SIR WILLIAM HERRICK
joaillier de Sa Majesté le 2 mai 1603. ' Il obtient la succession éventuelle d'une recette de l'Echiquier le 20 juin 1604.^ Il reçoit le titre de Baronnet à Greenwich le 2 avril 1605, pour avoir, raconte Winwood, " percé un trou dans le grand diamant que porte le roi. L'intéressé s'attendait peu à cet honneur, mais il effectua si bien sa besogne que celle-ci plut extraordinairement au roi. " ^ Le 20 mai de la même année, il est élu alderman pour le quartier de Farringdon Without ; il prête serment le 28, mais est exempté le lendemain même de toute fonction, moyennant une somme de trois cents livres. ^ Sa ville natale le choisit une seconde fois comme représentant, en octobre, et le déclare à présent son plus grand bienfaiteur. ^ Le roi qu'il fournit de bijoux d'une valeur considérable, et à qui il prête d'énormes sommes, lui accorde toutes sortes de concessions de terrain et de droits de présentation ecclésiastique. '' Quand son sixième enfant naîtra en 1604, il l'appellera Henry, "par ordre exprès du Prince Royal, " le malheureux fils aîné de Jacques P"". ^
' Th. Rymer : FofJera, Connjentiones, Literae... Acta Ptiblua. Edit. R. Sanderson, I 7 I 5, vol. 16, p. 502.
^ Dont. St. Papers. Addenda, 1580-1625, p. 446.
•■ Sir Ralph Winwood : Memorials of Affa'in of State in t/ie Reigns 0/ E/izabet/i and King James I, London, 1725, vol. II, p. 57.
* J. Nichols, ou-TJ. cit., p. 150.
■■ J. Thompson, ou-v. cit., p. 344. Voir dans le même ouvrage, p. 323, l'acrosticlio d'un certain John Hovse, habitant lie Leicester " To the most vénérable and honourable-minded kniglit, Sir William Heyrick, " dont voici le commencement et la fin :
^V^clcome, good knight, \mto yoiir native townc, If ever any man were welcome Iutc...
In every churchc thc bclls do swcctly ringe,
Cîinticles for your sake thc pcople singe,
Kyrie Eleison : this froni our hearte doth springe.
*' Par exemple : la chapelle de Tokynton, près de Harrow-on-the Hill, a\ec les terres en dépendant, lui est allouée en 1607 ; voir Patent Rotli, .Anne Quinto Jacobi, pt. S,Jmu- I ; et aussi R. Ncwcourt : Repertoriiim EccUiiasticiim Parocfiiale Londinense, Londini, 1708, vol. I, p. 638. — Il avait acheté, quelques années auparavant, le patronage de Harro«, avec les grandes et les petites dîmes, et aussi la cure de Rushden, lians le Northamptonshire. J. Nichols, oui', cit., p. 152.
' Jed. Herrick, oiiv. cit., p. 8. C'est ce fils qui, partant pour r.\Miérii|uc et s'installant à Salem en 1629, y établira la race nombreuse des Herrick d'outrc-mcr.
On devine la situation particulière qui ne devait point manquer d'être faite à l'apprenti dans la demeure de son riche parent. Nul doute qu'on ne le mît d'abord à l'établi, comme les autres, pour l'instruire, selon les conditions du contrat, dans le maniement des pierres et des métaux précieux, dans l'inscription des devises galantes à l'intérieur des bracelets et des bagues, ou sur le couvercle des boîtes de parfum. Il dut plus d'une fois prendre sa place au devant de la boutique, sous l'auvent, cherchant à attirer l'attention des passants sur le somptueux étalage, appropriant ses offres de service à l'aspect même du client, les agrémentant de paroles flatteuses, de mots d'esprit, ou môme, à l'adresse de ceux dont il n'avait rien à espérer, d'impertinentes remarques. Cependant, et si profonde que fût la déférence qu'exigeaient alors les maîtres de leurs serviteurs, et les parents de leurs propres enfants, la présence de Robert au milieu de ses jeunes cousins' devait créer entre eux une certaine familiarité, ou au moins laisser au nouvel apprenti une liberté relative. On s'imagine aisément Herrick, avec ce que nous savons de lui par ailleurs, saisissant tous les avantages possibles de sa situation privilégiée, songeant moins au travail qu'au plaisir, et ne manquant pas une occasion d'échapper à son comptoir.
