‹ Robert Helmont: études et paysagesChapitre 9 sur 37 · J.B TOL · texte numérisé non relu

J.B TOL

yeux de fauve à TafDIU. Enfla les vpix fi'éloigûërent. Je pris la pièce brasquement^ et me vchUi dehors.

Cétait un jeudi magnifique^ c'est-à-dire un dimaiicbe^ moiufi la mélancolie des cldches, la tristesse de l'heure des vêpres» les promenades en famille dans la gône de rendimanchemeuL Tremblant d*ëtre rappelé, j*axEai£ pris mon élan vers les quais avec la bâte de jouir de mon vol. Malheur à qui aurait voulu m^arrëter alors>! Obi quand on vient de voler, comme on doit tuer facilement ! Tout en courant» j*en tendais la belle pièce d'argent clair tinter joyeusement au fond de ma poche avec la pièce de deux sous qu'on me donnait chaque jeudi, et cette musique me grisait» me donnait des ailes. Plus Tombre d'un remords. Léger^ souriant, la joue en feu» j'étais d^à dans l'atmosphère de mon plaisir.

Tout à, C0up»'en passant devant un porche d'éigliBe» la mail tendue d'une mendiante m'arrêta. Fos-je attendri par cette misère, par la p&leur de cette face éteinte ou le regard morne de l'enfant que la malheureuse avait dans ses bras? Ne côdai-je pas plutôt à ce besoin de faire le bien qui vous prend après une faate, ou encore à une supersiition de petit méridional

ÉTUDES ITT PAYSAGES l37

pteaqete italien, esssLTftût de saûeftfief rargeattolé? Quoi qu'il en soit, je lirai de ma poche les dmix dotitf de xmn jeudi, et je hs j^tati à' k meodHanie, <fai me raHefcia aTec um espveââkm dejidie, devceMundB-sauce eiiraordtMire, si eitme^rdiflaive en vérllèy^wrv de«x rnesr ph» Mff, «ne eralnte MÉriief me tnif^e«»i resprit. Ab f mon Oleiit fist-^^ que par hasard?...

Vite te Iftte, je me fouille et pousse ua eti dte rage. J'avais donné les deux francs. Il ne me reslidil plo» que mes deux sous I Et les bateaux étaient là tout près. Déjà les mâts, les Tergues du vieux port montaient au bout de la rue, dans un grand carré de lumière... Non, vous n'avez jamais vu une colère, un désespoir pareil au mien.

Me voilà revenant sur mes pas, furieux, parlant tout seul : « Oh ! je la retrouverai. .. Je lui dirai que je me suis trompé, que cet argent n'était pas à moi... Et si elle ne veut pas me le rendre, eh bienl je la ferai arrêter comme voleuse. » Je l'appelais voleuse. J'avais cet aplomb... En attendant, où était-elle passée ? J'eus beau fouiller tous les porches de l'église, regarder autour dans les rues, dans les passages. Personne. Sitôt ses deux francs reçus, la mendiante était rentrée

128 i*B yoi

chez elle. En une fois, sa journée avait été finie. La mienne avec.

Alors éperdu, ne sachant plus que faire, je retournai à la maison, et sautant au cou de ma mère, avec une explosion de larmes, où il y avait encore plus de colère que de remords, je pris le parti de lui avouer tout. Cela se voit quelquefois, paratt-il, qu'un voleur vienne faire des aveux à la justice, de rage d'avoir manqué son coup.

LE BANDIT QUASTANA

.... Le diable soit des préfectures pittoresques I nous disait un jour le baron Burdet... Rien ne s'y passe comme ailleurs, et à moins d'être nés dans le pays, les fonctionnaires y sont exposés à d'éternelles mésaventures. Pour ma part, si je faisais métier d'écrire, je pourrais composer un gros volume avec tout ce qui m'est arrivé d'infortunes administratives, pendant les trois ans que j'ai passés en Corse comme conseiller de préfecture. En voici une entre autres,qui je crois vous amusera.

Je venais d'entrer en fonctions à Ajaccio. Un matin, pendant que j'étais au cercle, plongé délicieusement jusqu'au cou dans les journaux de Paris, le préfet

130 LE BANDIT QUASTANA

m'enToie par son valet de chambre un mot au crayon : • Venez vite... j'ai besoin de vous... Nous tenons )e bandit Quastana. » J'eus une exclamation de joie, et je Qourus à la préfecture. Il faut vous dire que sous l'Empire c'était une très-grosse affaire l'arrestalioa d'un bandit corse. La Colomba de M. Mérimée les avait mis à la mode aux Tuileries, et quand un préfet était assez habile pour mettre la main sur quelque fameux coureur de m&quis, il pouvait être sûr de passer de première classe, surtout si le journal de la préfecture présentait Tarrestation d'une façon UA peu romanesque.

