L ENFANCE I
l'ayant précédé. ' Mais une catastrophe devait l'assombrir, moins de quinze mois après. Le g novembre 1592, l'orfèvre Herriclc tomba d'une fenêtre dans la rue, et se tua. Cette mort tragique demeura entourée de mystère. Rien, à première vue, ne semblait indiquer qu'elle fût délibérée. Le commerce de Nicholas était florissant. Un huitième enfant était attendu quelques mois après. Les suicides étaient rares au XVT' siècle. Le moyen employé, en tout cas, était assez étrange, les maisons à pignon de Goldsmithi Row n'ayant que deux ou trois étages au plus, et une chute pouvant fort bien n'être point funeste. Par contre, Nicholas avait fait son testament le 7 novembre, c'est-à-dire deux jours auparavant, où il se déclarait " en parfaite possession d'esprit mais malade de corps, " - et où il léguait un tiers de sa fortune à son " affectueuse épouse Julvan Hcrickc " et le reste à ses six ^ enfants, ses frères Robert et William étant principaux exécuteurs. Quoi qu'il en soit, certaines rumeurs fâcheuses se répandirent bientôt dans la Cité, justifiées peut-être par l'enterrement précipité du défunt, le lendemain même de sa mort, 10 novembre. ^ Trois jours après, à la date du 13, le Conseil Privé siégeant à Hampton Court adressait au Lord-Maire de Londres la lettre suivante :
" Sur l'inforination qu'un certain Herick, de la Cité de Londres, orfèvre, s'est dernièrement, comme il est vraisemhlahlcmcnt pense, mis à mal et jeté
Gutter Lane, au nord de Chcapsidc, soit, au sud, entre Old Change et le magasin portant actuellement le n" 28.
' Le " Parish Résister " de S' Vedast, publié par la Harleian Socifly (vol. 30, 1903) nous fournit les dates de baptême suivantes: William en 1585, Martlia et Mercie en 1586 (22 Janv. et 22 Dec), Thomas en 1588, Nicholas en 1589, et Anne en i 590.
* " In thc namc of God Amen The scaventhe Dayc of November A thousand ffive hundrcdth ninety twoe I Nicholas Hericke goldsmith of perfecte memorye in sowle but sicke in bodye Doe make and ordayne this my Last will and testament... " l-c document a ctc pui)lié par W. C'arcw Ha/.litt : HesperiJfs. 'The Porms auii otiier Rema'un of Robert Herr'nk no-iv first colleeted. 2 vol., London, 1869 ; Réédition, 2 vol., 1890, à laquelle nous renverrons désormais, p. \ ; et ])ar Grosart, owv. cit., p. XL.
•' L'un d'eux, par conséquent, avait dû mourir l^itA patiis.
* Va non le 9, comme on le déclare souvent (Grosart, otiv. cit., p. XXXIX). Le registre paroissial de S' Vetlast porte en ert'et : Nic/ioliis Herricke n golJsmith nx'as huneJ l/ie A'"' Joy of November 1592. "
l6 ROBERT HERRICK
d'un endroit élevé, de son plein gré, ce dont il est mort, et que certaines personnes essayent de déclarer la chose accidentelle, ce par quoi l'Aumônier de Sa Majesté pourrait être avec apparence de raison frustré de ses droits sur les biens et effets qui doivent lui revenir, lesquels droits lui ont été accordés par Son Altesse en vue d'augmenter les aumônes de Sa Majesté. Ceci est pour requérir très instamment votre Seigneurie de convoquer devant elle le ou les coroners de la Cité de Londres, et de lui ou leur donner ordre précis, au nom et dans l'intérêt de la Reine, de ne prononcer aucun verdict à la suite d'enquête avant que les témoignages qui pourront être fournis en faveur de l'Aumônier ne soient entièrement connus et apportés devant lui, et avant qu'il ait pu diligemment s'informer et s'enquérir luimême, par tous les moyens légaux, afin de découvrir le vrai de l'affaire..." ^
La loi était formelle en effet. Tous les biens des suicidés étaient confisqués au profit de la Couronne, - et la mort mystérieuse du riche orfèvre ne laissa pas, on le conçoit, d'attirer l'attention. Cependant la veuve ne manquait point de parents et d'amis puissants qui, semble-t-il, s'interposèrent aussitôt : ses deux beaux-frères, d'abord, exécuteurs testamentaires du défunt ; l'un, Robert, le riche commerçant de Leicester,et qui représentait alors la ville aux Communes ; l'autre, William qui, son apprentissage terminé, s'était installé dans Wood-Street, ^ avait pénétré à la cour d'Elizabeth et comptait déjà un grand nombre de nobles, sinon la vieille reine elle-même, comme débiteurs."* II y avait encore sa belle-sœur Mary, la femme du mercier Thomas Bennett ; ^ sa propre sœur Anne, qui avait épousé Stephen Soame, maître de la corporation des épiciers, et l'un des marchands les plus considérables de la Cité ; ^ son frère John Stone, enfin " of London,
' Voir à V Appendice /1, Pièces Justificatives, le texte de ce document nouveau (I).
2 Voir dans les Acts ofthe Pri'vy Council, à la date du 26 Décembre 1592, une lettre à peu près semblable à celle que nous venons de citer adressée To the Maiour of the totvne of Maidstone, au sujet des biens d'un certain Thomas... late fellone of himselfe.
■' Rue toute voisine, partant de Cheapside, parallèle à Foster Lane et à Gutter Lane.
* J. Nichols, owv. cit., vol. III, pt. I, p. 146.
•''Appelé à tort par Mr. Moorman [owv. cit., p. 18) Sir John Bennett. Cf. supra, p. 14.
"ShérifFle 11 juillet 1589, Lord-Maire en 159S, M.P. pour Londres en 1601. ;il contribue pour 500 livres à l'embellissement de Grocers' Hall, et sera un des