Tout de\ait l'attirer au dehors, et être matière pour lui à un émerveillement sans cesse renouvelé. Au commencement du XVIP siècle, Cheapside est encore le centre des affaires de la Cité, en même temps que la " Beauté de Londres. " ^ La rue est vaste, plus de de^x fois plus large qu'aujourd'hui. Golchmiths Row^ réservé aux seuls orfèvres, ^ aligne d'un côté ses maisons à pignon avec leurs toits pointus, leurs étages en surplomb, leurs fenêtres s'ouvrant au dehors, avec les armes de la corporation richement peintes et dorées, * avec
' V\'illiani, né en 1597, Robert en 1598, Richard en 1600, Thomas en 1602, Elizabeth en 1603, Henry en 1604.
- " Cheap, vvhich is worthily called the Beauty of London. " The Annales or Generall Chromcle of England... rontinued and augmented by Edmund Howes, gent., Londini, 163 1, ]>. 869.
•■' Dés le temps de Henri III, on trouve une allusion à VOrfa-ueria in fora London (Cal. In(|. post mortem, I, 9:7) ; et en 1290 une référence à une boutique " in the Goldsmitherie opposite S' Peter, Wood-Street. " (Cal. Willis, I, 94)
* J. Stow, oufv. cit., vol. I, pp. 345-6.
leurs enseignes diverses, ' et leurs étalages resplendissants qui font l'admiration des étrangers. ^ En face sont les boutiques plus modestes des épiciers, des merciers et des tapissiers. Au milieu de la chaussée, juste à l'extrémité de Wood-Street, s'élève la croix de Cheapside, construite au XIIP siècle, comme celle de Charing, à la mémoire de la reine Eléonore de Castille, et qui, avec ses statues de saints à la base, sa statue de la Vierge et de l'Enfant Jésus par-dessus, sa croix et sa colombe dorées au sommet, excite déjà la rage des Puritains. A l'extrémité ouest de Goldsmiths' Row se dressent " la petite citerne," avec sa turbulente population de cohs^ ou porteurs d'eau, ^ et, tout près, la porte du cimetière qui entoure Saint Paul. La cathédrale, dont le chœur seul a été réservé au culte, est devenue le lieu de rendez-vous le plus fréquenté de la capitale. On la traverse, d'un transept à l'autre, comme on ferait d'une simple allée. Des colporteurs s'y attardent, criant leurs marchandises ; des domestiques se tiennent autour de certain pilier, où on vient les engager ; des écrivains publics, en face, font bruyamment leurs offres de service. La neï principale surtout est encombrée de jeunes galants, qui )■ font admirer la splendeur de leurs habits, et v discutent, comme on fera au café un siècle plus tard, le scandale du jour. '
C'est dans Cheapside en outre que la vie publique de la Cité présente le plus d'animation, et étale le plus de richesse. ^ Le moindre
' Voir dans T/ie Malcontent de Webster et Marston, 160+ : " l'Il vvalk but onee down by the Goldsmiths' Row in Cheap, talce notice of the sif^ns, and tell you them with a breath instantly. They begin as the world did, «ith Adam and Eve. There's in alljust five and twenty. " The Induetion.
■ Voir Paul Hentzner : Trave/s in Engiant/ ifuring t/w Reign qf'Elizabet/i, 1598. Traduction Hor. Walpole, London, 1797, p. 31 : " Tlie streets in this city are vcry liandsoTiu' and clean, but that vvhich is named from the ijolilsniiths w ho inhabit it surpasses ail the rest... Tliere are to be seen in this street ail sorts et fjold and silver vessels exposed to sale, as well as ancient and modem medals, as inust surprise a iiian the first time he sees and ronsiders them.
■' Voir dans Every Man in /lis Humour le caractère d'Oliver C'ob.
* Voir en particulier sur le caractère des Paul's nti-n, cjui est un (les lieux communs de la littérature élizabéthaine : Ben Jonson, EvtiY Mun in /lis Humour, 1598 ; et Th. Dekker : T/w Gull's Hornl'ook, 1609.