Malheureusement, depuis quelques années, les bandits devenaient rares. La Corse se civilisant ,chaqpa jour perdait «es traditions de vendetta; et si, par hasard, d^ms un canton reculé de Sartène ou.de Tile-^Rousse, un indigène au sang vif se laissait encore aller à jouer du stylet ou de Tescopette, il passait vite en Sardaigne, et se gardait bien de tenir le maquis^ comme on dît làbas. Gela ne faisait pas l'affaire de notre préfet, vous pensez. Pas de bandit, pas de première classe.Pourtant, à force de chercher, il avait fini par en découvrir un. C'était un vieux sacripant, nommé Quastana, qui,pour

ÉTVBXB EX P,A1»4QB8 131

nenger 1e mort de son ftère> avail exteimixié cUèb» le temps je ne sais combien de familles. L*bteteire remen* tiit à 1630 m 1832. Bepuifi, Quaatoia mait caché dniâlemâ(|iiis où poursiiiw d'abord avec acbanrneffieiit il avait fini par être onblié. Seuleme&t il se taiait sm 8» gaide6,.et lonqa'À feraote ans de distance les pour snitœ neoûflUDeBObrent, elles n*euient pas plus de SBCOès qu'aspararaat. Dès kra, entre le baBdit43t Tadninigftnttiin, ce ait une affaire acharnée de tons les iostantfl. Ncns avkxis ponr noos les soldats, ]e& ge^dannea, le télégmiAe. Qiiaiitana avait les beF^0rB« les dncboDiBeiB, et ces inextricables maquis du Jtlouteftctoedo oA les merks de roche seuls jMHivaÂeat le flnhnre. A la préfecture on Qemuneoçait.à désespérer... Aussi TOUS TOUS figurez. ai œ « nous le te&ons » m'alaitravL

Jeitronrai le pféfrt dans son cabinet» aa^^onveEsatien iotiBie avec un petit homme i. .la flgnie norrecte et fioide, dont rexpresaioa jestaU impéuéteable sous uieépaiflse barbe noire qui ]m cacbaittoutelaboucbe. Un md typerde fttfstfi oone. Le bonnet de laine, le petit caban en peila de ohévse, et la longne paire de dseanxpenchie à iarceintiue, dont ilase aecvent pour

132 LE BANDIT QUAStANA

hacher dans le creux de la main les grandes feuilles de tabac vert.

•» G*est le cousin de Quastana, médit le préfet tout bas. Il habite le petit village de Solenzara, au-dessus de Porto-Vecchio, et le bandit vient faire tous les dimanches soir sa partie de sœpa avec lui. Dernièrement, paratt-il, ils ont eu une grave discussion au jeu, et pour se venger le drôle me propose de me livrer son cousin... Entre nous^ cet homme a Tair sincère. Mais comme je désire faire l'arrestation moi-même avec autant d*éclat que possible, il s*agit de prendre nos précautions et de ne pas exposer le gouvernement à une expédition ridicule. Pour cela, j'ai besoin de vous, mon cher baron. Vous êtes tout neuf dans le pays, personne ne vous connaît, et je vous charge d'aller vous assurer de visu si c*est bien le vrai Quastana qui vient faire le dimanche la partie de ce monsieur.

— Mais je ne Tai jamais vu, votre Quastana...

Le préfet tira d'un portefeuille une photographie mangée de soleil : « Tenez I le voici. 11 a eu Timpudence d'aller se faire photographier à Porto-Vecchio, Tan dernier. » Pendant que nous regardions la figure intelligente et fine du bandit, Tautre s'était rapproché

ÉTOOBS ET PAfSAGBB 133

de Doos, et nous surveillait du coin de l'œil. Je voyais de temps en temps sa paupière baissée se soulever

un peu avec un regard brillant comme un éclair de stylet, vite émoussé par une indifférence apparente ou profonde. — « Ne craignez-vous pas , lui demandimes-nous, que la présence d'un étranger chez vous n*effarouche votre cousin et Tempéche de revenir le dimauche d'après? » L'homme répondit tranquille-

meDt : c Non^ il aime trop le jeu D'ailleurs il y a

tons les jours des figures nouvelles, à la Solenzara, à cause de la fonderie. Je dirai que monsieur est venu chez moi pour que je le mène tirer dés grives. C'est justement la saison. » Là-dessus, nous convînmes d'un rendez-vous pour le lendemain soir dimanche à l'auberge de la Solenzara, et il nous quitta sans paraître le moins du monde gêné de son vilain rôle. Derrière lui le préfet me fit de nombreuses recommandations. — c Avant tout, mon cher conseiller, pas un mot de celte affaire à qui que ce soit... Vous m'entendez... à qui que ce soit!... Ce pays est plein de chausses*trape8.0n nous soufflerait notre bandit ; et j'entends bien ne partager avec personne autre que vous le bénéfice

et rhpnneur de ce joli coup de filet. » J'assurai le

I34 LE EhJfmr QVASTANA

préfet de ma discrétion, le remerciai de sa confiance, et nous nous sépar&mes pleins de rêves ambitieux, lui se voyant déjà au conseil d'Etat, moi dans une bonne petite sous-préfecture continentale.

