L ENFANCE I
circonstance seulement, après avoir confié ses six enfants, dont l'aîné avait alors moins de huit ans, à ses autres frères et sœurs, on a tracé un tableau pittoresque du village au bord de la Tamise, et de l'influence qu'il exerça sur l'esprit du jeune Robert. ' Avouons plus simplement notre ignorance. Nous ne savons point où le futur poète passa ses premières années, ni si sa mère habita Londres ou Hampton. Peut-être ne se fixa-t-elle nulle part, demeurant alternativement avec l'un ou l'autre de ses parents, partageant avec sa famille nombreuse le soin des jeunes orphelins. '
Même incertitude en ce qui concerne l'école où a été élevé le jeune Robert. Se basant sur les vers suivants, extraits d'un poème des Hespérides^ Ses Larmes à la Tamise :
...je n'irai plus par les doux soirs d'été
me baigner dans tes eaux (ainsi que font mille autres),
je ne glisserai plus le long de ton cristal
dans une barque (ornée de rameaux et de joncs)
folâtrant chastement avec de tendres vierges,
jusqu'à Richmond, Kingston, et jusqu'à Hampton-Court ;
' Le dernier d'entre eux, Mr. Moorman, n'y consacre pas moins de cinq pages (owv. cit., pp. 15-19). Par exemple : " The boy of eif^ht may hâve caught sifjht ot the old queen as she rode over Kingston Bridge, and perhaps saw something of the characteristic incident recorded by Lord Semple of Beltreis, the Scottish ambassador, on this occasion. " At her Majesty's returning from Hampton Court, the day being passing foui, she would (as was her custom) go on horseback, although she is scarce able to sit upright, and my Lord Hunsdon said, " It was net meet for one of her Majesty's years to ride in such a storm. " She answered in great anger : " Mv years ! Maitis, to yoiir horses quickly " ; and so rode ail the vvay, not vouchsafing any gracious countenance to him tor two days. " (pp. 16-17). L'anecdote est jolie, mais a peu de rapport avec la biographie de Herrick. Il est douteux que l'entant ait pu pénétrer dans le parc et s'approcher du château, situé d'ailleurs à plus d'un mille du village. En outre, et surtout, nous n'avons trouvé, dans le registre des baptêmes de la paroisse de Hanqiton-on- Thames, qui va, de 1554 à 1656, aucune mention du nom de Herrick, non plus que lie celui de Canq)ion. Mr. W.P. Lillingston et Mr. Th. Gurnav, qui ont bien voulu nous aider dans nos recherches, nous aHirnient cependant <|u"il y a eu et iju'il y a encore des Herrick dans les paroisses avoisinantes, à Kingston, par exenqile.
- C'est ainsi c|ii'cllc datera son testament, en août 1619, de chez sa fille Mercic ijui hihiti' Hrantliani, SuHolk, et v a épousé un l'ertain |i)hn W'ingfield.
le temps est révolu où, d'une rame souple, je quittais ou touchais la rive familière, où, avant atterri quelque part, en lieu sûr, ]c dirigeais mes pas vers mon cher Westminster, ou vers ce Chetips'uie d'or, où je reçus la vie de Juliû Herr'uk.... '
un des premiers éditeurs de notre poète, Mr. Walford, avait cru pouvoir affirmer que Robert avait fait ses études à la célèbre école de Westrninster, fondée par Elizabeth sur l'emplacement même d'un ancien collège de moines. " On ne laisse point de se demander cependant, comme le fait remarquer Mr. Pollard, ^ ce qu'aurait pensé des " tendres vierges " [soft-smooth virgins) le Hiad-Master de la respectable institution. L'hypothèse devient tout à fait invraisemblable quand on suppose, avec Grosart, que le jeune garçon allait de Hampton à Westminster, ^ si l'on songe surtout que, comme les King's scholars, les Town-boys dont Herrick est censé avoir fait partie devaient se trouver dans la grande salle d'école chaque matin à six heures précises. ' A la vérité, le poème précédent fait allusion à une quinzaine d'années plus tard, à une époque où le jeune homme, qui \enait de quitter l'Université, coulait à Londres
' 1029, His Teares to Thamasis. — Tous nos renvois à l'œuvre de Herrick seront faits à l'édition qu'en a donnée Mr. G. Saintsbury : The Poetical JVorks oj Robert Herrick, 2 vol., London, G. Bell, 1893 (Aldine Poets), d'un accès facile, qui reproduit sans omission, et d'assez près, le texte original de 1648, où les 1400 poèmes sont en outre numérotés, ce qui facilite beaucoup les recherches.
■ " He certainly speaks of the youthful amusements of rowing and swimming in connection with his " beloved Westminster " in a way which would ail but warrant us in asserting that he was educated at Westminster School. " E. Waltord : T/ie poetical ^tvorks of Robert Herrick coHtaining his Hesperides and Noble Niimbers, London, 1859, p. V. Cette opinion est partagée par Grosart : "I agrée with Mr. Walford that his way of celebrating his " beloved Westminster " seems to indicate the school, and not his after home- résidence, " ouv. cit., p. XLIV ; par W.C. Hazlitt, ou-u. cit., p. XIII ; et A. H. Bullen, D.N.B., vol. 26, p. 253.