■" Nous avons consulté : W. Harrison : Description of England. Edit. Furnivall, 3 pts., London, 1877 ; Th. Pennant : Some account of LonJon, London, 1793 ; J.P. Malcolm : Ancdlotes oj t/ie manuers and cusioms of London, London, 181 : ;
événement sert de prétexte à une pageant splendide. Jacques P'" quitte-t-ij Londres pour un de ces voyages qu'il affectionne, ou se rend-il simplement à la Tour ; un ambassadeur étranger est-il reçu au Guildhall ; un prince vient-il de naître? Aussitôt les maisons se parent d'oriflammes ; des tentures de velours ou de soie flottent à chaque fenêtre ; les cloches des innombrables églises carillonnent. Tout aussi resplendissante est la procession du Lord-Maire, quand le premier masîistrat de la Cité, en sa longue robe écarlate, passe dans son carrosse, au son des tambours et des fifres, précédé des corporations en leurs costumes multicolores, ayant à sa droite le sergent d'armes qui porte l'épée sertie de perles, et à sa gauche le crieur tenant sur son épaule la lourde masse d'or, ^ Même les jours ordinaires, la circulation est malaisée dans la large rue. La foule bruyante s'arrête pour voir le bourreau brûler un livre séditieux, pour rire d'un pauvre diable attaché à une charrette et que l'on fouette dur, pour accabler de ses quolibets le malheureux qui fait triste mine au pilori. Un groupe se forme autour d'un capitan qui conte ses naufrages terribles. Un mendiant se lamente, d'une voix aiguë, sur une infirmité plus ou moins simulée. Des artisans robustes, en pourpoint de cuir, heurtent de jeunes freluquets parés avec une recherche extrême : large chapeau à plumes, haute collerette empesée, justaucorps de soie à la française, manteau brodé négligemment retenu à l'épaule, chausses à l'espagnole,, souliers à larges rubans. " De belles dames fardées et parfumées, à la gorge découverte, aux corselets étroits, aux larges jupes de velours tendues de baleines rigides et relevées d'un côté pour laisser voir les dentelles du jupon de satin, s'arrêtent devant chaque étalage. ^ Toute
A.B. Wheatley : London past and présent, London, 1891 ; R.R. Sharpe : London and the Kingdom. A /lislory derived mainly from tlie Archinjes at Guildhall, 3 vol., London, 1894-5 ; W. Thornbury : Old and Nenjj London, 6 vol., London, 1904; R. Davey : The pageant of London, 2 vol., London, 1906.
' W. Besant : London, 1894 ; Id. .• London in the time oj the Stuarts, London,
- Voir Thomas Middleton : Father Hubbard's Taie, 1604 ; Sam. Rowlands : The Knave of Hearts, 161 i ; et aussi H. T. Stephenson : Shal^speare' s London, London, 1905.
' Citons, puisque les toilettes féminines occuperont dans l'œuvre de Herrick une place importante, quelques témoignages du temps. Ph. Stubbes : Anatomie oj y4Aw« (1583), édit. Furnivall, 1X77-79 : " They hâve petticots of the best cloth...
cette foule bariolée se coudoie sans aucune distinction de rang, " le son le plus grossier, selon l'image de l'ambassadeur Gondomar, qui en parle en connaissance de cause, s'y alliant à la farine la mieux choisie, " ^ tandis que, dominant la cohue, s'élève la voix des apprentis " IVhat d^ye lack^ noble Sir P JVhat will you huy, beauteous Madam P " toujours prêts, quant à eux, à se moquer des étrangers, et au moindre signal à tirer leur gourdin de dessous le comptoir.
A côté de ces spectacles animés qui, se déroulant à la porte même de la boutique de Wood-Street, ne pouvaient échapper à Herrick, et de plus, à l'âge de l'équilibrement décisif de son esprit, y accumulent les images qu'il élaborera plus tard dans son œuvre, se place l'aspect de la campagne environnante. " Londres ne compte guère plus de cent vingt mille habitants au commencement du XV IP siècle et ne ressemble en rien à l'énorme agglomération fumeuse et noire que nous connaissons aujourd'hui. Pour peu qu'on s'éloignât de Cheapside et qu'on sortît des anciennes fortifications, on se trouvait tout de suite en pleins champs. Au-delà de Cripple-
fringed about the skirts vvitli silk tringe of chaungable coloure... yet must thcy hâve kyrtles... bordered with lace... so women seem to be the smallest part of themselves, not women of flesh and blood but rather puppits or mawmets of rags and clowtes compact together. " pp. 74-5. — Ben Jonson : Cxnt/iias Rfoelsy III, se. 2 :
A third...