Le lendemain matin , écpiipé en chasse de la tête aux pieds, je montai dans la diligence qui fait le service d*Ajaccio à Bastia et parcourt IHe sur toute sa longueur. Pour les personnes qui aiment la nature, c'est le voyage le phzs charmant et le plus vai iô du monde. On trouve tour à totir des champs d'oliviers comme en Provence, desforéts de sapins, des pics couverts de neige dominant des vallées toutes blanches d'orangers en fleurs. Puis, de temps en temps, la route, à un détour, laisse voir entre deux rodies un horizon entièrement bleu, la voile latine d'un coraitleur en pleine mer, et des cactus découpant leurs feuilles métalliques sur un ciel africain. Mais nous autres de l'administration, nous n'attachons pas beaucoup d'importance â ces sortes de choses, et j'avoue que, bien moins préoccupé du paysage que de ma sous-piéfec- <ure,j'eu8 les yeux fermés les trois quarts du chenrio.

A Bonifacio, on s'arrêta pour déjeuner. Quand je renaontai en voilure, ta tête un peu chauffée par une

lÉf 66Kd rr ^ktÈÂGts, tIS

nTi-".

Douteille de vieux talano, je trouvai un compagnon de route dans le coupé. C'était un substitut de Bastia, que j'avais rencontré une ou deux fois aux soirées du préfet. Dn gentil garçon, à peu près de mon &ge, tarîBieneeciniiemoiiétiiHiHnt.M 11 me )e pfofsvaMen, i'inmal...

Utile psrt, toœ la safret peirt«^èftfe, Taclioiiiidti!^ tkinetla âiigisttatnie oe font bon ménage ensenOiflei. fin Gursey e&eofeilioiM ^'aillems. L'admângtiiktioii rtflide à Ajaccîo^ la Migisitature i B«slia, «t Imr bm^ Iflité s'lKxm>ll de )a fivalttè ùe» deux villes. Mais bdlf Abbx FàrisîCTS en eiil qjÊà st tmKOdtre^t n'ont tim È ▼oir ice» querdtes de ttocber. Oa oublie le psty^ iM roQ se trouve pour ne s'ocosper que de celui qu'otii legiette. Itef, moli nibMtutet moi ^ nous fiknes téut dettoite grsndsàiins; etleMmomedéliaBtla la^' pte, je ne M eaiàm pas, m miMeu de nos lamenta^ tiooft â:*eailéSy que je eomptais rentrer en FrailCâ ivaBtpeu, grAoe à Taffaîre Quastaoa, dont je lui Ibla sonfideBfie smb le eoeqiiâo plife p^fond 6ecrM4.« (Quelle Mie chose quel» jMflessel Quand mm suM* titut descend M reki de P^o>«Vd€chia, sous com^ flWDfiionftd^ i sm» tuteTer^

136 LE BANDtT QUABTANA

Ce petit village de la Solenzara, où j'arrivai sur les quatre ou cinq heures, s'est formé autour d'uue magnifique fonderie installée près de la mer, à l'embouchare d'une étroite rivière. Toute une population d'ouvriers, de pêcheurs^ de douaniers habite là pendant l'hiver; mais en été des fièvres pernicieuses forcent ces pauvres gens à émigrer à deux lieues plus haut dans la montage, et le dimanche de mon arrivée, le pays était à peu près désert, animé seulement par sa foi^ derie qui ne se repose jamais.

Dans le village vide, un petit abbé — tout noir au soleil couchant — promenait son ombre menue abritée sous un grand chapeau de Bazile comme sous m parasol. Sans savoir qui j'étais^ il vint à moi, Téchine souple, obséquieux, fatiguant de paroles polies et d'offres de service. Il voulait à toute force m'emmener dîner chez lui, à son a précipiterez i» conmie il disait avec un accent italien des plus comiques.

J'attribuai d'abord l'empressement du saint homme

ÉTCDES ET PATSAGIMÉ , 137

à la joie qu'il éprouvait de voir un habitant à la So-^ lenzara désertée ; mais les gens de l'auberge, où j'avais fini par entrer bien malgré lui, m'apprirent le secret de son obstination. Le petit abbé était très* joueur , et quand il pouvait attirer quelqu'un dans son c précipitère , » les parties de scopa se prolongeaient bien avant dans la nuit. Que voulez-vous? Tous les Corses ont la maladie du jeu. A Âjaccio, à Sartëne, à Bastia, on est obligé de surveiller les cercles, les cafés. Les jeunes gens s'y ruinent à la bouillotte... Dans les villages, c'est la même chose. Les paysans sont enragés pour les cartes. Quand ils n*ont pas d'argent , ils jouent leurs moutons, leurs pipes, leurs couteaux, n'importe quoi, pourvu qu'ils jouent, et toujours à la scopa...

Cependant la nuit était venue, et Matteo — le cousin de Quastana — n'arrivait pas. J'avais dtné, dans la grande auberge presf[ue vide, d'une assiette de pateUi et d'une grillade de chevreau toute sèche et carbonisée; par là-dessus un atroce vin du pays sentant la peau de bouc. Les quelques ouvriers de la fonderie, qui prennent là leurs repas, étaient partis depuis longtemps, et je commençais à me trouver très-em-<

m VB B41fBIT çtfJksràn-k

Page 1