•' Robert Herrick. The Hesperides and Noble Numhers... Revised édition, 2 vol., London, 1898, vol. I, p. XVII.
' " If he came and went to school at Westminster from Hampton, it is not difficult to understand his Tears to Thamasis. " p. XLIV.
" Consulter sur l'histoire et les coutumes de l'école : John Sargeaunt, Annals of IVestminster School, London, 1908.
l'enfance 2 1
des jours joyeux ; et nous préférons y voir le souvenir des fêtes galantes, des exquises promenades sur la large rivière qui, au XVF siècle, méritait encore son nom de " Tamise d'argent. " ' Au reste, c'est en vain qu'on cherche le nom de Robert Herrick dans la liste des alumni de Westminster School, où figurent, vers la même époque, Ben Jonson et George Herbert, William Strode et Henrv King, Cartwright et Randolph. On ne le trouve point davantage dans les registres de l'Ecole des Marchands-Tailleurs, établie en 1561 dans la paroisse de S' Lawrence,- ou de l'Ecole de S^ Paul, située à l'ombre même de la cathédrale, et qu'avaient rendue célèbre son fondateur John Colet, et son premier maître William L}'ly, le grammairien. ^ Peut-être Herrick fréquenta-t-il la Frec Grnmmnr- Sc/100/ de Hampton, tenue par le vicnr en personne, établie en 1557 par un certain Robert Hamonde " afin, disait le testament du donateur, que les enfants qui y seront élevés prient pour mon âme, et pour toutes les âmes chrétiennes " ^ ; ou suivit-il seulement un de ces cours privés qui, dès le début du XVIT' siècle, apparaissent en assez grand nombre dans la capitale, et dont quelques-uns, celui de Thomas Farnabie ^ par exemple, dans GoUsmiths' Rtnts, près de Cripplegate, acquerront bientôt une haute réputation. Où que le jeune garçon ait été envoyé, il est certain, à en juger d'après son œuvre, que sa famille lui fit recevoir une éducation classique très soignée.
Herrick parlera souvent de sa famille. I! a conscience d'appartenir à une race ancienne et tort honorable. Il admet " son digne parent, Mr. Stephen Soame, ' un des fils de son oncle, l'alderman Sir Stephen
' 1029, vv. 2 ut 22. Cf. aussi : 342, To tlie Lady Mary Villars... ...for iny sakc, who evcr diil prcfcr ^'ou, aho\c ail Tiiosc S--Cffts ot U'estminstir...
- Voir H.li. Wilson : T/ie History of M en fiant Tavlors' Sc/ioo/, 2 vol., Lonilon,
•' Voir M.F.J. Me Donncll : // Histon ofS^ Paii/'s School, Lontlon, 1909.
* Cité par N. Carlislc : A Conàse Description of t/ie Eti,h--ieti Gramnuir-Sc/iools in En^lanit anJ ll'alts, Lonclon, 1 8 i 8, vol. II. Art. Haiiipton-on-TI>aim-s.
■^ Voir Anthony Wood : Atltenae Oxonienses... Eilit. P. Bliss, Lunclun, iSi 3-20, vol. III, col. 2 1 3-2 I 5.
Soame, au nombre de " ses saints " (546). ^ Dans " le temple sacré de ses héros " qu'est le recueil des Hespèrides, il introduit encore Sir William Soame, dont :
la gloire immaculée projette une clarté comme une flamme vierge, "
et Sir Thomas Soame, " un grand patricien " (467), tous deux frères du précédent, ainsi que " son honorable parent Sir Richard Stone, " fils de son oncle maternel, John Stone (497). A ses parentes en particulier, Herrick dédie quelques-uns de ses compliments les plus délicats, et, semble-t-il, les plus sincères. Il compose une épitaphe pour sa " nièce, " ou cousine plutôt, les termes étant alors équivalents, Mary Stone, la sœur de Sir Richard (765), et une autre pour Elizabeth Herrick, sa propre nièce, fille de son frère Nicholas (377). Respirez encore le bouquet délicat qu'il adresse à la sœur de cette dernière, Mistress Bridget Herrick :
Je vis rougir notre exquise Bridget,
et de ses joues tomber de fraîches fleurs ;
je crus d'abord que ce n'était qu'un rêve,
jusqu'au moment où j'en emplis mes mains ;
leur doux parfum alors me parut tel
que le parfum d'un amandier en fleurs. *
A un autre endroit enfin, il envoie " à sa très chère sœur Mercie Herrick " sa bénédiction et ses vœux de bonheur (819).
Envers ses frères, Herrick se montre tout aussi empressé. Il dédie à Thomas une longue bucolique, qui est peut-être le premier poème qu'il ait écrit, et sur lequel il nous faudra revenir. Il adresse A son frère mourant Master William Herrick un morceau qui, sous sa phraséologie conventionnelle, est tout vibrant de douleur sincère (186). Ou encore il félicite pompeusement Nicholas, qui est en relations commerciales avec les pays du Levant, des connaissances géographiques qu'il a acquises en ses voyages :
' Nous rappelons que ces numéros sont ceux de l'édition G. Saintsbury ; ceux de l'édition A. Pollard, expurgée, sont quelque peu différents. ' 332, To his honoured kinsman Sir William Soame, Epig. ' 563, Upon his kinswoman, M istresse Bridget Herrick.