Plays with his niistress's paps, sahites her pumps,
Adores her hcms, her skirts, her knot', her ciirls,
Will spend his matrimony for a gartcr,
Or the least feathcr in her bounteous fan...
et T/ie Dfvil is an Ass, II, se. i :
A woman so wcll harnessed, Or rather well caparisoned, indced, That wears such petticoats, and lace to her smocks, Broad seaming laces (as I see them hang thcrc). And gartcrs which are lost if she can't shew theni.
Voir aussi sur les coiffures des belles Londoniennes, Nai.li : L'/nist's Tcan a-vrr Jérusalem, édit. i 6 i 3, p. 145.
'"La harina de Inglatierra es muy delgaila y fiiia, pero el atrecho es muy grossero. " Cité par W.B. Rye : EnglanJ as seen by foreigners, London, 1885, p. .85.
-Voir dans T. F. Ordish : S/ial^-speare's LonJon, London, 1904, l'intéressant chapitre intitulé " Nature aiid London. " (pp. 83-1 34).
sate, par exemple, au nord et dans la continuation même de Wood- Street, on aperçoit les prairies de Finsbury avec, dans le lointain, sur les hauteurs de Highgate et de Hampstead, des bois épais, assez semblables à la forêt d'Arden. Au nord-ouest, Holborn n'a qu'une raniïée de maisons possédant chacune un vaste jardin, comme celui <iu botaniste John Gérard qui y culti^'e une grande variété de fleurs, toutes celles entre autres que nous rencontrerons si souvent dans les Hi'sphirhs : violettes et marguerites, pensées et œillets, jonquilles et primevères. ' Vers l'ouest, séparé de la ville par le hameau de Charing, s'élève le palais royal de Whitehall, où l'on se rend soit par la rivière, peuplée de cygnes, " soit par le Strand, bordé de demeures seigneuriales dont les pelouses descendent en pente douce jusqu'au bord de l'eau. La campagne pénètre ainsi jusqu'aux portes mêmes de la Cité. Des jardins s'élèvent de toutes parts, qui constituent " le plus pur plaisir, et le plus grand repos de l'esprit humain, " selon Bacon, ^ ou qui, d'après le maussade puritain Philip Stubbes, servent de refuge aux aventures galantes des femmes et des filles des honnêtes bourgeois. ^
Or, c'est dans ces environs immédiats de Londres bien plutôt que dans le lointain village du De\on où, on l'oublie trop souvent, le poète arrive à trente-huit ans, que le jeune Herrick apprend à connaître cette campagne souriante, parée de fleurs et de parfums, qu'il décrira dans son livre avec tant d'affection. De fait, le premier de ses poèmes auquel nous puissions attribuer une date précise, et qui appartient à l'année 1610, est un éloge dithyrambique de la vie champêtre, très livresque encore sans doute, mais qui par
' Voir J. Gérard : T/ie Herball, or generall historié of Plantes, I.ondon, 1597, fol. ; et aussi ParaJisus Terrestris .■ or a Gaiden of ail sorts of Pleasant Floiuers lufiich our Eu^lish ayre •ilHI permitt to be tioursed up... Collected by John Parkinson, Apothecary of London, 1629.
- Voir W.B. Rye, owv. cit., p. 6 ; aussi Paul Hentzner, ou^. cit., p. 183, qui déclare : " The river abounds in s.vans svvimming in flocks ; the sight of them and their noise is vastly agreeable to the fleets that meet them in their course. "
' Essay XLH .- Of Gardens.
* Owv. cit., p. 88 : " Some of them hâve three or fower keyes a peece, whereof one they keepe for themselves, the other their Paramours hâve, to goe in before them, lest happely they should be perceived, for then were ail their sporte dasht. "
endroits semble déjà sincère. ^ Il est probable, au surplus, que l'une des pièces les plus connues des Hespèrides : Corinna s'en allant au maiy ^ décrit la fête du printemps telle qu'on la célébrait, depuis des siècles, dans la capitale. Les jeunes gens réunis partaient dès avant l'aurore pour les champs, y cueillaient, en folâtrant, toutes sortes de " fraîches fleurs, " en rapportaient de lourds rameaux d'églantier ou d'aubépine dont ils ornaient ensuite, dans Cheapside, dans Cornhill, dans Gracechurch Street, la porte de chaque maison. C'était, à Londres même, la plus joyeuse fête de l'année. ^ On élisait une reine de Mai dans chaque paroisse. On dressait à chaque carrefour un mai, le plus haut possible, empanaché de guirlandes et de rubans. On dansait alentour, en chantant, jusqu'à la nuit. '' Le com.ptoir de Wood-Street présentait, ces jours-là, un intérêt médiocre. Et l'on songe à l'apprenti de Chaucer, auquel Robin Herrick ne dc\ait pas manquer de ressembler quelque peu :
.... gaillard comme pinson au bois....
