut, tout au fond du ciel. Les trois rois coupèrent plus bas et la rattrapèrent ; mais ce paresseux de Jean de Ift/an, qui avait dormi trop tard, resta tout à fait derrière, et furieux, pour les arrêter, leur jeta sou

^ Tons ces détails d'astronomie populaire sont traduits do VÀhnanaeh provençal qui se pnbUe en Avignon.

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MàM. C'e^ pourquoi les trois rois s'^^i^pellent aussi le b^on de Jeqn de MUan... Hais la plus belle de lootes les étoiles, maîteesse, c*est la nôtre, c'est YÉkrile du berger^ qui nous ôelaire à l'aube qoand nous s(ffloâs le troupeau et aussi le soir quand nom le rentrons. Nous la nommons encore Magudxmne^ la belle Haguelonne qui court après Pwrre de Provence (Saturne) et se marie avec lui tous les sept ans.

^ c Commenti berger, il y a donc des mariages d*étoîles?«..

-^ c Hais oui, maltresse. «. »

Et comme j'essayais de M expliquer ce que c'était que ces mariages, je sentis quelque chose de frais et de fin peser légèrement sur mon épaule. C'était sa tôte alourdie de sommeil qui s'appuyait contre moi a^ec un joU froifisemeni de rubans, de dentelles et de cheveuK ondes. Elle resta ûnsi sans bouger jusqu'au moment où les astres du ciel pâlirent, effacés par le jour qui montait. Moi, je la regardais dormir, un peu troublé au food de mou être, mais saintement protégé par cette claire nuit qui ne m'a jamais donné que dovbelles pensées. Autour de nous, les étoiles continuaient leur marche silencieuse^ dociles comme un Ifta&d

troupeaa; et par moment je me figurais qu'une de ces étoiles^ la plus fine, la plus brillante, ayant perdu sa roate, était venue se poser sur mon épaule pour dormir...

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