‹ Robert Helmont: études et paysagesChapitre 7 sur 37 · ÉTUDE · texte numérisé non relu

ÉTUDE

Qui Tavait mise là? Etait-ce le diable pour me tenter, ou ma mère pour payer le cachet du professeur de musique? Mystère insondable. Ce qu'il y a de sûr, c^est qu'elle était là, sur la cheminée du salon^ et que je Taperçus un mercredi matin, au moment de partir au collège. Ma première pensée ne fut pas mauvaise. Je me dis tout haut : < Tiens!... quarante sous. » C'était une belle pièce, large, un peu usée, avec une effigie qui s'effaçait^ reluisant doucement sur le velours grenat de la tablette. Sans songer à mal^ ^our la voir de plus près, je la pris dans ma main. Aussitôt la magie de Targent opéra. Pour les douze ou treize ans que j'avais alors, quarante sous faisaient

une somme énorme, et je sentis soudain frétiller en moi autant de désirs qu'il y avait de petites ][)iëces dans cette grande pièce, toute la monnaie d'une ten-* tation que j'osais à peine m'avouer.

Je pensais : c Y en a-t-il des parties de canot làdedans. x>

C'était ma grande passion, les canots, à cette époque. Passer toute une après-midi sur Teau noire du vieux port, au milieu des bateaux de pèche, dans la vapeur des paquebots en partance, les cris des mouettes, les commandements, les appels, les chansons de bord tout en haut des vergues, les coups de marteau du bassin de radoub ; longer les frégates de TÉlat, propres, luisantes comme un uniforme d'aspirant, ou se laisser bercer à l'ombre d'un gros navire, endormi et nlencieux, qu'animait seulement la vigilance d'un terre-neuve dressé tout debout les pattes sur le bastingage; courir pieds nus sur des trains de bois, grimper aux m&ts, voir pécher des oursins, puis revenir le soir, tout imprégné d'une odeur de goudron, de varech, avec la lassitude, l'impression d'un long voyage, je ne connaissais pas de bonheur plus grand. Mais ce bonheur coûtait cher, et pour arriver à louer

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un bateau de dii sm& avec les deux sons qu'on me ddDuait chacpi6 «emakie, il fallait se priver de tout, caieoler» ôcouomiser. Aussi cettebelle pîèee â'argeol^ lumineuse et ronde, mfrflMle 1 <eGCet d*au oeicle de iantecne magique^ tout |>etit d'aèord, mats s'agEandissant à mesure que je le regardais, pour fendra vivaiitea et visîbks les imag^ qui le tEaveraai^t» le vieux psrti ks beauprés de uavines .s*avaiicaot ea ligne tout le long éà quai, «t les petits bateaux de louage balancés »ir Teaa {Ncofeoda et moîiée. La viaioii était si nette, si teotaote l Je ftis obligé de feimer lesyenx«..

Pendant quelques erinutea» je restai li, sans bouger, tenant serré cet argent qui me brûlait la maia. Itimites inoubliables, angoisse dodeureufie et délicieuse de la tentation, toutes les âoieiioiis du vol. Ne rae2 pas. €e ne sont point des sensatiOQs d'enfant que je vous raconte, mandes sensations de criminel. Secoué par une lutte effroyable, tout meii pauvre petit corps tremUait. Ues oreilles bourdonnaient J'entendais les battements de mon cœar et le tictac monotone de la pendide. A la an peurtaat^ l'idée du devoir, d<ià née et gcaaâie en. moi, le souvenir

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des miens, Tatmosphëre de la maison hooûéle, «u» doute aussi la peur du châtiment, de lliamiliatioa si j'étais découvert, tout cela fist plus fort que Ta passion, le remis la piëee où je Tavais inrise. 8mtement.. abl il fituttout dire,.. ^^Itêtsmx^ par m ttouveuitnft fttdftactflP, ItTdflfidif, mais i novp sQr diabolique, je la fronsâai l>tefl loin boss la penMIe poar qtt*on la vit plus et qo'ofi ne la crftt perdue^

Apartir de eemomcait, tevoléflalt commis, ag^mvft (meure par la l&cliefé et l'hypocrisie. Je ne m'y tvrai* pats pas. Ha eonsciaice Indignée se levait toute droUe pour m'appeler : « Tolé»r 1 volour t > ai fort qu- il fie aeniblalt que tout le monde rontandait. An collège, impossible de travaillenr. 3'avals beau piren(bpé «« tète à deui mains, clouer mon regard sur le livie ouvert, je n'y voyais que ces layonnements vaguos. Ces prismes brisés que nous laisse an fond des yeux une chose brillante trop longtemps regardée. Oh f ouii le crime était commis, car j*en avais défà le remorls. C'était comme une étreinte au cœur, du trouble, do la honte, un besoin d*étre seul. Par moments, en me débattant contre cet autre moi-^néme si grondeur, fatals envie de lui crier : c Tals4oi... le n'ai rien

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