.... plein d'amour et de galanterie
autant que de doux miel est une ruche emplie.
' 106, A Country-life : to his brother, M. Tho. Herrick. — Thomas, abandonnant la situation que lui avait procurée son oncle, Sir William, chez un marchand de la Cité, un certain Mr. Massam, s'était retiré à la campagne aussitôt après son mariage. Voir J.H. Hill, owv. cit., p. 122 ; J. Nichols, oui>. cit., vol II pt. 2, p. 631.
"178, Corinna's going a Maying.
•' On connaît la description effarouchée que donne Stubbcs île cette " impudique cérémonie païenne. " Voir celle, toute sympathique au contraire, de Stow : " In tlie moneth of May, namely on May-Day in the morning, evcry man, except impediment, would vvalke into the svveete meadows and greene vvoods, there to reioyce thcir spirites with the beauty and sauour of sweetc flowers, and with the harmony of birds, praysing God in tiicir kind... " Ei/it. cit., vol. I, p. 98. On trouve dans une vieille ballade du temps intitulée : The fetchiiig homt of May :
Mucli miilh and sport thcy niakc, Running at Rarlcy-breakc ; Good lack ! what paines thcy take For tlieir greene gowncs...
Roxburghe BallaJs, vol. III, p. 313.
^ J. Stow : Ih. ; W.H. Boulton : The amusements of olJ LonJoii, 2 vol.,
London, 1901.
Se passait-il la moindre chose dans Cheap, ou ailleurs, lui aussi :
.... n'y taisait qu'un saut, désertant la boutique. Jusqu'à ce qu'il eût vu tout ce qu'on pouvait voir et qu'il eût bien dansé, jamais il ne rentrait. '
Le mouvement littéraire enfin, si actif encore dans les vingt premières années du XVIP siècle, ne tarda pas à solliciter l'attention de notre jeune poète. Le désir devait être très vif chez lui de s'approcher de ces hommes célèbres qu'il avait aperçus plus d'une fois, causant et discutant dans quelque boutique de libraire, autour de S' Paul. A supposer même qu'il ait respecté à la lettre les conditions de son contrat d'apprentissage, qui lui défendait l'entrée des tavernes, il ne résista sûrement point à la tentation de s'acheminer certains jours vers l'autre côté de la rivière, soit en traversant le vieux pont avec ses maisons décrépites qu'ébranlait le vent d'est, soit plutôt en hélant un de ces innombrables bateliers qui faisaient la navette entre les deux rives ; de pénétrer ensuite dans un théâtre, et, moyennant deux pence, de venir se joindre à la foule tapageuse du parterre. Herrick assiste, entre 1607 et 1613,3 l'apothéose magnifique du drame élizabéthain. Il a pu voir sur la scène les dernières tragédies de Shakespeare et toutes ses pièces romantiques. ^ Il a pu être présent aux meilleures tragédies ou comédies de Webster,^ de Dekker,* de Nathaniel Field. ^ Il est probable qu'il fut dès cette époque un admirateur du théâtre de Beaumont et Fletcher, ^ dont il devait goûter le style gracieux et caressant, la frivolité prédominante, la finesse spirituelle alliée à une certaine grossièreté morale, jusqu'au pathétique un peu déclamatoire, si l'on en juge du moins d'après le poème qu'il écrira quelques trente ans plus tard pour la première
' T/ie Cokes Taie : vv. 4367-80. Traduction J. Derocquigny.
■ Antotiy anJ Cleopatra, 1607; Coriolanus, 1608 ; Timon, 1607-08; Pericles, 1608 ; Cymbcline, 1609 > ^^^ Tempest, 1610 ; T/ie Usinier' s Taie, 1610-11.
•' The H'' ht te De-vil, 1607-08.
< The Honest fVhore. Part. II, 1608.
•'• A (Voman is a iVeathercoch, 1 6 1 1 .
^ Philaster, 1609 ; The Maid's Tragedy, 1609-10 ; A King and no King, \6\i {^) ; The Knight of the Burning Pestle, i6ii. The Faithful Shepherdess de Fletcher est de 1609.